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[Interview] Prime Vers Crew : « On fait pas du rap conventionnel, mais du rap qu’on vend nous-mêmes »

C’est à La Dynamo, Toulouse, que le Prime Vers Crew, aka PVC, a débuté sa tournée 2015, juste avant la sortie de leur second EP – Le Tube. J’ai rencontré les 4 bonobos auriègeois qui composent le groupe, un peu avant leur montée sur scène et après m’avoir présenté leur projet, on a parlé de rap et de rap…

Salut les gars. Est-ce que vous pouvez me raconter un peu l’histoire de votre projet ?
High C (MC du groupe) : Alors, Dena (MC) et Loul (DJ) avaient un projet de funk hiphop, il y a quelques années, projet qui a splité. Ils avaient un bon feeling et envie de continuer à faire de la zic ensemble, et en même temps Loul a commencé à ce moment-là le deejaying. Dena avait pas mal de textes, de slam… Donc ils ont écumé les scènes locales, en duo, entre l’Aude et l’Ariège (d’où l’appellation de groupe auriègeois… ). Moi, ça fait longtemps que j’avais envie de travailler avec Dena, après plusieurs soirées où on s’était croisés sur scène, malgré le fait qu’on n’avait pas trop le temps de se voir pour travailler, on a partagé un inter-plateau en avril 2011, et puis ils m’ont invité à une répèt’ puis en guest à la fin de leur set… De fil en aiguille, j’ai intégré le projet, on s’est partagé les textes, et on a tourné à trois. Alpsy Low (beatmaker) a fait quelques prod’ pour nous sur le premier EP, et puis on l’a intégré au live et au projet fin 2013. Depuis on travaille et on tourne à 4 sur scène.

J’ai une question bateau, mais je suis sûre que vous aurez une réponse intéressante quand même : pourquoi vous faites du rap ?
High C : Parce qu’on aime bien. C’est surtout une musique où le propos passe directement à l’oreille de l’auditeur et c’est, pour nous MCs, un moyen facile de s’exprimer et de faire entendre ce qu’on a à dire. Instru’ et textes partagent l’espace à 50/50 et la prod’ fait vivre le texte, c’est direct. On se soigne en écrivant et ça nous permet de sortir des choses qu’on ne dirait pas forcement autrement, ou de faire des choses un peu fun aussi…

– Les autres sont tous d’accord –

Vous êtes 4, vous n’habitez pas tous au même endroit, vous avez d’autres projets musicaux pour certains, et des boulots à côté aussi parfois… Comment vous travaillez en fait ?
Alpsy-Low : Je travaille en amont, je fabrique des sons, je leur propose des boucles qui me plaisent, qu’ils valident ou non. On arrange pour faire vivre le texte avec la prod’ et adapter ma proposition à ce qu’on a envie d’en faire pour enregistrer ou pour le live. Sinon les autres membres vont chercher des prod’ d’autres beatmakers, et on les retravaille ensemble avec les textes.

Dena : Comme on a du mal à se voir très régulièrement, on a la chance quand même d’avoir des temps de résidence, où on s’enferme plusieurs jours ensemble, pour de la création, soit de matière pour enregistrer, soit pour travailler le live. On en a fait 2 récemment, grâce au tremplin Vice Versa qu’on a remporté dans l’Aude, et ces moments sont essentiels pour nous.

Combien de temps ça vous prend pour faire un morceau de la première idée à ce qu’il soit, pour vous, terminé ?
Alpsy Low : ça s’arrête pas en fait.

High C : ouais voilà, un morceau n’est jamais figé, il peut toujours évoluer, surtout avec ce que Alpsy Low apporte vu qu’il est sur du live machine. A chaque live il fait tout, donc il peut toujours rajouter un effet, un son…
Après ça dépend, y a des morceaux qui se font vraiment spontanément, où avec Dena on a un feeling sur un thème et du coup on écrit très vite, et Alpsy Low a une prod’ dans les cartons et clac ça colle direct… Sinon parfois ça met hyper longtemps parce qu’on veut vraiment cerner bien le sujet, trouver le bon angle pour l’attaquer… En fait, y a pas de recette.

(Je m’en doutais, ça mapprendra à poser des questions cons…)

Tchiki Loul : une fois qu’ils considèrent qu’ils ont tout posé, moi j’arrive pour caler des ambiances et décorer leur propos sur des samples qui me parlent.

