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[Interview] Lacraps: « Tu verras en concert, on est un peu moins calmes qu’en interview »

Vendredi 6 Novembre, 16h00. Je rencontre Lacraps dans sa chambre de l’Ibis Budget dans laquelle il dormira après son concert à Toulouse, partagé avec Melan, dont l’intégralité des fonds recoltés sera reversée à l’ONG Action contre la faim. L’homme au bob m’accueille chaleureusement avec son fidèle joint et son ami (et partenaire de son) Melis. Le reste de l’équipe, Pack et Nedoua, nous rejoindra au fil de la discussion.
À force d’écouter Ali à longueur de journée, je pensais avoir cerné la personnalité du personnage: je m’attendais à échanger avec un type triste et dépressif, qui ne serait pas trop enclin à répondre aux questions. Malgré cette partie de sa personne, prégnante et présente comme nous le disent ses textes, je me suis entretenu avec un adulte humble et réfléchi, conscient du message d’appel au calme qu’il tente de délivrer auprès de son public. Proche de lui, réaliste et résolument sympa, je lui souhaite le meilleur pour 42 Grammes, qui arrive courant janvier 2016.

Comment en es-tu arrivé au rap ? Y a-t-il un élément déclencheur ou bien cela s’est-il fait naturellement ?

L: Je pense que c’est à force d’en écouter, en fait. J’ai toujours écouté du rap, depuis Lino, NTMMo’vez Lang, ou même du cainri avant ça. Mon grand frère écoutait beaucoup Biggie. Du coup un jour je me suis dit « Et pourquoi pas moi ? », et je me suis lancé.

Et après tu t’es pris au jeu ?

L: Oui exactement, parce que les gens ont bien aimé. Ils m’ont soutenu et m’ont dit de continuer. S’ils m’avaient tous dit que c’était pourri, je ne sais pas si j’aurais persévéré. Ça m’a donné de la force pour me lancer au départ. Mes potes m’ont dit de continuer et comme j’aime le rap et la musique en général, je ne me suis pas arrêté. J’en suis content maintenant, ça déchire. Écrire et chanter ce qu’on pense, c’est le max.

Comment le label LaClassic s’est-il formé ?

L: C’est un label qui fonctionne comme n’importe quelle entreprise. On y fait un peu de tout: vidéo, photo, merchandising, pressage, studio. On a notre propre studio et quasiment toutes les étapes de la mise en vente d’un CD passent par nous, à part de temps en temps les visuels réalisés par Slob parce que le gars est carré. De toute façon, c’est Slob ou moi qui nous nous occupons de ça. Le label, c’est vraiment un collectif. Il n’y a pas d’artistes en groupe dedans, on est tous en solo. Bon, on va se réunir tous bientôt pour un projet mais c’est plus par envie de kicker ensemble que pour créer un groupe. Je ne pense pas que ce soit utile d’en créer un alors qu’on a tous nos entités solos.

Parfait. Et Starline, qu’est ce que tu penses qu’elle puisse apporter au label ?

L: Est-ce qu’elle peut apporter quelque chose ? Je n’en sais rien. En revanche nous, je sais qu’on peut beaucoup lui apporter. Cette petite, c’est le talent brut. Elle est déjà très forte à son âge. Il lui faut juste un cadre. C’est comme Melis. Ça fait combien de temps que t’es à LaClassic ? Deux ans maintenant ? En deux ans, il nous a sorti un projet, il a évolué vitesse grand V parce qu’on lui a donné de quoi travailler. C’est comme n’importe quel ouvrier : s’il n’a pas les outils nécessaires, il ne peut pas faire de bon travail.

