[Interview] Al’Tarba : « Empiler les samples, c’est ma façon de travailler. »

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Vous partagez souvent les plateaux avec ce genre de groupe ?

Ça nous arrive assez souvent. Bizarrement, je me sens plus proche de ce public là avec mon son maintenant. On n’oublie pas d’où on vient et on n’oublie pas de foutre du rap dans le set. Je vais toujours venir rapper deux couplets et y’a aussi les gros scratchs de Nix’on

Si tu devais définir le live d’Al Tarba en trois mots ?

Dj Nix’on, Vj Tom’s et Al Tarba.

Bien joué ! Si ce n’est pas du marketing de haut niveau ça… Si tu devais dire encore trois mots sur l’album ? Par exemple, ton morceau préféré de l’album ?

Dusty Signal. Déjà parce que j’ai presque tout joué dessus et je pense que c’est la plus réussie. C’est peut-être aussi la plus chargé d’émotion.

Et celle qui te laisse le plus de regrets ?

Je dirais Good Morning Rain. Pas en termes de finition mais plus pour une question de cohérence générale. C’est une bonne piste mais est-ce qu’elle a sa place sur l’album ?

Dans le ton général ?

Ouais elle détonne un peu non ? Ou-est-ce que c’est l’éclaircie qui rend l’album plus accessible ?

C’est exactement ça ! En plus elle est bien placée pour ça.

En fait, je ne sais pas si on aurait dû la choisir en tant que single de l’album parce que ça n’a pas trop marché.

Ah ouais ?

Si tu regardes, le clip n’a pas fait beaucoup de vues. J’étais blasé au départ surtout que je trouve que les mecs ont fait un super taf dessus. Ensuite, je me suis rendu compte que c’est un album assez conceptuel qui demande du temps pour être assimilé. L’album, il qui va se défendre sur la duréeAu fond, je pense que j’y gagne puisque ceux qui auront aimé l’album seront ceux qui auront pris le temps de vraiment l’écouter. Il n’y aura pas d’effet de mode.

Le dernier gros sujet qu’on voulait évoquer avec toi, c’est le sampling.

Tu me disais avant le début de l’interview que t’étais pas un fétichiste de la MPC et que t’avais remisé ton ASR-10. Du coup, tu ne samples plus sur vinyle ?

Sur mes deux premiers skeuds, j’avais été chez mes parents et j’avais déposé mes disques. J’avais beaucoup de place donc j’allais chopper des vinyles tout le temps. J’avais aussi un grand-père qui avait beaucoup de vinyles. Il passait son temps à les écouter dans sa chambre et il me les a légués. Depuis que j’ai déménagé à Paris, je sample beaucoup moins sur vinyle. Comme je te disais, il y a beaucoup de chose qui ont changé à ma montée à Paris. Mon style de production a changé parce que je devais m’adapter aux conditions. Je vais m’y remettre tout doucement au vinyle. Je me suis racheté une platine mais je ne ressens pas le besoin. Il y a beaucoup de site sur Internet qui sont spécialisé dans le « rip » de vieux vinyles. Je ne donnerai pas de nom mais ce n’est pas spécialement des sites de beatmaker. C’est des sites de fan de rock progressifs des années 70 ou de ce genre de trucs qui décide de mettre des sons.

Est-ce que ce n’est pas un peu perdre la tradition du diggin’ ?

Je chie totalement sur le côté puriste (rires). Non, je respecte cette tradition. Il faut savoir la respecter tout en s’en démarquant continuellement. Pour moi, c’est le seul moyen de créer de nouveaux trucs. C’est ma vision. Après, il faut avouer que t’as une meilleure qualité de son en samplant sur vinyle. T’as un plaisir quand tu vas chercher tes disques qui n’a pas d’équivalent. Internet est aussi un immense bac de vinyle quoi qu’on en dise. Je vais même aller plus loin et te dire que Youtube peut être un immense magasin.

Tu samples sur Youtube ?

Ouais… (sourire)

La qualité n’est pas déguelasse ?

Il suffit de savoir remonter un peu les aigues (il se marre). Honnêtement, tu as des techniques qui te permettent de faire ça. Moi j’utilise des logiciels de rip de MP3. Je prends la vidéo et je la mets à la meilleure qualité possible. Bon t’auras toujours une qualité Youtube derrière. Après, j’utilise un magnéto qui réenregistre directement la vidéo youtube.

C’est connu comme méthode mais assez étonnant venant d’un beatmaker

Dans la vie comme dans ma manière de produire, je suis très impulsif. Je connais des potes qui vont trouver le sample sur Youtube mais qui vont prendre le temps d’aller chercher le vinyle en magasin ou de le commander sur le net. Perso, je fais les choses dans l’instant parce que j’ai peur d’oublier et que je fonctionne comme ça. Comme je t’ai dit, je vais quand même m’y remettre parce que t’as quand même une sensation énorme quand tu vas chercher tes disques.