Justement c’était ma question d’après… A quoi tu sers ? 
Tchiki Loul : (Rires) Voilà, à ça. A te rappeler tes questions. Mais sinon c’est un peu ça l’ordre des étapes du travail, moi je viens à la fin, je mets le petit ruban sur le morceau, en cherchant les samples qui vont bien.

(et aussi il scratch/sample/danse comme un bonobo. Il me l’a pas dit, mais je l’ai vu une heure après en live…)

Ok. Et pour l’écriture, vous avez un truc à me raconter ? Comment ça se passe à deux ?
Dena : On a des textes qu’ on écrit un peu comme a dit High C parce qu’il y a un coté thérapeutique et surtout, c’est vraiment notre délire d’écrire au quotidien. Après dans la façon d’écrire, en gros on a trois fonctionnements : certains de nos textes ont été écrits chacun de notre côté, et ensuite on cherche la prod’ qui va bien ; sinon au contraire, on part du thème commun et on va chercher à écrire tous les deux dessus. Plus récemment, notamment pour cet EP, Le Tube, mais aussi un peu sur celui d’avant, on a eu l’occasion d’écrire vraiment ensemble, et c’est un truc que moi j’avais jamais trop fait d’écrire avec quelqu’un entièrement. C’est un plaisir de travailler à deux et de voir qu’à quatre mains y a moyen de faire des trucs vraiment sympa. On est complémentaires tous les deux parce que moi j’ai plus une facilité à trouver des refrains, qui vont être un peu bateau, disons faciles à retenir pour les gens.
High C : c’est dur d’écrire facilement en fait.
Dena : Voilà y a une facilité dans les refrains -sinon c’est que c’est pas un bon refrain- et pour certaines personnes, c’est dur d’écrire un truc simple, notamment pour High C finalement, qui va avoir plus d’aisance à écrire un texte technique. Au début j’avais plein plein de textes et quand High C a intégré le projet on les a arrangés pour pouvoir les chanter à 2. Maintenant on est vraiment dans partager l’écriture, soit chacun de son coté, soit vraiment ensemble comme je te disais.

Justement sur votre nouvel EP, il y a un texte, Routine, que vous avez écrit avec des contraintes supplémentaires. C’est quoi l’idée, c’est plutôt un jeu ou un but dans l’écriture…
High C : Un peu des deux.
Dena : ouais c’est ça. C’est un exercice d’écriture, donc pour nous ça reste un jeu.

Mais si c’est un exercice pourquoi avoir choisi de le mettre sur l’EP du coup ?
High C : A la base c’est un atelier d’écriture qu’on a eu avec Jérôme Pinel de Strange Enquête. Nous on avait cette idée de thème, et ce qui en est ressorti est super intéressant, on discerne bien les deux points de vue. Donc on a voulu le mettre dans l’EP pour le clin d’œil, mais aussi parce que grâce à ces contraintes, on a trouvé qu’on avait vraiment bien traité le sujet.

Quelles contraintes, du coup ?
Dena : On devait produire 4 paragraphes de 4 mesures chacun. Chacun de ces paragraphes doit commencer par la même phrase et le refrain rassembler les 4. Mais chaque MC a rédigé un couplet, le but étant de confronter 2 points de vue différents (la ville et la campagne), alors que l’heure de la journée, et aussi le ressenti, est le même. On a été surpris de la qualité du résultat.
Alpsy-Low : Oui parce que clairement, il déboite ce morceau !
Dena : Si tu veux effectivement c’était un exercice, mais à la fin on s’est regardés et on s’est dit : ” C’est un morceau, quoi. ” Même si les gens captent pas toutes les contraintes à la première écoute, ils sentent qu’il y a quelque chose de très construit.

D’accord. Alors puisqu’on parle de l’EP, où est-ce qu’on peut le trouver, avec qui vous bossez, tout ça ?
Dena : On travaille avec une boîte de prod’ indépendante. C’est une association qui s’appelle L’Ouvre-Boîte Production. C’est des potes qui gèrent cette structure, notre administratif, mais voilà on n’a pas de distributeur, d’endroit grand public où acheter nos skeuds…
High C : Nan, c’est pas vrai, y a la boulangerie Hébrard de Foix où tu peux acheter nos disques ! (rires)
Dena : ouais, et à l’épicerie de Sainte Colombe sur l’Hers aussi !