Le fait que ce soit la seule fille du label, qu’elle soit jeune…

L: Non ça ne me gêne en rien du tout. Elle m’a envoyé son truc, j’ai kiffé de fou, elle est venue me parler. À la base elle était venue me demander en featuring donc je lui ai demandé de m’envoyer des sons à elle. J’ai vu le freestyle, quelques uns de ses sons, j’ai beaucoup aimé. On a parlé et petit à petit elle m’a dit qu’elle cherchait une structure. Et ça me fait plaisir qu’elle nous ait choisi tu vois, parce qu’il y a beaucoup de gens qui la voulaient. Nous, on n’impose rien à personne. On a aucune attache obligatoire, donc si demain elle veut travailler avec quelqu’un d’autre, qu’elle y aille sans souci. On n’est pas là pour fermer des portes, encore moins à des jeunes comme ça. C’est pareil pour Melis, même pour moi, pour tout le monde. Je sais que si un jour on me propose autre chose, mieux, un truc vraiment intéressant, je ne me priverai pas. Tant qu’on reste tout le temps la même équipe.
M: Je suis complètement d’accord avec ça.
L: LaClassic, ça rassemble des gens sous une même bannière mais ça ne ferme aucune porte de sortie. Ni d’entrée d’ailleurs. Enfin si, quelques-unes quand même.

Et même s’il y en a un qui part du label, vous resterez avant tout une bande de potes ?

L: Évidemment, c’est la famille avant tout. On se voit tous les jours. Tu vois, il y a des gens qui font du son, ils se voient une fois par semaine pour enregistrer. Non, nous on est H24 ensemble, on se voit tout le temps. Si je ne vois pas Melis pendant une semaine, j’ai l’impression qu’il est malade ou qu’il est décédé (rires). Pareil pour Sega, pareil pour Nedoua. Le patron du label aussi, Pack, qui est venu avec nous pour faire le merchandising. Notre chasseur préféré. On marche tous ensemble, on réfléchit ensemble sur les projets. C’est un peu ce que je dis sur le freestyle 5h Chrono: « On a crée la nôtre, pas besoin de leur infrastructure« . À part la distribution, je pense qu’on n’a besoin de rien d’autre. Quelques distributions nous font du pied mais je préfère attendre. Il y en a quelques une qui s’intéressent à moi mais si c’est pour faire un choix que je regretterai plus tard, c’est inutile. Je préfère prendre mon temps, gonfler notre « buzz » même si j’aime pas ce putain de mot, avant de prétendre vendre dans toute la France. J’en vois certains en distrib’ qui vendent moins que nous donc bon.

Pourquoi avoir fait appel au public pour designer la nouvelle ligne de vêtements ?

L: En fait, on a envie de faire participer les gens plutôt que de faire une seule tête puis de se dire qu’on a loupé un truc.
M: C’est pour que tout le monde se sente concerné, tu vois ?
L: C’est surtout qu’il y a beaucoup de gens talentueux que l’on ne connaît pas, et qui ne vont pas penser à venir nous démarcher. Tandis que faire appel à eux et organiser un concours, ça ouvre des portes. Ce n’est pas un concours de carottes où plein de gens donnent leur travail gratuitement, il n’y en a qu’un seul qui gagne et tout. Chez nous, chaque apport que l’on utilisera, les gens qui y auront participé seront payés, tout comme pour chaque tee-shirt vendu. C’est vraiment pour donner une plus grosse portée à notre impulsion. Je ne me dis pas tellement que ça va faire participer le public tant que ça parce que mine de rien, des graphistes il ne doit pas en avoir des milliers dans nos supporters, même si je pense qu’il y en a un peu. C’est juste pour avoir un max de gens qui vont envoyer leur truc, pas tellement pour se rapprocher du public. Pour nous rapprocher de notre public, on privilégie vraiment les scènes. Et notre studio, aussi. Il est tout le temps ouvert, il y a toujours du monde qui y passe. Des gars qui viennent squatter au studio, qui parlent avec nous, qui se posent, à la cool. Ce n’est pas parce que je prends de l’ampleur que je me prends la tête. Il n’y a pas si longtemps que ça, je faisais 15 000 vues j’étais content.

Ouais, tu ne t’attendais pas à ce que cela vienne aussi vite ?

