[Interview] Kamanugue, révélation

Entre connexions lyonnaises et Soundcloud, Bordeaux et des escapades natures, le producteur lyonnais Kamanugue a pris le temps de discuter de son début de carrière éclectique. La sortie de REVELATION 6 était un prétexte comme un autre pour se rencontrer et parler de bien plus que de ce seul projet.

A 25 ans, Kamanugue est un artiste sinon complet au moins polyvalent. Producteur est sa principale activité mais il peut légitimement avancer des qualités plus larges de musicien, de DJ et d’ingénieur du son, bien que selon ses propres dires il n’ait pas encore le titre officiel. Pas limité à la musique, il est aussi – avec Deuspleen (auteur de toutes les photos ici) – membre du collectif Le Sheh avec lequel il réalise des clips. Multiples tâches qu’il synthétise en s’investissant sur la DA de divers projets. Alors, comment concilier autant d’activités avec des artistes aussi différents que Gorjuice ou BabySolo, et comment travailler « en groupe » ou en duo ? Après Marty, Battaglia ou Selektar, une nouvelle interview défrichage d’un artiste évoluant hors des sentiers battus.

Tu composes des morceaux extrêmement variés, j’imagine que ton oreille s’est développée avec de nombreuses expériences… C’est quoi ton parcours musical ?

Tout mon primaire et collège j’étais aux Petits Chanteurs de Lyon, donc éducation chant/musique classique, chant d’église, beaucoup de musique classique, les ciné concerts du Seigneur des Anneaux trois années d’affilées en voix d’enfants chantées en elfique. Ça c’est cool, je chante juste. Quand je prod je peux trouver la note. Ensuite, j’ai fait 4 ans de guitare, initiation percussion à l’ENM pendant trois ans, je voulais faire de la batterie, j’ai jamais pu. Ils m’ont fait faire un an de xylophone, un an de djembé et j’ai jamais touché une batterie, j’ai arrêté avant. Dégouté. [Rires] Après j’avais un groupe au lycée de rock psyché, très indie, The Doors et tout. Et après, ça s’est mis à la prod et me voilà ! Mais ça remonte en vrai, je suis refait d’avoir pu chanter, c’était une dinguerie.

Tu es passé par Soundcloud dès tes débuts, à quel point ça a été important dans ta musique cette plateforme, l’émergence d’une scène, son éclatement… ?

Pour moi c’était pour digger en tout premier, pour trouver des nouveaux sons. Parce que quand les premiers trucs sont arrivés que ce soit des States ou de France, moi j’étais plus auditeur qu’acteur du truc. Je m’en servais pour digger, mais j’ai capté ensuite que c’était trop bien, que tu fais un son et tu le mets dessus. Et quand je suis devenu actif dans le truc, mes premiers sons je les ai sortis sur Soundcloud. C’est trop bien, c’est comme tirer la chasse. Tu mets un son et hop t’as tiré la chasse et qui sait où ce que tu as tiré va aller et peut-être que ça va faire des trucs de ouf ! Et je crois mon quatrième son il a pop, je crois aujourd’hui il a 400 000 écoutes alors que c’était un vieux remix que j’ai fait. Ça a pop un ou deux ans après, une dinguerie. Soundcloud c’est trop bien pour ça !

Et c’est toujours trop bien ?

Est-ce que c’est toujours trop bien ? ça l’a été… Il y a eu ce moment Soundcloud des Etats-Unis, XxxTentacion, 2017, ça c’était l’âge d’or. Ensuite en France ça s’est prolongé quand il y a eu les Lyonzon et tout en 2018-2019 ensuite c’est un peu mort. Pendant le confinement c’est mort. Et depuis TikTok les gens s’ouvrent à nouveau sur les sous-genres un peu obscurs. Parce que sur TikTok tous les sons populaires c’est des sons qu’on connaît qui sont accélérés par exemple. Et c’est un move très Soundcloud, les speed up edit ou les gens qui pitch leurs voix ou tout le son, c’est très Soundcloud. Va savoir pourquoi… Ou parce que les gens ils se filment en vitesse fois 2 aussi quand ils dansent et ça accélère les sons… Tout va plus vite en vrai, même le fait de scroll par exemple. Et Soundcloud ça revient avec ça.

