[Interview] LK de l’Hôtel Moscou : « Même s’il ne me reste plus qu’un seul auditeur, je n’arrêterais pas la musique pour autant »

Dans le joyeux petit monde du rap, il y a les rappeurs qui font tout à l’instinct : ils viennent en cabine, posent leur texte, et repartent, sans jamais y retoucher. Et tant pis si ce n’est pas parfait, on passe à autre chose. Et puis il y a les autres, les consciencieux, les perfectionnistes, ceux qui peuvent passer des heures sur un titre pour qu’il soit exactement comment ils l’imaginaient.
LK de l’Hôtel Moscou fait partie de cette seconde catégorie : insatisfait depuis des années du rendu sonore de son premier album San Francisco sorti en 2015, il a décidé d’en sortir une version 2021 retravaillée. Un choix assez rare, qui nous a poussé à aller à sa rencontre pour lui poser des questions sur ce premier album, ainsi que sur sa musique de manière globale. De sa vision de la musique en 2021 à sa rencontre avec SpaceGhostPurpp, en passant par ses marques de bières préférées, rencontre avec LK de l’hôtel Moscou, un amoureux inconditionnel de musique.

LREF : En 2014, au moment d’enregistrer la première version de San Francisco, tu as tout enregistré toi-même, dans ton home-studio. C’est toujours le cas aujourd’hui ? Ou désormais tu vas dans un studio professionnel ?

LK de L’Hôtel Moscou : Non, je suis toujours en home-studio. Sauf que maintenant, comme ça fait un moment que je fais du son, je commence à avoir pas mal de matos. Au point que je suis à la limite entre un vrai studio et un home-studio. Après, comme c’est pour du rap, c’est assez simple… j’ai pas besoin d’immenses consoles à la Dr Dre. J’enregistre juste un truc à la fois à chaque fois. 

L’avantage de tout enregistrer chez soi, c’est que tu es totalement à l’aise. 

Je suis totalement d’accord. Je n’ai pas beaucoup enregistré en studio. Et ce ne sont pas mes meilleurs souvenirs… Je ne suis jamais totalement à l’aise. Même quand t’es avec tes potes… Je préfère être à la maison, c’est clair. L’atmosphère est différente. 

En 2014, tu habitais aux USA. Aujourd’hui, tu habites où ?

J’habite à Londres depuis 7 ans avec ma femme et mon fils. 

Tu as rencontré ta femme à San Francisco ? 

Non. J’ai de la famille là-bas, donc j’y suis allé de temps en temps. Mais j’ai rencontré ma femme à Boston, de l’autre côté du pays. Et quand on parlait de San Francisco, c’était le rêve. J’y suis retourné il y a à peu près 2 ans. 

C’est à ce moment-là que tu as pris la photo de la cover et les images du clip du morceau San Francisco ?

Exactement. Les photos dans le livret aussi. 

Instrus, enregistrements, clips… Tu fais tout toi-même. 

Et oui. Après, ça limite un peu pour les vidéos quand même. Et en vrai, la première version de San Francisco, c’est le dernier album sur lequel j’ai tout fait moi-même. Les projets d’après, j’ai bossé avec pas mal d’autres personnes pour les instrus. Et pour les gros projets, je les ai fait mixer par un ingénieur du son, alors que je les mixais moi-même avant. 

Qu’est-ce qui a réellement changé entre San Francisco version 2014, et San Francisco version 2021 ?

Pas mal de choses. Déjà, j’ai réenregistré pratiquement toutes les voix. Je crois qu’il n’y a que deux titres sur lesquels je n’ai pas réenregistré les voix. C’était la plus grosse part du travail. Après, j’ai ajouté ou remplacé des instruments parce qu’ils n’étaient plus disponibles au moment de rouvrir le projet. Ça m’a poussé à retravailler pas mal de chansons, notamment sur la fin de l’album. 

