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[Interview] Lomepal : « La solitude est un thème de prédilection. »

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Tu ne pratiques pas comme ça ?
Moi, je préfère bien connaître mon texte avant de l’enregistrer pour le maitriser. Sur scène, tu dois donner le meilleur de toi-même donc tu ne te poses pas de question. En concert, tu penses toujours à la seconde d’après. Tu ne penses jamais au passé. D’ailleurs les plus gros foirages que j’ai eu sur scène, c’était en pensant au passé. Tu perds le fil. Il ne faut jamais penser à ce que tu viens de faire, il faut toujours penser à ce que tu vas faire. Si tu bloques, tu as du mal à repartir. D’un coup, tu n’es plus dans le concert et c’est super difficile. Le ressenti est très différent. Mais la scène a quelque chose de plus authentique que le studio. Là, tu as les drops, les mix, tu repasses dessus, c’est plus peaufiné. Ça te permet de donner ton œuvre comme tu la voyais. Tu la montres comme tu l’imaginais. Alors que sur scène, tu viens voir un artiste travailler.

Comment ta vie et le rap sont liés aujourd’hui ?
On va dire que je suis moins débile avec le rap qu’avant. Avant, c’était rap tout le temps. Je faisais un peu chier ma copine, mes potes qui n’écoutent pas ça. Maintenant, je me détache un peu de ça. Ce serait un peu triste de dire que j’en ai fait le tour parce que ce n’est pas vrai. Mais j’en ai tellement écouté que maintenant il y a peu de gens qui m’impressionne. Je les écoute encore, j’essaie de m’imprégner au maximum de ce qu’ils font, de comprendre leurs techniques, leurs manières d’écrire et leurs univers. Je reprends aussi du plaisir à écouter des bons morceaux que j’écoutais avant. Par exemple, là je me suis remis la BO de Scarface, des sons années 80-90. J’aime bien écouter de la musique sans me poser de questions. J’avais un peu perdu l’habitude de faire ça.

Comment tu définirais le rap aujourd’hui ?
Pendant les années 2000, les rappeurs qui sont montés avec les groupes des 90’s ont voulu se mettre en avant avec des projets solos et c’est normal. En réalité si tu regardes, dans ceux qui ont explosé dans les années 2000, il n’y en a aucun qui n’a pas commencé dans un groupe. Tous les gars venaient d’une nébuleuse, d’une école. Ils ont tous commencé en rappant à plein, avec cette énergie. Et un jour ou l’autre, c’est sûr que si ça marche et que tu te fais remarquer, tu te demandes ce que ça fait si tu es tout seul. Du coup, ils se sont tous mis en avant. Ces gars ont continué. Et tu as une nouvelle génération en 2010 de gars qui ont voulu rapper tous ensemble, freestyler, prendre le train pour faire des concerts, filmer une vidéo avec des artistes locaux. Ça s’est fait et ça se fait encore aujourd’hui. Les gens ont envie de faire des morceaux, des albums. Ils n’ont plus forcément envie de freestyler tout le temps. Le plaisir de la pratique part un peu. Pas chez tout le monde mais chez certaines personnes. Maintenant vient plus le plaisir de diriger un projet, d’être plus un réalisateur qu’un acteur. Et c’est intéressant aussi.

Tu penses que c’est cyclique ?
Je pense que ce sont des vagues, que ça va revenir. Je vois moins de gens passionnés par le freestyle dans la rue. Je suis sûr qu’il y en a encore plein mais je vois que même dans mon entourage, ça s’est calmé. Même moi. Je ne trouve pas ça dommage parce que je ne me force pas. Mais j’ai moins faim de ça. Ça reviendra. Quand tu as toujours fait la même chose, quand tu as écrit 100 textes différents, tu te demandes ce que ça ferait d’essayer de faire un vrai morceau où tu touches des gens. C’est intéressant aussi et c’est pour ça que pas mal de gars essaie de faire des albums en ce moment. Par exemple, Nekfeu essaie de faire son album solo, je trouve ça vraiment intéressant. Il essaie de diriger ça tout seul. Il a beaucoup œuvré pour 1995, pour le S-Crew. Maintenant, il a envie de voir ce que ça fait d’être seul sur le navire. Du coup, ce côté on rappe tous ensemble tout le temps s’estompe un peu. Pour certains c’est dommage, pour d’autres c’est bien. C’est un cycle. Tous ces gars-là vont avoir envie de re-rapper, ça te démange de toute manière.

Et tu te situes où dans cette nébuleuse ?
On est toujours là pour s’entraider mais je fais ma route. Je ne pense pas avoir le même univers. Ce ne serait pas intéressant pour moi de m’attacher. C’est pour ça que je fais mon terrain un peu tout seul. Je n’ai aucun feat dans le projet, sauf Akhenaton. Je trouvais ça intéressant d’avoir un mec qui n’a rien avoir avec mon école. C’est un grand honneur. C’est un mec génial que j’ai énormément écouté. Je ne trouvais pas ça intéressant de remettre les même gars, les mêmes feat. Les gens savent. S’il y a des gens qui aiment m’entendre rapper avec Keroué et Doum’s, il y aura d’autres morceaux et on en a déjà fait des milliers.

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