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[Interview] Jpzer : « Less du Neuf reste une fierté »

Lui a rejoint le cercle fermé des MC’s qui ont changé de nom en cours de chemin. Jeap 12, ex-membre de Less du Neuf est devenu JPzer quelques temps après la rupture avec Kimto Vasquez son ancien partenaire de rimes. C’était en 2008, suivant la sortie d’un troisième et dernier album laissant le goût amer d’une mauvaise nostalgie pour les fans du groupe. Et puis plus rien. Ou plutôt pas grand chose jusqu’à l’année 2014 et la sortie de Go Fast Team, un projet produit par un JPzer jetant du sang neuf dans l’arène d’un rap français qu’il connaît comme sa poche. Un concept différent propre à ce vieux de la vieille de l’école rap qui, la quarantaine passée aidant, nous a livré ses confessions sur ses longues années passés dans le milieu et ses projets à venir, après un long silence.


Peux-tu nous parler de ton parcours ces dernières années et de ce Jpzer qui a pris la place de Jeap 12 ?

C’est l’ancien Jeap 12 de Less du Neuf tout simplement. C’est le jeune qui a vieilli et qui veut rester jeune (sourire).

Dans le bon sens ?

Bah oui toujours ! Comme je kiffe toujours le rap, je me suis mis à l’ère du temps par rapport aux gamins. Et comme la mode était celle des « zer », je me suis dis, je vais m’appeler Jpzer. C’est Booba qui a repris l’expression des mecs du 91 et qui a popularisé ça !

Justement, au niveau de l’orientation musicale, on sent un rapprochement ces derniers temps avec ce que peut faire quelqu’un comme Booba. Tu as sorti un projet qui va dans ce sens (Go Fast Team), tu peux nous en dire un peu plus sur celui-ci ?

Ça faisait longtemps que je n’avais pas fais de rap alors j’ai rappé avec des gamins de mon quartier histoire de me remettre dedans. C’était plus pour me faire plaisir que j’ai sorti ce projet.

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Il y a combien de titres sur le projet ?

Il y en a 17. A chaque fois je rappe avec des jeunes, histoire de m’entraîner pour me remettre bien.

Un coup d’essai en attendant la suite alors…

Oui voilà, exactement ! Et les gamins d’aujourd’hui, si tu n’essaies pas de faire mieux qu’eux, ils ne te prennent pas au sérieux donc il faut leur montrer que tu sais faire ce qu’ils savent faire aussi.

A l’écoute du projet, on ressent une volonté de ta part de te mettre en retrait et de plutôt jouer un rôle de producteur et de dénicheur de talents…

Oui clairement, parce que j’ai plus l’âge non plus, je ne suis pas là pour réussir. Je suis là pour continuer à travailler et c’est en travaillant que tu déniches de nouveaux talents. Et en même temps, tu te fais plaisir personnellement parce que moi j’aime rapper. Je suis un rappeur à la base, il y a des gens qui ont mon âge et qui sont contents de m’entendre rapper, et les plus jeunes apprécient aussi.

p1120864  JPzer et Mamen Myck dans les studios RQI à Pantin

Tu peux justement nous dire quelques mots sur les jeunes artistes qui gravitent autour de ce projet ?

Et bien là il y en a un que tu écoutes en ce moment qui s’appelle Mamen Myck. Il y a un petit jeune qui s’appelle Shazam. Il y en a un qui s’appelle Doum’s. Il y a mon petit Cassidy également. Ce sont des petits jeunes qui redonnent des valeurs au rap. J’ai invité des anciens potes à moi aussi comme Sinik, Kozi. Mais l’idée c’est de faire rapper des petits jeunes que personne ne connaît. Et en même temps moi ça me remet dans le travail. Là, c’est encore les débuts, les premices, donc c’est encore approximatif…

EP et album en préparation

Donc quand tu parles de prémices, ça veut dire que tu as des projets prévus pour la suite ?

Oui j’ai des projets persos. J’ai déjà des titres pour faire un vrai album. Enfin il y a un EP déjà de prévu avec un album derrière.

Avec des dates de sortie programmées ?

Pour l’EP ce sera fin 2016, courant octobre-novembre dans un premier temps et l’album dans la foulée…

Et donc ce serait un vrai premier projet solo ?

Oui. Je balancerai une vidéo à la rentrée pour présenter tout ça. Ça bosse dur !

Quel ce sera le contenu de ce futur album ?

Des tendances actuelles, des tendances à l’ancienne. Sur cet album, je me suis fait vraiment plaisir.

Au niveau des invités, ce sera le même entourage que sur Go Fast Team ?

Non, il n’y en aura pas beaucoup, peut-être un ou deux anciens. Ce sera un projet personnel, différent de ce que je fais avec les jeunes. Je n’ai pas le même âge, je ne peux pas m’amuser à dire flingue, kalash et ce genre de choses…

Ok, et en attendant, vous avez fait quelques scènes…

Non, personnellement par rapport à tout ce que je fais maintenant, je ne suis pas encore prêt. Pour l’instant, je produis des petits jeunes dans le studio où tu es en ce moment, avec des mecs à moi comme VR. Là par exemple, on produit l’album de Mamen Myck qui va arriver. On est sur plusieurs trucs et en même temps derrière, j’écris des morceaux et quand je me sentirais prêt bam ! Le but c’est de faire un maximum de morceaux pour faire l’EP et l’album…

Ces derniers temps, il y a eu pas mal de connexions avec LIM, comment vous vous êtes rencontrés ?