Pourquoi avoir fait le choix de sortir une réédition de San Francisco plutôt qu’un nouvel album ? 

Depuis la sortie de l’album, j’ai toujours été un peu déçu du son, notamment la qualité du mix, parce que je l’avais mixé moi-même. Encore plus lorsque j’ai sorti mon deuxième album que j’ai fait mixer par un pro. Quand je les ai entendus mixés par un pro, je me suis pris une claque. Et ça m’a encore plus frustré que le premier album ne soit pas aussi bien mixé. Il faut savoir que je réécoute souvent ma musique. Je dois sans doute être le rappeur français que j’écoute le plus (rires). Et comme ma femme les réécoute souvent aussi, à chaque fois que j’entendais ceux de San Francisco, j’avais envie de zapper, je lui disais que ça ne sonnait pas bien. Au final, je crois que c’est elle qui a eu l’idée de faire remixer les titres. 

Ça fait des années que je veux le faire. À chaque fois, je repoussais. Mais après Vita Brevis, je me sentais vraiment vide. Et j’avais la flemme de repartir sur un nouvel album. Alors pour ne pas disparaître trop longtemps, je me suis dit que c’était une bonne occasion d’enfin le faire. Au final, à cause du Covid et de tout un tas d’autres raisons, j’ai fait d’autres projets entre-temps : Elephant & Castle, Entropie avec Yuri J, le projet avec R$kp… Et puis est arrivé San Francisco. Je pensais que ça allait me prendre deux semaines. Que j’avais juste à rouvrir les projets, les exporter à l’ingé, et que ce serait réglé. Mais ça s’est révélé plus compliqué que ça : il manquait des voix, des instruments… Et puis ça a mis du temps à sortir parce que je n’avais pas envie de me mettre de pression. Je me suis dit que ça sortirait quand ça serait prêt, et puis c’est tout. À la base, c’était surtout un projet pour moi et ma femme. 

Aujourd’hui, t’en es fier à 100% ?

Pas totalement (rires). Personnellement, je trouve qu’il est masterisé un peu trop fort. Mais parfois, il faut bien suivre la tendance… Mais c’est un détail qui ne m’empêche pas non plus de dormir la nuit. 

Dans le titre Réveil, tu dis : “on fait des tafs qu’on déteste, des tâches qui ne servent à rien”. Est-ce que tu détestes toujours autant le monde du travail ? 

Pas autant qu’à l’époque. Il faut dire que j’ai un niveau de vie plus confortable, et un travail qui ne me pèse plus autant psychologiquement qu’avant. Donc j’ai moins ce dégoût du monde du travail qu’avant. Mais j’ai quand même un travail qui ne sert à rien (rires). J’ai encore du mal, philosophiquement parlant, à justifier mon travail. 

C’est quoi le taf idéal pour toi ? Faire de la musique à plein temps ? 

Ouais. Et ne pas être dépendant des autres pour en faire… Pour certains beatmaker, se faire payer, c’est vraiment LE truc le plus important pour eux. C’est un truc qui me dérange un peu. Il y en a plein qui seraient content de le faire pour rien. Moi, je perds de l’argent sur pratiquement tous mes projets, et c’est pas grave. Ça ne m’empêche pas de continuer à en faire. Ce n’est que de la musique. L’art, c’est important. Mais est-ce que c’est normal de gagner beaucoup d’argent juste pour écrire des chansons ? Je sais pas… à débattre. Et puis avec l’âge, la musique, ça a moins d’importance dans ta vie. Alors que lorsque tu es jeune, ça a une part plus importante dans ta construction. 

Est-ce que justement, à l’époque de la première version de San Francisco, tu étais dans cet état d’esprit-là ? 

J’avais déjà la trentaine, donc je commençais déjà à ne plus être dedans. D’ailleurs, c’est ce qui a fait que j’étais satisfait de San Francisco. J’ai commencé à être satisfait de ma musique lorsque j’ai commencé à ne plus réfléchir à tout ça, à tous ces enjeux. 

