[Interview] – AP du 113  » Je ne calcule rien, je fais tout au feeling « 

À l’occasion de la sortie de son tout nouveau projet La Laverie, nous avons rencontré AP, membre du 113, pour discuter rap, confinement et business…

Salut AP, très heureux de t’avoir sur LREF ! Tu fais ton grand retour après 12 ans d’absence, pourquoi avoir mis autant de temps à revenir ? 

J’ai réalisé les projets Rim K et j’étais un peu dégouté de l’industrie musicale parce que je connais l’envers du décor. J’ai toujours été autonome et indépendant, c’est pour cela que j’ai décidé de monter ma structure, à savoir La Laverie production. C’était une évidence pour moi de me lancer en indépendance. Depuis la sortie de mon premier projet en solo, j’ai eu le temps de voyager et de profiter. Beaucoup de personnes me demandaient pour quand était prévu le deuxième durant toutes ces années. Je me suis dis qu’il fallait se lancer. 

Pourquoi avoir nommé ton projet “La Laverie” ?

Tout a commencé avec un délire, il y a un an et demi. On était au studio pour que je me remette dans le bain, je n’avais pas pour objectif d’enregistrer un album. Au final, en enregistrant, je me suis rendu compte que j’étais obligé de faire un projet. La laverie c’est un endroit que l’on peut retrouver dans tous les quartiers populaires. Tout le monde a été au moins une fois dans ce lieu. C’est aussi une référence au fait que beaucoup de personnes disent “on va les laver”. Je pense avoir amené cette expression à l’époque de 113

C’est une référence à The Wash de Docteur Dre et Snoop Dog ? 

Beaucoup de personnes sur mes réseaux ont fait référence à ça. Je n’ai pas du tout fait le rapprochement mais oui ça rejoint le concept de laver notre linge en famille. 

C’est le volume 1, une suite est-elle prévue ? 

Pour le volume 1, j’ai enregistré une trentaine de morceaux. J’ai créé ce projet à mon rythme, avec passion et amour de la musique. Je ne me suis pas tué au studio et j’ai pris beaucoup de plaisir. Je l’ai fait pour les personnes qui me suivent depuis le début et ainsi leur ramener un projet de qualité. Le deuxième volume est déjà terminé. Je me vois développer cette série mais différemment par la suite. Le prochain, je le vois davantage comme un album multi-artistes. Sur le premier, l’objectif est de me mettre en avant. Sur le second, il est fort probable que je recule un peu et invite des artistes indépendants de toute la France. 

14 titres composent le projet, est-ce le chiffre idéal pour un album? 

Oui je suis assez d’accord. De base, je voulais partir sur 8 titres pour le projet mais je trouvais que faire mon retour avec aussi peu de morceaux, ce n’était pas très respectueux. C’était difficile de choisir les 14 morceaux finaux. Je n’ai pas voulu faire un album tendance mais seulement m’éclater et prendre du plaisir.

As-tu pour objectif de signer des artistes dans ton label? 

Signer est un grand mot. Aujourd’hui, si tu gères bien tes réseaux, il est très facile de se débrouiller tout seul. En ce moment, je m’occupe d’un mec qui se nomme Dadah, qui est présent sur l’album. Je suis prêt, par le biais de la Laverie, à aider et permettre le développement d’artistes. 

Comment se sont faites les collaborations sur ton projet (DaUzi, 13 Block, Alonzo, Dadah et The S)? 

Tout s’est organisé naturellement. J’avais enregistré tous les morceaux en solo et j’ai par la suite pensé aux personnes que j’aimerais inviter. J’ai voulu créer des surprises sur les featurings. Je pense que la collaboration avec 13 Block est assez inattendue. Dans le rap français tout le monde se connaît, donc forcément c’est simple de se contacter. Une après-midi, j’ai contacté sur les réseaux Zefor pour l’inviter avec Stavo sur le projet. Ce fut très rapide et il y a eu un vrai feeling. J’aime beaucoup ce qu’ils font et je suis content du résultat final. Avec DaUzi, c’est le premier featuring qui a été enregistré. Ça c’est fait de la même manière qu’avec 13 Block, via les réseaux sociaux. DaUzi, c’est un mec comme moi, un passionné de musique. 