Et sur les artistes qui viennent de Soundcloud et qui aujourd’hui….

Soundcloud, Twitter, le reste [le mainstream, ndlr]. Tu passes la barre Twitter et c’est bon après ça peut le faire. Après La Fève il utilise encore Soundcloud : pour tirer la chasse. Avec ses tapes de 40 sons… C’est pour ça que c’est bien Soundcloud. Moi j’utilise toujours, moins qu’avant mais toujours. Genre si on fait un son avec les gars archi aux antipodes de ce qu’on fait d’habitude, on le finit, on l’exporte et on le sort. Et voilà. En plus sur Soundcloud tu peux changer les versions déjà uploadées, c’est une œuvre qui peut évoluer dans le temps.

Cette petite intro c’était pour nous amener sur ta dernière sortie, REVELATION 6, qui est très marqué par ces influences sonores Soundcloud. Comment tu as construit ce projet avec tes trois rappeurs Gorjuice, Arsaphe et Ssologod ?

C’est pas un projet de groupe de rap. C’est un projet où on apprend à se connaître entre nous. En vrai c’est ça. J’ai fait le projet avec Gorjuice, puis j’ai fait des sons avec Ssolo, et Arsaphe je l’ai rencontré après. Puis en mélangeant les gens qui venaient faire du son chez moi, chez ma mère chez qui j’habitais à l’époque. Bah quand les parents étaient pas là les weekends, ils venaient faire du son, au début chacun faisait son morceau séparé et puis ça apprend à se connaître, qui va mieux sur tel type de prod et puis tout le monde fait des sons ensemble. C’est un projet où on a appris à devenir potes. C’était pas la démarche mais c’est ce qu’il s’est passé.

Je trouve en effet qu’on retrouve cette démarche dans le projet où on sent que ce n’est pas l’aboutissement de dix ans de musique ensemble. Et tu viens de répondre à ma question, qui n’est pas une question piège, qu’est-ce qu’un projet comme ça raconte ? Car même s’il y a une vraie cohérence esthétique – qui peut se suffire à elle-même – je trouve qu’on a du mal à saisir votre propos, un fil rouge…

En vrai c’est une compilation. C’est un assemblage de tous les sons qu’on a fait l’année où on apprenait à se connaître. On voulait surtout pas faire un truc réfléchi. Parce que ça allait avec créer un groupe, créer un groupe c’est porter une entité, faut que chaque membre soit crédité à part égale… C’est comme ça que je le ferais si je devais et j’ai vraiment la flemme. On voulait pas se prendre la tête, on n’est pas un groupe de rap on est un groupe de potes. Bon le nom c’est vrai qu’il fait un peu cinématique. [Rires] Du coup on pourrait croire que ça va raconter un truc de ouf, malheureusement c’est pas notre but, peut-être que certaines personnes trouvent que si…

Tu m’as devancé, question suivante : c’est quoi ce titre ?

Ça on l’a trouvé avec Ssolo, c’est celui qui est le plus fort pour trouver des sens aux mots et aux choses, toujours avec une belle histoire. Et… il est fort en masturbation intellectuelle si tu veux… En vrai de vrai, il est trop fort à ça cet enfoiré ! [Rires] On cherchait un truc un peu mystique à mettre sur tout ça et comme effectivement y’a pas vraiment de fil rouge, d’histoire… Bon à part musicalement, mais c’est normal c’est tout moi qui ai fait la musique. Mais la révélation 6 c’est ce que cherchent les quatre cavaliers de l’apocalypse. C’est un bail de mythologie, on a trouvé ça super cool, ça marche avec les prod un peu mystérieuses, un peu médiévales. On s’est dit bail de croisades, mystique, les quatre cavaliers de l’apocalypse… Chacun est différent en plus, comme les cavaliers, un péché chacun, personne ne se ressemble… Arsaphe c’est le mec avec la capuche, Ssolo c’est le grand sorcier, Juice c’est le petit boug fluide que tu peux pas attraper et moi… je suis le blanc avec les dreads. [Rires]

Il y a une identité visuelle assez originale pour accompagner le projet. A mon sens celle-ci prend le contrepied de la musique (très numérique, synthétique, sombre, avec une sensation d’enfermement), avec une ambiance en extérieur dans la nature, le réel et finalement avec beaucoup d’espace. Comment vous avez taffé ça ?

