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[Interview] La Canaille : « Quand tu as un projet subversif, il ne faut pas t’attendre à ce qu’on te déroule le tapis rouge. »

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On connaît beaucoup la Canaille par ses disques, mais quel lien conserves-tu avec la scène, avec le live ?
C’est l’essence même de ma musique. C’est-à-dire que si je fais de la musique, ce n’est pas pour le studio. Je kiffe le studio, c’est un exercice de style particulier que j’adore mais la récompense ultime, c’est le live. C’est pour ça que je m’entoure de musiciens. D’ailleurs je me permets de te les nommer, parce que sans eux, il n’y a plus rien : A la basse, c’est Jérôme Boivin a.k.a Pépouse Man. A la batterie, Alexis Bossard et Valentin Durup à la guitare. C’est la toute nouvelle formation qui défend cet album, on s’éclate franchement sur scène. Et je pense que les gens le ressentent. Ce qui prime au-delà de tout c’est de venir partager ça avec les gens.

Dans une interview que tu as récemment donnée à l’Abcdrduson, tu disais n’avoir vendu que 2000 exemplaires de ton premier album « Une goutte de miel dans un litre de plomb ». Comment tu as vécu ça, à l’époque ? C’est le premier album, donc tu ne t’attends à rien. Tu sors et tu sais très bien que ça va être brique par brique. C’était plutôt la première carte de visite pour commencer à tourner. Ça nous a permis de nous structurer, de gagner des grands tremplins, de monter une équipe et de commencer à faire nos premiers concerts sous le nom de la Canaille. Mais je ne fais pas ça pour ça. Je veux dire, on est décontextualisé des ventes. Après, je ne vais pas te mentir. Si on vend, tant mieux parce que c’est de l’autoproduction. Si on vend, on a un peu plus d’argent pour continuer à produire. Ce n’était pas une déception, c’était juste plutôt le premier pied à l’étrier.

Qu’est ce qui a fait qu’au contraire ça a décollé à partir du second album?
D’avoir enchaîné vite le premier et le deuxième, qui a été ensuite relayé par plusieurs moyens de distribution. Ça nous a permis de partir en tournée, de développer des contacts. C’est le premier album qui a servi le deuxième. On capitalise à chaque album, c’est-à-dire que, fort de ce qu’on a fait, on passe un cap au-dessus et on monte une marche.

Vous aviez une visée particulière pour « la Nausée » ?
Clairement. Si tu écoutes le premier album Une goutte de miel dans un litre de plomb, la direction artistique est plutôt orientale, un peu électro avec un soupçon de rock. Le deuxième album est clairement hip-hop/rock. Et puis ce troisième album, j’avais envie de beaucoup moins de guitare, de plus d’électro et j’avais envie qu’il soit un peu plus dur. Parce que je considère que la situation au niveau social, ma situation personnelle au niveau de l’indépendance, ça se durcit de plus en plus. Je me disais que je ne pouvais pas me placer de manière décontextualisée. Il fallait que je colle à cette réalité. Et donc forcément, ce n’est pas la joie quoi.

C’est un univers que tu avais déjà ébauché avec le morceau « Trois Lettres » dans ton second album.
Exactement. Et dans mon écriture, c’est la première fois que j’utilisais la prose. Dans le son on est devenu plus minimaliste, plus électronique et moins de guitare saturée. Même si sur Omar il y a quand même Serge Teyssot-Gay qui arrive et qui pose une guitare saturée de ouf mais parce qu’elle avait un sens. Dans mon écriture je voulais aussi évoluer parce que sinon je me répète avec les mêmes vieilles recettes et je n’ai pas envie. Je voulais tester la prose parce qu’entre le premier et le deuxième album, j’ai fait un opérap qui s’appelle« Ici, au bout de la chaîne. » C’est un long poème écrit en prose. Pas de rimes, pas de machins… C’est une autre forme d’expression, ça permet aussi de toucher ailleurs, de choisir des mots autrement que par juste la sonorité qui doit tomber au bout de la rime, sur la caisse claire ou sur les contretemps. Et c’est vrai qu’au bout d’un moment, ça me fatigue de trop utiliser la rime. Parce qu’au final, tu te dis « Bah merde, j’suis en train de bloquer la pensée juste parce que je n’ai pas de rime en –ascion » Qu’est-ce qu’on en a à foutre, de la rime en –ascion. Moi, ma pensée elle doit dérouler. Donc si je n’ai pas de rime en –ascion mais que j’ai un autre mot juste qui est pour moi cohérent dans le cheminement de ma pensée, j’utilise ce mot là et puis c’est tout quoi. Qu’est-ce que j’en ai à foutre, de –ascion ». [il rit] Je ne dis pas pour autant que je vais délaisser la rime. Non. J’aime bien jouer de temps en temps avec. C’est-à-dire que quand elle est là, naturelle, je l’emploie mais je vais pas en faire un espèce de sacerdoce. Si elle n’est pas là parce qu’elle n’a pas de sens, j’en ai rien à foutre, je ne la mets pas.

Est-ce que tu trouves que le paysage social a changé, depuis le premier album ?
Ça s’est durci. Ce que je constate c’est que pour les classes populaires, c’est de plus en plus dur. C’est de plus en plus dur de trouver un taf, de garder un taf, de remplir son frigo, de vivre la musique, c’est de plus en plus dur de porter l’éthique plus haute que le fric. Je vis ça comme une guerre à tous les niveaux, comme une guerre qui est sournoise. Une guerre vicieuse. Une guerre silencieuse mais qui fait énormément de bruit. Je trouve que pour les classes populaires, c’est vraiment très dur. Ma mère est à l’usine, j’ai vécu dans un quartier, tous mes potes galèrent. Voilà, c’est une espèce de rouleau compresseur qui est en train de dérouler lentement mais surement. Maintenant ce que je constate c’est que depuis c’est 6 ans, ça n’a fait qu’aller dans le mauvais sens.

Du coup, sur un ton plus léger, est-ce que tu écoutes encore d’autres rappeurs ? Est-ce que tu t’intéresses encore à la scène rap ?
Bah ouais, carrément ! J’écoute tout, mec ! J’écoute tout, même de manière générale, plein de styles différents. Mais en peura forcément, j’écoute tout ce qui sort.

Il y a quelques sons qui t’ont particulièrement marqués ?
Les plumes que je kiffe, ce sont celles de Rocé, Lucio Bukowski, de Virus. C’est la plume de Billie Brelok, c’était la plume de La Rumeur sur leur trois premiers maxis. Sans surprise, ce sont les MCs qui sont super exigeants avec leurs plumes, qui ont une direction poétique, subversive et caustique.

On a une affection particulière sur Le Rap en France, pour Lucio Bukowski, qui nous a livré tout au long de l’année des projets de très bonne facture.
Bah on va faire un titre ensemble, là du coup !

Ça promet ! D’ailleurs, ça va se faire également, ce fameux feat avec Virus et Billie brelok ?
Oui parce qu’en fait je suis en train de préparer un maxi. Je n’ai jamais collaboré avec des MCs français. Mes collaborations à chaque fois, c’était des MCs américains et j’ai envie de montrer un peu aux gens ma famille rapologique. Alors forcément, dans les plumes émergentes, il y a des gars comme Virus, Lucio ou des meufs comme Billie Brelok. Mon kif, ce serait de faire un morceau avec Rocé, je ne sais pas si ça pourra se faire mais j’aimerais franchement bien collaborer. Je pense que les gens se retrouveraient bien dedans, qu’ils se disent un peu « Voilà, la Canaille/Rocé, ça va causer. »

About Matthias Girardeau-Bourmaud

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