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[Interview] Rémy : « C’est pas le retour du rap à l’ancienne, c’est l’arrivée de Rémy »

Vous avez aimé C’est Rémy ? À l’occasion de sa participation au festival Solidays, nous avons rencontré Rémy à Aubervilliers, dans son studio…

Depuis son freestyle Reminem au planète rap d’Hornet la frappe, Rémy n’en finit pas de faire parler de lui. Considéré comme la réincarnation du rap oldschool par beaucoup, le rappeur se révèle être beaucoup plus complexe à l’écoute de son premier album C’est Rémy (à écouter ICI). Le protégé de Mac Tyer ne se refuse rien sur les 17 morceaux de l’album et c’est une vraie réussite. Depuis, le rappeur s’est offert un Bataclan et savoure le succès de sa musique. Cette année, Rémy est également programmé au line-up festival Solidays (places disponibles ICI), qui fête ses 20 ans en 2018. Il partagera l’affiche avec des grands noms de la musique, et notamment des poids lourds du rap français, comme Nekfeu, Roméo Elvis, Hamza ou encore Niska ! Une consécration pour l’artiste qui était presque encore inconnu l’été dernier…

remy

Alors, pour commencer, comment c’était le Bataclan ?

C’était très lourd, très très lourd… C’était ma plus grosse scène et c’est un très bon souvenir !

Pour revenir sur ton album (à écouter ICI), comment tu as travaillé ?

On a commencé par l’écriture. Souvent l’écriture, c’était chez moi, et après je venais en studio. Soit celui dans lequel on est aujourd’hui (à Aubervilliers), soit un autre studio sur Paris. On choisissait les prods, je finissais d’écrire, puis je rentrais dans la cabine et … on faisait le boulot !

C’est allé vite, alors ?

Sur ce premier album, c’était comme de l’entrainement. Quand j’ai commencé à écrire pour ce projet, il y avait des choses qui n’allaient pas encore, qui n’étaient pas au point, etc… Du coup, je me suis vraiment poussé, pour atteindre le niveau qui nous semblait nécessaire pour un premier album. Je voulais vraiment être à la hauteur, pour commence à bosser sur des sons.

Arriver avec un premier album de 17 morceaux à une époque où les formats sont de plus en plus courts, c’était osé…

On a vraiment voulu croire en ce projet. Au début, on ne savait pas trop quoi faire, on se disait mixtape, EP, album ? Et en vrai, quand on commence à enregistrer et qu’on commence à voir de plus en plus de titres sur l’ordinateur, on s’est dit qu’on pouvait faire un album. Du coup, on a vraiment voulu lancer le truc et rester sur des valeurs sûres : des bons gros albums, ça fait toujours plaisir !

Quel est ton son préféré de l’album du coup ?

Ça fait longtemps que j’écoute l’album, donc, c’est passé par différentes étapes. Mon son préféré c’est Ne Me Quitte Pas, le son pour ma mère, pour ceux qui ne savent pas. Après, j’en ai plusieurs de différents thèmes, qui correspondent à des « états » différents, comme Intro ou Bandit. Mais en soit, je les aime tous…

Est-ce qu’il y a un morceau que tu aimes moins ?

Lebara, quand je l’écoute, je trouve qu’il est un peu plus bas que les autres ….

Tu nous a parlé de ta mère et tu rappes énormément sur elle ? Qu’est-ce qu’elle pense de ton album  ?

Elle est super fière ! Ça fait énormément plaisir. Elle prend une grosse place dans ma vie… Et du coup, c’est cool, si elle est contente, je suis content.

Ça fait quoi de poser sur le remix de 24h à Vivre d’Oxmo Puccino ( à écouter ICI) ? Lui qui dit souvent que le rap français actuel l’ennui …

C’est un honneur. Je n’ai pas grandi avec Oxmo, c’est la génération d’avant moi, mais quand j’ai commencé à écouter, j’ai vraiment pris conscience de l’artiste. On s’est vu sur Paris, dans le studio, on s’est rencontré, on a bien parlé et pas mal rigolé… Puis j’ai posé et voilà ! Pareil avec Jazzy Bazz, je le connaissais seulement de nom, et pareil, très bonne personne et artiste. C’était un peu une sorte de validation, un vrai honneur et c’est pour ça que ça fait plaisir.

