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[Interview] Georgio & Lo’ : « Un morceau, c’est 50 % de rap et 50 % d’instru »

Soleil D’Hiver est certainement un des projets les plus attendus en ce printemps. Georgio, un des rappeurs les plus prometteurs de sa génération, gratte les couplets alors qu’à la prod, c’est Hologram Lo’ qui prodigue tout son savoir-faire. Le premier extrait, Saleté de Rap, est un parfait exemple de ce que cette collaboration peut apporter de meilleur. En attendant la sortie de l’EP le 6 mai, Le Rap en France est allé à leur rencontre.

D’où est venue l’envie de collaborer ensemble ?
Lo : Je connaissais Georgio de vue. Il roulait plus ou moins avec des mecs avec qui je bossais à savoir Lomepal, Walter etc., des gens de notre entourage au sens large. On a enregistré un premier freestyle avec Alpha, Caballero et tout. On a kiffé. J’ai aimé comment il rappait. Je lui ai proposé de faire un cinq titres. Georgio en voulait plus, donc on est parti sur un neuf titres. C’est comme ça qu’est né Soleil d’Hiver.

Donc, c’est toi qui a fait le premier pas vers Georgio ?
Georgio : Non, c’est moi qui lui ait demandé des prods, c’était plus pour un projet comme ça. Mais, c’est lui qui m’a proposé que l’on fasse les cinq titres ensemble.

En fait, Lo, tu aimes faire des projets avec des MC, comme tu as pu faire avec Le Singe Fume ?
Lo : C’est ça. Vu que je me considère comme un artiste en tant que beatmaker, autant qu’un rappeur est un artiste. Donc, je me dis que quitte à faire un projet autant que ce soit autant son projet que le mien. Il y a autant son empreinte avec sa voix que la mienne avec mes beats.

Tu as composé en pensant à Georgio ou c’était des prods que tu avais déjà ?
Georgio : Les deux.
Lo : Oui, il y a les deux. Il est venu à la maison plusieurs fois. Il a écouté des trucs. Je lui en ai envoyé d’autres … Saleté de Rap par exemple, il est venu à la maison, il y avait une soirée. Je faisais une prod et je ne savais pas ce que j’allais en faire. Il m’a dit qu’il avait gratté un mille mesures la veille. Il gratte toujours des textes de fou. (Georgio rit). Il a kické le truc et je me suis pris le texte en pleine gueule. Il m’a annoncé que c’était pour un freestyle qu’il allait enregistrer. Je lui dis non, ce n’est pas pour un freestyle, tu vas le faire sur cette prod là. Il a avoué que ça pouvait sonner pas mal.
Georgio : Autre exemple, l’intro. On était en studio, on venait de finir un son. Il m’a montré d’autres prods qu’il avait fait et pour lesquelles il n’avait pas eu de réponse. J’ai écouté et j’ai grave kiffé. Et pour le son avec Koma et C. Sen, c’est moi qui lui avais dit que j’aimerais bien une ambiance un peu 18e avec un piano etc. J’avais plus ou moins mis les idées que je voulais et il l’a fait. Donc ça dépend vraiment. C’est au feeling à chaque fois.

Est-ce que vous échangiez pendant vos phases de création ?
Lo : Non pas trop. Nous, notre école, c’est vraiment ça. Les beatmakers font leurs beat tranquille d’un côté, les rappeurs aussi. Toi tu kiffes gratter tout seul, non ?
Georgio : J’écris que quand je suis seul. Lo, ça lui arrivait de faire des prods devant moi, je lui disais rien, ou peut-être un ou deux trucs, des petits détails. Et c’est arrivé que je sois dans la cabine et qu’il me dise au lieu de ce mot-là, tu mets ce synonyme, ce sera mieux, ou plus dans les temps, ça va taper sur le beat. Mais j’écris tout seul et il fait ses prods tout seul. C’est normal de se conseiller un petit peu.
Lo : Pour ce qui est de la réalisation du morceau, là on échange vraiment. Comme il a dit, changer un mot, recule-le un peu, ça tapera sur la caisse claire.

Ce n’était pas trop dur, avec vos emplois du temps, de vous caler ? Quand l’EP a-t-il commencé à se faire ?
Lo : Franchement, si. On a mis un peu moins d’un an.
Georgio : Ça a commencé l’été dernier. Entre tous les concerts 1995 etc, on a beaucoup arrêté, beaucoup repris.

Qui le produit ?
Lo : C’est une structure que Fonky Flav a monté pour ses projets personnels. Il était super intéressé par notre projet et du coup, comme il est très organisé, super professionnel, il s’est rattaché au projet il y a deux mois pour finaliser la paperasse, les discussions avec les distributeurs. Il nous a facilité les choses.
Georgio : Ça s’appelle Pressing.