Parce que c’est là qu’on visualise notre musique en vrai. Quand on la fait on est enfermé dans une pièce mais en réalité on a juste envie d’être dans la forêt tu vois ? Surtout pour ces sons où on s’enferme neuf heures dans une pièce… C’est ça qui nous transportait, qui donnait envie a tout le monde de poser. Parce que ta musique faut qu’elle donne envie de partir et quand en plus tu as trois rappeurs qui vont poser sur le son que tu es en train de faire faut donner envie à tout le monde. Et Deuspleen avec la cover il a bien capté ça, qu’on avait envie d’être dehors, qu’on voulait pas d’une tape avec des visuels en ville, en béton, enfermés… La où on est tout le temps en fait. On sort dans la rue on voit que ça, on a juste envie de partir de là et notre musique elle sert à ça.

Tu es également membre du collectif Le Sheh avec Deuspleen, vous avez réalisé des clips pour de nombreux rappeurs, c’est quelque chose de toujours important ?

Deuspleen a fait la cover donc, le clip je l’ai fait avec lui. Mais des clips j’en réalise tellement plus souvent donc que je peux dire que j’en réalise plus. Mais c’est quand même un truc que je vais continuer à faire sur mes propres sons je pense comme on a fait pour Machicoulis parce que j’aime trop faire ça. J’aime bien être derrière la caméra, devant vite fait, ça me dérange pas d’être celui qu’on voit moins. T’façon tout le monde s’en fout de voir un producteur, ça sert à quoi ? Si t’as pas les meilleurs dance moves, les meilleurs outfits en vrai de vrai qu’est-ce tu vas faire ? Ce que je kiffe le plus c’est le montage donc je vais continuer à le faire oui. On a co-réalisé le clip et shoot la cover le même jour en même temps avec Deuspleen, c’était un vrai plaisir. Je suis assez satisfait, j’ai monté ça vite. On a fait du less is more, pas trop d’effets parce que y’en a assez dans la musique. Ça aurait fait trop à l’écran aussi, j’ai tellement passé d’années avec le Sheh à faire des clips qui partaient dans tous les sens que je crois que je suis vacciné. Donc voilà, un clip épuré c’était bien.

Tu travailles aussi avec Babysolo. Comment tu arrives à passer d’un taff en groupe entre 4 gars, puis travailler avec une meuf…

Déjà j’ai toujours fait des prod autres que rap. Les prod rap c’est pas mon truc de base. Je viens de dix mille autres trucs, rock, musique classique… Et quand j’entends un style que j’aime bien et bah on est producteur, on peut tout faire, donc je le refais. Les prod années 80, mignonnes, j’en ai toujours fait j’ai l’impression. Un jour j’étais avec les gars de collectif Blakhat, on a des amis en commun, ils résidaient chez moi parce que j’habite à Lyon et qu’ils avaient besoin d’un endroit. Ils me font écouter Babysolo, je colle sur la musique. Puis c’est allé vite ! Ils m’ont envoyé son profil, j’ai envoyé un DM, elle m’envoie son mail, j’envoie des prod et on a fait Balayette. C’est aussi simple que ça. Je suis allé à Bordeaux voir Blakhat, j’ai vu Babysolo, on a fait du son, c’était trop cool et elle m’a proposé d’être son DJ. C’est arrivé super vite ! Un concours de circonstances.

