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[Interview] Chanje : « Je ne rentre dans aucune case »

Pour la sortie de son premier EP ONI, le 25 mai, nous avons rencontré le rappeur Chanje, petite pépite parisienne, qui nous avait fait tendre l’oreille…

Chanje, c’est un rappeur/chanteur, de l’ouest Parisien, qui commence à faire un peu de bruit dans la scène du rap parisien. D’abord membre de l’Objectik Crew, Chanje a commencé à se faire un nom en signant chez Artichaut Records et en postant sur YouTube plusieurs freestyles (dont l’un avec le beatboxer MB14, vu dans The Voice) sur des prods du beatmaker Herman Shank. Kickeur fan de mélodies, le rappeur s’est construit un univers artistique assez rapidement malgré son jeune âge.  A l’occasion de la sortie de son EP ONI, nous l’avons rencontré pour une petite entrevue…

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Pourquoi « Chanje » ?

Pour la musique de Tupac, Change . Il n’y a pas d’explications philosophiques compliqués, ça vient après ça, pour justifier… Mais en fait, c’est juste pour le morceau Change de Tupac.

Et donc pourquoi un -J ?

Tout simplement pour les réseaux sociaux, pour le référencement. Pour que ce soit plus facile à trouver pour les gens. Et puis, en vrai, c’est beau, ça rend bien à voir, visuellement. C’est pas une histoire de ouf…

Alors, qu’est ce que c’est « Objectik Crew » (à voir ICI) ? C’est fini ?

Non, c’est jamais fini ! C’est juste qu’avec, Diez, mon gars sûr d’Objectik, on voulait commencer à créer nos univers personnels, à développer nos propres identités, artistiquement parlant… Mais, c’est encore mon frère, on fait tout ensemble, il est présent sur tous les concerts, il est toujours là. On voulait juste se prouver à nous même qu’on est capable de faire des trucs seuls, d’avancer de notre côté, et de voir ce qu’on vaut tout seul. Mais pas de drames, on écrit toujours ensemble, on  produit encore des sons OBJ. Il n’y a pas eu de séparation à la Lunatic, c’est encore mon reuf.

Comment s’est passé la connexion avec Berywam / MB14 ?

Bah en fait, j’avais un ami qui avait fait la finale de The Voice, la même année que MB14. Un jour, je suis allé manger avec mon ami, et MB14 était là, du coup on a commencé à parler. On a accroché tout de suite, artistiquement, humainement, on a dû passer 3-4h à freestyler ensemble à 2h du mat’ devant un hôtel. C’est vraiment un très très bon ami. A l’époque, je connaissais même pas mon manager, ni Artichaut Records, ou quoi. Je pensais même pas me lancer en solo, ou dans la musique. Enfin si, je le pensais, mais j’avais juste pas les couilles de le faire. C’est lui qui m’a poussé…
Et suite à ça, j’ai rencontré Berywam. Mais je suis vraiment plus proche de MB14, Berywam je les connais pour la première partie que j’ai faite pour eux….

On a regardé un peu ton Instagram (ICI), et on voulait savoir d’où venait ton inspiration pour tes hashtags ?

Ahaha, on se fait plaisir, on rigole. En fait, je suis pas sur Instagram depuis super longtemps. Et un jour, je parlais avec une pote, qui est à fond sur Insta et qui m’a dit que les hashtags, c’était vraiment efficace. Du coup, j’ai suivi son conseil et j’ai mis #rapper #rapperlife et je me suis dit « Wow, ça fait sérieux, ça fait vraiment le mec qui fait genre » et du coup, j’ai voulu rendre ça plus drôle, pour déconner. Mais c’est golri, instagram, moi ça me fait rire les hashtags. C’est Booba, un peu, qui a lancé cette mode du hashtag golri.

C’est assez facile de te rapprocher de toute la tendance rappeur blanc, avec des textes assez écrits et des références japonaises, comme Tengo John… Comment tu te places face à ça ?

Déjà, je pense qu’on exploite pas les mêmes références à la culture japonaise, au coté japonais. Bah tu vois par exemple, dans l’EP, il n’y a aucune référence à aucun manga. Je suis vraiment fan de la culture, mais pas forcément des mangas en fait. Tout le côté musical, littéraire, artistique et surtout mythologique m’intéresse, mais je suis pas trop dans le délire manga, même si j’en lis pour mon plaisir, bien sûr. Donc forcément, la culture japonaise, c’était une inspiration, mais c’était pas pour faire genre « Téma, j’mets des mangas là, j’fais une référence ici, … ». Une référence de temps en temps, ça peut aller, mais c’est pas intéressant tout seul. L’influence japonaise sur cet EP, c’était plus une base, une influence philosophique. Après, qu’on me compare à des mecs comme Tengo John, c’est flatteur, il rappe bien, mais je pense pas qu’on soit dans le même délire. Après ouais, je sais qu’il y a ce truc avec les rappeurs babtous, mais je me différencie un peu du truc déjà, avec les parties plus chantées, par exemple. J’ai eu des influences super variées, dans le chant également. D’ailleurs en ce moment chez moi, ça écoute du Naps et Soolking, nan mieux, du Timal, qui est trop chaud ! Il y a aussi le dernier album de Niro qui est ouf. Je comprends qu’on l’on me mette dans cette veine de rappeurs, et c’est aussi un honneur, parce qu’ils sont super bons, mais moi je me met pas dans des cases. Je fais mon truc de mon côté, avec ce que j’aime, mais c’est tout. D’ailleurs, je vais pas faire la même chose tout le temps, je vais pas faire 8 albums sur le Japon, par exemple !

