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[Interview] DJ Blaiz’ : « Je valide tout genre musical tant que c’est bien fait. »

Le Jeudi 4 Juin se déroulait le quart de finale de Roland-Garros: Djokovic-Nadal. Un tableau digne d’une finale, en somme. Sauf que DJ Blaiz, cela faisait deux mois que je le démarchais pour une interview, et j’en avais enfin l’occasion. Le choix a été difficile mais avec un peu de réflexion, il s’est imposé: c’était maintenant ou jamais. Je suis donc allé lui rendre visite dans son appartement à Odéon, et c’est avec plaisir que j’ai rencontré un jeune homme humble et réaliste, passionné par un mouvement hip-hop qu’il défend ardemment, et qui passe facilement du coq à l’âne. Avec lui, j’ai réalisé une vraie discussion, plus qu’une simple entrevue. C’est donc autour d’un verre de rhum et dans la bonne humeur que j’ai pu m’entretenir avec ce grand monsieur… et tout ça devant le match de tennis tant convoité. What else ?

Quels ont été les choix décisifs dans ta vie, et dans ta carrière, qui t’ont amené là où tu en es aujourd’hui ?
Déjà, de bouger sur Panam. Je suis normand à la base, donc venir habiter à Paris pour faire du son fait partie des choix importants.

Beaucoup moins de connexions pouvaient se faire là-bas, au niveau musical ?
Par rapport à la musique, c’est évident. Ici, si on m’appelle pour une radio, j’y suis en vingt minutes, je n’ai pas besoin de prendre ma journée pour venir à Paris. C’est rapide, tout se fait facilement. Un rendez-vous distribution ? Tu m’appelles la veille et je viens, c’est beaucoup plus facile.

Et tu n’aurais pas kiffé, au contraire, rester en Normandie et développer le rap là-bas, histoire de placer la région sur la carte du rap français ?
C’est déjà placé, quand même. Médine a déjà fait le boulot, Orelsan également, même si lui il vient de Basse-Normandie. En ce moment, Vîrus est entrain de faire le taff à Rouen. En fait, je pense que c’est plus facile de faire ça dans l’autre sens: si jamais j’étais amené à revenir là-bas pour la musique, je préfère avoir le poids et l’expérience que j’ai maintenant pour l’importer ensuite, plutôt que d’essayer de créer quelque chose là-bas et d’arriver sur Paris pour me rendre compte que ça ne fonctionne pas. Je préfère aller voir là où ça marche déjà pour ensuite l’importer, ouais. Même pas forcément en Normandie, n’importe où.

Oui, tu prends tes contacts ici, et ensuite tu vas voir si tu peux les mettre à profit ailleurs.
Pourquoi pas ! Ça n’a pas été calculé comme ça à la base, mais si ça peut se faire, c’est top. Je trouve ça plus logique que ça se fasse dans ce sens plutôt que dans l’autre. Creuser mon trou là-bas et me rendre compte qu’en fait ça marche pas… C’est pas cool ça. Bon après, c’est la vie: si ça n’avait pas marché, j’aurais arrêté.

 Est-ce que tu as toujours eu envie de devenir DJ et…
Ouais !

[rires] J’ai même pas eu le temps de finir ma question, tu as été catégorique ! Ça a vraiment toujours été ton but ?
Là, je me pose même pas la question. J’ai toujours eu cette envie. Professionnellement j’en sais rien, mais kiffer les platines, oui, c’est sûr. J’ai aimé ça des années avant d’en avoir. Pourtant, j’en ai eu à 14 piges !

Et au final tu en as fait ton métier. Quelles ont été les étapes qui t’y ont propulsé ?
Si je suis monté sur Paris, au départ, c’est pour faire une école d’ingé son, travailler en studio, apprendre le métier. DJ, je faisais ça sur le côté, je fais du scratch dans ma chambre depuis que j’ai 14 ans parce que j’aime ça.

Elles sont où tes platines là ? Je veux une démo !
J’en n’ai plus là malheureusement. Si le biff revient un peu, ça sera mon prochain investissement.

