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[Interview] Francis : « Le Havre, c’est la Californie à 2h de Paris »

Rappeur très attaché à sa ville du Havre, le normand DEF s’appelle désormais Francis et revient avec un nouveau projet. A l’occasion de la sortie de Lima Hotel Vol.1, nous l’avons rencontré pour discuter de sa musique

Cela fait plusieurs années que l’on suivait DEF, déjà en 2014, on vous en parlait sur le site (ICI). Après un premier album Petit Artiste Local en 2012, une sélection aux Inouïs du Printemps de Bourges en 2014 et une multitude de concerts enflammés aux quatre coins de France, DEF avait un peu disparu de nos radars. Il est aujourd’hui de retour avec un nouveau projet, sous un nouveau nom. DEF est maintenant Francis et le rappeur du Havre vient de sortir un 10 titres qui porte le nom de Lima Hotel Vol.1

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Peut-être, pour débuter cette interview, peux-tu nous dire pourquoi « DEF » et pourquoi changer de nom maintenant ?

DEF, ce sont mes initiales : les deux lettres D et F, tout simplement. Et puis, maintenant, Francis, c’est comme ça qu’on m’appelle depuis que je suis tout petit. Je m’appelle François, et on renomme les François « Francis », plutôt que Paulo généralement, c’est plus simple [rires].

Et pourquoi changer maintenant ?

Le changement, je trouve ça cool.

Tu as pas peur que les gens te perdent ?

Déjà, si les gens m’ont pas loupé au bout de 5-6 ans, c’est qu’ils me suivent, donc ça ne va pas changer grand-chose.

Mais, par exemple, sur le son avec Brav Sauver, ça restera DEF…

Oui, mais justement, j’ai toujours dit « Francis » dans mes chansons, si on m’écoute bien. Les gens qui suivent DEF savent que je suis Francis. Généralement, les gens qui me suivent et qui veulent être un peu plus proche de moi, ils viennent me parler à la fin des concerts en m’appelant « Francis ». C’est un peu plus personnel de toute manière. Et c’est un nouvelle aventure qui commence …

Et pourquoi cet alias « la touche 3 de ton téléphone » ?

Parce que, sur un téléphone, les lettres de la touche trois, c’est DEF.

De Petit artiste local à aujourd’hui, tu en es où ? Dans ta vie, dans ta carrière ?

Le temps à pas mal passé, donc il y a de la maturité. Et de l’âge, bien sûr. Petit artiste local, c’était pour désamorcer le coté un peu bling-bling qui commençait à arriver dans le rap français de l’époque, de manière légèrement maladroite. Alors, je voulais prendre le contre-pied, et garder ce coté un peu cool. Et bien sûr, c’était criant de vérité, c’était littéralement ma réalité à ce moment là.

Et dans ta musique ?

Il s’est passé 6 ou 7 ans depuis tout ça… Tellement de choses ont changé ! On a changé de président, je ne fais plus ma conversion francs/euros, tu vois ?
Surtout pendant ce temps, j’ai fait pas mal de concerts, j’ai beaucoup voyagé… Et puis, ma musique a évolué. J’ai toujours fait la musique que j’aimais écouter, et comme mes goûts évoluent, ma musique aussi.  Ce qui a vraiment changé, c’est que je me suis rapproché d’une structure, de studios, et tout ça, … Alors que Petit artiste local, c’était évidemment entièrement autoproduit et indépendant.

Pourquoi « Lima Hotel » ?

C’est pour les initiales, L et H : comme Le Havre. En gros, c’est Le Havre avec l’alphabet international : Alpha, Beta Charlie … Et la mention « vol.1 » sous entend forcément une suite …

Peux-tu nous présenter ce projet en quelques mots ?

Des mots, j’en ai mis dans tout le projet …
Ce projet, c’est comme Le Havre : c’est la Californie à 2h de Paris.

Qu’est-ce qui s’est passé avec le projet Franciscopolis ?

Beaucoup de  temps et de réflexion. Le projet allait sortir en indé, mais je me suis rapproché d’une structure. Alors, j’ai décidé de continuer à travailler et j’ai mis ce projet de côté, sans le sortir. Au cas où ce n’était toujours pas clair, je suis très attaché à ma ville et Franciscopolis, c’était l’ancien nom du Havre. C’est littéralement « la ville de François 1er », et comme en plus, je m’appelle François…

D’où vient l’univers du clip de La Cible ?

