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[Interview] De Black Sam à Saint Laurent, entretien avec l’ex-membre de BPM

Le 15 décembre dernier, Saint Laurent partageait pour la première fois son EP Amour Propre sur sa page Facebook. Ce fût la première, et ce sera sans doute la dernière : adepte du less is more, celui qui se faisait appelé Black Sam à ses débuts préfère que les gens découvrent son projet au détour de leurs pérégrinations sur internet plutôt que grâce à une communication agressive. Question de point de vue. Après avoir fait ses armes aux côtés de Bhati et Mothas la Mascarade au sein du groupe BPM, Saint Laurent a décidé de se lancer en solo. Rencontre avec un rappeur qui ne se pose plus aucune limite.

Avant tu t’appelais Black Sam, et désormais c’est Saint Laurent. Pourquoi ce changement de blaze ?

Bah à l’époque j’avais choisi Black Sam un peu par défaut, même si ça me correspondait bien. C’était par rapport à Black Samouraï. Mais quand il y a eu un peu d’engouement, je n’étais pas totalement satisfait du nom. Et changer de nom, c’était aussi une façon de dire que je passais à autre chose.

Tu t’es notamment fait connaître via le groupe BPM. Existe-t-il toujours ?

Non je ne pense pas. Mais il y a quand même des chances qu’on refasse des sons ensemble. Ça s’est terminé comme ça avait commencé : de façon spontanée. On s’est rendu compte que l’on ne voyait pas les choses de la même façon.

Mais il n’y a pas d’embrouilles.

Non, absolument pas. On a juste des envies différentes. Rien que pour le projet Allez leur dire, quand on se voyait et qu’on devait faire des morceaux, il y avait toujours plein de débats sur le choix des instrus, sur les thèmes… Après le fait que l’on soit tous les trois différents, c’était cool parce que ça faisait un bon cocktail. Mais il n’y aura plus de projet commun.

Vous ferez simplement des apparitions sur les projets des uns et des autres.

C’est ça. Là par exemple, je sais que Bhati prépare un projet. Par contre je ne serais pas dessus.

Et Mothas, t’as des nouvelles ? Il fait toujours du son ?

Je crois qu’il en fait beaucoup moins. Ça a toujours été un ami à moi, donc quand on se voit c’est en mode pote. Mais de nous trois, c’est lui qui s’est le plus détaché de la musique.

Beaucoup de monde t’a découvert avec la Grünt 3. Comment t’analyse ton parcours depuis ?

J’avais fait un premier projet à l’époque, qui n’est jamais sorti. Il devait sortir avant le projet avec BPM. Un seul son en est sorti, Hank, avec Billybud à la prod. C’était un projet un peu dans cette couleur-là. Mais j’ai eu plein de galères de mix et de mastering. Du coup il n’est jamais sorti.

Est-ce qu’il sortira un jour ?

Peut-être… Je dirais que c’est un truc qui date de 2010, et les gens en feront ce qu’ils voudront. Mais à l’époque je faisais plein de choses à côté, et à un moment il a fallu faire des choix. Et ces choses à côté sont passées avant le rap. Mais c’est vraiment sans regret : on va sûrement en parler après, mais ce nouveau projet je l’ai fait dans un nouvel état d’esprit, où je ne me prends vraiment plus la tête, où je fais du son sans aucun calcul. J’adore la musique, et je pense que je n’arrêterais jamais. D’ailleurs en ce moment je suis dans une très bonne vibe. Ce qui est marrant c’est que les gens ne me voient pas comme ils me voyaient avant, musicalement parlant. Et au final, ça me fait plaisir.

C’est ce que tu voulais.

Oui, en quelque sorte. Là je suis vraiment moi-même, et tout ce que je fais, que ce soit tordu ou du troisième degré, je l’assume à 100 %.

Pour en revenir vite fait à la Grünt 3, est-ce que t’as des nouvelles de L’Etrange ou pas ?

Oula… Je serais prêt à mettre un billet pour qu’on me donne des nouvelles de L’Etrange ! Non j’ai aucune nouvelle, même pas de retour de personnes. Fidèle à lui-même, comme son nom l’indique… (Rires) Mais très bonne énergie. Il est très particulier, mais en même il a vraiment ce côté un peu pur. Il est très en phase, très hip-hop, très pur. Je suis content de l’avoir rencontré, c’est une très bonne personne. Et je pense que tout le monde pourra te dire la même chose.

Eff Gee, que l’on a rencontré pour Le Rap en France, nous a dit qu’il le considérait comme le meilleur rappeur français.