C’est un pote d’enfance ! On a fait pas mal de sons ensemble.

« Avec Vasquez, la vie nous a séparés, mais je reste un passionné de musique. Ce que je faisais avec lui, je le fais aujourd’hui avec mes gens »

Depuis toutes ces années, il y a un public de base qui t’as connu à travers Less du Neuf, est-ce que tu n’as pas peur de perdre une partie de ce public là avec l’orientation musicale que tu as pris sur tes derniers projets ?

Non, ce sont des acquis qui me servent. Le travail que j’ai fait avec Less du Neuf m’aide aujourd’hui. Je suis un rappeur, pas un chanteur. Du coup, quand je veux essayer de faire du chant, c’est plus facile pour moi que pour le gars qui chante vraiment.

On ne t’a pas trop entendu parler de la fin de l’aventure Less du Neuf. Elle est définitivement morte et enterrée ?

Oui c’est fini ! That’s all !

Qu’est-ce qui a causé la fin du groupe ?

Les rapports humains, la vie quoi ! Il y a des gens qui s’entendent jusqu’à la fin de leurs jours et d’autres qui ne s’entendent plus. Pour les détails, ça regarde chacun d’entre nous. Avec Vasquez, la vie nous a séparés, mais je reste un passionné de musique, ce que je faisais avec lui, je le fais aujourd’hui avec mes gens. Vasquez à la base, ce n’est pas un rappeur. Moi à l’époque je traînais avec Booba et à la base, Booba ne voulait pas traîner avec Vasquez. Et moi, si j’ai décidé de rapper avec Vasquez, c’est parce que Booba se moquait de Vasquez parce que c’est un blanc ! Moi, quand je fais des choix, je vais au bout de mes choix. Après, si la vie fait que demain, tu as envie de faire autre chose, c’est tant mieux pour toi. Mais moi, je suis content de t’avoir donné la force que tout être humain a besoin a un moment donné dans sa vie…

C’est vrai qu’avec Vasquez, lorsqu’on vous écoutait, on ressentait une grande proximité à la fois artistique mais aussi humaine. Vous n’avez plus de rapport du tout aujourd’hui ?

Non, c’est fini, c’est terminé tout ça ! Mais ce qui est bien, c’est ce qu’on a raconté dans nos textes. Qui est sincère, qui ne l’est pas ? Qui faisait de la connivence et qui n’en faisait pas ? L’être humain, parfois, vit dans sa zone de confort. Un mec comme Vasquez, jamais il ne fait Taxi 2. Et quand il fait Taxi 2, il le vit très mal. La célébrité tombe généralement sur ceux qui ne la veulent pas.

En tout cas, la fin de Less du Neuf, c’est quelque chose que tu n’as pas mal vécu ?

Ah non pas du tout ! Partout où je vais, je suis « JP de Less du Neuf ». Lui ne le dit pas, mais moi je le dis, je représente, c’est un vrai truc ! Il y a des gens qui ont grandi avec nos conneries, avec notre mental. Je suis fier de ce que j’ai fais parce que j’ai dit des vraies choses aux gens. Tu sais, c’était plus facile pour moi de faire du Mafia K’1 Fry à l’époque, tu vois le délire… J’ai eu un choix à faire. Soit j’allais avec mon pote Vasquez, soit j’allais avec tous les mecs qui me ressemblaient. J’ai choisi d’aller avec Vasquez parce que je savais que dans le ressenti on avait un truc qui pouvait durer. Ce n’était pas un mouvement de mode, c’est de la musique ! Maintenant, tu peux penser que Less du Neuf a vieilli, il n’y a pas de problème, mais quand tu rentres dans ce qu’on raconte, tu es touché. Mon projet avec Less du Neuf reste une fierté !

Si tu ne devais retenir qu’une anecdote ou un souvenir ?

Le morceau avec la FF. On l’a écrit en une heure, c’est un morceau que tout le monde retient alors qu’on s’est pas pris la tête pendant deux jours pour le faire.

Une autre anecdote connue : le morceau « J’t’emmerde » de Gab’1, c’est Less du 9 qui l’a écrit ?

Oui c’est nous ! C’est moi qui l’ai écrit et, Vasquez, j’ai juste samplé son refrain. « Joue les cakes, joue les one again », c’est un refrain à lui qu’il avait fait sur un morceau à nous. Je lui ai dit « on va prendre ce refrain et on va le mettre dans le morceau ».

Du coup, le reste du morceau, c’est toi qui l’a écrit intégralement ?

Je l’ai écrit de A jusqu’à Z, avec Gab’1 à mes côtés qui me disait des conneries. D’ailleurs le producteur de l’album, Maurice, est avec nous comme tu peux le voir. C’est lui qui est à la base de Casey, de Less du Neuf… Tu vois, tu boucles la boucle.

Une page se ferme définitivement, une autre s’ouvre, tu souhaites dire un mot pour la suite ?

Dédicace à RQI, le studio où tu te trouves aujourd’hui. C’est mon lieu de travail, l’album est en construction ici…

P.S : V6, c’est pas bien !

About Laurent Lecoeur

Délateur culturel, aux deux oreilles attentives, tombé dans la marmite du rap français. Ressorti sans formule secrète mais avec l'envie d'y replonger pour en savoir un peu plus...

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