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DJ Weedim

[Interview] DJ Weedim : « La musique, c’est un travail de longue haleine»

C’était un mardi en fin d’après-midi. On s’est décidé à rendre une petite visite à l’homme qui apparaît de façon boulimique dans nos oreilles depuis un an. DJ Weedim nous a accueilli dans son antre et la discussion fut intéressante.

Dis nous un peu d’où tu viens.
DJ Weedim : Je viens de la planète Terre, je suis un être humain (rires). À la base, je suis de Nice.

Comme Infinit du coup ?
Exactement, ça fait un peu plus de 10 ans que je suis à Paris, mais je viens de Nice. Et Infinit, je ne le connaissais pas à l’époque, parce que lui il était encore un peu petit.

Est ce que c’est là-bas que tu rencontres le rap français, que tu deviens accro ?
Ouais, il y avait moins de rap cainri que maintenant, parce qu’il n’y avait pas de média. J’ai découvert le rap français, notamment avec la compile Rapattitude, que j’ai acheté pour le morceau Peuple du monde de Tonton David. J’avais 9 ans à cette époque là, en 1989 donc.

DJ Weedim est vieux donc.
Il est vieux, mais il a la pêche ! (rires) J’ai découvert le rap avec cette compile : NTM, Tonton David, Assassin, Daddy Yod, Dee Nasty… J’ai découvert les platines, le scratch aussi, je savais pas ce que c’était. C’est un mec qui était en vacances, un gars de Paris, qui m’a expliqué. C’était ouf.

Tu fais des études ?
Non, pas vraiment, j’ai arrêté à 16 piges. Ils m’ont laissé partir avant vu comment j’étais perturbant et perturbé. J’ai zoné, j’ai fait beaucoup de skate. C’est ce qui m’a aidé à pas complètement partir en couilles quand j’étais jeune. Le skate… Et après le retour à la musique, qui a toujours été là. Je commençais à avoir un certain âge aussi, j’avais 18/19 ans. La musique était là. Je savais que je ne ferais pas une carrière pro dans le skateboard. Mais j’ai eu des opportunités dans la musique : il y avait un groupe qui avait besoin d’un DJ, et j’ai commencé comme ça.

Entre tes 18 et 19 ans du coup, t’as appris à maitriser les platines ?
Les premières platines que j’ai eu, je devais avoir 15 piges. J’en ai eu une à la base avec une table de mixage, après on m’en a prêté une autre. À l’époque c’était les Gemini, j’avais ces platines-là un peu pourries mais ça marchait quand même. Les MK2 c’était le luxe, ça valait une fortune.

À quel moment tu t’aies dit : « Je vais pouvoir en vivre » ?
C’est venu petit à petit. J’ai fait le parcours classique du DJ, avec pas mal de soirées hip-hop/reggae. À l’époque, à Nice, on avait un sound system. Puis mon pote Rodolphe a ouvert le Twenty One Sound Bar. On a monté cette affaire ensemble, c’était son truc mais j’étais à la base du projet. Et je suis arrivé définitivement sur Paris en 2003, un truc comme ça. Et voilà, j’ai commencé à en vivre. Toujours dans les soirées.

Et à partir de quel moment tu te dis « J’vais faire des prods » ?
J’avais déjà commencé à pianoter vite fait, c’est venu petit à petit. Le premier gars qui m’a donné l’opportunité de faire un truc, d’utiliser mes prods/instrus, c’était Joey Starr. Parce que c’était un bon pote de Rodolphe, du Twenty One, et on s’était rencontré là-bas. Moi j’étais pas mal dans la musique jamaïcaine, je faisais des remix reggae-dancehall et lui il a kiffé grave le truc. C’était il y a plus de 10 ans tu vois, ce qu’ils font un peu Major Lazer, bah on le faisait y’a 10 piges. Ils ont fait un Best Of NTM et ils m’ont proposé de faire un medley. C’est le premier truc que j’ai fait et après on a enregistré les morceaux qui sont sortis sur la compile Armageddon de Joey, avec DJ Kimfu. Le morceau avec Sefyu par exemple, c’est moi qui l’ai produit.

 

 

Donc là, on est en quelle année ?
En 2007. Je commence à faire des prods, à rencontrer des rappeurs sur Paris. Mon premier projet avec un artiste, c’était B.e.Labeu. J’ai produit son 1er EP puis le deuxième.

