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[Interview] Georgio : « J’avais besoin de montrer une facette avec plus d’espoir mais pas plus naïve pour autant »

Héra

A l’occasion de la sortie de son nouvel album Héra, nous avons été rencontrer Georgio en terrasse d’un café parisien, afin d’en savoir un peu plus sur la conception de l’album, et les évolutions par rapport à son premier album Bleu/Noir sorti l’année dernière. Et des évolutions, il y en a eu ! L’album, bien que teinté d’une mélancolie propre à Georgio, se veut aussi une ode à l’amour, au courage, et à l’espoir. Et surtout, le rappeur du 18e a définitivement trouvé son propre style de musique.

 

Salut Georgio ! On se retrouve une nouvelle fois pour parler de ta musique, plus précisément de ton nouvel album Héra qui sort le 4 novembre.

Toujours un plaisir mec !

Petit récapitulatif : tu as sorti Mon Prisme en 2012, Une Nuit Blanche Pour Des Idées Noires en 2012, Soleil d’Hiver en 2013, Nouveau Souffle en 2014, A l’Abri en 2014, ton premier album solo Bleu/Noir en 2015, et ton album Héra sort le 3 Novembre.

Une nuit Blanche pour des idées Noires est sorti en 2011, mais même Genius l’a listé en 2012. Grosso modo, c’est une mixtape de morceaux que j’ai enregistrée entre mes 16 et mes 19 ans.

En ce qui concerne ton album Héra, pourquoi ce nom ? Dans la mythologie Grecque, Héra est la sœur de Zeus ainsi que sa femme, il y a un rapport ? 

C’est aussi la déesse de la fécondité et du mariage ! En fait j’étais avec ma copine du moment à Athènes et j’ai écrit le morceau Héra en rentrant. C’était un morceau qui partait de l’énergie d’amour mais qui allait plus loin : j’avais envie de parler de moi, de la jeunesse, de où on en était, de ma Héra et à quel point je la voyais forte malgré ses petites névroses etc. Je voulais vraiment que le titre du morceau soit un prénom et comme je rentrais d’un voyage à Athènes, je me suis renseigné sur les déesses grecques. Héra est la déesse du mariage et de la fécondité, c’était aussi la femme et la sœur de Zeus, et il l’a tuée ensuite très jeune… J’ai toujours aimé les trucs un peu fous et morbides comme ça, et Héra sonnait bien. Tout l’album a été fait dans cette même énergie, d’où le nom Héra.

Tu as sorti 2 clips pour l’instant : Héra et La Terre Je La Dévore. Ca tranche pas mal avec ce que tu as sorti jusqu’à présent, notamment esthétiquement parlant en ce qui concerne le deuxième.

Même Héra est assez beau et il y a un vrai parti pris d’images assez vieilles, etc. J’ai plus de moyens grâce au label Panenka Music sur lequel j’ai signé, et c’était vraiment un besoin ainsi qu’une envie de soigner l’image encore plus qu’avant. Pour La Terre Je La Dévore, je voulais un clip dans la veine du Petit Prince. Le fait de bouger de planète en planète, le début ressemble à un mélange entre Amsterdam et Phuket, des bars, beaucoup d’enseignes, du rouge partout… Puis ensuite ça devient très cérébral, dans mon cerveau avec des espèces de neurones qui se baladent… C’était une vraie envie de faire un truc assez barré. Le clip a été produit par une boite qui s’appelle Knightworks.

Petite question de connard : où as-tu appris à tomber comme tu le fais dans le clip (rires) ? 

Bah figure-toi qu’en fait, tous les dessins ont été créés en 3D animée, et ils sont ensuite modélisés. Tout est projeté sur fond blanc, et moi j’étais sur un tapis roulant à marcher. Quand je suis en petit, la projection était super zoomée. Donc quand je tombe avec la baleine, on ne voyait pas la baleine, juste une toute petite partie, pareil pour l’eau. J’étais assis sur un cube blanc, avec qu’une seule fesse posée et en gainage pour avoir les mouvements un peu libres. Ensuite, tout a été dézoomé et rajouté à l’image 3D. Tout le clip a été réalisé en studio en l’espace de 2 jours !

Il n’y a eu qu’un an de battement entre Bleu/Noir et Héra. Combien de temps as-tu passé à l’élaboration de ton album ?

