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[Interview] Liqid : « On arrive avec un album pas du tout à la mode et je trouve ça vraiment super »

Le 12 janvier dernier, Imbéciles Heureux, le dernier album de Liqid & Tcheep, sortait sur la plupart des plates-formes de téléchargement légales. L’occasion pour Le Rap en France d’aller poser quelques questions à l’ancien membre du groupe lyonnais Les Gourmets. Un entretien cool et plein de spontanéité, à l’image de son album, où l’on a abordé abordés pêle-mêle le financement participatif, sa folle rencontre avec le porn-addict Kool Keith, la condition d’artiste, la trap ou encore sa grande passion pour les jeux vidéo old-school. Le tout, autour d’un verre de vin rouge bien sûr.

Tu as financé ton album avec une campagne crowfunding. Comment t’es venue cette idée ?
Cette idée nous est venue quand on cherchait un moyen un peu original de mettre en avant notre projet, de bien travailler l’habillage et de faire des beaux packs. On n’avait pas envie de sortir le projet comme tout le monde. On est super indépendants, donc on n’a pas forcément accès la FNAC ou à ce genre de grandes enseignes. De toute façon, on n’a pas forcément envie d’y être, ce n’est pas forcément adapté au projet. Donc on cherchait un moyen d’ambiancer un peu tous les gens qui nous suivent depuis des années, fédérer et en même temps proposer des trucs un peu originaux et un peu exclusifs pour nos premiers supporters. Les opérations de crowfunding qu’on a fait, c’est super bien pour ça. Au-delà de l’aspect financement, on l’a vraiment vu comme une opération de précommande. Et aussi, je trouve que c’est un moyen assez original et assez frais de pouvoir parler de ton projet. Ça donne une sorte de tribune où tu peux vraiment développer ton truc, ton intention, la philosophie qu’il y a derrière le projet. Et comme là, tout est assez important et assez lié, que ce soit le concept de l’album, le visuel, le fait qu’on l’ait décliné sur des t-shirt, qu’on ait fait des vinyles… Bref, ça se prêtait super bien à une opération de crowfunding.

Tu pensais qu’il y avait autant de gens qui allaient te suivre et participer ?
Honnêtement, en le lançant on n’avait aucune idée de l’impact, de la réussite ou de la lose que ça allait faire parce qu’on n’a jamais fait de trucs comme ça.

Ton premier projet, ce n’était pas comme ça par exemple.
Non pas du tout. C’était traditionnel. Donc en fait c’est très dur de jauger l’intérêt que tu suscites avec ton projet. Évidemment, tu vois tes fans sur Facebook, tes vues sur tes vidéos et les ventes sur les précédents projets. Mais ce n’est pas suffisant pour voir à quel point tu peux impliquer les gens. Donc non, franchement, on n’en avait aucune idée. Finalement, on a été super surpris parce qu’on a éclaté l’objectif en une semaine au lieu d’un mois, ce qu’on avait prévu à la base. Donc non, c’est plutôt cool pour ça.

Du coup, ça te pousse encore plus à continuer.
Ouais carrément, c’est super motivant. Et ça te permet de voir que… Tu vois, t’es pas une star du rap. De toute façon, ce n’est pas pour ça que je fais de la musique. Mais ça te permet de voir que les gens qui te suivent sont solides, ils existent vraiment, ils sont vraiment à l’écoute de ce qu’il se passe et de ton projet. Et du coup, t’as envie de leur donner un maximum de trucs. Pour ça, c’est super engageant.

Cet EP s’appelle Imbéciles Heureux. C’est quoi le sens de ce titre ? Est-ce que ça veut dire qu’on est plus heureux quand on est con parce qu’on se rend pas compte de toute la merde qui nous entoure ?
Complétement. En fait, il y a une phrase dont je ne me souviens plus de Nietzche, qui commence un de ses essais en parlant justement des bovins qui sont sur le bord de la route, et qui en fait sont les plus heureux parce qu’ils se rendent compte de rien. Donc effectivement, ça vient vraiment de cette pensée-là, et d’un peu de ce fantasme. Parce qu’en fait, on n’est pas du tout comme ça dans la vraie vie. On est aussi angoissés que tout le monde, on est tous dans un monde hyper stressant. On le sait tous. Et du coup, c’est un peu une sorte d’utopie, de rêve et de fantasme de s’imaginer imbécile heureux, et on s’est vraiment mis dans ce mode pour faire l’album. Ça veut dire qu’on a vraiment voulu donner du super spontané. Aujourd’hui, le rap de façon générale, je ne parle pas des scènes underground qui gardent vraiment l’énergie mais c’est devenu la nouvelle pop tu vois. Donc t’as des trucs… Ce que t’entends sur les radios c’est super léché, c’est super travaillé, c’est super retouché.

Tu trouves que ça manque de spontanéité ?
Je ne sais pas si ça manque mais en tout cas, ça me manque. Et on a vraiment voulu faire un album sans prise de tête. Ça ne veut pas dire à l’arrache. Mais par contre, en donnant vraiment le maximum de spontanéité et d’énergie. Quasiment toutes les prises sont des one shot..Mais il y a plein d’imperfections. Si tu écoutes bien les prises de voix, il y a parfois des trucs un peu à l’arrache, il y a des mots parfois un peu mal calés… Et moi c’est ça aussi qui me fait kiffer, ce côté un peu bancal. Ça correspond un peu au titre.

C’est vrai que certaines phases sont parfois trop longues et pas dans les temps.
Ouais. Mais moi, c’est ça que j’aime bien chez certains rappeurs que j’écoute, ou même dans la musique en général. C’est ce côté « c’est du son, on fait pas des mathématiques. »

Imbécile Heureux, ça laisse aussi penser que le rire est la réponse à toute cette morosité ambiante.
Oui, tout à fait. Après c’est un peu ma manière d’écrire. Parce que même au-delà de ce projet, j’aime bien mettre des références un peu marrantes, des trucs un peu décalés… Parce que c’est aussi par les images que t’arrives à donner de l’impact à tes pensées. Et d’autant plus quand tu provoques une réaction, que ce soit le rire ou les pleurs quoi. Après, c’est très difficile de faire pleurer pour de vrai. Faire pleurer et pas être larmoyant, débile quoi. Faire des phases détendues, ça va aussi avec le côté spontané. Parce que quand tu ne te prends pas la tête et que tu fais rimer des trucs un peu marrants, forcément ça a de l’effet.

Et en même temps, ça peut glisser tout seul. Un verre de rouge, un studio, un micro, et c’est parti. C’est vraiment la philosophie du truc. Par exemple, le morceau Imbécile Heureux, qui est un peu le morceau titre de l’album mais qui n’est pas le premier morceau qu’on a fait. C’est un peu un morceau comique mais en même temps il y a aussi un peu de fond dans le sens où je raconte que je me balade dans la rue, que je vois plein de trucs autour de moi mais que je les vois avec une grille de lecture un peu débile. Ça donne aussi un peu de tendresse au monde qui t’entoure, de pas faire un truc trop dur et trop premier degré, qui a de toute façon été fait mille fois. De toute façon, il y en a beaucoup du rap français. Il y en a beaucoup du très bon. Mais les thèmes, tu n’en as pas à la pelle. Trouver un thème original, ça existe. Mais tous les thèmes ont déjà été utilisés. Et le seul truc sur lequel tu peux jouer, c’est la forme, le prisme, la grille de lecture et l’angle que tu vas adopter. Et ça, c’est infini quoi.

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