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[Interview] DJ Djel: « Il faut pouvoir accepter certaines évolutions. »

Dj Djel, DJ de la Fonky Family, est venu défendre son premier projet solo  » Rendez-Vous » à La Bellevilloise le 31 mars dernier. Après une première partie énergique assurée par Nasme et Romano Le Stick, Dj Djel a livré une prestation convaincante derrière les platines, accompagné d’un batteur, d’un bassiste et d’une multitude d’invités derrière le micro (Elodie Rama, K-Méléon, Don Choa…). Tout juste le temps pour lui de ranger son matériel et de discuter avec son public, et il nous retrouve dans sa loge pour parler hip-hop.

 

Le Rap en France : Un mois après la sortie de ton album, quels ont été les premiers retours ? Tu peux déjà faire un bilan ?

DJ Djel : Au niveau des ventes, je ne pourrai pas te dire précisément puisque c’est un projet indépendant. J’ai l’impression qu’il y a eu des retours assez simples, pas dans le sens péjoratif du terme, les gens m’ont vraiment parlé de la musicalité de l’album. On ne m’a pas forcément parlé des featurings, mais plutôt des influences du projet, des samples utilisés. On m’a aussi dit que c’était un album différent par rapport à ce qui faisait en ce moment. Ce sont vraiment des retours qui m’ont touché. Je sais qu’en étant indépendant, et en ayant la vie que j’ai eu avec la FF, les ventes ne sont plus les mêmes et la médiatisation n’est pas comparable.

LREF : Tu as pensé collectivement tout au long de ta carrière, quel a été le déclic qui t’as permis de te lancer en solo ?

Dj Djel : C’est à la suite d’une discussion à la maison avec le Dee Nasty de Marseille, Dj Rebel, combinée à la sortie des albums de C2C, de Birdy Nam Nam, plus des albums de Krush, d’X-Ecutioners. Tous ces albums m’ont donné envie de me lancer dans quelquechose de personnel, un vrai album de DJ, pas une compilation, pas un projet fourre-tout avec les meilleurs rappeurs du moment. J’ai vraiment eu pour démarche de donner des couleurs hip-hop à chaque morceau au sein d’un album, quelquesoit son style (calme, lent, rapide, entraînant…). Je fais partie d’une génération qui a écouté Public Ennemy, une musique revendicative certes, mais aussi avec un certain groove et une envie de s’amuser, j’ai essayé d’amener ça sur mon projet.

LREF : Je te parlais de déclic solo, mais tu as fait appel à plein d’artistes sur ce projet. Si t’avais une collaboration un peu plus marquante que les autres sur ce projet, ce serait laquelle ?

Dj Djel : Ce serait avec Elodie Rama. Pour moi, c’est une grande dame, déjà de la chanson, c’est quelqu’un de très humble et forte. Elle a aussi apporté à l’album une touche un peu plus calme. C’est un titre qui s’est vraiment fait à la fin de l’album. Pendant que je mixais et que les sons partaient au mastering, on a eu l’idée de faire ce morceau, et on l’a finalisé quinze jours avant le pressage de l’album. Je suis très content d’avoir fait ce son.

LREF :  » Rendez vous  » a été financé à l’aide d’un financement participatif. Pourquoi avoir opté pour ce choix ? Pour te rapprocher de ton public, pour des raisons financières ?

Dj Djel : Tout simplement pour des raisons financières, on ne va pas se voiler la face. Ayant connu Sony Music à la grande époque de la FF, c’était une autre industrie. Je n’avais pas envie de repartir avec les anciennes méthodes, faire de la radio, du flying, de l’affichage et croire qu’il peut encore se passer quelquechose. Aujourd’hui, la force des réseaux sociaux fait qu’on est obligé de s’en servir, il y a un bon et un mauvais côté, mais on ne peut pas se priver de ces outils-là. C’est mon premier kiss kiss bank bank, tu te demandes toujours qui va vouloir investir dans cet album. C’est sympa de se rendre compte que t’as des gens de 60 ans comme de 20 ans, certaines personnes qui mettent 2000 euros et d’autres 5, ça montre qu’il y a encore pas mal de personnes prêtes à aider des artistes, ça me fait halluciner ! Ça m’a donné envie de pousser un peu plus les contreparties. En plus du financement participatif, on a aussi bénéficié de subventions des régions, ça nous a aussi aidé.

LREF : Le premier extrait de ton album, Ma City, rend un bel hommage à ta ville Marseille. J’ai une question Paris-Marseille d’ordre un peu plus général. A Paris, l’opinion est un peu en train de se retourner concernant Jul, quel avis portes-tu sur sa musique ? Plus généralement, arrives-tu à comprendre cette mentalité parisienne ?