J’ai écrit l’album en 6 mois et il a été enregistré, grosso modo, en 10 jours. J’ai fait une première session avec un duo de beatmakers qui s’appelle Medeline, avec qui j’avais déjà bossé pour Héros et La Terre Je La Devore et avec lesquels j’ai fait 3 morceaux. Et ensuite, j’ai rencontré Angelo Foley parce que j’avais envie d’avoir de vraies guitares, de vrais pianos, qu’il y ait un vrai grain à la musique… enfin de vrais instruments quoi ! Il n’avait jamais fait de rap mais avait réalisé le premier EP de Christine and the Queens, et je voulais bosser avec lui car il avait réalisé l’album de Grand Corps Malade avec Aznavour, Renaud… et surtout le morceau La Résiliation de Ben Mazué, qui parle de rupture et que je trouve particulièrement bien écrit. Du coup, j’ai voulu le rencontrer et notre éditeur commun s’en est occupé. A partir de là, on échangeait tout le temps, des musiques, des textes, des idées. Au mois de juin, on s’est enfermé 5 jours au studio et on a fait tout le reste de l’album.

J’ai l’impression que tu es habitué à ce rythme assez rapide, Bleu/Noir aussi avait été réalisé très vite.

Je l’avais fais assez vite mais ce n’était pas pareil, j’avais cherché des prods pendant 1 an, je l’avais écris pendant 1 an aussi… Là, tu vois, il y a eu une vraie phase d’écriture de 6 mois, et une phase d’enregistrement de 10 jours.

Toute ta team de Marlous est mise en avant : HakimSankaRooster, N’kruma, Diabi, etc. C’est important à tes yeux de les citer, même sans les avoir avec toi sur l’album ? 

Ma musique est assez personnelle, et encore une fois j’aime bien que le titre soit un prénom. J’ai toujours aimé mettre des prénoms dans mes morceaux car ils font partie de mon histoire, et j’ai la naïveté de penser que si tu mets un prénom, cela peut faire écho chez l’auditeur, faire penser à quelqu’un et marquer dans le temps. Et le fait de les avoir avec moi en tournée c’est essentiel, c’est une belle aventure de partage et d’amour avec les gens. Tu rencontres des gens qui t’aiment, qui payent une place de concert pour venir te voir, tu prends le temps de parler avec eux, tu te retrouves dans plein de villes où t’as jamais été… Le fait de partager cela avec des amis c’est 1000 fois plus fort qu’avec des musiciens lambda. Sanka, par exemple, on se connait depuis la 6e, pareil pour N’kruma, et aujourd’hui avoir 23 ans et vivre ça avec ces mecs qui ont toujours cru en moi, c’est trop puissant en fait ! C’est la vie tu vois ?

Tu n’as aucun featuring sur cet album, contrairement à Bleu/Noir où il y en avait deux. Pourquoi ce choix ? 

Sur Bleu/Noir, ce n’étaient pas des vrais feats, c’était purement pour la forme. C’étaient deux refrains, que j’avais écris moi-même mais je n’avais pas la voix pour les faire. Cette fois-ci je n’ai pas de featuring, mais cela ne vient pas d’une volonté de prouver que je peux tout faire tout seul. Comme je te disais, ma musique est assez personnelle, et je veux que le feat ait un sens. Par exemple, j’adore Miossec, mais cela n’aurait aucun sens de faire un son avec lui sur mon album. Même pour la forme, je n’avais pas besoin de featuring, donc je n’en ai pas fait.

A titre personnel, je trouve que ton album est dans la lignée de Bleu/Noir, limite orienté un peu plus rock qu’avant. Comment le définis-tu ?

Cela reste quand même un album de Rap ! Il y a toujours un truc de kickage, de flow, ça rebondit… C’est plus mélodieux oui, mais on en avait déjà parlé toi et moi l’année dernière, le rap me fait beaucoup moins kiffer qu’avant et j’ai plein d’autres influences. J’avais envie de créer ma propre musique. Ce n’est pas du rock, cela ne ressemble pas à du rock, et même si ça a les codes actuels du rap, ce n’en est pas non plus totalement, j’ai l’impression d’avoir enfin créé mon propre style et mon propre univers.

