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[Interview] Mehdi Maizi : « Il faut prendre ce livre comme un appel à la (re)découverte »

Si vous aimez le rap français, vous connaissez sûrement Mehdi Maizi. Tête d’affiche du fameux site spécialisé abcdrduson.com, le jeune homme touche à tout. On l’a connu à l’écrit sur le web et en vidéo via Dailymotion où il interviewe au fil de l’eau tout le rap français. C’est aujourd’hui dans les librairies qu’on le retrouve avec la parution d’un livre consacré à sa passion « Rap français : une exploration en 100 albums« . On lui a posé quelques questions pour en savoir plus sur l’ouvrage.

Depuis quand as-tu en tête d’écrire un livre ?
Je n’avais pas spécialement cela en tête au départ. Au sein de l’Abcdr, on avait déjà émis l’idée d’un bouquin réalisé à plusieurs mains sans que cela ne se concrétise vraiment. Étant donné que j’avais pas mal de projets à côté, j’avais un peu mis ça de côté. Tout a changé quand Le Mot et Le Reste, l’éditeur, nous a contacté. Ça s’est fait via l’intermédiaire de Sylvain Bertot qui avait déjà écrit deux livres chez eux. Le premier, Rap, Hip-Hop, 30 années en 150 albums, de Kurtis Blow à Odd Future a, je crois, connu un certain succès. Par contre, il se focalisait essentiellement sur le rap américain. L’éditeur avait envie d’avoir quelque chose de comparable sur le rap français sauf que Sylvain ne se sentait pas de le faire. Tenancier du site fakeforreal.net, il connaissait l’Abcdr et les a redirigé vers nous. Après une discussion en interne et compte tenu du format souhaité par la maison d’édition (une intro suivie d’une série de chroniques), il en est ressorti que j’étais le plus motivé pour me lancer dans ce projet.

Comment t’es-tu aiguillé vers un top 100 ?
Ça n’est pas réellement un top dans la mesure où il n’y a pas de classement. L’idée est vraiment de présenter 100 disques différents, sans volonté de les hiérarchiser. Le nombre de 100 peut paraître énorme, notamment parce qu’il n’y a pas 100 disques unanimement considérés comme des classiques incontournables en rap français. C’est justement ce qui est intéressant : une fois que l’on a parlé des disques que tout le monde aurait mis, on peut commencer à défricher des scènes, parler d’artistes qui nous tiennent à cœur, afficher de réels partis pris etc.

Comment s’est faite ta sélection ?
C’est un mélange entre des disques évidents et une volonté de mettre en avant des artistes parfois injustement oubliés. Afin d’être le plus exhaustif possible, j’ai d’abord choisi de me limiter à un disque par artiste. Ensuite, je voulais aller contre l’idée générale qui consiste à dire que les meilleurs disques sont tous sortis entre 95 et 99. Effectivement, il y a eu énormément de grands disques sortis à cette période… Mais il y a en a eu également dans les années 2000. Je me suis attaché à avoir un équilibre dans les époques présentées. Indépendamment de la volonté d’exhaustivité, j’ai aussi la conviction que les années 2000 ont été bien plus intéressantes qu’on ne le dit généralement.

Est-ce que, comme tous les livres sur le rap français, il est préfacé par Olivier Cachin ou on entre enfin dans une nouvelle ère ?
Mon livre n’est pas préfacé. Donc, peut-être qu’on rentre dans une nouvelle ère, celle des livres de rap sans préface tout court !

Est-ce que tes gouts entrent en compte ou tu fais preuve du plus d’objectivité possible ?
Je pense qu’on ne peut jamais être totalement objectif et qu’il faut accepter le fait que, dans toute liste, il y aura une part de subjectivité. Après, l’intérêt d’un exercice comme celui-ci est aussi de dépasser ses goûts personnels. Il y a des groupes dont je n’ai jamais été un grand auditeur mais dont je suis obligé de parler, tout simplement parce qu’ils ont joué un rôle prépondérant. Mais, une fois qu’on a passé ces évidences, les goûts personnels rentrent forcément en compte. C’est d’ailleurs ce qui est, je crois, intéressant. On ne mettra jamais tout le monde d’accord donc autant chercher à mettre la lumière sur des disques qu’on apprécie réellement. Ce sont généralement ceux dont on parle le mieux.

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Est-ce que l’équipe de l’Abcdr a été impliquée dans cette œuvre ?
Passée la discussion initiale que j’évoquais tout à l’heure, il y a eu très peu d’interactions. J’ai sollicité quelques proches, dont certains membres de l’Abcdr, à deux moments bien précis : lorsque je mettais en place ma liste (surtout dans le but d’avoir le panorama le plus large avant d’arrêter ma sélection) et lorsque nous discutions avec l’éditeur des albums à placer sur la pochette et du titre exact de l’ouvrage. Le titre d’ailleurs a son importance : on parle bien d’une exploration en 100 albums. L’idée n’est pas de donner ne vérité absolue ou de livrer les 100 disques définitifs du rap français. Il faut plutôt prendre ça comme un voyage, se prendre au jeu, découvrir ou redécouvrir des disques… C’est comme ça que je l’ai pensé.

Qu’est-ce que ça te fait toi, en tant que personne, de voir ton nom sur un beau livre ?
Honnêtement, ça fait plaisir et ça représente une forme de concrétisation. Lorsque j’ai vraiment commencé à ne quasiment plus rien écouter d’autre que du rap (ça évolue un peu depuis, je me soigne en prenant de l’âge), j’avais l’habitude de mettre un disque et de l’écouter presque religieusement, sans rien faire d’autre. Je me dis que tout ce temps passé à ne rien faire d’autre qu’écouter du rap prend un peu de sens avec la sortie de ce livre.

Est-ce que tu as peur d’avoir commis des erreurs terribles et n’as-tu pas peur de regretter ton choix ?
Encore une fois, je pense qu’il faut être à l’aise avec l’idée qu’il y a probablement autant de listes que d’auditeurs de rap français. Je suis moi-même frustré de ne pas avoir pu parler de certains disques, je me dis que j’aurais pu ajouter des disques qui sont sortis récemment… Mais, comme je le disais, l’idée n’est pas de délivrer la liste ultime des 100 albums de rap français qui a, de toute façon, vocation à évoluer avec le temps. Il faut prendre ce livre comme un appel à la (re)découverte.

About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

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