L: Pas plus que ça. Et puis même, je n’ai pas l’impression de faire un truc différent maintenant par rapport à avant. Forcément j’évolue, mon rap s’affirme et devient plus technique. Heureusement, parce qu’à force de faire, on s’affine. Mais je ne fais rien de plus ou de différent. Je transmets ma musique, point barre. Je ne fais jamais de grosse com’ ou de spam pour les sites de rap. Jamais, jamais. On le fait sur nos réseaux et les gens font tourner. Vaut mieux que les gens viennent à nous plutôt que le contraire.

C’est certainement ça que les gens aiment chez vous et ce qui fait votre force. Votre côté assez underground et proche du public, je pense.

L: Oui, surement. Après bon, underground ça veut rien dire je pense. Aujourd’hui, nous, on vend des CDs et on fait des tee-shirts, tu vois ? Certains ne comprennent pas que l’on fait ça pour faire vivre les projets. Beaucoup pensent qu’on essaye de se faire de l’oseille dessus, mais non pas du tout. Là tu vois on fait un concert où on n’est pas payés, c’est magnifique ! (ndlr: on a interviewé Lacraps à l’occasion de son concert toulousain avec Melan le 06 Novembre, dont tous les profits seront reversés à l’ONG Action contre la faim). Si on peut faire ça grâce à notre rap, c’est encore mieux que d’être payé, c’est merveilleux. Si il y a 3 000 euros qui rentrent dans Action contre la faim, c’est plutôt top. En plus juste en venant kicker… Merveilleux ! Demain aussi je suis en concert, je serai payé cette fois. Même si ce n’est pas grand chose, ça me fait déjà plaisir. Mais un concert pour supporter une ONG comme ça, j’aime beaucoup. Si on pouvait faire ça tous les mois ou tous les deux mois, je le ferai. Ça déchire.

Machine à écrire est sorti il y a un peu plus d’un an, le 3 Octobre 2014. Ça a été ton vrai premier projet étant donné que Premier G n’a pas été pressé, gratuit sur YouTube. C’est vraiment celui là qui t’a lancé avec la Poignée de Punchlines aussi.

L: Ouais, la Poignée de Punchlines et le clip avec Jeff le Nerf. Avant la poignée, j’avais déjà quelques cartouches en réserve tu vois, j’avais quelques trucs à côté. Mais apparemment les gens ont kiffé, c’est la plus vue, je trouve ça ahurissant. De toute façon tu verras ce soir au concert, en général elle tue bien, les gens la backent. C’est merveilleux. Tu verras, en concert, on est un peu moins calmes qu’en interview.

Qu’as-tu tiré de ce premier « vrai » projet ?

L: Que du positif ! Que des bons retours ! Je suis content et fier de l’ampleur que ça a pris. Comme je t’ai dit, moi je faisais mes clips tranquillement sans rien demander à personne, et j’ai eu de la chance que Jeff me donne un petit coup de pouce. C’est un des premiers artistes « côtés » avec qui j’ai fait un feat. C’est un tueur. Après, je ne vais pas te mentir, tout le monde a suivi, c’est fou ! La plupart des gens ont vu ce que je faisais, ils ont écoutés, je les ai rencontrés après en concert. Des fois on parlait sur Facebook bien avant même que je prenne un peu d’ampleur. Jeff a commencé à partager mes sons avant même que l’on se connecte. Par exemple la poignée, tout le monde l’a partagée ! Tous ! Des MC, toute la planète rap indé que j’écoute à longueur de journée, qui m’ont validé et partagé. Après, je reste lucide. Dans ma tête, je suis toujours un rookie, j’arrive à peine. 42 Grammes, ce sera mon premier vrai album, il sera plus réfléchi, plus court, mais il sera vraiment « moi ». Il y aura moins de featurings, plus de solos. Machine à Écrire, il y avait des morceaux qui datent de plus de 3 ans, alors que 42 Grammes, c’est vraiment une fusion. Je ne dirais même pas que c’est un album parce que ce n’est pas moi exclusivement: c’est Mani Deiz et moi. La direction des instrumentales sera exclusivement faite par lui. Selon moi, l’album c’est le moment où tu montres tout ce que tu sais faire. Dans mon premier album, j’essaierai d’être un peu plus…

Diversifié ?