Il y a neuf titres, est-ce qu’ils sont tous dans une certaine continuité ou au contraire, c’est assez éclectique ?
Lo : C’est assez éclectique et musical. On atteint le juste milieu entre le délire freestyle dans lequel Georgio excelle, je trouve, et des morceaux autour d’un thème. C’est varié autant musicalement que lyricalement. Tu t’y retrouves.
Georgio : Mais si tu écoutes tout dans sa continuité, ça ne fait pas comme si on avait fait des morceaux comme ça.
Lo : En même temps, quoi que tu kiffes dans le rap, tu trouveras forcément ce que tu veux. Tout y est. Il y a du freestyle, du rap dit de rue, du cool.

Et donc, quelle est la couleur globale du produit fini ?
Georgio : C’est assez mitigé en fait. Il y a plusieurs couleurs. C’est pour ça que cela s’appelle Soleil d’Hiver. Il y a du rap hivernal, un peu froid et il y a des morceaux un peu plus chauds, un peu plus ensoleillés.
Lo : Étant donné que l’on a mis un an à le bosser… On a commencé en juillet dernier, on a bien cravaché, et du fait de nos emplois du temps, on a un peu arrêté et on s’y remis vraiment cet hiver à fond. Donc, c’est un peu l’opposé. L’intro, par exemple, c’est un morceau très froid, mais avec une ambiance super introspective. Et après, la piste 2, c’est un morceau beaucoup plus chaud, qui te donne le sourire.
Georgio : Dans tous les morceaux, il y a un peu des deux. Si la prod’ est froide, mon texte peut être un peu plus simple, un peu plus léger, moins prise de tête. Et d’autres ça va être l’inverse, un peu comme Saleté de Rap.
Lo : Oui Saleté de Rap, l’instru est simple, j’ai laissé un maximum de place au rap. C’est une boucle simple, il n’y a rien de plus. Alors que l’intro, il y a beaucoup plus d’enchainements. On s’est laissé la place pour chacun.

Vous étiez sur la même longueur d’ondes dans les différents univers que vous alliez aborder ? Il n’y a jamais eu des avis divergents ?
Georgio : Non, parce que si Lo fait une prod pour le projet et qu’au final ça ne me correspond pas, je ne la kicke pas et c’est tout.
Lo : La première prod que je lui ai envoyé, il voulait la kicker et finalement, il ne l’a pas retenue. Et puis, on a plus ou moins les mêmes influences, le même délire cainri. Le même délire français : gros fan de Lino, Kaaris
Georgio : On aime les mêmes trucs donc ça aide à être sur la même longueur d’ondes.

Êtes-vous amis à la base ?
Lo : On est devenu potes avec ce projet.
Georgio : Avant, on se connaissait, mais sans plus. Au départ, quand on a commencé ce projet, c’était vraiment pro. On s’entendait musicalement, mais maintenant on est vraiment potes. On est presque tout le temps ensemble pour défendre le projet.

Qu’est-ce qui vous lie et qu’est-ce qui vous éloigne ?
Lo : Nos différences de poids, ça nous éloigne pas mal (ndlr : ils rient tous les deux). La passion nous lie. J’ai découvert Georgio, le rappeur. Mais surtout sa détermination. Il se bougerait n’importe où. Il pourrait monter à Lille pour un freestyle.
Georgio : Ce qui nous lie à la base, c’est clair que c’est la musique. Avec le projet, il y a une amitié sincère qui s’est créée. Il y a des soirées où on devait faire des prods et au final, on ne faisait que jouer à Fifa. J’ai pu rencontrer des potes à lui qui n’ont rien à voir avec la musique et pareil pour lui. Ce qui nous éloigne…
Ensemble : Ce sont les concerts de 1995.

D’où est venue l’idée de donner toutes les instrus avec en pré-commande ?
Lo : C’est toujours un plus que tu peux apporter à ton projet. Aujourd’hui, on ne va pas se cacher, Itunes, ça rapporte plus d’argent à l’artiste. Il est aussi moins cher sur Itunes. C’était un argument en plus.
Georgio : Ça nous faisait plaisir. C’est un argument en plus pour vendre, mais ça nous faisait plaisir que les gens puissent kicker les prods.
Lo : C’est l’expérience Le Singe Fume. On a sorti la première édition gratuite sur Internet. J’ai eu beaucoup de retours super positifs sur mes instrus. J’étais agréablement surpris. Donc, du coup, on a sorti la version CD avec un CD d’instru. C’est le même concept. Si tu veux les instrus, tu les as sur Itunes et si tu veux acheter le CD …
Georgio : Et si tu es un collectionneur, tu as le vinyle.