REMY-N

Comment tu vis la vitesse de ton succès actuel ?

Je le vis normalement, parce que je me suis préparé à tout ça déjà. Il y a 2-3 ans je me suis dit, si ça marche, faut que je me prépare à ce que les gens crient mon nom dans la rue, comme il faut que je me prépare à me relever si ça ne marche pas, alors que j’ai tout donné pour la musique. Je me suis préparé à toutes les éventualités. Et c’est pour ça que aujourd’hui que je le vis sereinement. Le seul truc qui change, c’est que plus de gens me connaissent et me donnent beaucoup de force et d’amour. Ce qui fait super plaisir…
Après, je suis pas mal en tournée en ce moment, et parfois, je m’y perds un peu. On me dit : « t’es à Grenoble, ce jour-là » et moi je suis là, en mode « Ah ouais ? Je savais pas ! ».  C’est ma boite de prod qui gère ça. Je vais pas me plaindre, il y en a qui font du 7h-20h pour 50 euros par jour, donc j’ai de la chance, on peut bien faire pleins de dates et de festivals, je trouve ça cool !

Ça te fait bizarre d’être reconnu dans la rue ?

Je ne suis pas quelqu’un qui « aime » forcément ça, mais il faut s’y habituer. Petit à petit, on y prend goût et ça fait même plaisir. Mais ici, à Auber, tout le monde sait que je fais du rap depuis que je suis petit, pour eux, ça fait longtemps que je suis « Rémy le rappeur ».

On voit souvent des articles sur toi disant que tu as des textes engagés, qu’est-ce que tu en penses ?

Je pense que c’est un peu vrai, mais je n’ai pas fait exprès ! 
En vrai, je ne suis pas quelqu’un qui est là pour militer, pour faire de la politique, tout ça… Je dénonce, donc oui dans un sens c’est engagé, mais ce n’est pas pour critiquer ou revendiquer quelque chose, c’est juste parce que je décris la vie que je mène. Je raconte les choses, si ça sonne un peu comme ça, c’est juste parce que c’est la réalité.

Dans un article de Yard (ICI), ils t’ont qualifié de « rappeur journaliste », en parlant de tes textes qui sont basés sur l’observation de ton environnement… Qu’est-ce que tu en penses ?

C’est flatteur un peu ! Je n’arrive pas à m’auto-analyser, mais je pense que c’est assez vrai. Je parle de la rue assez globalement pour que tout le monde la comprenne. Que ceux qui la vivent, que ceux qui sont dedans, ou un peu éloignés s’y reconnaissent, même pour ceux qui ne connaissent rien du tout… Tout le monde peut s’y retrouver dedans en vrai, on a des valeurs communes, des galères communes… On a tous une mère, une famille ! Je parle de tout ça dans mes textes d’ailleurs, pas que de la rue, donc tout le monde peut s’identifier à ça.

Quand tu parles de la rue, tu en parles globalement, et pas d’Aubervilliers spécialement, c’est assez universel comme message…

La rue, c’est partout la même, les codes sont les mêmes, il y a que les petits détails qui changent.
Après par contre, dans mes textes, j’aime bien glisser quelques phrases que seuls les mecs d’Auber peuvent comprendre, c’est un truc que j’aime bien faire. Comme ça les gens de chez moi qui m’écoutent, ils savent d’où ça vient.

Tu as un exemple ?

« Mon négro, c’est la de-mer et toi tu t’es mis à chouara
T’as pris une ou deux cales et tu fais plus d’crédit chez Wara
 »

Ça, il n’y a que les mecs de ma cité, qui peuvent savoir de quoi je parle. C’est l’épicerie en bas de chez moi. Faire des crédits, c’est rembourser après des trucs qu’on a pu prendre sur le moment sans avoir l’argent, genre 2/3 canettes. Une fois que tu as fait de l’argent (une ou deux cales), tu as plus besoin de faire de crédit, tu payes direct. Mais il y’en a pleins comme ça, faudrait que je les retrouve…

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Il y a pas mal de gens qui parlent d’un retour au rap oldschool ou à l’ancienne, mais tu hésites pas à utiliser l’Autotune ?