L: Ouais, c’est ça. Pas forcément de la new school ou de la trap à tout prix mais de m’essayer à tout. Beaucoup de gens disent qu’un album est une bulle qui se doit d’être homogène. Par exemple chez Ritzo j’ai kiffé son univers, il est très dense. Moi en revanche je suis plus dans l’optique de montrer tout ce que je sais faire sur un bumal.

Oui, de montrer une palette complète de tes capacités.

L: Oui, c’est exactement ça. Mais que tout soit cohérent aussi, tu vois.

Qu’est ce que 42 Grammes va être par rapport à Machine à écrire ?

*Nedoua rentre dans la chambre*

L: Ça n’aura aucun rapport ! Bon, déjà plus de solos comme je t’ai dit, il n’y aura que des prods de Mani donc un univers très cohérent. Certainement plus précis, aussi.
NedouaC’est mieux.
L: (rires) C’est mieux ! Oui pour moi c’est mieux. Avant c’était « tout le monde et Lacraps« . Là ça va être « Lacraps et quelques personnes ».

Comment la connexion s’est-elle faite entre toi et Mani ? Parce que pour réaliser un projet entier avec un seul beatamker…

L: … faut kiffer !

Carrément ! Comment t’as eu l’alchimie ?

L: Déjà il est trop chaud Mani.

Oui, moi c’est mon beatmaker préféré, donc…

N: T’entends ça Mani ? Feu feu feu feu feu feu feu !
L: Dans son style, dans celui que j’aime, c’est le meilleur. Tous les sons qu’on a fait ensemble, ce sont ceux qui tournent le plus, donc on s’est dit qu’on allait faire un petit EP. Au début on voulait faire un 8 titres, et au fur et mesure on termine avec 16 titres. Là au niveau des prods, il y a vraiment des trucs différents. Bon après c’est Mani donc ça se ressemble, mais c’est assez hétéroclite. Il en a faite une sur du 72 BPM, donc c’est très lent.

Est-ce que tu te vois faire toute une carrière sur du gros boom check classique, avec un schéma de rimes assez similaire à chaque fois, des multisyllabiques à fond…

L: Ouais les multi, ça j’aime bien. Ça va faire un peu puriste mais pour moi j’apprécie moins le peura s’il n’y a pas de multisyllabiques. Pour en faire, tout en gardant un vrai sens et dire des choses intéressantes, il faut se torturer le crâne. Des gars comme JeffFuraxPaco, tous ces gars, quand tu les écoutes, tu vois vraiment que les mecs se torturent les méninges pour les trouver. C’est ça qui me fait kiffer. Pour le reste, je ne suis pas dans le débat old school ou new school: si une instru me plaît, je la kicke et c’est tout. C’est con à dire mais pour moi une prod doit avoir une âme. Parfois, je vais rapper sur des prods chimiques, ça va bien passer mais je ne vais pas l’aimer plus que ça. Ça reste personnel, c’est ma vision des choses. Il faut que l’instru ait une âme. Il y a des gens à qui tu la feras écouter qui te diront que ça pue la poussière, mais pas pour moi.
Après j’ai un peu un problème avec le terme « faire carrière ». Je ne suis pas dans l’optique de me dire que je vais en faire une. Pour l’instant je fais ma musique à ma manière, je kiffe ce que je suis en train de vivre, faire des concerts, que ma poignée fasse presque 800 000 vues, et c’est tout. Je suis un MC comme les autres.

Est-ce que tu n’as pas la pression pour 42 Grammes après une écriture si riche et précise dans Machine à écrire ?

L: C’est vrai que je me suis cassé la tête sur quelques sons (rires).

Ça s’entend !

L: De toute façon, si le couplet sort officiellement, c’est parce que je l’ai kiffé, à un moment où à un autre, c’est sûr ! Évidemment il y a beaucoup de choses que je ne ferais plus maintenant parce que j’ai évolué mais c’est quelque chose que j’ai apprécié et dont j’ai été content au moment donné. Mais je n’ai pas la pression pour le nouvel album, non. Je me suis encore plus affûté, j’ai plus charbonné. Il y a encore plus de rimes et ça donne un côté musical certain. J’adore ça, quand ça rebondit de partout, t’as des rimes qui sortent de n’importe où, c’est très musical.