Ça fait un peu écho à la phrase que tu dis dans Poèmes pour fleurs qui n’éclot jamais : “on prie pour cet échantillon de gloire qui nous obsède”. Aujourd’hui, es-tu satisfait de ton niveau de notoriété ? 

Il y a des jours où j’arrive à m’en satisfaire. Et puis il y a des jours où je me dis que je mériterais quand même un peu plus d’écoutes (rires). Ça dépend un peu des jours et de l’humeur. Mais ce n’est pas quelque chose qui m’obsède non plus. Et il y a quelques années en arrière, je pense que j’aurais été content du niveau de notoriété que j’ai aujourd’hui. Je suis quand même content d’avoir des retours, de voir que des gens écoutent ma musique. C’est important pour moi. Je me dis que j’aurais fait quelque chose dans le rap, même si ce n’est pas l’Everest (rires)

« J’ai l’impression que l’album parle de ça justement : trouver un équilibre »

Lk de l’hôtel moscou

Gorille dans la brume, Haut-Château… Certains titres font références à des oeuvres culturelles assez pointues. Dans une interview accordée à nos confrères de l’ABCDR du son, tu disais aussi qu’à ce moment-là, tu lisais beaucoup de littérature américaine, notamment la beat generation (Jack Kerouack, Allen Gisberg…). Qu’est-ce que tu consommes en ce moment ? C’est quoi tes derniers coups de coeur ? 

Les bouquins, c’est vraiment par période… Mais dernièrement, j’ai bien aimé la trilogie du Problème à trois corps de Liu Cixin. C’est de la science-fiction chinoise. Sinon, j’essaye de connaître un petit peu plus la BD. J’aime beaucoup Alison Bechdel par exemple. Guy Delisle aussi, j’aime beaucoup. 

Il y a deux featurings américains sur l’album, avec deux rappeurs dont la notoriété a explosé depuis. Comment se sont faites les connexions avec SpaceGhostPurrp et Bones ? 

SpaceGhostPurrp, c’est quelqu’un que j’ai rencontré un peu par hasard, par l’intermédiaire d’un ami suisse qui est manager de rappeurs, et qui m’avait invité à une soirée. Et il était là. On est restés en contact, et je lui ai proposé de faire un feat. Il m’a proposé de devenir beatmaker pour son collectif, le Raider Klan. J’avais vachement envie de le faire, et en même temps, je commençais à ne plus faire d’instrus. J’ai travaillé vite fait avec quelques-uns d’entre eux. Mais quelques mois après, leur collectif a implosé. Et Bones, c’était purement par internet. 

Dans le titre Contradictoire, tu dis : “la vie m’a fait aimer mon alcoolisme à en mourir”. Toujours autant attiré par la boisson ? 

Il y a une période où je buvais trop, c’est clair. Et puis c’était pour les mauvaises raisons. Parce que j’étais stressé, parce que ça n’allait pas… Après, c’est évidemment un peu exagéré, parce que je n’en suis pas mort (rires). Et maintenant, je bois moins. Je bois sans doute trop par rapport à ce qui est recommandé. Mais c’est différent. 

En parlant de boisson, on va te poser la même question qu’on a posé en interview à Moïse The Dude, ton pote de l’Épicerie Gang (interview lisible en cliquant ici) : c’est quoi tes boissons préférées ? 

Je suis pas aussi expert que Moïse (rires). Je suis pas trop spiritueux, plutôt bières. Ça fait une petite dizaine d’années qu’il y a un retour des bières un peu travaillées, c’est cool. Ici, en Angleterre, il y a une marque que j’aime bien qui s’appelle Cloudwater. Il y a aussi une brasserie à Londres qui s’appelle The Kernel Brewery qui fait des super bières. J’aime bien aussi le vin, j’aimerais bien m’y connaître plus. C’est vachement intimidant le vin je trouve. Il y a toujours des mecs qui sont experts, qui connaissent les terroirs… En plus, ici, comme je suis français, les gens croient que je m’y connais, alors que pas du tout (rires)

Est-ce que tu penses avoir trouvé un certain équilibre dans ta vie par rapport à ce que tu racontais à l’époque ? 