Déjà, c’est pas le retour du rap oldschool ou du rap à l’ancienne, c’est juste l’arrivée de Rémy. Je ne suis pas venu ici pour faire ci ou ça, je suis venu pour faire ce que je veux. Des fois j’ai envie de poser sur un son avec une instru oldschool, mais j’écris sur ce que je veux en soit. Pareil pour l’Autotune, si j’ai envie d’en mettre, je le fais, ça ne me dérange pas. Je n’ai pas envie qu’on me mette dans une case, moi-même je ne me colle pas d’étiquette. Le seul truc que je peux dire, c’est que je suis un rappeur mélancolique. Ça c’est vrai que c’est quelque chose qui ressort de ma musique. Mon auto-analyse a fait que, j’en ai conclu que je suis ça. Mais en soit, moi je veux tout faire. C’est pour ça que je ne me vexe pas si on vient me dire « tu fais du rap à l’ancienne, ça fait plaisir ». Je le prend bien, pas besoin de le prendre mal.
Mais ça me fait plaisir dans un sens : le rap à l’ancienne, c’était des paroles, des textes qui avaient du sens, il y avait un message derrière. Donc je le prends bien ! Mais au niveau des prods, c’est pas de l’ancien du tout, peut-être que ça donne cet effet là, mais c’est juste réinterprété. C’est du moderne qui fait penser à l’ancien, c’est de « l’ancien nouveau ». On garde les codes du rap, tout en évoluant…

Comment tu as abordé les parties chantées ?

J’ai toujours été comme ça, c’est naturel, j’ai toujours écrit des parties chantées et fait des refrains chantés, je n’ai jamais eu de problèmes avec ça.

On ressent ta sincérité dans tes textes, tu te mets à nu en quelques sortes, mais est-ce que justement ce n’est pas dur d’être un peu vulnérable comme ça ?

Déjà, je ne dis pas tout. Je dis que ce que j’ai envie que les gens sachent. Je me dévoile 3 fois plus que dans la vraie vie. Dans la vie je ne parle pas de base, je suis « réservé ». Je parle de ma vie seulement dans mes textes. Et c’est pour ça que ça marche. Si j’arrête de faire ça, j’arrête de marcher, j’arrête le rap en vrai. Le rap pour moi, c’est parler, c’est raconter. Je préfère parler 10 fois plus dans mes textes qu’en interviews.

Tu nous as dit que tu n’aimes pas l’auto-analyse mais qu’est ce qu’il se passe dans ta tête pendant le freestyle « Reminem » sur Skyrock ?

J’avais la pression, c’était ma première fois à Skyrock, et il faut le dire, tout le monde a la pression au début. Maintenant, je kiffe y aller. J’avais la pression parce que je savais que sur le moment, c’était là ma chance, fallait envoyer. Moi de base, j’aime bien rapper, dès qu’il y a un micro, je rappe. Et là, c’était un micro à Skyrock, fallait que je leur montre ce que je sais faire. J’avais la pression et je le dis souvent, je suis quelqu’un qui déteste l’échec. Même si c’est bien des fois, parce que ça donne encore plus la rage et la motivation de se relever, j’aime vraiment vraiment pas l’échec.

Quand on regarde le freestyle, les gens autour de toi sont comme scotchés, il y a un espèce de temps d’arrêt dans la salle à ce moment-là… Comment tu l’expliques ?

Ça fait super longtemps qu’il n’y avait pas eu ce genre de freestyle à Skyrock déjà. Il n’y a plus beaucoup de rap comme ça à la radio. Les gens voient un français arriver, qui se revendique de la rue. Donc au début les gens te regardent de travers forcément. Quand ils écoutent et comprennent, ils sont tous un peu surpris, à se dire « ouais, mais là ce qu’il raconte c’est vrai, je l’ai vécu, c’est la réalité ». Mais après, chaque personne a un temps d’adaptation à ma musique. J’ai des potes qui étaient à Skyrock ce jour-là, ils ont compris le truc qu’en rentrant chez eux, après. D’ailleurs, quand je suis sorti de Skyrock, ici au quartier, les gens était divisés. La moitié kiffait, l’autre moitié me disait : « J’te cache pas Rémy, je n’aime pas. Je préférais quand tu es dans le parking et que tu niquais tout… » Mais après écoute au calme, ils reviennent me dire, « En vrai j’ai compris ce que tu cherches à faire, c’est lourd, j’ai compris ». Et ça, ça fait plaisir !