Donc on doit s’attendre à du lourd ?

L: Je n’en sais rien… J’espère ! C’est dur pour moi de dire ça. Je sais que je me suis appliqué, je sais qu’il y a certaines choses dont je suis vraiment très content.

Aujourd’hui, est-ce que tu arrives à vivre du rap ?

L: Quasiment. Je survis du rap.

Et alors, entre tourner, écrire, enregistrer, et gérer le label, comment arrives-tu à t’organiser ?

L: Ce n’est pas moi qui gère le label, je suis un des artistes de ce label simplement. Enfin si, en fait, plus ou moins. C’est-à-dire que Pack, que tu as vu tout à l’heure, qui est là pour le merchandising, c’est le gérant principal. Ensuite on a OBL qui n’est pas là, et qui lui est l’actionnaire principal, qui est également notre ingé son et beatmaker à ses heures perdues, un vrai couteau suisse. Donc c’est un peu notre cerveau. Mais tu vois, tout fonctionne en équipe : chacun donne une partie de ce qu’il gagne et avec ça on finance le local notamment. On a un très grand studio d’au moins 100 m2, ça coûte un bras chaque mois donc tout le monde pose le billet sinon c’est un gouffre.

Donc ouais, les gérants c’est vraiment Pack et OBL, et moi aussi un peu. Tout le monde y met du sien. Après, il y a énormément de monde qui gravitent autour de tout ça. On va dire que le noyau dur c’est le MCs dont notre petit nouveau, Yamakazi que l’on a pris sous notre aile et que l’on va développer à fond.

Là j’ai deux questions sur des paroles précises. Dans Ma Noirceur, tu dis « je pense pas qu’un jour on fera Bercy« . Peut-être pas Bercy mais tu te vois pas faire une autre salle, un peu plus petite comme L’Olympia ou le Bataclan ?

Oui évidemment, je kifferais ! Je ne l’imagine pas mais ça me ferait plaisir. En vrai, je suis assez pessimiste. Je le dis dans mes chansons, je n’aime pas mes sons. J’aime rapper, j’aime les jouer sur scène, mais m’écouter j’ai du mal.

Et pourquoi l’extrait sur Conchita Wurtz dans Ma Noirceur ? Qu’est-ce qu’elle représente pour toi ? Elle ou lui d’ailleurs, je ne sais pas ce qu’on doit dire.

L: Euh… Luille ? (rires). Bon en fait moi je n’ai rien contre des personnes comme ça. Vraiment hein, c’est juste eux et leur délire ils font ce qu’ils veulent. C’est juste que l’on dirait que tout est programmé pour faire accepter certaines choses. C’est-à-dire : qu’elle soit transexuelle, barbue ou je ne sais quoi, déjà ça c’est un délire vraiment spécial. Mais qu’en plus elle soit élue meilleure chanteuse d’Europe, pour moi c’est vraiment un gag. Si ce n’est pas un coup de buzz, pour faire remonter leur faux concours en carton alors qu’ils savent dès le départ qui va gagner, je n’y comprends plus rien. Je le dis d’ailleurs : plus de raisons, la meilleure chanteuse d’Europe est une femme à barbe. C’est juste fait pour nous imposer une certaine vision que l’on devrait avoir. Je pense…

Les gens ont pensé que c’était homophobe ou je ne sais quoi. Mais j’en n’ai rien à foutre des homosexuels ! (rire). Je suis pas du tout homophobe, chacun fait ce qu’il veut je m’en fous. Je ne le suis pas moi même, je suis pas forcément pro-homo à 200% mais en vrai je m’en branle ! Mes histoires sont déjà assez compliquées pour m’occuper de celles des autres. Je ne comprends pas forcément le truc, mais ils font ce qu’ils veulent (rires).

Que penses-tu du traitement médiatique du rap ?

