[Interview] A2H – « Je suis un vadrouilleur. »

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Je sais que tu joues des instruments et que tu composes certaines productions. Tu aimerais être considéré comme un musicien plus qu’un rappeur ?
J’aimerais être considéré comme un Pharell ou un Kanye. C’est un peu prétentieux mais je veux juste parler de quelqu’un de complet. J’ai monté le label Palace, je suis producteur, musicien, rappeur. Je chante aussi, j’essaie de faire de la direction artistique pour mes frangins. Être le meilleur rappeur de la Terre, je n’en ai rien à branler. J’essaie d’être le plus complet.

Si j’ai bien compris, ton album est terminé.
Voilà et prêt à être défendu. Il reste quelques retouches de mixage et le mastering. Il s’appellera Art De Vivre.

Tu restes aussi éclectique que sur les projets précédents ?
Tu vois, il y a beaucoup de gens dans Palace et j’ai tendance à toujours demander leurs avis aux gens. Et sur cet album, je ne l’ai pas fait. J’ai fait exactement ce que j’avais envie de faire. J’ai vraiment mis ce que je kiffe. Les gens qui me connaissent depuis longtemps vont sûrement reconnaître des sonorités de Coconut Sunshine, mon premier collectif. C’est quelque chose qu’on ne retrouvait pas dans Bipolaire parce que c’est très électro, très grime. On avait enregistré en Angleterre en 2007 et on était déjà dans toute cette culture 2-step, trap avec le TR-808 et les kits de batterie un peu plus électronique. Sur Bipolaire, j’avais mis plus de lignes de basse et des claps. Je suis reparti sur quelque chose que je produis, un hybride entre de la musique jouée, du sample et de la musique électro. En termes de sons, ça se rapprocherait de ce que peuvent pondre Schoolboy Q, A$AP Rocky etc. C’est un mélange de moderne et d’old school.

Tu n’as pas peur de perdre une partie de ton public en route ?
Non, les gens qui me suivent ont l’habitude. Ils savent que je vais sur de nouveaux terrains et qu’on ne sait pas forcément ce que je vais pondre. Ils m’ont vu faire des freestyles boom-bap, il y a eu la Summer Tape presque west avec quelques morceaux électros. J’ai été sur une Christmas Tape avec des sons plus froids, plus new-yorkais. On m’a entendu avec Xanax sur de l’alternatif, Bipolaire avec du mélange. Et évidemment, avec Aelpéacha. Ils savent que je fais plein de musiques différentes. Si je les perds, c’est que je les ai perdu avant. Ils étaient venus pour un projet et ils s’en vont pour un autre.

Tu as un public changeant.
Très ! Certains ne m’aiment que pour mes morceaux sérieux et d’autres n’apprécient que quand je parle de défonce, quand je suis plus léger. J’ai deux voire trois publics puisqu’il y a aussi des gens qui ne m’aiment que sur scène. Cet album peut réunir tous les gars parce que j’ai fait une meilleure symbiose des ambiances.

 Puisqu’on ne peut pas évoquer les featurings pour cause d’exclusivité, tu peux nous dévoiler quelle serait ta collaboration de rêve ?

Idéalement, j’aurais aimé avoir Jhené Aiko. Mais c’était un peu hors budget (rires). Sinon, Izia m’aurait bien plu. Je kiffe l’énergie qu’elle a mais je n’ai pas le contact et je ne connais personne qui la connaît. A terme, j’aimerais collaborer avec elle.

Il y a vraiment une touche A2H quand on écoute tes sons, comment tu l’expliques ?
Je ne m’en rends pas compte. J’essaie d’aborder l’instru en fonction de la musique et je ne vais jamais poser de la même manière. Peut-être que mon grain de voix explique qu’on me remarque plus aussi. Plus ça va et plus je me rends compte que j’ai peut-être un style propre. J’écoute très peu de rap français donc je ne me suis jamais inspiré de flow français. Les seuls qui m’ont inspiré quand j’étais petit sont Busta Flex, Kool Shen et le Saïan. J’ai découvert les Sages Po’, X-men etc. très tard. Je rappais depuis longtemps déjà.