Bah moi quand je l’ai rencontré j’étais dans un parc avec un pote, dans le 13ème. On buvait des bières, et L’Etrange est arrivé. Il était en pantoufles, il avait une dégaine qui ne ressemblait à rien. Il s’est rapproché de nous, et il a commencé à rapper : on était sur le cul, on ne parlait plus. Quand il a commencé à faire de l’impro, c’était encore pire.

Il avait d’ailleurs fait un peu d’impro dans votre Grünt.

C’était très poétique, très imagé, très coloré… Et au niveau des textes, bah rien à dire. Très avant-gardiste, comme tous les mecs de Cas de Conscience. Que ce soit au niveau des placements, du multi-syllabique, du fond, de la forme… Tout ce qui sort maintenant, c’est un peu la relève de ces mecs-là. À Paris, c’étaient eux les pionniers de ce style-là. Espieem l’a d’ailleurs toujours. Il a évolué, et au passage j’ai trouvé son album excellent. Mais il a gardé ce truc de kickeur.

T’es encore en contact avec lui ?

Je le vois dans quelques événements, mais juste comme ça. Mais c’est une micro-sphère, tout le monde se connaît, tout le monde se respecte plus ou moins, on s’apporte plus ou moins de la force, donc c’est cool. On se connaît tous depuis pas mal d’années maintenant. 1995 par exemple, la première fois que je les ai vus, ils s’appelaient encore le POS Crew, et c’était à un open-mic de Zoxea au 104. Il y avait tout le monde : des gens de L’Entourage, la MZ… On était tous là. Et c’est fou de voir qu’aujourd’hui tout le monde a plus ou moins continué. Moi ça me fait ultra plaisir de voir l’ampleur que ça a pris. Que ce n’était pas rien, et que les gens qui étaient là étaient bons.

Parlons un peu de ton EP. Tu l’as sorti en septembre, sans l’avoir du tout teasé.

Yes. Et je l’ai partagé qu’une seule fois, et je pense que ça sera la dernière.

Tu es donc un adepte du less is more.

Exactement. Sans en faire trop. Le clip aussi je l’ai partagé qu’une fois.

Ça sera ta façon de faire désormais ?

Je pense ouais. Je n’ai pas envie que les gens viennent parce que BPM, parce que ceci ou cela. Je vais faire ça en mode deep, j’aime cet esprit-là.

C’est en voyant Drake et Asap Rocky sortir des albums surprises que ça t’a donné envie de le faire ou pas du tout ?

Non, pas du tout. Eux, ce sont des artistes mainstream. Moi ceux que j’écoute, la plupart ne sont pas très connus. Et j’aime bien ce côté un peu deep, où tu dois chercher un peu pour tomber dessus.

L’EP s’appelle Amour Propre. Est-ce que tu peux expliquer pourquoi ?

Pour moi, l’amour propre c’est quelque chose qui revient souvent dans mes réflexions. On ne s’en rend pas forcément compte, mais on agit souvent en fonction de notre amour propre. Est-ce que c’est bien, est-ce que ça ne l’est pas, est-ce qu’il faut le contrôler, le mettre de côté… Je termine l’EP avec un extrait de Pulp Fiction. J’ai bien aimé cet extrait où ils parlent de l’amour propre comme quelque chose qui peut te nuire, comme te permettre de te dépasser. C’est un combat avec soi-même.

Côté prods, ça change beaucoup de ce que tu faisais avant. Pourquoi ce changement ?

Franchement, ça s’est fait naturellement. C’est un style que j’aimais déjà beaucoup avant, mais comme j’étais avec BPM, il fallait faire des concessions. Mothas est très boom-bap. Moi aussi j’adore, mais dès le départ, j’ai été attiré par d’autres styles. Maintenant que je suis en solo, je n’ai plus aucune barrière. Je ne veux plus rentrer dans un truc précis, ou faire plaisir à untel ou untel. Je veux juste me faire plaisir à moi.

La trap, c’est ce vers quoi tu vas tendre en termes de musicalité ?

Si ça se trouve dans deux semaines je vais sortir un solo de piano… Je ne fais pas de la trap, je fais de la musique. Je ne veux rentrer dans aucune case. Broly, qui est très trap, je le prends simplement comme un exercice de style.

L’EP est extrêmement bien produit. Tu l’as bossé au DOJO de la 75e session c’est bien ça ?

En partie. Mon directeur artistique, on va dire que c’est Billybud. Il y a aussi Sheldon qui a été mon ingé-son.

C’était quoi son rôle à Sheldon ? Un directeur artistique bis ?