La Cible, c’est un morceau un peu freestyle, de l’égotrip. C’est un lâché de pensées. Et le clip, c’est représentatif de mon propre univers, tout mon esprit est un peu dedans :  c’est un peu de folie, avec un truc décalé. Sur tous mes clips, je bosse avec mon grand frère Mr. Saumon2000 aka MS2K. Je voulais que ça soit un peu rentre dedans. J’ai mis ce que j’aime dedans, comme l’esthétique des jeux vidéos par exemple. Je suis à fond sur les jeux vidéos, si j’avais le temps, je ferais que ça toute la journée. Et, comme vous l’avez remarqué, il y a la figure du maneki neko, parce que je trouve ça trop beau et que j’adore les chats.
Mon univers, c’est du love, de la maille, les jeux vidéos et les chats.

Dans le titre Souvent, tu abordes le sujet des violences policières. Quand le titre a-t-il été enregistré ?

À la fin du premier couplet, je dis « ta plume restera dans les annales, comme une matraque d’Aulnay…« , donc c’était juste après l’affaire Théo. Et ça résume bien ce que je pense.

Et dans le contexte d’aujourd’hui, t’en penses quoi ?

Acab, direct.
C’est juste déconnant. Je sais pas si j’ai à m’exprimer sur le sujet, mais si on en parle là, c’est que tout le monde sait qu’il y a un problème, tout le monde en est conscient. On parle pas de la violence des pompiers, par exemple…
J’ai rien directement contre la police, tous les flics ne sont pas pourris, mais il y’a une tendance ambiante, des méthodes, qui ne sont pas normales.

Sur le site Genius, on peut lire sur toi « DEF se veut garant d’un rap conscient et revendicateur ». Est-ce que c’est comme ça que tu définis ta musique ?

Je définirais bien ma musique comme ça, oui. Après, c’est MES revendications, c’est personnel. Tu marches avec moi, ou pas, mais voilà, si je le met dans une chanson, c’est que je le pense.

Et donc, tu penses quoi de BHL et Finkielkraut ?

C’est le symbole de la bien-pensance de la France actuelle, qu’on voit dans les médias partout, qui nous fait tout voir en noir ou blanc. On leur laisse un peu trop la parole : ils sont tout le temps en interview, tout le temps sollicités. Alors qu’un mot sur deux, c’est de la merde. Ils sont complètement déconnectés de nos réalités, ils ne font que donner des grands mots sur des situations qu’ils ne vivent pas. C’est deux gros connards, à coté de la plaque.

Tu as toujours parlé d’amour dans ta musique, je pense à la chanson Le Gaz par exemple. Est-ce que c’est important pour toi d’en parler ?

On a tous besoin d’amour ! Le Gaz c’est une chanson de rupture, parce que dans l’amour, il y a l’avant et il y a l’après, toutes les étapes avant de trouver la bonne. On en a tous besoin, l’amour c’est une sorte d’oxygène. Faut pas avoir peur d’en parler.

Pour toi, love et la maille, pas compatible ?

C’est putain de compatible ! Je veux les deux et c’est ce que je dis dans le son du Love et de la maille. Les deux trucs les plus important c’est d’avoir de quoi circuler où tu veux, et de l’amour. Si t’as pas de thunes, tu restes sur place. Faut d’la maille et d’l’amour, le reste, on s’en fout.

 

Il y a un contraste entre les paroles assez légères et entraînantes du titre MD Light et la fin assez sombre du clip… Pourquoi ?

Ça parle de notre génération, de cette jeunesse qui n’a comme exutoire que la drogue, mais c’est comme dans tout, dans n’importe quoi de sympa, il y’a toujours des excès derrière… Les excès de drogues, les excès du love, les excès de jeux vidéos, les excès de chats… Tous les extrêmes sont mauvais.

Quels sont tes liens avec Nâaman ?

