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[Interview] Limsa « Le poète est un poète, le rappeur est un rappeur »

Révélé via la session Grünt 11, Limsa est un rappeur originaire d’Aulnay. A l’aise sur tout type d’instrumentale, il manie surtout très bien sa plume et enchaîne les punchlines à la pelle. En attendant son projet « Les Fleurs », nous avons été à sa rencontre afin d’en connaître un peu plus sur ses débuts dans le rap, ses attentes, ses projets sortis et à venir, ou encore sa personne en général. Une interview « à la bien » sur les Quais de Saint Michel, avec un Limsa aussi à l’aise pour répondre aux questions que pour balancer des punchlines.

Pour commencer, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Limsa, je suis un rappeur d’Aulnay dans le 93. Si je fais l’imposteur je peux te dire que ça fait plus de 10 ans que je rappe, et si je fais le mec sérieux je te dis que j’ai commencé le rap il y a 10 ans et que j’ai fait une pause de 5-6 ans avant de reprendre en 2011-2012.

Pourquoi faire une pause, et aussi longue ?

Parce que j’étais à l’école, et c’était une période totalement différente ! C’est un grand mot de dire que je rappais à l’époque : j’écrivais des textes et le soir on se posait avec des potes à la cité, on mettait des instrus sur poste K7 et on rappait. Le but c’était de faire des textes pour faire rigoler les gens et choquer mes potes. On n’a jamais fait de vrais sons jusqu’en 2005 quand un grand de ma cité, qui tenait le label Karismatik, a fait une compilation qui s’appelait « Brigade des mineurs » avec les meilleurs jeunes d’Aulnay et des alentours. Je m’étais fait un petit nom au quartier, mais rien de bien sérieux encore.

T’as commencé à gratter à quel âge, et comment est venu le déclic de te mettre à rapper ?

En vérité, j’étais un bousillé de rap. C’est-à-dire que dès que j’ai commencé à m’éveiller à la musique, je voulais écouter du rap. Au centre de loisir quand les animateurs avaient un budget et nous demandaient ce qu’on voulait comme musique, t’avais d’un côté les meufs qui demandaient du « Spice Girls » ou « Worlds Apart » alors que nous on voulait le dernier NTM.

J’ai commencé à gratter vers 14 ans, parce que j’étais en internat c’était la solitude sa mère ! (rires) Je m’étais fait virer de mon collège, et quand je suis arrivé en internat c’était la crise. Ils éteignaient les lumières à 21h donc j’écrivais des textes. En vérité le style de rap que j’ai maintenant découle pas mal de celui que j’avais à l’époque, je n’écrivais pas des textes dans le but d’être intéressant mais plus dans l’optique de faire réagir le mec en face, l’auditeur. J’ai gardé mon style, mais j’ai compris que ce n’était pas suffisant pour faire des bonnes musiques, j’ai évolué pas mal depuis ! C’est pour ça qu’entre guillemets, je suis devenu un mec qui fait des punchlines.

Et du coup, ton style tu le définis comment ?

Je dirais qu’il baise tout ! (rires). Globalement, quel que soit le genre de son que je fais, que ce soit de l’égotrip ou du conscient, il y a toujours une part où j’essaye de raconter des trucs de manière un peu drôle et acide. J’ai toujours des double sens, ou une forme d’humour de près ou de loin, même dans des sons sérieux. Dernièrement j’ai sorti le son « Seul » qui est très sérieux et un peu intimiste, mais je fais quand même des phases un peu marrantes. Encore une fois ça découle de mes débuts, je t’ai dit que j’écrivais pour faire réagir. Si je lâche mon nouveau texte à un type et que pendant tout le long il ne bouge pas la tête, je me dis que j’ai vraiment fait un texte de merde. Dans mon style je dirais que je suis un mec qui essaye de faire des associations un peu drôles, et qu’à partir de là je suis assez diversifié. Je ne suis pas restreint dans un style particulier, mais mon univers va dans tous les styles : « Limsa peut tout peura cousin » !

