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[Focus] Zola, le rookie qui ne perçait pas

Sur LREF, on ne vous a jamais parlé de Zola. A défaut, sûrement, puisqu’en moins de deux ans, il est très vite devenu le rookie à suivre, avec une douzaine de clips et plus de 60 millions de vues. Mais il l’est peut-être resté trop longtemps. La faute sûrement à cette méthode compte-goutte frustrante qu’il appliquait à la sortie de ses freestyles. Si certains étaient excellents, d’autres plus médiocres avaient tendance à le lester, à ralentir son buzz. A la traîne, Zola manquait de fulgurance.

Si on voulait faire un rapide topo à ceux qui ne le connaissent pas, il faudrait dire d’abord que Zola est un pur produit du 91. Un rap qui découpe, pue les tours et sonne crasseux et east coast. Son style dispose d’ailleurs de ce côté clivant, cette originalité typique du 91, à la fois responsable d’un fréquent manque de reconnaissance du département, mais aussi des derniers plus gros succès du rap français actuel. On pense bien sûr à Ninho, Niska ou PNL. La patte c’est une certaine authenticité, beaucoup d’aspérités pour un rendu qui a du relief. On capture l’instantanéité, une certaine vibe. Tant pis si le son est perfectible : c’est justement ce côté un peu crade qui le rend plus goûtu.

Zola est donc originaire de l’Essonne, plus particulièrement de la résidence du Parc aux Biches, à Évry. Son ancrage y est fort puisqu’après un épisode de sa vie passé à Lure, dans la Haute-Saône (70), il reviendra s’installer à Evry, non loin de son quartier d’origine. Né en novembre 1999, Zola fait parti de ces jeunes espoirs qui passera la barre des 20 ans à la fin de l’année. Membre du groupe Osiris, il attaque sa carrière en 2017 en montrant les dents, d’abord avec sa série #alloicizolaski, puis son premier titre Belles Femmes, devenu depuis l’un de ses classiques. Vif et agressif dans sa musique, il fait montre d’un potentiel monstre : il veut percer et on le sent de suite prêt à en découdre. En plus d’Osiris et de ses potes du 91 avec qui il ride, ses managers sont son frère, Zola Senior, et son cousin Nosky. Zola cultive l’entre-soi et c’est pourtant comme ça qu’il fera la rencontre qui détermine aujourd’hui sa carrière…

 

Par l’intermédiaire de son frère donc, le grand Kore le remarque. Les deux bossent ensemble. Avec DJ Kore à la prod’, Zola sortira Extasy, Bernard Tapie, Scarface, ou encore Ouais ouais, morceau présent sur l’album. Forcément le beatmaker ne se présente plus, tandis que Zola est encore bien jeune. Les progrès se remarquent vite, le cadrage d’un artiste aussi compétent a du bon. Mais Zola ne s’est pas encore trouvé ni situé. De fait, la collaboration avec Kore le fait mûrir, peut-être trop vite. La patte du producteur est reconnaissable et son apport est indéniable. Mais en termes de spontanéité, Zola y perd. Très vite, son travail avec Kore semble le faire passer sous tutelle. Moins percutant, moins fougueux, il est surtout moins naturel. C’est aussi son côté crade de parvenu qui manque, alors même que ses sons se lissent de plus en plus. Résultat, le rookie ne perce pas.

Malgré tout, il bosse les refrains, tout cadré qu’il est par son tuteur. Il gagne en musicalité, en performance vocale. Ce qui manquait peut-être au début prend alors plus de place. On lui découvre de nouvelles influences, plus californiennes et groovy pour le coup. On pense notamment au titre California girls, produit à l’occasion de la B.O. de Taxi 5. Un clip esthétique tourné à Crenshaw, des références à n’en plus finir à GTA, et un Zola nonchalant qui sort un son d’été alors qu’il avait juré les yeux de sa grand-mère de ne jamais le faire. Le Zola cru et crade passe à la trappe, certes. Mais maintenant, il sait chanter.

Décomplexé et bosseur, il trouve ainsi la recette de refrains entêtants et turn up, vocalement de qualité, qui lui assure le succès sur des sons qui manquent néanmoins de profondeur niveau couplets. Mais à bientôt 20 ans, on apprend. Et puis, Zola sort des bangers tapageurs à potentiel de boîte. C’est peut-être ça aussi, son truc.

Il obtient son bac littéraire en 2018. Forcément, la nouvelle nous a ravit : alors qu’on l’avait attendu sur un projet taffé cette même année, il avait loupé le coche sans qu’on comprenne. Tant mieux donc, le projet aurait été bâclé, et Zola aurait risqué les rattrapages. Fini 2018, fini le compte-goutte et le statut de rookie, puisque Zola décidait alors de se consacrer à la musique, signait chez AWA Gang avec Kore en appui, et annonçait un album. La stratégie changeait et le véritable buzz s’amorçait. En fin d’année dernière et début 2019, Zola envoie d’ailleurs quelques freestyles agressifs pour des médias rap, comme Manger pour Rapélite ou Booska rocket pour Booska-P.