Quel impact a eu le confinement sur toi ? 

À la base, je devais sortir La laverie en mars 2020. Le premier confinement m’a déréglé et il a fallu s’adapter comme tout le monde. J’ai pris la décision de laisser passer le temps, pour voir comment ça allait évoluer. Je n’ai pas arrêté de bosser malgré tout. Cette période m’a permis de prendre du recul et de retravailler plusieurs morceaux. Le titre avec 13 Block n’était initialement pas prévu dans la première tracklist par exemple. 

Le morceau avec Alonzo est très dansant, est-ce possible de te voir t’exprimer davantage sur ce genre d’instrumenal à l’avenir ?

Tout dépend de mes humeurs. Avec 113, on s’est fait connaître avec des morceaux grand public. À l’époque le terme “Zumba” n’existait pas. Palette rouge, c’est pour moi un tube. Je voulais me faire plaisir sur ce son. J’avais écrit deux couplets mais je ne trouvais pas un refrain qui collé avec. J’ai directement pensé au fréro Alonzo. Je lui ai envoyé et il a directement kiffé. Il m’a envoyé son couplet et le refrain très rapidement. Toutes les personnes avec qui je taff, sont des amoureux de la musique. Je ne calcule rien, je fais tout au feeling. 

Que penses-tu de la rivalité Paris/Marseille, qui a évolué au fil des années ?

C’est surtout le foot qui a amené cette rivalité je pense. À l’époque avec NTM et IAM, la rivalité arrangeait les maisons de disques parce que ça faisait vendre. Personnellement, j’écoutais les albums d’IAM comme des marseillais écoutaient probablement ceux de NTM, même en cachette (rires). Aujourd’hui, seule la musique s’exprime. Je suis pour ce mélange et l’ouverture d’esprit. 

Tu as pensé quoi du projet 13 Organisé

Jul a fait du gros boulot. Je valide à 100% sa mentalité. Il m’a fait plaisir en invitant des anciens comme Le Rat ou encore Carré Rouge. Tout a commencé avec ces personnes, donc c’est bien de faire apprendre l’histoire du rap aux jeunes par ce biais.

Avec Parole d’homme, tu t’essayes à la Drill.

J’aime tenter de nouvelles choses. Si demain, le rap brésilien devient à la mode, je tenterais de faire quelque chose sur ce genre de prods. Après, il faut tout de même que le rendu soit de qualité. Je n’ai pas fait de la FR drill pour faire de la FR drill. 

Que penses-tu de la Drill française ? 

Il y a de bonnes choses, mais il faut que les mecs arrêtent de rapper comme Pop Smoke, avec les mêmes gestuelles. C’est une sonorité du rap anglais, donc ça me gêne un peu. Après, je ne suis pas contre parce que je fais de la drill sur trois-quatre morceaux dans le projet. Si tu veux utiliser la drill, il faut proposer quelque chose de différent de celle d’origine.

C’est quoi le style AP ? 

Je marche au coup de cœur. Je peux rapper sur un son électro comme sur du zouk. Je ne suis vraiment pas fermé. Je suis un musicien, je m’ouvre à autre chose que le rap. Tous les rappeurs devraient avoir cette idéologie.

Après 20 ans de carrière, quel lien as-tu avec ta communauté ? 

J’ai gardé un lien proche. Sur les réseaux sociaux, je ne m’exprime pas beaucoup car je ne suis pas un influenceur. Malgré tout, j’essaye de donner des informations régulièrement. Après 20 ans de carrière, c’est un plaisir de voir les gens encore te suivre, c’est un honneur. J’espère satisfaire ma communauté avec cet album. Quand je croise des jeunes qui n’étaient même pas né à l’époque de 113 et qui me reconnaissent, c’est une bonne sensation. Ça donne beaucoup de force pour la suite. 