Bon et ce travail avec Babysolo dans une esthétique assez retro années 2000, comment on bosse ça sans tomber dans le kitsch ou le balourd ? D’autant plus que c’est des références qu’on a tous dans notre génération…

Parce que ça fait partie d’elle et qu’elle fait pas semblant. Elle est comme ça, naturellement attirée par ça. C’est pas un truc qu’elle a vu sur TikTok ou Pinterest et qu’elle a pris. Ça fait archi longtemps qu’elle est dans ça et je pense que c’est pour ça que ça marche bien. Elle est née à la mauvaise époque… enfin à la bonne mais à la mauvaise quoi. Depuis que je la connais, elle est vraiment comme ça. Ça marche bien parce qu’elle fait pas semblant. Je crois pas qu’elle se soit levée un jour avec une idée et qu’elle se soit dit ça va être années 2000, c’est son truc, c’est tout. Ça va être de plus en plus affirmé normalement, plus ça va plus ça se précise. Par moment on lui trouve un côté Priscilla ou genre Lolita, petite meuf, petite voix, mais le clip d’après tu te rends comptes qu’en fait y’a un côté film français, tu captes que les références sont plus nombreuses et variées.

Lié à tout ça, est-ce que ça te parle si je te dis que je trouve qu’il y a un côté pop star à sa musique ?  Tout l’inverse de ton projet avec les garçons… C’est naturel ça aussi ou il y a une ambition et une envie en sachant qu’il y a ce potentiel-là ?

C’est toujours lié aux années 2000, tous les musiciens dont on entendait parler c’était des popstar parce que y’avait pas Insta, tu pouvais pas découvrir des artistes underground. Tout ce qui est musique des années 2000, de base tu es une star si tu fais de la musique comme ça. Après voilà, c’est pas volontaire mais ça marchait déjà pas mal quand on a commencé ensemble. Et après les gars, y’a un peu ça aussi, quand Playboi Carti il a sorti son album, ils avaient tous envie d’être des rockstars d’un coup ! [Rires] Dans l’attitude, ça ressort moins alors que Babysolo c’est une starlette mais c’est parce qu’elle est comme ça ! Les trois-quarts de ce qui constitue son projet c’est juste sa personne, ce qu’elle est. Il y a beaucoup de gens qui se créent un perso, Babysolo c’est pas le cas. Sa vie c’est un film mais c’est comme ça.

Bon tu as répondu plus ou moins mais pour bosser avec tous ces artistes, tu produis d’abord pour toi et tu leur proposes ou tu aimes un artiste et tu vas lui faire de la musique sur-mesure ?

Y’a un peu de tout. Je peux découvrir un gars, kiffer son délire et commencer à faire ce qu’il fait, mais c’est un peu rare. Ou alors je découvre quelqu’un et il se trouve que je l’entendrai bien sur des trucs que j’ai déjà fait. Mais je crois qu’en général j’ai plutôt cette réputation d’être le gars qui va faire sortir un artiste de sa zone de confort ou au moins de proposer un truc qui tend vers autre chose que ce que fait l’artiste en général. Babysolo, le premier son qu’on a fait c’était Balayette et elle avait jamais fait de son comme ça avant. Y’a pas de règles, on va échanger, se rencontrer et puis on voit après où est-ce qu’on part sur les prod.

Tu as évoqué le fait d’être devenu le DJ de Babysolo, mais j’ai l’impression également de te voir mixer de plus en plus en solo, ce qui n’est pas le cas de tous les producteurs, c’est un truc que tu recherches et que tu aimes ?

C’est vrai qu’il y a beaucoup de producteurs qui restent en studio et qui se terrent. Moi depuis que je suis au lycée, depuis l’avènement des enceintes Bluetooth, c’est moi le mec qui met le son. Arriver à lire une assemblée de personne que tu connais plus ou moins et arriver à mettre le son pour que tous ces gens soient plus ou moins content, je fais ça depuis toujours. Etre DJ c’est une extension de ça. J’ai mes skills de producteurs donc je connais l’audio, donc je fais. Je kiffe !

Le fait d’être DJ et de beaucoup digger, ça t’es utile et ça influe sur ton travail de composition ?