T’es super productif depuis un peu plus d’un an, c’est venu naturellement d’enchainer les projets ?
J’ai voulu plus me concentrer sur les prods que sur les soirées, qui prenaient beaucoup plus de temps et d’énergie. J’avais envie de le faire, de produire de la musique. Pour moi c’est naturel, c’est la continuité du truc. Et puis il y a eu mon nouveau studio, ça fait un an que j’y suis. En fin de compte, c’est bien situé, c’est pratique pour les gens.

C’est quoi le 1er projet de cette période ?
En septembre de l’année dernière, il y a eu l’album Petits meurtres entre amis d’Aketo et Sidisid. Ensuite, on fait le 5PANEL vol. 2 d’Atis. Ça fait un moment que je le connais, il venait déjà à mon ancien studio pour enregistrer. On faisait des morceaux cainris, avec mon associé Keurvil, et on avait placé des sons à eux dans les mixtapes. J’ai rencontré Atis, Sinto, et toute l’équipe du 70cl comme ça. Au fur et à mesure, on devient des copains, on roule ensemble. Atis, c’est un tueur en rap, humainement c’est un tueur aussi, on rigole de ouf. C’est un mec talentueux qui a plein de cordes à son arc. Puis il y eu Infinit, Driver plus récemment. Je suis au stud’ tous les jours, je charbonne, les gens viennent, et ça kick.

Comment se font les contacts ?
Pour Driver, par exemple, on avait déjà bossé ensemble à l’époque. Y’a plusieurs studios ici, du coup qui dit studio dit artiste. On s’est croisés là dans le couloir, il était au studio à côté et il est venu écouter des beats. Il a kiffé, et moi je le connais, je sais qu’il est efficace, je lui ai dit : « Viens, on fait un 7 titres » et en quelques jours, c’est bouclé. D’où le titre Go Fast. Après, les jeunes ne comprendront pas, mais c’est pas forcément pour eux. Et Driver, c’est un rappeur de ouf.

Ouais, les feats avec A2H sont lourds.
C’est du vrai rap. Après, mon rappeur préféré c’est Gucci Mane qui ne rappe pas (rires). Mais j’aime toute sorte de rap, je peux aussi bien produire un Driver qu’un Jordee ou un Biffty. Biffty en fin de compte, c’est le frère de Julius, qui est le réalisateur de clips. C’est un mec qui rappe, qui a une gueule, c’est un personnage. C’était son premier morceau en studio mec, il a jamais rappé avant ça ! Il représente plein de trucs, la France réelle, la France profonde.

 

 

Et pour Vald ?
Il est venu enregistrer des morceaux pour l’Orgasmixtape vol. 2 d’Alk. On s’est retrouvés en studio et on s’est connectés. Ensuite c’est notre ami Jules qui a tourné le clip « Meilleurs lendemains » d’Alkpote et Vald.

T’as la connexion facile.
On a tout intérêt à travailler tous ensemble. Je fais de la musique, ils font du rap.

C’est rare de voir des producteurs arriver sur le devant de la scène, c’est presque inédit.
Je suis avant tout DJ, je faisais l’Olympia au mois de juillet et j’ai mixé avant ça à Bercy, avec Beyoncé et Chris Brown, au Zénith avec Jay Z… Tu vois, je ne suis pas seulement beatmaker.

Est-ce que tu sens à un moment que tu as un regain de notoriété ?
Je vais juste te répondre que le travail, ça paye. Rien d’autre. On travaille réellement, on fait des trucs toute l’année, tous les jours, tout le temps, des albums… Et puis c’est normal, heureusement, sinon ça veut dire que ça n’avance pas. En ce moment, c’est cool, y’a le vent en poupe, parce que j’ai bien travaillé.

On a l’impression qu’il y a eu une logique dans tous tes projets qui sont sortis.
Même là, j’en ai encore en stock, des EP… C’est quand t’en fais tous les jours que tu peux prendre du recul, regarder ce que t’as mis de côté, ce qui est bon et ce qui ne l’est pas.

Est-ce que tu dégages beaucoup de morceaux ?
Non pas beaucoup, parce qu’en fait, et c’est pour ça que ça va vite avec les rappeurs, ils me font confiance et quand on enregistre, c’est instantané. Si le refrain déjà je sens qu’on n’est pas dedans, on oublie et on passe à autre chose. Sinon on se demande « Est-ce qu’on kiffe ? Est-ce que tu kiffes, est-ce que moi je kiffe ? Est-ce qu’on est là en train de dire que c’est chanmé, oui ou non ? » Et ça se passe bien, le franc-parler c’est ce qui paye, on est là pour faire des morceaux, pas pour se branler.