C’est un pote, tout simplement. C’est avec lui que je suis en studio. On reçoit soit des prods de Billybud, de lui, ou des faces B, et lui il va m’aiguiller. Il m’a beaucoup boosté. Musicalement, c’est vraiment une personne qui m’a donné beaucoup de force. C’est quelqu’un qui, quand tu vas être un peu mou, il te pousse à ne pas te relâcher. Et c’est aussi un putain d’ingé-son. En 2 ou 3 ans, il a pris un level monstre. En prod, c’est la même.

À un moment, tu dis « j’ai pas signé chez Believe mais je fly quand même ». Pourquoi cette phase ? T’as une dent contre ce distributeur ?

Non, pas du tout. C’est juste une phase jeu de mot, en mode I believe i can fly. Mais je ne suis pas du tout dans le délire fuck l’indé, je m’en fous. C’était juste un jeu de mot.

Sur cet EP, on a l’impression que tu es plus résigné qu’avant. Est-ce que je me trompe ?

Non. Mais je pense que je suis plus moi tout simplement. Mais je vais pousser le délire encore plus à fond sur les prochains projets.

Tu parles beaucoup de Jägermeister. C’est ton alcool préféré ?

Oui, j’avoue que c’est un peu redondant. Il y en a qui parlent de weed, moi je parle de Jäger. J’ai découvert ça il y a un an ou deux, et depuis, c’est mon truc fort.

Tu conseillerais de le mélanger avec quoi ?

Tu peux le boire pur quand c’est frais, sinon avec du Red Bull. Mais quand c’est frais, pur, ça se sirote très facilement. Ça passe très bien tout seul.

Tu as un son qui s’appelle Betty Boops. Qu’est-ce qui est plus important pour toi : une belle poitrine ou une belle paire de fesses ?

Bonne question… En vrai, si je devais choisir, je dirais une belle paire de fesses. Mais une belle paire de seins, ça fait toujours plaisir. Par contre c’est plus rare. Et puis les fesses, tu peux les travailler, tu peux rattraper le coup au cas où. Alors que les seins, non.

Pourquoi avoir clippé uniquement ce morceau ?

C’est Billybud qui m’a poussé à le faire. Pour moi, c’est le son le plus WTF que j’ai fait. Et on s’est dit, tant qu’à faire, on met tout dedans, et on clippe le truc. On a assumé le délire à fond. J’avais un peu de mal à assumer au début, mais finalement je me suis dit que c’était des barres. Les gens le prendront comme ils veulent. C’est à la fois du second degré, et en même temps un peu ce que je pense.

Est-ce qu’il va y avoir d’autres clips issus du projet ?

Non. J’ai fait un autre clip, mais finalement je ne vais pas le sortir. Je préfère passer directement à autre chose.

Du coup la suite c’est pour quand ? T’as pas déjà une date de sortie en tête ?

Non. De toute façon, le délire de donner des dates me saoule un peu. Je comprends que ce soit nécessaire quand c’est ton job, quand t’aspires à vendre. Mais moi comme je n’en ai rien à foutre et que je fais ma musique pour moi, j’ai pas besoin de faire ça.

On en a déjà un peu parlé tout à l’heure, mais dans la bonus track, il y a un extrait de Pulp Fiction. Est-ce que tu peux expliquer ce choix ?

Déjà, Pulp Fiction, c’est mon film préféré. C’est l’un des rares films que j’ai vu plus de 20 fois. Pour moi, toutes les scènes sont classiques, le jeu des acteurs est parfait… Et puis cette scène que l’on entend dans la bonus track, elle m’a bluffé. Butch, c’est un boxeur, comme moi. Et cette métaphore du boxeur qui doit se coucher ou non contre de l’argent, elle est juste parfaite. De toute façon les dialogues de Tarantino sont toujours super biens. C’est un punchlineur.

Dernière question : est-ce que tu vis uniquement de la musique ?

Non. Si je vivais de la musique, je pense que je serais dans le métro en train de jouer de la guitare… Non, j’ai un taf à côté qui me prend énormément de temps. Je me suis posé la question à un moment de savoir si j’étais prêt à tout sacrifier pour la musique. Mais je viens d’un milieu, et j’ai une éducation qui font que je ne peux pas me permettre d’avoir autant d’incertitudes. Par contre quand je vois ceux qui ont commencé en même temps que moi et qui réussissent aujourd’hui, je trouve ça génial. Je me dis que ces mecs ont eu beaucoup plus de couilles que moi, et je respecte ça à 100 %. Après moi je ne regrette rien. J’ai fait ce que j’avais à faire professionnellement parlant pour être suffisamment à l’abri. Et maintenant je peux me faire plaisir.

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