C’est mon ami depuis une quizaine d’années, on se connait depuis longtemps, entre gens qui font du son en Normandie, avec Scars aussi. Scars, Naâman, Faces cachés, Jahneration… On est tous amis. Scars et moi, pour nous  ça marchait bien dans la région, on faisait pas mal de concerts, du coup, on a un peu fait « croquer », même si ce n’est pas le bon mot. On s’est rencontré et on est resté amis. Entre la première salle qu’on a proposé à Nâaman, il nous a rendu la pareille en nous offrant la 1ère partie de son Olympia quelques années après. C’est une histoire d’amitié.

Tu penses quoi des liens entre rap et reggae ?

Ça reste de la chanson : tu t’exprimes sur un rythme. Il n’y a pas grand chose de différent, c’est juste une question de couleur. On aime tous boire et fumer des bédos tous ensemble, entre hippie et métalleux. La musique ça relie tout. Et le reggae, c’est un public très simple, qui ne se prend pas la tête. Le reggae m’a apporté beaucoup de scènes et de rencontres, et pendant longtemps je suis resté dans ce milieu là… J’ai été le rappeur des Sound System pendant longtemps.

Ça fait quoi de bosser avec Proof ?

C’est un honneur de bosser avec M. Barray. C’est un grand monsieur de ma ville. C’est également un honneur de bosser avec Alassane Konaté, autre moitié de l’incontournable Ness & Cité. C’est un peu les Lunatic de la province pour nous. C’est réellement génial de bosser avec eux maintenant. Et puis, comme ça je reste à bosser dans ma région, moi qui suis très attaché au Havre. On bosse en communauté et c’est génial. Grand honneur.

Dans Atlantide, tu dis « Y’a que les cons qui changent pas et j’vais jamais changer ». Mais, justement avec Lima Hotel, tu changes, tu évolues…

Oui, mais justement dans La Cible, je dis « j’trouve les gens cons, mais j’le suis aussi ».
On est tous le con d’un autre, ça change pas.

Tu fais beaucoup plus de refrains chantés maintenant, ça a été dur à faire, ou c’était naturel pour toi ?

En fait, je l’ai toujours fait, surtout dans le reggae. Mais, j’ai eu du mal à m’adapter, je suis pas un artiste de studio au départ, ce que je préfère c’est les live. J’écris et j’interprète sur scène ; j’ai dû apprendre à être en cabine. Du coup, au début, c’était vraiment un parti pris de faire un album que de rap, j’ai supprimé tout les refrains chantés. Et là, j’ai voulu arrêter de me mettre des barrière artistique bêtes et juste de faire ce que j’aime.

Dans Les deux, tu classes les gens entre « fdp » et « ti-gen », tu te mets dans quelle catégorie ?

Bah, dans les deux. C’est une manière de dire qu’il faut de tout pour faire un monde. On est tous le croisement de ce qui fait nos personnalités et on est tous différents, mais foncièrement, on est tous un peu des deux.

Tu entends quoi par « souffre en silence » ?

On a tous nos problèmes et nos choses personnelles, et j’ai appris que le gueuler sur tous les toits, ça ne fait rien avancer. Prendre sur soi, c’est ce qu’on apprends avec la maturité.
Sur Petit artiste local, c’est un ado énervé toute l’année et Francis, maintenant, c’est plus mature.

Ce n’est pas le propre de la musique de parler de ses émotions ?

Si, mais après, c’est avec un peu plus de pudeur que tu abordes ça. Tu en parles d’une manière différente.

Dans les commentaires de tes vidéos YouTube, il y a des fans qui se lamentent de pas te voir percer et qui parlent de la « tragédie des rappeurs de province ». Est-ce que tu es d’accord avec le concept ?

Oui, clairement, mais, aujourd’hui, ça se gomme avec internet.

Quelle serait ta collaboration idéale ?

Un feat avec le D.U.C, forcément. Pour le prestige et aussi parce que j’écoute Booba depuis que je suis tout minot. C’est le Johnny Hallyday de notre génération.

Et pour la fin, si tu devais composer ton équipe de foot avec seulement des rappeurs, tu choisirais qui ?

Tu mets Romeo Elvis et Lomepal sur les ailes, Hamza en numéro 10. Bien sûr, Booba en attaquant de pointe. En défense, il faut du lourd, alors la Ligue : Médine, Kery James, Youssoupha. La Fouine dans les cages, pour qu’on ne le voit pas trop. À coté du gardien, Lino, et on ajoute aussi SCH, 404 Billy et Orelsan… Et là, on est complet.

 

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