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Horreur sur le rap en France…

Âmes sensibles, abstenez-vous ! Notre Rédaction traverse une période sombre, plusieurs de ses membres ayant semble-t-il perdu la raison au moment où sont écrites ces lignes. L’esprit perturbé par les effroyables récits qui vont vous être contés ici. Autopsie d’une descente aux enfers collective.

Les faits remontent au mercredi 25 novembre. Votre site préféré se lance dans l’écriture d’un nouvel article : une plongée dans l’univers le plus noir, violent et pervers, sorti de l’imaginaire de nos chers MC de l’Hexagone. N’écoutant que d’une oreille les paroles de l’un des leurs, rappelant que Le Mouv’ s’était déjà laissé tenté par la thématique un peu plus tôt dans le mois, la fine équipe entreprit son exploration vers l’horreur. Une route qui allait les mener tout droit vers les couloirs les plus sombres empruntés par l’humanité…

Rochdi – Hier soir…

Premier jet, première autopsie sur le « chemin des Dames », que Rochdi n’a pas uniquement emprunté pour se rincer l’œil. Cru, le morceau l’est indéniablement. Le rappeur du 13ème crache le récit de l’errance nocturne d’un homme nihiliste et désabusé à la recherche de femmes à violer, rien que ça. Mais ce qui fait toute l’horreur du morceau, c’est la vraisemblance que Rochdi cultive. En connaissant un peu la discographie du bonhomme, on peut facilement se dire que c’est un morceau autobiographique. Entre les références au bareback, à la drogue et aux déambulations nocturnes, le personnage de la chanson (rappée à la première personne qui plus est) pourrait être le rappeur. Rochdi joue avec cette ambiguïté en parlant aussi de lui à  la troisième personne « comme Rochdi j’reste une ombre dans la ville » comme pour dissiper le doute qu’il a lui-même construit. C’est cette ambivalence qui crée l’horreur, une ambivalence que l’on retrouve dans le texte même où le rappeur mélange les registres de la jouissance et de pulsions de vie avec ceux de l’abus sexuel et de la mort. « Je les fait jouir / Derrière les pleurs et les cris / Il y a l’ivresse et le plaisir / Le désir mêlé de la peur de mourir ».

La Caution – Bâtards de barbares

Dans ce rôle-là, Nikkfurie et Hi-Tekk sont sûrement moins crédibles que Rochdi, dont la discographie et l’image publique les rend moins effrayants que déjantés. Alors s’ils ne font pas peur, ils n’en restent pas moins ultra gores dans leur Bâtards de barbares. Le thème est bien similaire au Chemin des Dames, mais leur interprétation, leur passif et l’impulsion qu’ils donnent au morceau lui permet d’être moins glaçant, et moins réaliste. Donc plus facile d’accès. Au menu : avalanche d’insultes toutes plus grinçantes les unes que les autres, salade d’images salaces, passage au karcher de toute ta famille, destruction de ton innocence, et tout ce qui va avec. Servi par un clip tourné caméra au poing par M. Kim Chapiron (clip qui ne va pas sans rappeler celui de Pour Ceux, du même réalisateur), oscillant entre horreur et décadence, le son est renforcé par une imagerie brutale, entre passages à tabac et braquas à l’arme à feu. Gentiment je t’immole est une version plus douce mais tout aussi flippante proposée par Mai Lan, la sœur de Kim. Une histoire de famille.

B. James – Snuff Muzik

B. James dans la musique, c’est un peu le Père Fouettard s’invitant à une soirée d’Halloween. Certitude acquise qu’il y aura autre chose dans les sacs que les bonbons ramassés par les enfants. En première ligne quand il s’agit de choper le rap par la tignasse, B. James joue de son vécu personnel pour renforcer le flou entre fantasme et réalité et renforcer l’atmosphère macabre de sa Snuff Muzik. L’ambiance visuelle assurée par Tcho exploite quant à elle le concept jusqu’au bout : bouquets de roses blanches, grésillements et coffres de voitures, il en faut peu pour réussir une séquestration dans les règles de l’art !

Damso – Une âme pour 2

« J’lui dis quel genre de pute que tu es ? Elle me dis une qui baise avec son fils dans la rue ! ». Analyser le titre refermant le second album de Damso s’avère une tâche ardue. Un homme bon, un autre mauvais dans un même corps. Un fils aimant, un être dépravé rasant les trottoirs et une expérience difficile à vivre pour l’auditeur, à travers une version revue et corrigée du complexe d’Oedipe. D’autant plus que la structure en un couplet unique du morceau n’allège en rien le supplice. Quatre minutes durant lesquelles on accompagne le rappeur belge dans une errance nocturne qui vire progressivement au drame. La fin nous révèle que le MC s’est retrouvé exposé à l’expérience de Walk-in, faisant entrer une « autre » âme dans un corps afin de lui voler sa vie. Comment donner du sens avec du « trash » ? Damso a peut-être un début de réponse en intégrant ivresse, violence et inceste au sein d’une même piste pour dévoiler une explication du titre de son album, Ipséité. A ne pas écouter le jour de la Fêtes des mères !

Klub des Loosers – La fin de l’espèce

« J’enfonce mes doigts dans l’origine du monde, lui fais lécher / La regarde, puis recommence malgré son air dégoûté ». C’est ainsi que s’ouvre le morceau, et jusque-là c’est plutôt rigolo. Mais chez l’anomalie Fuzati, le comique n’est jamais très loin du tragique – composée principalement d’un piano très sobre et dénuée de percussion, l’instrumentale est d’ailleurs là pour nous le rappeler. « Je sais parfaitement où la mettre pour que le futur soit plus beau / Parfois ta merde salit les draps mais tout le monde pourra boire de l’eau ». Ce sont les mesures qui achèvent le morceau, et c’est déjà beaucoup moins rigolo. Dans La fin de l’espèce, qu’on parle d’ailleurs de la track ou de l’album éponyme, l’horreur n’est pas lexicale ou narrative : elle est idéologique. Elle n’y relève pas du gore ou de la violence, mais du tragique, qui trouve sa source dans une lucidité terrible de la situation de l’humanité en tant qu’espèce – une lucidité parfois ironique, souvent cynique, mais profondément rationnelle, dans l’esprit du néomalthusianisme le plus sévère. Quand la misanthropie devient altruisme, que reste-t-il ?

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