Ok, vous faites tout en local quoi ?
Dena : Oui voilà, rap néo-rural, production 200% local. Vraiment nous c’est de l’indé du coup on vend ça sous la veste dans nos concerts, aux gens qui nous demandent, et les petits points relais de vers chez nous… Sinon y a un soundcloud pour nous écouter.
High C : En fait on aimerait bien passer un deal avec Frans Bonhomme pour distribuer Le Tube. (rires)

[NDLR : par éthique journalistique, j’ai cherché : Frans Bonhomme est une boîte de distribution de tubes et raccords plastiques dans les domaines des canalisations, irrigations et travaux publics… Du coup je viens de comprendre la blague, vu que leur nouvel EP porte le nom du dernier mais pas des moindres morceaux qui le compose : Le Tube, et fait référence aux tubes tout sauf radiophoniques Écoutez-le, et vous saurez pourquoi.]

High C : Y aura très probablement une distribution numérique de cet EP aussi, en plus des disques, avec des faces B, des bonus, de quoi s’amuser…
Dena : Du coup, pour répondre à ta question, il sort la semaine prochaine, le 21 mars. On fait une Release Party pour fêter ça, à Moulin Neuf (09), et on a invité des potes de l’Aveyron, MP1point2, qui font du hip hop dans le même délire que ce qu’on fait (rap néo-rural )et des parisiens, Phases Cachées, qui font pas mal parler d’eux en ce moment et qu’on aime bien. Voilà, les skeuds seront disponibles à partir de là.

Ok, cool. Et en rap français c’est quoi votre dernière claque (album, livre, etc…) ?
High C : En fait, moi j’ai pris tellement de tartes récemment en rap….. (il hésite)…..
Alpsy-Low : Anton Serra, sur Youtube, j’ai pris une vraie bonne claque.
High C : Ouais moi je dirai Melan, Catharsis, l’outro de son album qui va arriver dans pas longtemps et qui va faire mal. Truc de fou ! Autant la Poignée de Punchlines je l’ai trouvé toujours bon mais facile en fait, mais Catharsis là, il a pas rigolé, le mec, c’est une tuerie.
Tchiki Loul : Moi je dirai l’album de Demi Portion, Dragon Rash. Trop de morceaux trop bons dessus, vraiment.
High C : Ah oui le morceau de Demi P avec Puccino, ”Une chaise pour deux”, comme il démonte !
Dena : En fait y a tellement de bons trucs qui sortent tout le temps, on prend des claques presque tous les jours en rap français ! Moi je vais dire un live… Le dernier c’était ici (on est à La Dynamo) c’est Dooz Kawa y a pas longtemps, c’est pour moi une vraie grosse claque.

(NDLR : le 28 janvier dernier Dooz Kawa @La Dynamo, j’y étais, comme 500 personnes, mais trop émue pour pouvoir écrire dessus… ici un live report sympa par nos confrères : http://lebonson.org/2015/02/27/live-report-nouvelles-du-fond-de-la-dynamo-30012015-19022015/ )

High C : D’ailleurs à ce sujet, ça fait un petit moment, à part L’Animalerie l’autre fois… Moi je trouve que je prends rarement, trop rarement, des claques en live sur du rap. J’sais pas y a beaucoup de rappeurs qui sont très bons en skeud et un peu à chier en live, enfin pas à chier mais je trouve qu’ils sont pas aussi bons, et c’est dommage parce que c’est important de rencontrer son public, enfin pour moi ça l’est vraiment, et de faire des performances live à la hauteur des espérances du public quoi. Du coup c’est dommage qu’on ne prenne pas plus de tartes en live que ça…