Dj Djel : Non, je ne comprends pas trop cette mentalité, le rap sudiste a souvent été catalogué par Paris de «rap de vacances». Je me dis que la ville de Paris est composée d’étrangers, donc je peux trouver ça bizarre de prendre de haut les nouveaux étrangers, les étrangers à la ville. Après, tous les parisiens ne sont pas comme ça, je pense que c’est seulement un certain milieu du rap parisien. Il y a un autre milieu, dans l’underground et même dans le mainstream, qui est beaucoup plus ouvert, je pense à des gars ou des groupes comme Flynt, Orelsan, Octobre Rouge, Triptik, Oxmo qui ont vraiment une bonne mentalité. Pour en revenir à Jul, je n’ai rien contre sa musique. Je ne m’estime pas dans le rap, mais plus dans le hip-hop qui est une culture à part entière. Jul, il a traîné en bas de chez moi, je connais bien son groupe Ghetto Phénomène, je sais que quand il veut rapper, par exemple sans vocodeur, c’est un très bon rappeur, il a prouvé. Après la musique qu’il fait, ce n’est pas quelquechose que j’écoute. Mes classiques, mes bases, mes piliers, ne viennent pas de la nouvelle génération. Je ne me sens pas dedans, je n’ai pas 20 ans, les mains gantées, le cross volé, ça ne me représente pas. Par contre, là où je suis content pour des gars comme Jul ou Maître Gims, c’est qu’ils font partie de la culture rap, qu’on le veuille ou non. Il faut de tout dans notre culture, et à mon avis, c’est parce qu’il y a de tout que cette culture est riche. Dans une famille, il faut de tout : des grands, des plus petits, des gros, des foncés. Si l’on était tous pareil, ce serait une famille de consanguins (Rires). Plus on va vouloir se tirer dans les pattes, plus on va éclater la base. Ce serait bien que l’on arrive dans le hip-hop à débattre sur un artiste ou une musique, sans forcément cracher dessus. Il faut pouvoir accepter certaines évolutions, sinon on va rester des vieux cons qui se croient encore futuristes. C’est mon avis.

LREF : Dans une précédente interview, tu disais, en reprenant Doc Gynéco, vouloir être classé dans la variét. Cela m’avait un peu surpris venant de toi, de ne plus vouloir être classé rap, tu trouves ça trop restrictif ?

Dj Djel : Ce que je disais, c’était : ne me classez plus dans le rap. La rap music, c’est la musique commerciale et populaire de nos jours, c’est la variété des années 2000’. Tout cela ne m’intéresse pas, j’ai besoin d’être beaucoup plus hip-hop que ça. Je n’ai pas envie d’être dans un mainstream toujours nouveau pour faire jeune, et ne pas arriver à me sortir de cette spirale. Le rap est devenu une musique de consommation, le hip-hop est une musique de réflexion. On m’a appris à toujours essayer d’apporter, d’avoir son style, d’être différent.

LREF : On vient de le voir ce soir à La Bellevilloise, DJ Djel, sur scène, c’est une vraie fête, avec beaucoup d’invités. Pour les personnes qui vont venir te voir sur scène ou qui hésitent encore, comment tu pourrais leur présenter le show ?

Dj Djel : Venez faire la fête avec nous ! C’est un mélange entre une block party, un concert et une fête familiale. Il y a des DJ’s, des musiciens, des beatboxers, des danseurs, des MC’s. Si vous voulez revivre le hip-hop des 90’s avec nous, vous êtes les bienvenus !

LREF : Petit volet Fonky Family pour conclure l’interview, tu as des nouvelles de Pone à nous donner ?

Dj Djel : J’espère qu’il va aller mieux, on est de tout cœur avec lui, envoyez lui des messages, de l’amour, ça lui fera super plaisir, il a besoin de ça ( NDLR : Pone, beatmakeur de la FF, est atteint de la maladie de Charcot ).

LREF : Des nouvelles des autres membres de la FF ? A quand un prochain album du Rat Luciano ?

Dj Djel : Quand tu me poses cette question, c’est comme si tu me disais, à quand un prochain album de Dr Dre ? Ce sont des intox les deux (Rires). Le truc c’est que je ne peux pas répondre à sa place, je ne fais pas de musique avec lui, je le vois très rarement. Ce que je peux te dire, c’est que Don Choa bosse beaucoup, que Sat a envie de remonter sur scène, que Pone a toujours cette rage de faire du son. Après je sais que le Rat est encore actif, notamment avec les jeunes.

LREF : En parlant de jeunes, tu peux nous parler de ton école de Dj ?

Dj Djel : J’ai monté une école de DJ pour 2 euros les deux heures de cours pour des débutants et du perfectionnement. J’essaie de transmettre ce que je sais et d’y apporter une mentalité hip-hop. Le but n’est pas de devenir DJ résident en boîte de nuit, mais de devenir un musicien à part entière après. L’école s’appelle Académix, dans la salle de concert de l’Affranchi à Marseille, bonjour à tous mes élèves. Sinon je donne aussi des cours sur un site en ligne, High Music School.

LREF : Merci beaucoup pour cette interview, tu as des dates à nous annoncer ?

Dj Djel : Je vais jouer à Marseille au parvis, je vais revenir en octobre au canal 93 de Bobigny pour le festival terre de hip-hop. Sinon j’ai des dates dans toute la France, en club et aussi en groupe pour défendre «  Rendez-Vous » sur scène.

LREF : Je te laisse le mot de la fin

DJ Djel : Soyons plus unis qu’en haut-lieu, big up.

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3 comments

  1. Non mon poulet, tu te trompes, ma bite nageais dans l’énorme cul dilaté de ta mère petit consanguin mal fini, allez, je te fais des bises.

  2. tu nageais dans les couilles à l’amant de ta mère que Djel était déjà là , clochard, fait de même et après viens parler grosse merde de matraque, c’est d’ailleurs ce que tu dois avoir au fond du cul pour être aussi haineux… Mention speciale « LOL » pour ta dernière phrase de tapin .
    « Bref, vous inquiétez pas, la rue, la vraie, elle vous voit, elle vous observe »
    tu n’est ni de la rue, ni vrai salope, et tu ne bougera pas le moindre cheveux salope… et parle pas de culture que tu ne connais pas revolutionaire de reseaux sociaux.

  3. C’est quand même très médiocre comme album, cet espèce de caisse répétitive et chiante à souhait, ces mcs ressortis de la valise en carton qui sentent le papier d’Arménie, bref ce genre de faux bon hiphop bobo qui bien entendu est faussement valorisé par des pseudos hipsters plein de coke qui pensent détenir la vérité absolue sur notre culture!

    Bref, vous inquiétez pas, la rue, la vraie, elle vous voit, elle vous observe

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