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Ce n’est pas toujours de la musique, j’en ai pleins ! Mais pour rester dans le registre musical, lorsque je suis posé au quartier ou au Dojo (de la 75e Session), untel va faire un texte ou un son qui va me donner envie d’écrire. Je vais écouter un son, une émotion va s’en dégager et me donner envie d’écrire. Ou par exemple dans un film, à un moment je vais me prendre une claque, ça va me donner envie d’écrire. Ah et je suis un mec à prods aussi, c’est-à-dire que j’écris vraiment en fonction de l’instru, je ne suis pas capable de faire ce que font des rappeurs comme Georgio par exemple, à savoir d’écrire sur une Face B et ensuite le caller sur la prod. Je trouve qu’un texte perd totalement sa couleur si tu le changes de prod, le texte sera le même bien évidemment, mais pour moi le texte est collé à la prod, si t’enlèves l’un de l’autre ça change tout le sens.

Et en parlant de prods justement, qui s’en occupe en général ? T’as des beatmakers attitrés ou tu prends des prods d’un peu partout ?

Ça fait partie des trucs les plus casse couilles du rap. Concrètement en beatmakers je connais Sheldon et KLM, de la 75e Session, qui sont des mecs archi talentueux. Mais t’as envie d’aller voir autre chose, et puis simplement il y a des mecs que je trouve chaud en écoutant leurs prods donc j’ai envie d’aller vers eux ! Dieu merci je commence à avoir un petit début pas de notoriété, c’est un grand mot, mais de crédibilité dans le rap, donc quand je vais voir des gens qui ont un degré d’exposition pas nécessairement extrêmement supérieur au mien, soit ils n’aiment pas ce que je fais, soit ça accroche et dans ce cas on roule ! Par exemple dans « CBT » j’ai une prod de I.N.C.H., j’ai eu des prods de Goomar, de JeanJass, de KLM, Yougarou un beatmaker du sud pas très connu mais vraiment chaud, ou encore Diabi. Mais Diabi c’est un peu plus compliqué de l’appeler, et ça c’est un pic que je lui adresse personnellement ! (rires.)

T’as fait pas mal de featurings avec des rappeurs tels que PLK du Panama Bende ou encore Hakim (Hash24) ici présent, comment tu organises cela ?

Limsa : En vérité c’est très bizarre, mais je kiff faire des feats. Dès que j’aime bien ce que fait un mec, j’ai envie de faire un son avec lui. Chaque feat’ a son histoire, par exemple pour Hash c’est ce qu’on appelle vulgairement les « featurings d’internet » et que je ne fais en général pas…

Hash24 : Je l’ai menacé avec une kalash, je lui ai dit que j’allais le fumer s’il ne faisait pas un son avec moi ! (rires). J’avais écouté «Sans Titre» et comme je savais que c’était un mec sans prise de tête, je l’ai contacté pour lui demander s’il était chaud de poser sur notre projet en commun avec Krimsa, «Union Parallèle».

Limsa : Exact. Et pour en revenir à ta question, chaque featuring a son histoire. Pour PLK par exemple c’est tout con, je suis souvent vers là où il habite, et un soir en rentrant chez lui il m’a proposé de passer. Vu qu’il a déjà un home studio, on s’est dit « pourquoi pas, ça fait longtemps » et on a enregistré « Tu vois les ambiances ».  Je déteste faire 15 000 featurings avec un même mec, parce qu’un featuring pour moi ça reste un évènement, il faut que cela garde son charme. Je ne pourrai non plus faire un feat avec un mec qui rappe comme moi, autant faire un solo. JeanJass par exemple a clairement son propre univers, et notre son ensemble est intéressant car on a fusionné deux univers différents pour faire un son cohérent.

Si je pouvais faire un feat ultime, Salif sans hésiter. Mais il y a beaucoup de personnes avec qui j’aimerai faire des feats : Missak de L’Animalerie, Pand’Or qui est une amie, Silek de la Piraterime, DeuxZer et Nekfeu du S-Crew… Mais il faut garder sa part d’exclusivité. A un moment j’ai mis un petit stop, parce qu’après la Grünt 11 j’ai fait deux sons dans l’EP d’Hakim et Krimsa, j’ai fait «X» sons avec Sheldon, deux sons avec Georgio… Je ne voulais pas être identifié comme « le mec à feats », celui que t’invites sur un son juste pour faire un gros couplet, et salut.

Tu as un projet qui arrive bientôt, mais peux-tu me parler de tes projets déjà sortis ?