Avec Bleu/Noir j’avais déjà un univers très personnel et mélancolique, mais ce n’était pas moi entièrement, parce que j’aime quand même rire et passer du bon temps avec mes potes, croire en la vie. J’avais besoin de montrer une facette avec plus d’espoir mais pas plus naïve pour autant, l’album est vachement ombragé, avec des morceaux comme No Future.

L‘année dernière justement, je t’avais dis qu’il y avait un contraste énorme entre toi, qui est vachement souriant, et tes textes, assez sombres. Quand j’ai écouté ton nouvel album pour la première fois, je me suis dit que le constat était le même. Mais après plusieurs écoutes, c’est vrai qu’il est très contrasté, tu parles pas mal d’amour et d’espoir.

C’est ça, carrément. Il est très contrasté, avec des morceaux comme Mama Rita et Ici-Bas. Pour moi, Ici-Bas veut dire qu’on va de l’avant, mais il est tellement intense qu’il peut paraitre assez dur. Je commence l’album par L’espoir meurt en dernier, et tant que nous sommes en vie, l’espoir aussi.

Dans le son Promis J’arrête, tu expliques ne plus avoir de spleen ? Tu arrêtes de te plaindre et tu avances, c’est ça ? 

Je ne dirai pas que je n’en ai plus, mais plutôt que je n’ai plus envie d’en avoir. Bleu/Noir a été fait dans un contexte particulier, je sortais d’une période de dépression où je ne sortais plus de chez moi, j’écrivais tard la nuit, je ne dormais plus… Là, cela avait changé, j’en étais sorti et c’est pour ça que j’ai eu un sentiment d’urgence d’écrire la suite de Bleu/Noir.

Juste avant de commencer l’interview, tu m’as expliqué que l’album tu l’avais écris en majorité avec tes Nike sur la route ?

C’était une vraie blague. En fait, je marche beaucoup et je réfléchis à plein de phases et j’écris ça chez moi. J’ai écris une moitié de l’album chez moi d’ailleurs, mais j’ai aussi beaucoup bougé, par exemple dans une petite ville près de la Loire où j’ai écris l’autre moitié de l’album. C’est d’ailleurs pour ça qu’il y a pas mal de phases sur Paris : le fait de quitter Paris m’a donné envie d’en parler, du fait de la quitter, la retrouver. J’avais ce besoin d’en parler !

Avant, j’écrivais essentiellement sur ordinateur, Bleu/Noir a été écrit entièrement sur ordi, et là j’avais envie de changer un peu mes manières d’écrire, pour me renouveler. Quand tu fais du rap, tu as tes propres mécaniques de rimes. Sans faire le mec, tu mets n’importe quelle instru de boombap ou trap, je peux t’écrire un couplet en 10 minutes. Ça sera juste de la rime, ça sera pas beau etc, mais techniquement j’ai déjà mes repères. Le fait de changer ta manière d’écrire ça peut aussi les bouleverser, ça te permet de trouver des nouveaux flows. J’ai écrit la moitié sur un carnet, et l’autre sur ordinateur.

Au risque de passer pour un inculte, je n’avais aucune idée de qui était Maïakovski avant d’écouter ton album, j’en suis désolé ! Tu peux me parler un peu du titre Svetlana & Maïakovski

Ne sois pas désolé, il y a des cons partout (rires) ! Plus sérieusement, j’adore la poésie, et on m’a offert un recueil de Vladimir Maïakovski pour mon anniversaire. Je suis un fan de la Russie. Moscou, Saint-Pétersbourg, ça me rend ouf. La culture russe me rend dingue, ils ont une certaine mélancolie en eux, dans leur façon de voir la vie, dans leur philosophie de vie de tous les jours. Cela me touche et me plait, je cultive depuis un certain temps une fascination pour ce pays, ces terres. J’ai lu beaucoup de romans à propos de la Russie.