D’ailleurs, on ne t’a pas demandé sur quel matos tu bosses ?

Je bosse sur Cubase, mon clavier maitre, une basse et une guitare.

Seulement…

Ben tu n’as pas besoin de beaucoup plus. Tu as quasiment tout sur Cubase. T’as les synthétiseurs, les compresseurs, les oscillateurs etc… Après j’aurais bien aimé avoir des synthés analogiques mais ça coute assez cher.

Tu fais tout sur Cubase donc ?

Bah Cubase, c’est une base. Ensuite, tu peux rajouter tous les VST [Virtual Studio Technology] que tu veux. Chaque producteur a son chemin de VST. Si tu veux, Cubase c’est un transformer où tu as juste le squelette. A toi de lui ajouter le bazooka ou la tronçonneuse que tu veux après.

Quel sens du marketing ?! Pour reprendre un terme à la mode, tu digges peu. C’est surprenant au vu de ta « réputation »

Le digging, c’est quoi ? C’est aller chercher des sons. Sachant qu’avec Internet, tu as beaucoup plus de choix que dans ton shop local, le choix est vite fait.

Tu m’as l’air très pro-internet. Est-ce que ce n’est pas une contradiction avec le côté romantique du truc ? On pense à l’image du digger qui serait une encyclopédie du son…

Je vais être franc avec toi. Le sampling, ça me permet d’écouter beaucoup de disque. Par contre, j’en écoute tellement que je serais incapable de citer le quart des mecs que j’ai samplé. C’est horrible à dire mais j’utilise ça comme des capotes (rires). Je respecte tous les mecs que j’ai samplé mais si je devais te faire une liste… Comme je te disais, j’utilise le sample comme une texture. C’est différent d’un producteur qui va prendre un sample et qui va le faire vivre sur un morceau sous forme de boucle. Je l’ai fait sur certains titres de rap. Pour te donner une idée, je faisais un beat avec un pote et il a halluciné. Il me dit qu’il a besoin d’un clavecin. Mon réflexe tout de suite, c’est d’aller sur le net et de taper «  clavecin » et je me sers. Ca rejoint ma conception sur Let The Ghosts Sing. C’est comme si j’avais une multitude de fantômes qui jouent toutes ces musiques et que je les appelle tour à tour.

On te sent chaud sur les métaphores là… Qu’est-ce que tu réponds à ceux qui considèrent le sample comme une culture du plagiat ?

Ce côté plagiat, il est totalement assumé. De toute façon, la musique ce n’est que ça. Tu prends quelque chose que tu as déjà entendu pour en faire autre chose. Le plus grand des « compositeurs » sur son synthé ne pourra pas me dire le contraire. Ce qui me fait bien rire, c’est les mecs qui font de la compo en beatmaking. Ils vont jouer trois notes pompées sur un son d’Atlanta avec les mêmes schémas mais c’est de la composition donc c’est noble.

T’aimes pas ça donc ?

J’aime leur son mais je n’aime pas qu’on me fasse la morale. Personne n’a jamais rien inventé. Après il y a sampling et sampling. Quand tu vas aller chercher une boucle et que tu la déroules tout au long d’un morceau, c’est vrai que c’est le mec que tu samples qui a fait le taf aussi. Je comparerais ça au collage de photos. On aime ou on n’aime pas mais les mecs prennent plein de photos qui ont été prises par d’autres gens et ils vont en faire quelque chose d’autre qui va raconter une autre histoire. J’assume ce côté-là. Je compose aussi bien que je sample même si c’est vrai que je sample plus. De toute façon, toute la musique que j’aime est basée sur ça aussi.

A terme, tu aspires à composer davantage ? 

Je n’en ressens pas le besoin. J’ai toujours mélangé les deux. Au pire, travailler davantage sur les textures ou la synthèse des deux. Par exemple la techno, il n’y a pas de mélodies ou d’harmonie de dingue. Tout le travail se fait sur la synthèse. C’est une autre manière de composer.

On arrive sur la fin de l’interview. C’est toujours un moment casse-gueule. En quelques mots, tu peux nous dire ce que tu écoutes en ce moment ?

Un truc un peu obscur qui s’appelle Romare. Je réécoute aussi un vieux groupe de punk qui s’appelle GBH. Je n’aimais pas à l’époque et je suis en train de me rappeler pourquoi je n’aime pas (sourire).

Rien à voir mais je voulais en parler avant, je ne comprends pas pourquoi tu cites parfois Amon Tobin comme une influence.

Ben écoute un morceau comme Untitled feat Kid Koala et tu vas comprendre. Je pourrais t’en citer plein. Il y a The Searcher aussi ou Four Mantis.

D’autres morceaux à nous conseiller ?

RJD2Smoke n Mirror
Wax TailorHypnotisis
Sex PistolsStepping Stone

Le mot de la fin?

Merci a toi et au site !! On se reprend une binouse? (rires)

 

About Zayyad

Singe Jaune. Le plus Hip Hop des frères Bogdanoff

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