Tu parles de tes influences musicales, avec Timal et Niro…

Timal, au départ, j’écoutais pas de ouf, mais en soirée, avec mes potes, on met pas du Earth, Wind and Fire en soirée, on change et c’est tout le temps du Timal et 4keus en ce moment. Par contre, Niro, sans mentir, c’est l’un de mes rappeurs préférés, il est trop puissant. Depuis l’album Les Autres, et surtout le titre Oxymore, il m’a tué. Il est capable de tout faire, genre un morceau comme Sors de ma Tête, en mode super doux, une chanson d’amour magnifique, juste trop bien écrite, et des morceaux comme un GTA, un Viva Street… Il est tellement polyvalent, tout en restant dans son style, c’est incroyable.

Donc sur cet EP, il y a 4 morceaux, 2 très rap et 2 plutôt chantés. Est-ce que c’est calculé pour toucher le maximum de gens, ou c’est juste ce que tu voulais, musicalement parlant ?

Alors non, je ne me suis pas forcé à essayer différents trucs, juste pour expérimenter. Et d’ailleurs, il faut savoir que moi, dans l’écriture, je ne suis pas capable de me forcer. Moi, j’écris juste comme ça me vient. Et pour moi, le rap et le chant, ça vient pareil, c’est un peu la même chose, le même procédé créatif. Je me dit pas « là, j’vais rapper, là j’vais chanter », il y a aucun calcul. Ce que j’écris en rap, je pourrais le chanter et vice-versa. Après, c’est juste au feeling, ce qui passe le mieux. Du coup, pour l’EP, c’est juste en fonction de l’instru et de ce que je voulais dégager, à partir d’une mélodie. Le morceau 8 bits n’aurait pas du tout été le même morceau si j’avais chanté dessus, il n’y aurait pas eu l’impact « violent » que je voulais. Et, le morceau Safe/Haïku, avec MB14, sans le côté chanté, il aurait été beaucoup moins doux, enfin je pense.

Pourquoi le titre Safe/Haiku ?

Je ne vais pas mentir, c’est juste que je ne trouvais pas comment l’appeler, je pouvais pas choisir entre les deux. Je suis vraiment dans le feeling, dans le ressenti, du coup, il y a deux explications à ce titre. Pour « Haiku », dans le ressenti, ça m’a fait penser à un petit poème tout doux. Et puis, il n’y a pas énormément de rimes à proprement parler, comme dans un haïku. Et « Safe », parce que dans un autre titre, Fucked up, je dis « heureusement que j’ai gratté Safe/Haïku, quand j’y pense, j’ai pu si peur qu’on m’interne ». Quand j’ai gratté ce son, ça m’a fait tellement du bien, j’étais dans ma petite bulle, donc « Safe », c’est vraiment pour moi, ce que j’ai ressenti à l’écriture du titre.

Il y a une vraie mélancolie qui se dégage de cet EP, sauf peut-être pour 8 bits

Ouais, enfin si, surtout 8 bits en fait ! Je crois que c’est le son le plus mélancolique que j’ai fait ! Pour moi, l’écriture, c’est un exutoire. Et c’est vrai que j’ai un peu de mal à écrire des trucs, genre tout va bien. J’ai du mal, alors que dans la vie, ça va tranquille tu vois. Mais, mon écriture, elle est assez cathartique, ça me permet de dégager des trucs, et notamment la mélancolie. Après, on a tous vécu des galères. Je les ai eus, je les ai écrits, et voilà. Je me dit, si ça peut aider des gars, des gens, ou même des tipeu, qui, comme moi écoutent de la musique qui racontent leurs galères, bah c’est cool aussi. Je suis sûr à 10 000% que ce qui me touche, peut toucher d’autres gens…

Récemment, on a publié un dossier sur le site, sur le taboo de santé mentale dans le rap français et ton EP est assez ouvert sur ce côté-là, de la souffrance psychologique un peu… Est-ce que les Onis (démons japonais), ce sont aussi tes démons intérieurs ? Est-ce que c’est une question qui te touche toi dans le rap ?

C’est une question super intéressante. Je suis vraiment touché par cette question, ça me tient à cœur. Avec ONI, j’ai essayé d’introduire mon univers, et il se compose de ce que je suis, alors oui forcément, Oni ce sont mes démons personnels. Mais, c’est surtout sur le fait de les accepter. Un démon, ce n’est un démon que si tu l’appelles comme ça. Quoiqu’il se passe, c’est en toi, c’est une partie de toi. On ne peut rien y faire, alors autant l’aimer et savoir pourquoi cette partie est là. Je pense que je peux le dire, c’est assez clair, j’ai eu des galères de ce côté-là.  Et donc oui, forcément, avec la référence aux Onis, c’était pour évoquer la santé mentale. Et d’ailleurs, je vais sûrement développer ce côté-là dans le prochain projet, justement.

Et donc pour finir, quelle est la suite ?

La suite, c’est un prochain projet. Plus long, forcément. 4 titres, c’est court, c’était surtout pour créer un vrai univers et c’était un exercice assez compliqué, de faire un truc aussi court. Donc, on va essayer de faire un projet plus long, plus développé, pour rentrer plus en détails dans mon univers. Quand tu es jeune, c’est un peu dur de se forger une identité, de se trouver musicalement et lyricalement, alors maintenant que je commence à bien cerner tout ça, à avoir ma patte (au moins, j’espère), on va essayer de développer le truc. On va gratter et produire avec mon gars Herman Shank, tout ça pour 2019. En attendant, après les clips de Safe/Haïku et 8 bits, il va y avoir les clips des deux autres morceaux à la rentrée. On clippe tout pour justement bien présenter tout mon univers et mon point de vue artistique.

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