Et je ne sais pas pourquoi, j’avais envie d’écrire une chanson sur une prostituée. En fait non, plus que sur une prostituée, sur la fragilité d’une femme à qui on kidnappe les rêves, qui se retrouve sans thunes à devoir se prostituer. Encore une fois, c’est une mélancolie russe, plus que de parler d’une prostituée. En même temps, je voulais qu’elle puisse s’échapper dans des trucs plus spirituels, comme la poésie. J’ai cherché un prénom russe courant, et dans mon imaginaire de la prostituée russe avec un corps de rêve, mais en même temps abimé par la drogue, l’alcool et la désillusion, Svetlana ça allait bien. La chanson aurait pu s’appeler La Belle et la Bête mais je voulais un titre plus percutant, moins Disney, plus ancré dans notre époque. Pour avoir lu du Maïakovski, c’était un poète futuriste, révolutionnaire, qui a habité aussi à Montparnasse et parfois sa poésie est frontale, elle incite à se battre. Il est très terre à terre, poing sur la table, et va de l’avant.

A propos d’histoires, tu fais pas mal de storytelling dans ton album. Svetlana & Maïakovski donc, mais aussi La Vue du Sang qui parle d’un jeune envoyé sur le front, Mama Rita qui parle d’une femme qui se fait taper par son mari. Tu peux me parler de ces deux titres ?

La Vue du Sang m’a été inspirée par les médias en fait. J’ai fait beaucoup d’interviews pour Bleu/Noir, et on me demandait souvent pourquoi mes textes n’étaient pas plus orientés politique. Du coup j’ai voulu m’exprimer, et dire « vous voulez savoir ce que je pense de la politique ? J’y connais rien, j’en ai rien à foutre, mais je pense que la Guerre et la violence c’est de la merde ! » Du coup, je voulais écrire une chanson sur la naïveté d’un jeune qui pense un peu comme moi, mais qui a un père un peu nationaliste, qui a des idées arrêtées et pour qui c’est une fierté de se battre pour son pays. Le jeune est aussi à la recherche d’adrénaline, de sensations, et décide de s’inscrire à l’armée mais se rend compte qu’il n’aime pas du tout ça et que c’est l’horreur. Je n’émets aucun jugement, je ne critique ni l’armée ni les militaires, parce que je ne connais pas et cela ne m’intéresse pas. Je voulais juste raconter la naïveté d’un mec qui part à la guerre.

J’avais envie de beaucoup de féminité dans mon album, c’est pour ça qu’il y a des sons comme L’or de sa vapeur rouge, ou encore Héra. Mon album est plein d’amour, mais pas de l’amour niais, de l’amour plein de convictions. En gros, il y a de l’amour et de l’espoir, mais on ne me la fait pas à moi, je sais où j’habite et dans quel siècle je vis.

Concernant Mama Rita, c’est une chanson que j’ai écrit avec mon père. C’est un sujet qui me tenait à cœur, car la violence conjugale c’est un sujet que je ne côtoie pas moi, mais que des connaissances côtoient. C’est un thème puissant mais aussi très important. Encore une fois, mon album est très personnel, il me raconte moi, même s’il touche des gens.

En parlant de causes qui te tiennent à cœur, le 17 Octobre tu sera en concert pour la Fondation de l’Abbé Pierre, lors de la 3e édition de l’Abbé Road. Tu peux m’en parler un peu ? 

J’avais fais la première édition déjà, et ensuite les Nuits Solidaires, qui consistait à rester toute la nuit avec les SDF place de la République, avec une grande scène et plusieurs artistes.

Le mal logement me touche vachement parce que des potes qui vivent dans des squats je connais, vivre dans des chambres de bonnes j’ai connu aussi. Les études sur Paris qui coûtent une blinde, et quand t’as fini t’as tout sauf envie de rentrer bosser chez toi parce que t’es dans des conditions misérables. Tu vois de quoi je parle, ça touche tellement de gens autour de nous qu’on ne peut pas l’ignorer. Quand ils m’appellent, j’y vais avec le cœur !

Quelle est la suite pour toi ? 

Je vais partir à la rencontre de mes auditeurs et de ceux qui me suivent. Plus que des séances de dédicaces, cela va être un réel échange afin de parler musique, d’eux, de moi. C’est court à chaque fois, car, sans prétention, il y a du monde, mais ça fait toujours chaud au cœur. Et cela permet de dédicacer l’album et de le rendre « unique » d’une façon. Ensuite, je vais partir en tournée. C’est là où l’échange est le plus fort car la musique rentre en compte.

Ah et surtout, le 24 mars je fais un gros concert à l’Olympia, soyez là !

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