J’ai « Les Fleurs De Limsa » qui va arriver en effet, et pour l’instant j’ai sorti un 4 titre répondant au nom de CBT, ce qui signifie « Ca Baise Tout ». C’est un projet riche en émotions, née de l’idée de Sheldon pour être franc avec toi, parce que « Les Fleurs » prend du temps à faire. En fait à la base je ne suis pas un mec qui coffre des sons, quand j’écris j’ai besoin de partager direct ! Je trouve que la musique, ce n’est pas un truc à calculer, tu ne dois pas te dire « je vais écrire ce son et le coffrer pour plus tard ». CBT, ce ne sont quasiment que des sons contemporains de sa période de sortie : « Seul » je l’ai écrit 2 semaines avant la sortie, « Lead Showers Remix » avec D6 et Ormaz avait un mois grand max, et « Mise tout sur moi » c’est un son que j’ai commencé à écrire il y a 2 ans et dont j’ai coupé les couplets. Je les ai tous coupés parce que je trouve qu’ils avaient trop vieilli, j’ai refait les couplets et le son et même s’il a entre guillemets deux ans, la version actuelle est bien récente.

Ce projet est né du simple fait que, pour être honnête, je n’avais pas sorti grand-chose depuis quelques temps à part quelques sons sur Soundcloud, j’avais des sons sous le coude et je trouvais intéressant d’en faire un 4 titres totalement diversifiés : un son conscient, un son gangbang, un son chill, et un son de trap. C’était une bonne manière d’arriver et de monter aux gens que je suis capable de tout faire. « Les Fleurs » seront bien plus cohérentes avec une ligne directrice, « CBT » c’est une sorte de compilation pour moi.

Et pour « Les Fleurs » et le fait que tu revendiques être le « Charles Baudelaire rebeu », simple délire ou source d’inspiration ?

En vérité, et au risque de paraitre archi prétentieux, je ne pense pas qu’il y ait une fierté à s’inspirer d’un poète dans la mesure où je ne classe pas le poète, en terrain d’art et de mérite, au-dessus d’un rappeur : un poète c’est un poète, un rappeur c’est un rappeur. On dit souvent « tel rappeur comme il écrit bien c’est un poète. » mais il n’y a aucune noblesse à être un poète, c’est comme si il y avait une sorte de hiérarchie. Non, ça pue sa mère ! J’estime qu’il y a des rappeurs qui ont plus de talent que certains poètes alors que j’ai fait une formation littéraire tu vois ? En ce qui concerne Baudelaire, c’est plus pour son univers, c’était un mec qui trouvait de la beauté dans le mal et qui était subversif pour son époque. Pour avoir détesté les livres que j’ai étudié en L, Baudelaire est le seul qui m’a marqué positivement, et en particulier « Les Fleurs Du Mal ».

Tu fais tout en indépendant ?

Oui et non. Je ne suis pas en autonomie pure dans le sens où je dépends des gens qui font des instrus ou encore des mecs du studio, mais oui en indépendance totale dans le sens où je n’ai pas de mécène et les propositions que j’ai eu n’étaient pas intéressantes. En vérité, au stade de buzz où j’en suis, je n’aurai jamais une offre qui puisse me changer mon style de vie directement. Et l’avantage d’être en indé, c’est que je peux faire ce qui me plait, par exemple la cover de CBT avec un gosse qui fume une clope. Il n’en demeure pas moins vrai qu’un directeur artistique ne s’intéresse jamais à toi pour ta musique mais pour ton image, le buzz que tu fais. Et quand tu connais plus ou moins l’intéressement d’une personne, tu sais où elle veut en venir, et où toi tu veux aller… Donc non, aucun intérêt.

Et pour terminer, peux-tu me parler un peu plus des Fleurs ?

C’est un projet en constante évolution. Au début je comptais faire un 7 titre, toujours en rapport avec « Les Fleurs Du Mal » qui est un ouvrage en 7 volumes. Et puis comme je te disais tout à l’heure, je ne vois pas l’intérêt de tout calculer, donc pourquoi me priver de rajouter des sons s’ils sont bons ? Et ça fait environ 1 an et demi que je taff dessus, si je sors un 7 titres au bout de pratiquement 2 ans d’attente les gens vont me canner (rires) ! Je voulais le sortir là, il est quasiment prêt, mais je suis musulman et c’est interdit de sortir de la musique pendant le Ramadan. Donc je pense le reporter à la rentrée, parce qu’en Juillet personne n’est là, et sortir quelques sons d’ici là.

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Raphael Brami
"MC, toi et moi, trop d'choses qui nous séparent"

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