Carrément. Après, comme c’est un équilibre justement, il y a toujours une sorte de travail à faire pour ne pas que ça ne bascule pas d’un côté, ni de l’autre. D’ailleurs je me suis rendu compte que c’était souvent un truc dont je parlais dans mes morceaux. Après il y a toujours des hauts et des bas. Mais clairement, j’ai une vie plus saine. Et j’ai l’impression que l’album parle de ça justement, essayer de trouver un équilibre. 

« Quand ça sort facilement, il faut savoir respecter ça, parce que ça n’arrive pas souvent. C’est presque un moment sacré »

LK de l’hôtel moscou

Ça t’a pas fait bizarre de rapper des paroles qui datent d’il y a 5 ans ? T’as pas eu envie de changer certaines lyrics ? 

Je me suis demandé si j’allais changer certaines paroles. Finalement, j’ai pris la décision de plus ou moins rien changer. Juste un ou deux mots, par rapport aux flows. Mais je ne voulais pas changer le sens. J’aime vraiment bien cet album, ces chansons, ces textes. Donc ça ne m’a pas posé problème de les refaire. En tant qu’artiste, je me pose souvent la question de savoir si par exemple, sur la drogue, il faudrait parler de prévention ou pas. Je ne fais pas partie des artistes qui disent qu’ils n’ont aucune influence. Après, quand t’es dans l’acte de création, tu ne peux pas toujours tout contrôler, il y a des choses qu’il faut laisser sortir. Quand ça sort facilement, il faut savoir respecter ça, parce que ça n’arrive pas souvent. C’est presque un moment sacré. Donc je préfère que l’on respecte ça, mais en apprenant à écouter des oeuvres en gardant une certaine distance d’interprétation. 

À l’époque, dans la même interview accordée à nos confrères de l’ABCDR du Son citée plus haut, tu te demandais si tu n’en disais pas un peu trop sur toi dans tes morceaux. Qu’est-ce que t’en penses en 2021 ?

J’ai pas trop changé ma manière d’écrire, et c’est devenu un peu mon style. Donc si ça doit changer, ça sera très progressivement. Mais en réalité, le plus intimidant dans tout ça, c’est de devoir en parler en interview, ou avec des gens qui connaissent ta musique en dehors. Il y a des gens qui m’écrivent sur les réseaux que je ne connais pas. Mais à cause de ma musique, ils me connaissent très bien (rires). C’est un peu déstabilisant. Mais je pense que c’est ce qui fait aussi que c’est du LK de l’Hôtel Moscou. Et c’est ce que je kiffe écouter aussi. J’aime bien les morceaux introspectifs. 

C’est quoi ton processus musical ? 

Je passe beaucoup de temps à trouver le thème ou l’angle. Avant, je faisais comme beaucoup de rappeurs, je cherchais constamment des rimes dans la vie de tous les jours. Maintenant, je ne le fais plus du tout. Je suis plutôt en train de chercher des thèmes. Et une fois que je l’ai, je cherche une instru qui y correspond, et j’écris dessus. 