L: On ne va pas se mentir : on a ce qu’on mérite. Je ne comprends pas moi, le plupart de ce qui est mis en avant par les radios, majors, télés et autres, c’est de la merde. Rien que ça pue la poussière, tout. Nekfeu par exemple, il est fort, très fort. Pour moi c’est l’un des meilleurs de sa génération, vraiment. Mais du coup il a été à la télé, et il était complètement édulcoré face à Yann Moix. Il a été vraiment intelligent de ne pas répondre. Parce que Yann, on sait très bien qu’il aboie et c’est tout. Je ne pense même pas qu’il ait écouté un dixième de ce que Nekfeu a fait, ni son discours. Les gens comme ça t’entendent sans t’écouter en général.

La réponse de Nekfeu, quand il dit qu’il est content d’avoir pu rendre sa violence douce aux oreilles de Yann Moix, je l’avais trouvée excellente.

L: Oui, carrément. Il est intelligent ce mec, ça se voit. Après il y a des gens qui ne l’aiment pas, c’est con. Je ne suis contre personne. Des fois, j’écoute des sons de lui comme Tempête, je me dis qu’il est trop fort après j’écoute PNL, je kiffe complètement alors qu’ils disent de la merde finie, mais je vais apprécier leur musicalité. Tu vois Booba, Kaaris je ne supporte pas, je n’écoute jamais et puis mes potes ils ne vont écouter que ça. On ne va pas se mentir, mes potes sont des crapules finies, ils n’écoutent que du Booba, Jul et compagnie à longueur de journée. Mais ce sont des vraies crapules je te jure, des gars de tiekson…

Comment définirais-tu ton rap en trois mots ?

 : Machine à écrire !

Ah il n’a pas tort, ça fait trois mots.

 : (rires). Déjà je dirai moi. J’espère que c’est moi qui vit à travers mon rap. Ensuite je dirai vrai. Et en dernier, « conscient ». Après conscient c’est large, tu vois. Beaucoup de monde dénoncent les plus jeunes de ne rapper que la rue, les kalash et la misère. Quelques uns s’inventent des vies, oui, mais pas tous ! Il y a en a beaucoup, c’est ce qu’ils vivent ! Aux Etats-Unis, ça ne choque personne que les petits rappent dur, qu’ils rappent la rue. En France ça passe moins. Bon, maintenant c’est rare que les jeunes ne fassent pas de la trap déjà, qu’ils ne fassent pas de la trap violente, encore plus rare. Peu de gens font de la trap cool, avec des lyrics sensés. 

Espiiem est arrivé hier avec Noblesse Oblige, on est sauvés.

L: Ouais, après moi j’ai du mal avec lui. J’avoue qu’il est très fort en paroles, mais j’ai un problème avec sa voix. C’est vachement lisse, je trouve qu’il manque d’énergie. Mais ça ne reste que mon très humble avis, c’est mon appréciation de sa musique: je ne dis pas la vérité, je dis ce que je pense.

Quel serait ton featuring rêvé ?

L: Biggie mec !

Ça va être compliqué mec…

L: Ouais j’avoue putain… Vraiment les gars à la OxmoLino, des gars comme ça. Après bon, c’est le Ox de l’époque que j’aimerai avoir. Pas celui d’Alice au pays des merveilles quoi.
M: Salif !
L: 
Ah ouais Salif carrément

Bande de monomaniaques, à chaque fois que je pose cette question les rappeurs me disent Salif !

L: C’est normal, c’est le meilleur !
M: Après, bizarrement, moi je le verrais bien avec Lefa par exemple !
L: Beaucoup de personnes me comparent à lui. J’aime bien, il est très fort.

Ou un Black M à l’époque de Black Shady ?