Et à quel moment tu t’es dit que tu allais faire des prods ? Quel a été ton premier logiciel ?
Bon déjà, je fais pas de beats [rires]. J’ai fait un beat dance hall un jour il y a presque dix ans. En revanche, mon premier logiciel de mixage c’était ProTools et je l’utilise encore carrément maintenant. C’est mon logiciel de studio, d’ailleurs c’est le logiciel de trois-quarts des studios. J’ai poncé des heures interminables là dessus et maintenant je le connais très bien. Je l’ai vraiment pratiqué.

Est-ce que tu arrives à en vivre décemment ?
 « Décemment », c’est un grand mot… Ouais, décemment. Enfin, pas indécemment on va dire ! Je ne paye pas encore l’ISF tu vois, mais comme je n’ai pas non plus de grandes responsabilités, je n’ai pas de marmots, pas de loyer, j’arrive à bien en vivre, oui. Je ne roule pas sur l’or, mais ça commence à devenir raisonnable.

Surtout grâce au deuxième volume ? Plus qu’avec le premier ?
 En fait, ce n’est pas tant le CD qui me ramène du biff, ce sont les concerts. Les concerts en vrai, ils n’ont rien à voir avec Appelle-Moi MC, vu que ça a commencé avec la tournée de Flynt, que j’ai commencée avant même d’entamer la réalisation du volume 2. On a fait une cinquantaine de dates, voire même soixante. Je ne prends pas d’énormes cachets, mais au moins j’ai des fiches de paye. Si je voulais des bons cachets, je ne déclarerai pas mes fiches de paye et je prendrai deux fois plus, vu que la moitié de ce que je déclare part dans les charges. Ça casse un peu les couilles, mais au moins c’est carré.

Quels sont les DJs, les producteurs qui t’inspirent le plus ?
Et bien, beaucoup de mecs que je connais, surtout. Des gars comme C2C. DJ Phel, c’est un poto, c’est quelqu’un qui m’a toujours bousillé quand j’allais chez lui. On se posait là-bas, on faisait du scratch ensemble, moi je m’arrêtais au bout de 5 minutes et je le regardais scratcher. Des mecs comme DJ RH aussi. Après, y’a les légendes cainries, les Premier, les Craze, même Cut Killer.

Tu as déjà rencontré Cut Killer ?
Oui deux ou trois fois, mais ce n’est pas mon bête de pote si tu veux. C’est quelqu’un que je ne connais pas très bien, mais que j’estime énormément. DJ Abdel pareil.

DJ Mehdi aussi. Rest in peace.
Mehdi oui, bien sûr. Un beatmaker de légende. Après dans les actuels que je kiff, tous ceux que j’ai invités: Nodey, Mani Deïz, tous mes potos quoi. Nizi aussi, Kidz Of Crackling, toute cette école. Tous les beatmakers qu’il y a sur mon CD quoi.

Tu as écouté le projet de Lionel, de SoulChildren ?
Non même pas encore, je n’ai pas eu le temps. Mais je lui fais confiance, je suis sûr que c’est une tuerie. Tous ceux là, même ceux que je n’ai pas cités, ils sont incontournables. Char du Gouffre c’est pareil, comme Mani. Ce sont des mecs qui trouvent tout le temps les ultimes boucles, les samples qui te font chialer, les intrus de peura, les vraies de vraies !

Outre le domaine musical, y a-t-il des personnalités fortes, qui t’inspirent ?
 Mohammed Ali.

Ah oui ? C’est souvent une référence dans le peura ce type !
Certainement. J’ai pas attendu que ça le soit pour le kiffer [rires].
C’est un mec que j’estime énormément. Même les gens comme Coluche. Tu sais, les gens qui ont réussi à faire de belles choses grâce à leur exposition. Des mecs qui n’ont pas profité de leur situation pour se branler et faire de l’egotrip, mais pour essayer de résoudre de vrais problèmes, pour essayer de faire avancer les choses. C’est très respectable. Coluche, dès qu’il a su qu’il avait des millions d’auditeurs et qu’il passait à la télé, il a fait quoi ? Il a demandé qui était chaud pour les Restos du Cœur ! Il a choqué tout le monde ! Il est arrivé, il a dit ça à la télé, et du coup ça a mobilisé des milliers de personnes. Je respecte énormément. Tu sais que ce gars avait une boîte avec que des billets de 500 balles, planquée sous son escalier, au cas où ses potes étaient en galère. Comme ça, personne n’avait besoin de demander, personne n’avait honte, juste tu allais te servir.
C’est des vrais bonhommes ces mecs là, ce sont des gens qui ont fait avancer les choses.