C’est un peu normal. Sans internet, on est passés à côté de plein de choses à la fin des années 1990.
Carrément. Time Bomb n’est jamais arrivé chez moi, par exemple. Il y avait les rappeurs de mon coin, les 2Bal, Mafia Trece etc. et après c’était les mecs qui étaient populaires.

Tu penses que tu aurais mieux marché à la fin des années 90 ?
Je pense que oui. Comme tu l’as dit, j’ai un truc à moi et j’aurais peut-être eu une école à défendre. Mais tu vois, les rappeurs qui étaient dans le mélange des styles comme Driver ou Busta Flex, je les côtoie maintenant. Ils respectent énormément mon travail parce qu’ils reconnaissent que j’ai une patte bien à moi. Ils savent que je ne suis pas un MC de plus qui vient rapper le même thème que son voisin.

Tu as écrit différemment pour cet album ?
Non, toujours pareil. Je prends la production, j’attends de voir si elle me fait quelque chose. Si elle ne me fait rien, je la renvoie à son beatmaker. Si je la kiffe, je la garde et j’essaie des flows yaourts dessus. C’est vraiment spontané. J’ai toujours fait ça. La seule différence c’est que je sais plus où je vais maintenant. Il y a quelque chose qui a disparu, c’est que je ne suis plus dans une dynamique de prouver. Je sais que je sais rapper. Je n’ai rien à foutre de paraître le mec le plus technique du moment ou celui qui a les meilleures punchlines. J’essaie juste de faire des morceaux cohérents, qui ont de la gueule. Et que mon flow colle au morceau, qu’il soit un instrument de plus. J’essaie de me marier à la musique.

Ton parcours musical te pousse aussi à chercher vers la chanson plus sérieuse.
Oui parce que quand j’étais dans le reggae, j’étais dans une lignée très consciente. On faisait des morceaux sur les enfants soldats etc. C’est très cliché mais c’était vraiment sincère. On ne voulait pas se donner un style Manu Chao. J’ai donc ce bagage-là. En plus, je sais que ma famille dans les îles m’écoute et que ça leur fait plaisir que je sois sur ce genre de registre. Ils sont fiers de voir que je peux aussi traiter ces thèmes-là. Ils n’ont rien contre mes morceaux où je parle de fête, ma famille sait très bien la personne que je suis mais je vois qu’il y a plus de répondant en terme familial quand je suis dans ce style. Après, j’ai fait aussi du rock, de l’alternatif…

Et du Gérard Baste, qui est un genre à lui tout seul.
A la base, je ne suis pas fan du tout de cette came. Gégé m’a convaincu de son truc. Je n’aimais pas les Svinkels, c’est une musique qui ne me parlait pas. J’ai appris à comprendre le délire et surtout, j’ai vu que c’était réel ! Contrairement à des mecs qui s’inventent des vies, leur quotidien est dans leur rap. C’est limite s’ils n’atténuent pas le texte. Ils ont démontés des festivals tout bourrés, ils ont fait des tournées sous LSD. C’est pour de vrai tout ça. Ce que rappe A$AP Rocky, les seules personnes qui ont eu la même vie en France seront les Svinkels et les gens dans ce délire. J’ai vraiment apprécié travailler avec Gérard Baste parce qu’il y a cette vocation à faire un son festif.

Considérer la voix comme un instrument, c’est un héritage de ton passé dans le reggae et le rock ?
Bien sûr. Parfois, sur un morceau de reggae ou de rock, il y a l’équivalent de ce que tu fais sur un demi-refrain de rap en termes de texte. Ta voix est vraiment un instrument. Dans le rap, il y a énormément de textes. C’est très dense. Dans les îles, quand tu vas à un concert c’est pour danser. Jamais pour réfléchir. Donc j’ai aussi envie de donner à ma musique une dynamique festive. C’est important d’alterner. On est en France donc il faut garder cet héritage de chanson à texte mais il faut conserver ce côté dansant aussi.

About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

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