L: Non, je n’ai jamais kiffé Black M. Je ne l’ai jamais trouvé mauvais mais il ne m’a jamais emballé non plus, contrairement à Lefa.
M: Barack Adama/Lacraps !
L: 
Ouais, je trouve qu’il est fort. Même Gims, tout le monde crache sur lui mais il est beaucoup trop lourd. *Il chante* Sappés comme jamais ! Il me régale ce type ! Je mets le son dans ma voiture, je m’ambiance. Je ne suis pas du tout dans l’archétype du mec qui va boycotter tel ou tel artiste parce qu’il ne fait pas les mêmes choses que nous. J’écoute simplement la musique pour la musique. Avant je n’étais pas comme ça ! Il y a encore quelques années, j’étais très sélectif. Je faisais attention à ce que j’écoutais. Mais pratiquer m’a ouvert l’esprit.

Quelle est la punchline que tu aurais aimé écrire ?

L: Chez Salif, encore lui. Quand il dit « Pour parler au Président, pas besoin de faire de lettre/Si je puis me permettre/Qu’il aille se faire mettre/J’suis jeune de banlieue et fier de l’être !« . Celle-là est folle, sur Notre vie se résumé en une seule phrase.

Tu te verrais signer un petit qui vient enregistrer au studio LaClassic et qui te met une claque ? Ou bien tu dissocies vraiment le label et les gars extérieurs qui viennent enregistrer ?

L: Oui évidemment. C’est ce que j’ai fait avec Melis par exemple. C’était pendant un concert dans un quartier. Je me rappelle qu’il y avait des gars à leur fenêtre qui  ne descendaient même pas, ils regardaient le concert depuis leur balcon (rires). Il était en première partie. Enfin première partie c’est un grand mot parce qu’on était tous première partie à l’époque ! Il a rappé juste avant moi, je l’ai vu kicker et je me suis dis qu’il était très fort. Il n’était pas encore à fond dans la musique, en trois semaines on l’a converti !
M: Moi je suis choqué par Yomakasi tu vois. C’est un petit jeune de chez nous.
L: Ouais voilà un autre exemple ! On attend qu’il murisse et qu’il se trouve pour vraiment l’envoyer. Il écoute beaucoup de rap donc il a tendance à imiter des flows qu’il entend, parce qu’il ne sait pas encore, c’est normal ! Mais il est trop fort: flow, technique, accélérations… Il fait des roulettes à la Hayce Lemsi, il est génial. On va le laisser mijoter. Déjà l’école, c’est plus important que tout le reste. Je lui dis ce que j’ai dit à Melis à l’époque: tant que tu n’as pas le bac, pas de studio.

Et tu l’as eu le bac Melis ?

M: Ouais gros, c’est dans la poche !

Bien joué ! Tu te vois où dans 10 ans Ali ?

L: Je ne pense pas que je serai en France, déjà. Avec des marmots, j’espère, et je ne suis pas sûr d’être toujours dans le rap. J’ai 30 ans tu vois, donc j’aspire à d’autres choses. Je vais continuer parce que je prends beaucoup de plaisir à écrire, rapper et faire des lives. Tu sais quand tu es en concert et que tout le public chante avec toi, c’est magique. Il n’y a pas beaucoup de taffs qui vont te faire vivre ça. Ça donne vraiment l’impression d’être compris. Parce que je ne suis pas une racaille, pas un bourgeois. Je suis un n’importe qui. Et ça veut dire que je parle à tous ces n’importe-qui. Ça me rend fou ça, j’adore. Et le mot de la fin sera bermuda.
MLaClassic frelon !

About Leo Chaix

Grand brun ténébreux et musclé fan de Monkey D. Luffy, Kenneth Graham et Lana Del Rey, je laisse errer mon âme esseulée entre les flammes du Mordor et les tavernes de Folegandros. J'aurai voulu avoir une petite soeur, aimer le parmesan, et écrire le couplet de Flynt dans "Vieux avant l'âge". Au lieu de ça, je rédige des conneries pour un site de rap. Monde de merde.

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3 comments

  1. @Leo Chaix
    Il a juste voulu signaler une faute d’accord 🙂

    Sinon merci pour le son de Salif! Je ne connaissais pas ce morceau.

  2. Je n’ai pas compris ton commentaire, POL.

  3. Euh le titre… »on est un peu moins calme » à ne pas confondre avec « nous sommes un peu moins calmeS »

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