C’est intéressant de travailler comme tu le fais, parce que ça amène des gens à toi.
Je le fais pour ça, après pour les artistes qui sont en maison de disque, c’est un peu différent parce qu’eux, ils ont des contrats. Et puis c’est un business, il y a une boucle, et ils ont plutôt intérêt à garder le cercle fermé. Après pour tout ce qui est mixtape, les mecs viennent me voir. Je reçois pas mal de propositions, j’accepte pas tout, forcément. Aujourd’hui, soit je fais mon propre truc et je choisis avec qui j’ai envie de travailler, soit si les gens veulent un peu de ma sauce… Mais tout à un prix. « Tout travail mérite salaire ». Moi je paye un stud, je paye tout, comme tout le monde. À ce moment-là, beaucoup sont refroidis parce que pour certains, le rap c’est amateur. Ça fait plus de quinze ans que je fais ça, j’en ai vu des mecs passer… La musique, c’est un travail de longue haleine. C’est dur.

Clairement, c’est un milieu rude… T’as déjà placé des prods sur un artiste en maison de disque ?
Oui, il y a des choses qui arrivent sur l’album de Seth Gueko. L’album est bon, comme tout ce qui est sorti cette année. Après, c’est une histoire de goût et d’ouverture d’esprit, ainsi que de prendre les gens pour ce qu’ils sont eux, tu vois. Mais son album est lourd de fou, ça va faire partir des 5 meilleurs albums de l’année.

Comment tu l’as rencontré Seth Gueko ?
À la base, je connais son tourneur, qui ne fait que du rock’n’roll et il a juste Seth Gueko en rap. Un jour, il m’a dit qu’on travaillerait peut-être ensemble, et un an plus tard il m’a rappelé en me disant qu’ils avaient besoin d’un DJ pour la tournée. Je suis allé à Skyrock, et c’est comme ça qu’on s’est rencontrés. Et du coup, pendant la tournée, j’ai aussi rencontré Alkpote qui assurait la première partie.

T’as jamais été attiré par un autre genre musical que le rap ?
Absolument pas ! J’aime bien le reggae dancehall, le côté Ghetto Youth. Après, j’en fais pas mais j’adore en écouter. J’étais à Los Angeles tout le mois d’août, et c’est complètement différent d’ici ! En France ce qui est marrant, c’est que ça finit toujours en Afrobeat. À la base, t’es venu pour une soirée hip-hop et ça finit en dancehall, reggae, zouk et zumba !

Ils écoutent un peu de rap français ?
Non du tout, absolument pas. Ils savent même pas où c’est la France. On m’a déjà demandé : « Paris c’est en Angleterre ? »

Et t’es allé faire quoi à Los Angeles ?
Je suis allé mixer là-bas et connecter des gens, comme je fais ici. C’était cool, j’ai rencontré par exemple Richard Segal (l’ingénieur du son d’Eminem et Dr Dre). Le mec a mixé The Chronic/2001 et The Marshall Mathers. On a été dans son studio, on a écouté des beats et je lui ai filé des trucs, c’était lourd. J’ai rencontré aussi le boss de Roc Nation. L.A., c’est la capitale du business de la musique.

T’as vu le film NWA ?
Non, en plus j’étais là-bas pendant la sortie, mais j’étais pas invité à la première (rires). Mais c’était cool d’y être, il y avait de l’effervescence partout, c’était chanmé. Même la BO du film, tu te la prends. Après, ça ne sonne pas West Coast, mais je savais que ça n’allait pas être ça, c’était évident. Voilà, je pense que je vais y retourner bientôt.

Tes meilleurs souvenirs dans le rap français ?
Y en a plein, à chaque fois qu’on enregistre c’est cool. Sinon, le Zénith avec Seth en première partie de Snoop je crois. Et les gens, ils n’étaient pas venus pour Seth Gueko, on était à l’opposé. Mais ils ont kiffé ! Ils chantaient les lyrics et tout. Ils connaissaient, et là où c’était vraiment dingue c’est quand on a fait le morceau « Le Machin », avec Zekwé, AlK et Seth sur scène. Déjà le morceau je le kiffe, mais là putain… C’était lourd, c’était magique. Un bon souvenir de rap français.

 


 

Le dernier projet de DJ Weedim, Boulangerie française, est en écoute et en téléchargement libre en cliquant ici.

About Jeanne

En quête de la dolce vita absolue. Petites oreilles au service de LREF. Étudiante en communication malgré moi.

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