Pour moi ça marche dans l’autre sens. Souvent quand tu es DJ tu vas digger pour trouver les meilleures pépites à mettre, mais ça moi je le fais déjà. Moi je vais plutôt devoir digger les trucs archiconnus que je ne connais pas genre Niska « vitres teintées, phares xénons » que je connaissais pas du tout mais que je connais car j’ai besoin de le jouer. Ça me sert à faire de la recherche dans l’autre sens car il y a beaucoup de trucs de rap français que je ne connais pas, que je n’ai jamais écouté. J’apprends comme ça.

A la base tu m’as donné rendez-vous chez Kasanostra, ça fait longtemps que vous bossez ensemble ?

Ça fait longtemps qu’on se connaît. A l’époque des Lyonzon et tout, je faisais les clips et Lyonzon enregistraient là-bas, donc j’ai été amené à y aller plusieurs fois. Mais j’étais pas assez sérieux dans le son et à force de venir on s’est très bien entendus avec tous ceux qui gèrent le lieu. On a appris à se connaître, on se faisait écouter de la musique, puis ça s’est fait naturellement. En vrai pourquoi j’ai commencé à travailler là-bas, c’est l’été. En fait partout où j’allais bosser faire du son c’était sous les toits et quand t’enregistres et que tu mixes, ton ordi il chauffe et puis la vie tu peux plus bosser ! Et à Kasa, c’est dans une cave insonorisée et réfrigérée, c’est pro. On avait besoin d’aide, ils sont venus en clutch pour nous aider et voilà.

Et puis tu as produit pour le 6ix…

Exact. C’était à l’époque où je deviens producteur. Je me risquais plus à envoyer… Mais c’est encore nouveau ça pour moi en vrai tous ces trucs de beatmakers, de démarcher des gens, de leur envoyer des prods… Je suis un newbe dans ça comparé à tous les petits sur Insta qui sont nés avec FL qui envoient pack de prod toutes les semaines… J’en suis pas là encore faut que je me professionnalise.

J’avais adoré de cette époque le titre Combien avec 6ix et Marty…

Ah ouais c’était trop bien ! Combien ! On commençait à faire des trucs comme ça oui. Comment ça s’était fait ? Je crois que j’avais fait la prod, je l’avais proposé au 6ix et je lui avais dit : « gros fait poser Marty ! ». Parce que ça s’entendait de ouf et pour une fois ils l’ont fait ! Et je suis content qu’ils m’aient écouté et qu’ils l’aient fait. Il fallait qu’ils fassent une track ensemble et je suis refait que ce soit sur une de mes prod. Franchement c’était trop bien.  

Tu t’es présenté comme lyonnais, tu bosses quasi qu’avec des Lyonnais sauf Babysolo… La scène rap lyonnaise c’est quoi pour toi ?

Alors moi j’ai vraiment zéro culture rap français. La vie quand je suis monté dans ça, j’ai skippé tout le rap français dans mon parcours d’auditeur, je suis passé direct au rap états-unien si on peut dire. Je connais des noms, les Lucio Bukowski et tout mais pas la musique. Et puis surtout, un truc que je dis tout le temps, c’est que je suis lyonnais mais je porte pas le drapeau de la ville. Malheureusement ou heureusement, je sais pas. Mais on m’a beaucoup demandé de porter ce drapeau, je sais pas pourquoi, moi je m’en fous de ça laissez-moi, citoyen du monde. [Rires] On a vraiment cette tendance, les lyonnais, à trop parler sur notre ville, à dire qu’on est les meilleurs tout ça… Je viens de là mais je suis pas en mode on met la ville sur la map. Mais c’était cool ce moment Lyonzon, c’était beau de voir que c’était possible. Voilà, mais Lyon, le « rap de Lyon » c’est un truc en particulier… C’est même pas à moi de dire ça c’est aux gens qui écoutent qui sont pas à Lyon de dire ça. C’est ça le truc.

