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[Chronique] Georgio – Héra, un album divin

Héra

Le 4 Novembre dernier sortait Héra, le second album solo de Georgio après Bleu Noir. Ayant découvert Georgio en 2011 avec sa première mixtape Une nuit blanche pour des idées noires j’ai eu l’occasion de voir le jeune rappeur de Marx Dormoy évoluer et se créer un style personnel rapidement, proposant immédiatement d’excellents projets comme Mon Prisme ou Soleil d’hiver.

Que l’on aime ou pas Georgio, il faut bien reconnaître que c’est un véritable artiste dans le sens où il cherche à faire évoluer son art en permanence, il tâtonne, essaye de nouvelles sonorités, emprunte de nouveaux chemins. La seule chose qui demeure intacte c’est l’authenticité de son rap écrit à cœur ouvert sur le thème de sa vie. C’est pourquoi il est possible de suivre son état d’esprit au travers de ses œuvres. Ainsi, on trouve dans Bleu Noir une mélancolie et une angoisse profonde révélatrices des phases de dépressions qu’il a traversé. C’est pour cela que j’attendais son nouvel album, impatient de savoir quelle direction allait-il prendre.

Tout d’abord, ce sont les instrus qui se remarquent, mélodieuses, lumineuses même, enrichies par des chœurs, la guitare et le piano y prédominent et laissent sentir une influence pop/rock. Dû à l’omniprésence des instruments, les morceaux de cet album distillent une énergie particulière et ont l’air taillé pour la scène. Le travail fournit par Medeline, Diabi et Angelo Foley est donc parfaitement réussi, et le soin apporté se ressent. Mention particulière à l’instru d’Ici-Bas qui accompagne parfaitement le texte dans une montée puissante inexorable. On ressent tout de même une certaine ressemblance entre les instrus, ce qui n’est pas forcément un point négatif car cela apporte une unité stylistique à l’album.

D’autre part, Georgio fait un choix artistique assumé sur les refrains en accentuant le côté mélodique, avec une part plus ou moins importante prise par le chant. Ce parti pris parait assez déroutant dans un premier temps mais donne une nouvelle couleur à l’album.

Un des points forts de cet album se trouve au niveau du flow et des textes. Du point de vue du flow, Georgio a encore pris de la bouteille et apparait totalement à l’aise sur les instrus et arrive à se renouveler au fil des morceaux. Il s’essaie même avec succès au slam dans le morceau La vue du sang.

Ensuite, au niveau des textes Georgio rappe bien sûr ses thèmes de prédilection comme l’amour, les potes, sa ville de Paris, mais avec une nouvelle maturité. Ainsi, il prend position contre la drogue et l’alcoolisme, on remarque un début d’engagement politique dans des morceaux comme No future ou La vue du sang, ou même féministe dans Svetlana et Maïakovski et Mama Rita. On sent bien qu’il n’est plus le même jeune homme tourmenté qui s’exorcisait en écrivant Bleu Noir et apparaît nettement plus optimiste. Bien sûr ses doutes subsistent et les textes en contraste, oscillant entre un désir brûlant de croire en l’avenir et une angoisse insistante.

« On n’y croit plus à la politique et ses promesses
On s’détruit, on fait d’nos corps des S.O.S« 

On retrouve aussi le formidable talent de conteur du rappeur du 18ème. Grâce à sa manière sans artifices de raconter une histoire, de trouver le mot juste, on se retrouve à chaque fois happé par son récit, à ressentir une profonde empathie pour ses personnages. Georgio avait déjà prouvé son talent avec des morceaux comme Le gardien ou Malik, ici il récidive avec brio sur Svetlana et Maïakovski, La vue du sang et Mama Rita.


En bref, Héra est un album extrêmement bien réalisé, original et coloré, qui nous fait réfléchir un peu et ressentir beaucoup. Un album digne de ses précédents projets qui donne envie de savoir où Georgio nous emmènera la prochaine fois.

« J’suis face à mon mur, mes victoires accrochées
Mes trophées d’hier, des pochettes de vinyles, celles de ma mère, mon père
Et bien d’autres artistes
Des photos de concerts, toutes vos mains en l’air
Sanka, Diabi, Rooster des potos droits et fiers
Jules, N’kruma et Limsa et bien d’autres complices
Et bien d’autres complices« 

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