Ce qui est pas mal en contradiction avec ce qui se fait aujourd’hui dans le rap… 

C’est vrai que maintenant, les rappeurs n’ont plus de thèmes, ils sont tous en écriture automatique. Et justement, pour essayer de me démarquer, je me suis dit que j’allais faire des chansons à thème. C’était un choix conscient. D’ailleurs, maintenant, j’ai beaucoup de mal à passer du coq à l’âne dans un texte, à partir en freestyle. Mais je n’ai rien contre les gens qui font ça, je trouve ça super bien aussi. Un gars comme Sameer Ahmad fait ça, et je trouve ça super bien. D’ailleurs j’aimerais faire ça un peu plus souvent. C’est pour ça que j’aime bien travailler avec un gars comme Yuri J. Avec lui, on fait les choses beaucoup plus à l’instinct, et ça fait plaisir. C’est moins douloureux. Mais j’ai besoin de quelqu’un qui me pousse à le faire. Tout seul, je n’arrive pas à être concis. Sameer Ahmad, il arrive à te dire des choses en 3 ou 4 lignes. Moi il me faut 3 ou 4 morceaux (rires). C’est pas mieux, c’est juste différent. 

Du coup, est-ce que tu es du genre à te forcer à écrire plutôt que d’attendre que les rimes viennent toutes seules ? 

Carrément. Et j’encourage tout le monde à faire la même chose. Ça m’arrive souvent de me forcer à écrire, et au moment où je le fais, de me dire c’est nul. Et puis quelques jours plus tard, quand je suis dans un autre état d’esprit, je relis ce que j’ai écris, et je me dis que c’est pas mal en fin de compte. 

C’est marrant que tu dises ça, parce que dans le rap, on a un peu ce fantasme du mec qui est arrivé en studio, qui a écrit son 16 mesures en 20 minutes, au talent, et c’était parfait. Alors que s’il a réussi à faire ça, c’est sans doute que le mec a bossé comme un malade avant, écrivait tous les jours, pour pouvoir réussir à faire ça. 

Exactement. Moi, il y a quelques morceaux que j’ai écrit super rapidement. Ce sont des super bon souvenirs après. Un espèce de moment magique où c’est sorti vite, où c’était parfait, et où la musique allait avec les mots. Mais ouais, je pense pas que ça puisse marcher si tu n’as pas fait 20 chansons avant. Après, il y en a qui ont peut-être un don… Mais moi je sais que j’ai fait du super mauvais rap pendant des années avant d’être satisfait de ce que je fais. À la base, on était beaucoup dans mon entourage à rapper. Il y en a qui étaient plus forts, pour qui ça venait plus facilement. Mais il n’y a que moi qui ait continué. J’étais plus passionné peut-être. 

Ta méthode de travail a-t-elle changé depuis le premier album ?

Ce qui a vraiment changé, c’est que je fais appel à d’autres personnes pour les instrus. Sur le premier, faire toutes les instrus et tous les textes, c’était fatiguant. Pour le deuxième, Xanadu, à part quelques détails, je n’ai pas touché aux instrus. Et j’en garde un bien meilleur souvenir. Et t’arrives plus rapidement à quelque chose que tu peux écouter. Sinon, ça n’a pas vraiment changé. À part que maintenant je fais tout dans une pièce chauffée, alors que San Francisco, je l’ai enregistré dans une cave sans chauffage (rires)

Est-ce que San Francisco est ton album préféré ? 

Non, je pense que c’est plutôt Xanadu. Pas simplement pour l’effet que ça me provoque quand je l’écoute, mais aussi pour le souvenir que j’ai de l’enregistrement. Je pense que c’est la même chose pour tous les artistes quand on leur pose la question, consciemment ou inconsciemment. Pendant l’enregistrement de Xanadu, j’étais de meilleure humeur, j’avais des conditions confortables pour enregistrer, c’est allé assez vite… Alors que Vita Brevis par exemple, qui est l’album qui a le plus de succès, c’était dur à écrire pour moi à l’époque. Donc je ne le considère pas comme mon meilleur album. 

On aurait pu penser que ça irait mieux de projet en projet, que ça allait suivre une progression linéaire. Mais en fait non. 