Dans son univers un peu psychédélique et crypté, à la fois sombre, trash et électronique, voire rétro-futuriste, Zola aborde de façon récurrente les thèmes relatifs au sexe, à la femme, aux armes et à la drogue dans ses textes. S’il se différencie des autres par cet univers très typé, au même titre qu’un Josman par exemple, il crée aussi un clivage autour d’un style encore peu exploité en France par les artistes déjà installés. Le grand-public n’écoute pas Zola, mais lui régale ses propres fans en faisant du Zola.

 

Le rappeur se retrouve donc face à un dilemme. Si Kore lui apporte des vues et fédère autour de lui en lui fournissant un enseignement non négligeable, il estampille malgré tout Zola d’une étiquette « trop » pro’ et plus mainstream, quand Zola est spontanément plus brouillon et griffé underground. Si la jeune génération qui constitue sa fanbase s’ouvre aux raps divers, il faut quand même qu’il créé le phénomène autour de lui et se rende accessible sans pour autant s’égarer. En un mot, Zola a besoin de se trouver. Le défi était donc d’arriver à ne pas épuiser son registre ni perdre sa marque sur un album entièrement produit par le DJ. Il fallait enfin percer… Et déjà, la stratégie a vite payé. Le rappeur du 91 est culotté et lui n’a pas tremblé à l’annonce de la date de sortie de Deux Frères. Lui n’a pas reporté. Il fallait du toupet.

Avec Cicatrices, le pari semble réussi. Les chiffres parlent d’eux même : au bout d’une semaine, Zola totalise 15 386 ventes avec son album, dont 2361 en physique, 603 en téléchargement et 12 421 en streaming. Le projet est cohérent, frais et varié. Il y en a pour tous les goûts et toutes les traps. Surtout, 16 titres rarement plus longs que trois minutes, seulement trois invités, mais pas d’épuisement ni de perte de souffle. Une performance à saluer.

Si on trouve aussi Punisher et Christopher Ghenda à la prod’, la plupart des sons sont produits par Kore. Mais Zola semble avoir gagné en assurance et en maturité. Si bien que si Kore sait toujours où emmener les artistes, cette fois-ci c’est bien la main de Zola qui manie le volant. Si la construction et la profondeur des textes n’est certes pas l’élément phare du projet, Zola a néanmoins réussi à proposer une palette variée de ce qu’il sait faire. Du voyage brésilien (7.65) aux racines congolaises (Kinshasa), on trouve de l’ambiance cloud et des refrains presque jazzy avec Club et Zolabeille.

 

Pour les fans de ses débuts plus abrupts, on retrouve le Zola brutal au kickage percutant et efficace sur Fuckboi, Alloicizolaski4, en featuring avec Key Largo et Noname ou encore sur la pépite Jamais. L’autotune est utilisée avec parcimonie mais surtout maîtrisée, comme en attestent les titres Cicatrices ou Ouais Ouais par exemple. Bien sûr, au vu du palmarès de la légende, on oublierait presque de féliciter Kore pour ses instrus phénoménales, qui paraissent plus adaptées à Zola, voire même sur-mesure (Extasy, Astroboy). Kore également responsable du featuring très bankable avec Ninho d’ailleurs, intitulé Papers. Rude de passer à côté.

Le critère commun de tous ces sons, c’est la répétition. Souvent critiqué pour son flow jugé parfois trop récurrent, Zola en fait un avantage. Chaque titre est entêtant, obsédant. Les rythmiques tournent dans la tête même après écoute, et il est difficile de se sortir certaines toplines du kochi, comme il dit. Dans Cicatrices, Zola mêle du kickage qui tamponne à des vocaux mélodieux et chaleureux. Il fait sa cuisine, en somme. Le tout est harmonieux et homogène. Il arrive ainsi à toucher et à surprendre, ce qui explique des ventes surprenantes et très prometteuses pour un newcomer. Zola a réussi son coup. Et le rookie a enfin percé.

About Éloïse Voudon

Éloïse Voudon
Souvent un boucan, rarement la boco : Je viens de Marseille avec le rap comme choix de vie le zin. J'ai Disiz dans le coeur, je préférais Youssoupha avant qu'il arrête le rap, je préfère Lino tant qu'il continue. Lefa est mon petit pref de la Sexion, Jul c'est mon péché mignon. Si je suis assoiffée de tous LES raps, je bois quand même la mainstream soupe. Sinon, j'ai un selfie avec Faf Larage ET René Malleville. Soyez jaloux.

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