– opinage de têtes unanime de tout le Crew-

J’avais une question, pareil, je veux bien vos 4 réponses… C’est un chaud/froid, en fait. Qu’est-ce qui vous inspire et vous repousse dans le rap tout récent, disons le rap français de 2015 ?
High C : Pour ma part c’est la technique des gars, les flows mutisyllabiques, je trouve que les mecs sont hyper forts. Ils arrivent à tenir des contraintes d’écriture même si des fois c’est un peu au détriment du propos qu’il peut y avoir dedans mais je trouve que les gars sont trop forts. C’est mon chaud… Ce qui m’indigne… Personnellement, j’appelle pas ça du rap, mais y a beaucoup de trucs qui y ressemblent de très près, qui en ont la forme, le son, mais qui n’en sont pas. Ils usurpent l’identité de la culture hiphop, qui est noble, qui a des valeurs qu’il faut passer aux gamins. On a un autre rôle que montrer de la débauche et faire l’apologie du sexe et du capitalisme. Moi ça m’indigne parce que le rap c’est pas ça en fait. On peut faire des compétitions, on peut se clasher, et être dans une compétition saine qui nous élève un peu tous, bien sûr ! Moi j’en ai un peu marre que ce soit le rap bling-bling-putes-drogues-et-voitures qui soit médiatisé et j’en ai marre, parce que les gens font l’amalgame entre eux et des gens comme nous qui faisons du hiphop et sommes des gars hiphop.
Dena : Moi ce qui va le plus me toucher, c’est dans les gens qui vont chercher dans un peu tout, dans de l’éclectisme au niveau de la culture, du son, à tous les niveaux, et aussi les lives intéressants où les mecs incarnent vraiment leurs textes, où il se passe un truc. Mon froid c’est comme High C, le rap qui revendique des choses qui sont pas de la culture hiphop et pour pas dire que la trap ça me casse les couilles, bin je le dis.
Tchiki Loul : Pour en rajouter une couche après les MCs, mon froid c’est pourquoi tout ça passe à la tv ? Pourquoi mettre le rap en produit commercial ? L’éducation au public, et notamment les jeunes, c’est vraiment et un mauvais exemple et pas le sens de la culture. Pas ce qui nous a nourri et ce dont on aimerait nourrir le public… Pour mon chaud, je suis un grand amateur de fusion et je dirai N3rdistan, pas forcément un groupe de rap, mais par le biais de la chanteuse et du chanteur ils ont des phrases de rap, et vraiment ce mélange j’aime bien, avec un beat fantastique, parce que le hip hop c’est ça, un rassemblement de gens différents autour d’un état d’esprit positif et là ça me parle.
High C : après y a de très bonnes prod’. En fait je veux faire un big up aux mecs qui refont des bonnes instru’, que des gars mélangent des sonorités oldschool et électro, tout ça, ça démonte.

Le mot de la fin, sans réfléchir ?
Alpsy Low : crudivore (rires)
Tchiki Loul : bin euh… Le Rap En France quoi ! (clin d’œil)
High C : Tube… Enfin, non, Le Tube !
Dena : Big Up à nos techniciens (son et lumière, qui étaient présents avec nous lors de cette interview et sont restés très sages dans ma Julymobile, NDLR)

Maintenant qu’on a terminé, j’aimerai bien savoir quelle est la question que je ne vous ai pas posée mais que vous auriez bien aimé que je vous pose, et la réponse qui va avec ?
-Ils réfléchissent un moment en silence-
Tchiki Loul : si, ouais, sur notre spectacle, sur le live… Est-ce qu’on y accorde une importance particulière, ou bien est-ce qu’on monte juste rapper à l’ancienne?

Et du coup, ta réponse ?
Et la réponse qui va avec, pour nous, c’est qu’on aime tendre vers un vrai show même si on a du boulot, on aimerait vraiment faire un vrai live show, avec beaucoup d’interactions avec le public. On y consacre beaucoup de temps sur nos moments de résidence, où on crée vraiment le spectacle live, mais bon, on peut toujours faire mieux, et on a des vies à coté, du coup, avec un peu plus de temps là-dessus, on pourra vraiment proposer un show qui s’oublie pas quoi…
High C : Ouais aussi on bosse pas mal sur l’entourage. La mise en valeur de ce qu’ on fait par le sondier et depuis peu la lumière qu’on est en train de travailler, c’est une vraie plus-value parce que tu peux avoir les meilleurs musiciens du monde, si y a pas de son et lumière, y a pas la même mise en valeur. On a nos techniciens, c’est tout récent, et ça se sent beaucoup sur le live…
Alpsy Low : C’est vrai que ça sent !

(NDLR, le technicien assis à côté d’Alpsy Low se fait renifler le cul et tout le monde rit. Je crois que c’est lheure pour moi de les laisser sortir et aller se préparer pour leur show…)

Bref, le Prime Vers Crew c’est 4 plus ou moins jeunes, bien dans leurs baskets, dans leurs textes et dans leur culture… S’ils ont déjà un public fidèle qui les suit sur leurs concerts locaux, c’est que leur musique résonne, et il m’a semblé que l’énergie qu’ils envoient en live mérite de dépasser les frontières de leurs Pyrénées, car en plus d’avoir les pieds sur terre dans leurs écrits,  ils ont une vraie soif de manger de la scène et de la faire trembler.

Leurs infos et actus :  https://www.facebook.com/pvc1109?fref=ts

Et leurs sons : https://soundcloud.com/primeverscrew

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BOOM!

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