Quel regard as-tu sur la nouvelle génération du rap français ? 

J’aime beaucoup. Cependant, ce sont plus des entrepreneurs. Ils ont beaucoup de talents. J’apprécie énormément 13 Block. Leurs deux derniers albums m’ont mis une claque. Ils proposent un vrai concept et une ambiance. Ils gardent leur ligne de conduite et c’est ça que j’aime. Le morceau Babi est incroyable. No Name c’est une tuerie aussi. J’ai écouté des trucs à lui et il a des métaphores de batard. 

Quelles relations tu gardes avec Mokobé et Rim K ? 

Nous sommes toujours amis. Chacun fait ses projets mais il y a toujours cette alchimie. On est très famille. Personne ne pourra briser notre amitié. Beaucoup de personnes attendent un nouveau projet de notre part et tout cela se réalisera en temps et en heure. C’est dans les tuyaux. On ne veut ni faire un album forcé, ni un album de trop. Le jour où l’on mettra les pieds en studio, ça sera du lourd. 

Comment pourrais-tu définir cette relation artistique avec Rim K ? 

On forme un binôme, nous sommes une seule personne. À l’époque, on faisait des passe-passe et les gens pensaient que c’était une seule et même voix. On a une alchimie, on est comme Walter White et Jesse Pinkman dans Breaking Bad. On est des physiciens (rires). Notre relation ne s’explique pas, tout se passe naturellement. En studio, à tout moment on peut balancer quelque chose d’incroyable sans rien calculer. C’est deux attaquants, comme la MSN avec Messi Neymar et Suarez. À force d’avoir rapper ensemble, on se connaît à la perfection. 

Tu n’as pas eu l’idée de l’inviter sur la Laverie ?

Ne t’inquiète pas, il sera présent sur le volume 2 (rires). 

Pourquoi ne pas avoir collaboré avec Mokobé lors des dernières années ? 

Il est très occupé par ses actions associatives. Il fait beaucoup de bénévolat. Après, je ne pourrais pas répondre à sa place. Il est souvent en studio malgré tout. On est pas à l’abri de recevoir un album de sa part prochainement. Il sera peut-être sur le volume 2 également.

Considères-tu “Les princes de la ville” sorti en 1999, comme un classique du rap français? 

Dire oui serait se jeter des fleurs. Aujourd’hui, le projet à la place qu’il a grâce aux gens. Nous on l’a conçu sans aucun calcul. C’est le public qui a rendu cet album classique. Dj Mehdi a réussi à faire un projet très ouvert et éclectique. Lorsqu’on lance le premier morceau, on a envie de l’écouter en entier. C’est une pierre à l’édifice dans le rap français. Je remercie le public pour cela. 

Quel regard as-tu sur la série Validé, produite par Canal + et Franck Gastambide? 

Franchement, ouais c’est bien. Ça ne me parle pas, il faut des démarrages comme ça pour mettre en avant notre art. Je suis pas dans la polémique, si je ne développe pas dessus, c’est que tu as compris ce que j’en penses (rires). 

C’est quoi tes ambitions pour la suite ? 

J’ai envie de faire une série La laverie. L’idée serait de proposer des épisodes de 15 minutes. Les scènes auront lieu dans une laverie. C’est en cours d’écriture. Je ne serais pas forcément acteur, c’est à voir, je suis encore en pleine réflexion. J’ai envie de laisser une chance aux jeunes qui sont très talentueux. 

Merci pour cette entretien, grosse force à toi pour la sortie du projet !

Merci à vous, grosse force également. J’aime ce que vous proposez, et vous savez de quoi vous parlez, pour l’amour du rap.

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