Tu parles beaucoup de ton expérience de la rue en tant que blanc, en ne cachant pas tes émotions.  Tu n’avais pas peur de passer pour un « babtou fragile » ?

Non en soit, c’était le contraire. Un babtou fragile, il ne serait pas là où j’en suis. Faut être fort pour arriver là déjà. Et ensuite, je ne le suis pas, donc je vois pas pourquoi j’aurais eu cette image. Moi je suis là, et je montre que je suis d’ici, je suis un mec de la rue et personne ne peut me dire le contraire. C’est pas ma couleur qui va changer quelque chose à ça, j’ai grandis ici, je suis d’ici et comme on dit, « l’habit ne fait pas le moine ».
Si aujourd’hui, on m’écoute, c’est que les gens le savent aussi, je ne viens pas rapper pour faire pitié ou parler de trucs tristes, je rappe comme ça parce que je suis comme ça, point. On a tous un cœur au fond. Maintenant, dans le rap, les mecs veulent montrer qu’ils ont pas de cœur, pas d’émotions. En vrai, c’est pas ça ! Les gens écoutent ta musique car ils peuvent se retrouver dans ce qui est dit. C’est juste que ça je veux garder, sans ça, ça sert à rien de rapper. Ou alors à faire de l’argent, mais c’est tout.

Tu n’avais pas peur que le surnom « Reminem » ça reste ? Que soit constamment comparé à Eminem ?

Je ne suis pas le Eminem français, qu’on soit clairs ! Déjà, ce n’est même pas mon artiste de prédilection, j’ai pas écouté ça en grandissant. Et puis les gens qui m’appellent Reminem, ils disent ça pour rigoler, ils savent que c‘est pas mon vrai nom. Reminem c’est juste un délire, un clin d’œil avec l’instru d’Eminem que j’utilise pour le freestyle. J’ai pas appelé le freestyle pour me comparer à lui, je me ressens pas comme lui, j’ai pas grandi dans une caravane.

REMY SOLIDAYS

Ça fait quoi de faire un festival ?

Je n’en ai jamais fait avant ! Donc je pourrais vraiment te dire ça qu’après l’avoir fait, et ça va arriver bientôt. J’ai fait le Bataclan, et c’était déjà énorme, mais ce n’est rien comparé à un festival ! Je n’appréhende pas du tout, ça va être un bon moment. Moi, si on m’appelle pour rapper, je viens ! Et j’aime bien le fait que ça fasse découvrir ma musique à d’autres gens qui ne sont pas forcément là pour moi ou pour du rap…

Et ça fait quoi d’être à l’affiche de Solidays avec des gens comme Nekfeu, Roméo Elvis, Hamza… ?

Ça fait super plaisir. En plus, j’écoute beaucoup Nekfeu, c’est quelqu’un que j’aime bien. Je ne le connais pas, mais j’adore sa musique. Solidays c’est un très grand festival et je suis trop fier d’avoir tapé dans l’œil du programmateur. J’me suis dit, j’y vais direct.

Pour finir, si tu devais choisir un rappeur français qui serait ton antithèse, ce serait qui ?

Ouuuh, dur ! Hum, attends, faut que je réfléchisse, je vais trouver un truc… Là, je pense aux rappeurs qui n’ont pas grandis dans la rue. Genre, Roméo Elvis et tout ça, mais je connais pas trop ce qu’ils racontent, je vois pas trop leur musique…
Ouah, c’est dur, tu me poses une colle ! Hum, il y’a Lomepal en ce moment qui marche bien… Je sais pas pourquoi, mais je pense qu’on est à l’opposé. Enfin, je sais pas, on a pas le même vécu et pas les mêmes valeurs, mais en soit, je le connais pas ! J’écoute plus de rap américain moi…
Finalement, on se ressemble tous un petit peu, on a un gros point commun : on fait tous du rap.

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