Souvent dans les interviews de peura, on n’essaye pas de sortir de la sphère musicale, et je trouve ça dommage. Parce qu’il n’y a pas que la musique dans la vie.
Oui, c’est un peu normal quand même. Personnellement, j’admire les gens bien. Les gens qui font des choses bien autour d’eux, qui changent les vies de ceux qui galèrent. Tout simplement.

Bon, revenons sur quelque chose de moins mélodramatique [rires]. Tu viens de sortir la compilation Appelle-Moi MC Vol. 2. Grosse réussite.
 Grosse réussite, je ne sais pas, mais c’est cool !

Moi j’ai trouvé que c’était une grosse réussite, au niveau artistique déjà.
Ah c’est génial dans ce cas là.

Oui, parce que c’est ça qui fait la force du skeud aussi. C’est une belle initiative, rameuter une grande partie de la scène underground. C’est beau d’arriver à faire vivre de tels projets. Combien de temps as-tu mis à l’élaboration de la compil’ ?
Entre le moment où je me suis dit que j’allais le faire, et le moment où il est sorti ? Entre un an et demi, et deux ans je dirai. L’organisation est compliquée parce que ce ne sont que des mecs de 30 piges qui sont là dessus, des mecs qui ont des gosses, qui ont un gros planning personnel. C’est compliqué à mettre en place. Gérer les emplois du temps de tout le monde, ça demande beaucoup de travail.

Ça a toujours été un plaisir de travailler là dessus ?
Oui grave. C’est sûr qu’on ne fait pas ça pour l’oseille qu’on en tire, c’est juste pour la passion. Je pense qu’il fallait le faire. Si il y a quelque chose comme ça qui devait se faire, il fallait que ça soit moi qui m’en occupe. Quand j’ai fait le Flynt/Lino, je me suis dit qu’il fallait que ça soit ma propre initiative, sinon ça allait me saouler. Saké et Jeff pareil. Je me suis dit: « comment ça se fait que ça n’ait jamais été fait ?« . Et ben je me suis dit que j’allais le faire avant que quelqu’un d’autre y pense !

Il y a du très beau monde sur la tracklist. J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup plus de têtes d’affiche que sur le premier volume. Comment t’en es arrivé à cette évolution ?
Déjà, tout le monde a évolué et pris de l’ampleur. Tu vois tout à l’heure, tu m’as dit que tu ne savais même pas sue Saké était sur le premier volume ! C’est parce qu’il a pris beaucoup de poids. Tout le monde s’est développé, même le milieu. Je ne sais pas grâce à qui. Certainement 1995, un petit peu. Je pense qu’ils ont amené un public jeune qui maintenant nous écoute.

Oui je suis d’accord. Par exemple, moi, j’ai toujours écouté pas mal de peura, mais c’est vraiment à partir de La Source que j’ai commencé à m’y intéresser énormément et à rentrer dans le vif du sujet.
Ah ben je suis content de pas dire de conneries du coup [rires].

Tu as raison ! La génération précédente, je pense que c’était plus la Sexion d’Assaut.
 Ouais… Enfin, quoique, parce que à l’époque où ils ont vraiment percé, ils avaient déjà énormément changé.

Certainement, mais tout ce qui était Les Chroniques du 75, La Terre du Milieu, les freestyles à l’ancienne, ça a rameuté un certain public.
C’est vrai. Enfin bon, tout ça nous a beaucoup aidé je pense. C’est toujours bénéfique d’avoir des mecs côtés qui respectent ton taff, qui respectent ta démarche, qui en parlent un minimum et amènent des gens à s’y intéresser: c’est cool !

Pour autant tu ne leur dois rien ?
Ben non, pourquoi ? Tout autant qu’ils ne me doivent rien. C’est un respect mutuel, quand on se croise, on se dit bonjour, et on sait qui on est.

About Leo Chaix

Grand brun ténébreux et musclé fan de Monkey D. Luffy, Kenneth Graham et Lana Del Rey, je laisse errer mon âme esseulée entre les flammes du Mordor et les tavernes de Folegandros. J'aurai voulu avoir une petite soeur, aimer le parmesan, et écrire le couplet de Flynt dans "Vieux avant l'âge". Au lieu de ça, je rédige des conneries pour un site de rap. Monde de merde.

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