En effet, il y a beaucoup de rappeurs qui viennent de Lyon mais je pense pas qu’on ait une esthétique rap particulière, c’est pas Atlanta ou Marseille, sauf un temps peut-être avec…

Soundcloud oui ! Mais on me dit souvent que quand même à Lyon ça rappe pas fort, ça rappe en chuchotant. On verra ce que la constante dit de tout ça. Moi ce truc de rap lyonnais en vrai je sais pas, je ne pense pas m’inscrire dedans sauf si c’est « tu fais du rap et tu viens de Lyon », oui ok. Mais à ce moment-là tout le monde fait du rap lyonnais non ? J’ai envie de dire que ça existe pas le rap lyonnais ! [Rires] Peut-être ça a existé à d’autres moments, mais pas à cette heure-ci. Y’en a eu avec Soundcloud, peut-être avant, je sais pas j’étais pas là, mais pas aujourd’hui. Y’a des gens qui font des trucs de ouf qui viennent d’ici, Irko, Bu$hi qui vient de La Réunion mais qui a passé beaucoup de temps ici, mais ils font pas la même chose. On n’est pas Atlanta ouais. Ils viennent d’ici mais c’est tout. Peut-être dans les paroles de certains parfois, mais y’a eu un groupe avec le nom de la ville et prison à la fin, donc on pourra pas faire plus, ils l’ont fait et voilà. Si un jour des gens veulent appeler rap lyonnais ce qu’on fait allez-y mais pour moi là ça existe pas. Aujourd’hui ceux qui disent rap lyonnais, c’est des gens de Lyon qui sont trop imbus de leur ville, et c’est le cliché de Lyon et il est 100% réel parce que tous les Lyonnais pensent que Lyon c’est la meilleure ville de France, je sais pas si c’est vrai, ça dépend des jours (rires) !

Et qu’est-ce que tu as envie de faire et avec qui pour la suite ?

Là on a fait un truc à plusieurs mais maintenant on va affirmer ce que chacun a à dire. Y’a Ssologod qui a son truc à dire, il précise sa ligne avec un truc beaucoup plus cinématographique, y’a de quoi faire de la masturbation intellectuelle, de quoi faire des threads Twitter, ça va être top. Y’a Arsaphe avec qui il faut qu’on définisse le délire mais on a plein de trucs, ça va être trop bien, plus OG, il va raconter ses tripes, il va tout nous dire. Je continue avec mes gars chacun dans sa ligne. Y’aura moins ce truc de faire du son ensemble mais on a fait tellement que c’est ok de se focaliser sur soi. Et puis on se voit encore que ce soit dans la musique ou en dehors. On va pousser la musique, pareil avec Babysolo, on va faire des trucs où les gens nous attendent encore moins, qui vont être encore plus cool.

Je continue aussi beaucoup mes connexions outre-Atlantique, je suis avec Freddie Dredd, rappeur canadien avec qui j’ai déjà fait des sons en 2017-2018. A l’époque Lyonzon je faisais pas des no melody mais des prod phonk et ça a bien marché. Et là je suis content, à force d’avoir exploré la musique je suis content je suis le mec qui fait l’album indie-rock de Freddie Dredd, l’album alternatif de Freddie Dredd avec mon compère Ulysse, guitariste, producteur multi-instrumentiste.

En tous cas on va cimenter cette position de « ok tu es rappeur on peut te faire des prod de ouf mais aussi des prod que tu n’aurais jamais pensé faire ou que tu as toujours voulu faire, nous on va t’emmener là-dessus ». On va faire de la musique quoi ! Y’a que comme ça que tu peux rester. La vie les prod trap ou Soundcloud, c’est des trends, y’en a pas beaucoup qui vivent pour toujours, y’a que la musique qui vit forever. L’art de la loop, c’est beau, mais on va amener la suite, une prod trap avec une outro Alan Parson Project. La trap ça vient de la tess, de gens qui vivent la rue et moi c’est pas ce que je vis. J’ai vécu deux-trois ans aux Minguettes avec ma grand-mère et mon daron en haut de l’immeuble, bon j’ai vu. Mais je viens pas de ça, j’essaye d’amener mon truc, d’enregistrer des vrais instruments, sinon je m’ennuie. C’est pour ça que je fais des choses aussi différentes, je suis sur un ordi je peux tout faire donc je fais tout, toutes les musiques possibles !

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