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[Interview] Caballero x JeanJass : « Si ça ne paye pas, on fera autre chose ».

C’est à l’occasion du concert de Lomepal au Petit Bain le week-end dernier que nous avons pu nous entretenir avec Caballero et Jean Jass, les deux MC belges ayant fait le voyage de Bruxelles jusqu’à Paris pour soutenir leur pote et rapper quelques titres de leurs derniers EP respectifs. L’argent, le public rap, Jul… Entretien plein de lucidité avec deux rappeurs qui gardent la tête sur les épaules.

Salut les gars. Le voyage jusqu’en France s’est bien passé ? J’avais lu dans une interview que vous vous déplaciez en train et en covoiturage. C’est toujours le cas ?

Caballero : Plus en covoiturage qu’en train.

Jean Jass : On a plus ou moins essayé tous les modes de transports existants.

Caballero : Mais celui qui est finalement le plus resté, c’est le covoiturage.

Jean Jass : Quand t’es en petit nombre et que tu n’as pas le permis comme Arthur et moi, c’est la meilleure solution.

Jean Jass, ça me fait penser à ce que tu dis dans le freestyle JJnédit précédant la sortie de ton EP, « souvent mon père me parle de voiture, j’y pense chaque fois qu’il y a du monde à Charleroi Sud ».

Jean Jass : Ça donne une rime drôle, mais en vrai j’aimerais pouvoir rendre service à mes parents, tu vois ce que je veux dire. Donc en vrai il faudrait que je passe mon permis. Mais j’ai déjà la théorie (= le code en Belgique), attention.

Caballero, j’ai écouté ton dernier EP, Le pont de la Reine. Dans le titre éponyme, j’ai l’impression que tu expliques qu’aujourd’hui malgré des couplets d’anthologie, tu n’es pas récompensé financièrement en rapport avec le temps et la sueur que tu as mis dans ta musique.

Caballero : Exactement. Bah en fait avec Pont de la reine, j’ai voulu faire un morceau d’introduction qui explique ma pensée le mieux possible. Premièrement, Pont de la Reine, c’est la traduction littérale de Queensbridge (quartier de New-York). Donc ça parle de ma référence ultime dans le rap, que ce soit au niveau des ambiances, de la musicalité ou des artistes. Je voulais déjà rendre hommage à ça. Après, c’était aussi une grosse métaphore. Une sorte de ligne du temps avec le pont, et la reine qui est ma musique. C’est un peu mon aventure dans la musique. Si on arrive au bout sans que le pont s’effondre, on aura gagné. Et les gens vont kiffer ou pas, mais ce que je dis aussi, c’est que ce n’est pas uniquement Queensbridge comme ambiance. La ligne du temps, elle m’a fait rencontrer d’autres influences, d’autres choses que j’avais envie de tester. C’est pour ça que sur Mérité ou Relax, je me suis un peu écarté de ça. Je le dis dès le premier morceau, comme ça je m’en lave les mains.

Mais du coup, si tu penses ne pas arriver de l’autre côté du pont et réussir, tu penses arrêter le rap ?

Caballero : Bien sûr. Ça c’est sûr et certain. Je pense que les gens doivent vraiment se rendre compte de ça. Je te le dis à toi et il ne faut pas le prendre mal, mais ce n’est même pas une question qu’il faudrait poser au final. Si je ne gagne pas d’argent avec ça, qu’est-ce que tu veux que je fasse d’autre à part arrêter cette activité ?

Tu ne fais que du rap dans ta vie ?

Caballero : Je ne fais que ça. De toute façon, si tu entends autant parler de moi… Si tu fais ce boulot à mi-temps, c’est sûr que tu ne peux pas donner la même énergie. Si déjà en donnant toute ma force, Je n’arrive pas à en vivre, imagine si j’ai un taf à côté…

On entend pourtant certains artistes dire qu’ils cumulent deux activités en même temps.

Caballero : Tu peux. Mais on m’entendra beaucoup moins, on me verra beaucoup moins, j’aurais beaucoup moins le temps de faire des clips. C’est mathématique. Mais c’est bien finalement que tu poses cette question. Car c’est vraiment un truc que les gens devraient avoir en tête. Ils nous voient sur Youtube, etc. Mais nous derrière, c’est la galère. On essaye de survivre comme tout le monde. Ce n’est pas parce qu’il fait beau et qu’on est en Espagne dans un clip (ndlr le clip de Mérité) qu’après je rentre chez moi en Mercedes. Loin de là. Si ça ne paye pas, au bout d’un moment, j’irai faire autre chose. Après ce n’est pas pour ça que j’arrêterais à tout jamais. Mais c’est sûr que tu me verras dix fois moins.

Ce que tu dis, ça me fait aussi penser à ta phase « avant j’avais peur de crier faut de l’argent » de la track Pas De Refrain ». Est-ce que ça rejoint un peu cette idée ? Ton rapport à l’argent a évolué ?

Caballero : Ouais ça a évolué. Avant, j’étais plus naïf. Je me disais que je ne faisais pas ça pour l’argent en vrai, que j’allais juste embellir l’art de la musique. Mais quand ça fait longtemps que tu fais ça, au bout d’un moment…

Jean Jass : Tu pratiques ça comme un métier.

Tu t’es donc lancé dans le rap de façon spontané et un peu naïve, et aujourd’hui, tu découvres le revers de la médaille.

Caballero : Exactement. Au départ, tu te dis que ce n’est pas important l’argent. Mais le temps passe, et tu te dis qu’en fait si, c’est très important.

Jean Jass : C’est aussi important si tu veux un son de bonne qualité.

Caballero : Si tu veux payer un mix, un studio, un ingénieur-son qui vient, un gars qui fait ton clip… Tout est payé dans cette merde.

Jean Jass : Pont de la Reine, on l’a enregistré avec le Seize, et on l’a mixé nous-même. Avec les heures et l’amour qu’on a mis dedans, on a fait ça comme si on faisait un boulot de professionnel. Moi, je passe tellement de temps à enregistrer des gens et à faire des instrus, que si je n’ai pas un minimum de revenus financiers, je vais droit dans le mur. Moi j’ai exactement le même avis que lui sur la question. Après c’est juste que je n’ai pas ressenti le besoin d’en parler.

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