J’ai construit San Francisco pour que ça aille du sombre au lumineux. Alors après, je me disais que chaque album serait plus lumineux que celui-là. Mais entre-temps, je me suis rendu compte que la vie, ce n’est pas aussi simple (rires). Vita Brevis devait être plus lumineux d’ailleurs. Mais je pense que ce ne sont pas les trucs dans lesquels je suis le plus fort. Là, je bosse sur un projet que j’essaye de faire plus lumineux . Ça ne sera pas un album pour faire la fête hein. Mais il sera plus lumineux qu’avant. En tout cas, je vais essayer. Mais à la fin de San Francisco, j’essayais d’atteindre la lumière à tout prix. Et ça a d’ailleurs sans doute joué sur ma consommation de drogue par la suite, de vouloir toujours atteindre un état de perfection ultime. Alors que la réponse, c’est plutôt d’essayer de trouver un équilibre, d’arriver à jongler entre nos différents états. 

C’est quoi la suite ? Un album solo ? Un projet avec Yuri J ? Un autre membre de l’Epicerie Gang, collectif sur lequel on a déjà écrit un focus (article lisible en cliquant ici) ? 

Avec Yuri J, on s’envoie tout le temps des couplets. C’est sans doute le membre de l’Epicerie Gang avec lequel je parle le plus. Du coup, on n’a pas parlé de faire un projet, mais comme on fait des sons tout le temps ensemble, je pense que l’on va en faire un. C’est cool, il va l’apprendre en lisant l’interview (rires). Sinon, j’ai donc ce fameux album solo “lumineux”, sur lequel on devrait retrouver Moïse The Dude et Endé avec qui j’ai fait un morceau que j’aime beaucoup, et probablement un morceau avec Yuri J. J’ai participé au prochain projet d’un des membres de La Prune aussi. Et pour le reste, je sais que l’Epicerie Gang se voit pas mal le week-end sur Paris, mais je sais pas s’ils ont reparlé d’un projet précis. Je sais que parfois, on envisage de se retrouver un été pour passer du temps ensemble et pour faire du son. Mais rien de précis pour l’instant. Ce collectif, c’est un peu informel, mais c’est plus agréable que de se dire qu’on est un vrai groupe, et qu’on doit absolument sortir un projet. On est sans doute moins productif à cause de ça. Mais le plaisir y est plus important. 

Donc après toutes ces années, tu as toujours autant envie de faire du rap. 

Ouais. J’ai toujours envie d’écrire, toujours envie de faire de la musique. D’ailleurs j’aimerais bien me remettre à la prod. Je sais pas si ça sera forcément du rap. J’aimerais utiliser plus d’instruments live. Après, le rap, je t’avoue que j’en écoute presque plus. Ça fait tellement longtemps que j’en écoute… Je pense que ça du bien d’écouter autre chose. 

Ça veut dire qu’on va peut-être te découvrir dans un nouveau registre, un nouveau genre musical ?

Bah dans les maquettes que j’ai, il y a beaucoup de chant. Pas en mode “un rappeur qui fait du chant”. Il y a des sons, c’est vraiment du chant. Après, je pense pas non plus lancer une carrière dans la chanson… Mais en tout cas, j’ai toujours envie d’écrire, et faire de la musique de manière générale. Il y a une chanson dans laquelle je dis “je ferais 1000 albums de trop”… J’aime pas trop les gens qui parlent de retraite, qu’il faut laisser la place aux jeunes. Je trouve ça un peu insultant. Arrête tout de suite la musique si t’es pas si motivé que ça, il y en a plein qui aimeraient avoir ta place. 

Tu penses que l’on peut encore rapper au-delà de 50 ans ? On dit souvent que le rap est plutôt une musique de jeunes… 

Quand j’ai commencé à publier ma musique, je me disais que j’allais toucher des gens qui ont la trentaine, comme moi à l’époque. Mais quand je regarde mes stats, je me rends compte que ce sont plutôt les jeunes qui m’écoutent. Après, c’est peut-être difficile de toucher un certain public au-delà d’un certain âge… Mais dans tous les cas, moi, même s’il ne me reste plus qu’un seul auditeur et que c’est ma femme, je sais que j’arrêterais pas pour autant la musique. 

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