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[Interview] Liqid : « On arrive avec un album pas du tout à la mode et je trouve ça vraiment super »

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C’est bizarre. Il y a pourtant un fil rouge, une certaine homogénéité et une atmosphère qui laisse penser qu’il a été réalisé assez rapidement, dans une énergie particulière.
Ouais, carrément. Il s’est fait en un an. Mais en tout, il s’est fait sur deux sessions très intenses. En fait le truc, c’est qu’on était chacun sur nos projets. Moi j’étais sur Liqid face au reste du monde, Tcheep il a sorti plusieurs projets entre-temps. Il a fait des participations, il a lâché des beats à plein de gens. Mais l’esprit Imbéciles Heureux est tellement fort, que même si on ne se voyait pas pendant un mois, quand on se retrouvait au studio, on savait très bien dans quel délire on allait partir. On se mettait dans ce mode, on débranche le cerveau, et c’est parti, il faut que ce soit fat. C’est ce qui permet effectivement cette homogénéité. Et c’est ce qui fait qu’avec Tcheep on est assez fiers de cet album. Parce que c’est vraiment un album où il y a une vraie cohérence du début à la fin. Il y a une vraie couleur quoi. Ça ne part pas dans tous les sens et c’est vraiment ce qu’on voulait.

Cette cohérence, est-ce qu’elle n’est pas aussi dû au fait que tu as travaillé avec un seul beatmaker ?
C’est vrai. Mais Tcheep, il est aussi assez polyvalent. Il y a des morceaux qu’on a enregistré qui sont plus électro, qui ont des touches un peu différentes mais qui ne sont pas sur l’album. Parce que ce n’est pas le délire. Donc là on a vraiment gardé ce côté gros samples, grosses boucles, très peu de variations. C’est ça qui fait le délire aussi.

Comment est-ce que tu fonctionnes dans ton processus créatif ? Est-ce que tu as déjà des textes de côté ou est-ce que tu attends d’avoir l’instrumentale pour écrire ?
Bah en fait, c’est un peu un mélange des deux. Tous les jours, je note des conneries sur mon téléphone ou sur des bouts de papier. La moindre idée qui me vient en tête, globalement des blagues, des trucs qui ne veulent rien dire, des pensées… Je construis comme ça. J’ai des notes infinies avec plein de trucs. Et après, en général j’en fais rien, jusqu’au moment où j’ai une prod qui me parle ou si j’ai une deadline pour un featuring. Et là, je commence à écrire quelques rimes. Je vais alors chercher dans mes blagues. Voilà, c’est ça mon processus créatif.

Donc tu as d’abord des idées que tu transformes ensuite en rimes.
C’est ça. Mais parfois je peux avoir noté des rimes. Ou souvent des titres. Ce qui devient des titres de morceaux derrière. Genre, j’ai probablement écrit Imbéciles Heureux sur un papier ou sur mon téléphone sans savoir ce que ça allait devenir.

L’album sonne assez old-school. Quelles sont tes influences ?
Mes influences ne sont pas forcément old-school dans la mesure où j’écoute vraiment plein de trucs différents. Donc je serais complétement incapable de te donner une référence précise. Et en plus, ça dépend vraiment des moments. Et ce que j’ai fait jusqu’à présent, ou ce que Tcheep a fait, ce n’est pas du boom-bap. Donc cet album il est à part, même dans notre discographie.

Le premier était différent par exemple.
Ouais le premier était plus électro, même s’il y avait aussi des titres dans l’esprit Imbéciles Heureux. Le premier a des prods plus électro, plus fat. Il y a des délires West-Coast parce que j’écoute beaucoup de G-Funk aussi. Là c’est vraiment plus… Pas un exercice de style, mais en tous cas… J’arrive pas à finir ma phrase parce qu’on n’a tellement pas fait exprès de sortir ce son et c’est tellement ce qui nous est venu naturellement et ce qu’on avait envie de faire à ce moment-là et qu’on a prolongé sur tout un album… Après, oui effectivement, ça sonne old-school, mais pour autant… La mode du old-school elle est revenue il y a deux/trois ans. Tout le monde sort des trucs old-school. Même les nouveaux jeunes, ils se mettent tous à faire des trucs boom-bap. Mais là c’est pas tant boom-bap que ça. C’est plutôt beat fat. Mais oui, ça sonne nineties. Clairement.

Ce rendu sonore, ça s’est fait comme ça, au feeling.
Bah ouais. C’est ce qu’on a fait sur le premier morceau, qui est Bruce Liqid. En fait, on a d’abord fait ce morceau, et après on a eu envie de faire la suite. Et on a tellement kiffé la recette sur Bruce Liqid qu’on l’a appliqué sur tout le reste. Et ça donne un album qui a cette gueule. Finalement, comme je te disais, il s’est fait sur un an. Et cet album, je suis vraiment content qu’il sorte maintenant, au moment où tout le monde fait de la trap, où tout le monde fait des trucs gogols, muscu, kalashnikov. Forcément ce n’est pas mon délire. Mais en plus du coup, je suis content que cet album sorte en indépendant. Après ça fait peut-être prétentieux ce que je suis en train de dire, mais en tous cas il y a une certaine. Je dis ça, il y a des trucs de trap que j’adore. Mais là, il y a une saturation de mongolitude dans le rap français depuis quelques mois.

Tu trouves que ce type de rap est surreprésenté ?
Tout à fait. Et du coup ça engraine plein de petits qui ne font que ça. Et d’ailleurs, je ne sais même pas s’ils se revendiquent rap. C’est comme à une époque où les mecs se revendiquaient rap mais pas Hip-Hop. Maintenant, il y a des mecs qui vont se revendiquer trap/drill, mais pas rap. Ce sont des mondes à part. C’est assez intéressant à observer d’ailleurs. Mais du coup voilà, on arrive avec un album qui est totalement en marge, pas du tout à la mode, et je trouve ça vraiment super. (Rires)

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