Comment se sont passés les Feat ? De qui vient l’initiative ?
Lo : Les deux. Il y a deux pistes avec des feats sur l’EP. Un morceau avec la crème de la crème du 18e arrondissement, des anciens.
Georgio : En fait, Koma m’avait envoyé un message sur Twitter. Il avait bien aimé un de mes clips : 1001 Rimes. À partir de là, on a parlé de faire un son ensemble. Ça date de l’époque de Mon prisme, il devait poser dessus. En termes de temps, on ne s’est pas capté, ça ne s’est pas fait. Du coup, quand je me suis mis sérieusement sur le projet avec Lo, je l’ai appelé naturellement. Et le C. Sen, je kiffais, Lo aussi. Il y a un terrain vague où on traine à Marx Dormoy, on appelle ça le parking. Il était là-bas en train de graffer, on s’est rencontré, il me connaissait via ma musique. Il avait déjà entendu parler de moi et aimait bien ce que je faisais, du coup, on a sympathisé. Un jour, je lui ai demandé s’il voulait kicker sur le projet. Il était chaud.
Lo : Le deuxième morceau, on a invité des mecs de notre génération, des potes, issus de notre école. Vald, je ne le connaissais pas avant cette session studio. C’est Georgio qui l’a ramené. Et moi, j’ai amené Lomepal et Alpha, qui sont, peut-être, mes deux rappeurs parisiens préférés. Et c’est des potes.
Georgio : Pareil. C’est aussi des potes.
Lo : On a fait ça naturellement.

Comment expliquer cette mise en avant du DJ ?
Lo : Au début du rap, c’était le contraire. C’était le DJ qui ramenait son rappeur : Eric B. et Rakim. Gangstarr, c’est DJ Premier et Guru, Kool G. Rap & DJ Polo. C’est plus ou moins cette ambiance. Un morceau, c’est 50 % de rap 50 % d’instru. On est un groupe éphémère sur un projet. C’est plus ou moins naturel.

Es-tu voué à le faire de plus en plus ?
Lo : Je me suis rendu compte que j’ai aussi des ambitions solo et que ça empiétait sur le temps de production que je pouvais passer en solo, ça me dérange pas. Je travaille mes projets avec le cœur. Là je suis en train de finaliser mon projet avec Areno Jaz de 1995, mais après, je ferai une pause avec les rappeurs et je me remettrai sur un truc solo. J’y reviendrai forcément, mais ça ne va pas se multiplier.

Y a-t-il des concerts de prévu ?
Georgio : Oui, mais je ne sais pas si il y aura forcément Lo sur ces concerts. Quand il ne sera pas là, je serai avec A Little Rooster, qui est mon autre DJ, de la 75e session.
Lo : Avec ce projet, je voulais vraiment ramener le délire sur Georgio. Pour qu’il puisse se faire connaître. On l’a mis sur la grande scène du Palais des Sports pour la première partie de 1995. Il a été très efficace. J’avais un peu peur, je ne l’avais jamais vraiment vu sur une grosse scène. Il était venu avec nous à Toulouse, à la Dynamo, il avait mis le feu en freestyle. C’était le premier pas. Je suis convaincu qu’il peut tout donner sur scène. Avec ce projet, que je sois là ou pas, je sais qu’il peut le défendre.

Avec un peu de recul, êtes-vous fiers de Soleil d’Hiver ?
Georgio : Grave !
Lo : On est surtout heureux de l’avoir enfin. On a les promos à la maison, les premiers exemplaires. Ça fait plaisir. Pour le coup, on a galéré à le faire. Avec les emplois du temps et tout … Par exemple, Le Singe Fume sa Cigarette, on avait le problème de Bruxelles-Paris, donc on s’était mis une semaine en studio et il était enregistré. Là, ce n’était pas pareil, on était tous les deux sur Paris.
Georgio : Au final, comme on est tous les deux ensemble, on pense avoir plus le temps que si c’est difficile, alors on perd du temps. Comme on était déterminés, on est heureux.

Quels sont les projets après ? Est-ce qu’il y a d’autres clips de prévu ?
Georgio : Là on a tourné un autre clip et on en tourne un autre début mai.
Lo : Le clip, quand tu es en indé, c’est vraiment le truc le plus difficile.

Est-ce qu’un collectif aide dans ce sens ?
Lo : Ça dépend du collectif.
Georgio : Il faut de l’argent surtout. Il faut avoir des beaux clips. Le collectif, s’il n’y a pas d’argent pour louer des belles camera, des beaux éclairages … Ça dépasse les idées.

Quel est votre son préféré de l’EP ?
Georgio : C’est Soleil d’Hiver, l’outro. C’est sans doute le son qui sonne le plus Georgio. Il dure six minutes. Il doit y avoir 4-5 couplets. J’écris sans me structurer des couplets de 16 mesures, en roue libre. J’ai fait mes structures après, pour que cela soit des 16. En même temps, c’est une grosse prod’, gros boom-bap. Un violon, un saxo. C’est un des sons qui me tient à cœur.
Lo : C’est le morceau le plus riche. On a bien travaillé dessus. Pour mon préféré, j’hésite entre Saleté de Rap et le featuring avec Vald, Lomepal et Alpha Wann qui s’appelle Sex, Drug and Rock’n’roll.
Georgio : J’aime beaucoup À l’ombre du Zenith aussi. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas écouté parce que c’était un des premiers morceaux qu’on avait fait et en le réécoutant, je me dis, sans faire le mec, la prod’, je l’ai tuée.

Soleil D’Hiver est en pré-commande sur Itunes où toutes les instrus sont offertes. Sinon, le projet en CD sera disponible chez vos disquaires dès le 6 mai.

Entretien réalisé par Mandarine.

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