Home / Interviews / [Interview] Sopico : « Le dojo klan, mon background, c’est ce qui constitue mon essence »

[Interview] Sopico : « Le dojo klan, mon background, c’est ce qui constitue mon essence »

Amateur du bon mot et de l’art dans toute sa diversité, Sopico est l’un des rappeurs à suivre en 2018. A l’occasion de la sortie de son premier album solo on a rencontré le rappeur du 18eme arrondissement pour parler de son nouveau projet et de ses ambitions artistiques pour la nouvelle année.

Vendredi 26 janvier, sort ton premier album , entièrement produit par tes soins. Ça te tenait vraiment à cœur d’avoir une vraie emprise sur ce projet ?

C’était une grosse volonté de ma part d’avoir un album qui me ressemble vraiment en termes de production. J’ai voulu faire un projet qui me corresponde avec des couleurs musicales qui me plaisent et j’ai préféré, avec ce projet, rentrer dans le vif du sujet en faisant l’intégralité des prods. C’est aussi fierté de pouvoir défendre ma musique au-delà des paroles et de l’interprétation. Composer, c’est autant un plaisir qu’écrire pour moi !
En parlant de couleurs musicales, on sent, sur cet album, une évolution dans l’approche de ta musique par rapport à ton ancien projet solo Mojo, au niveau des prods mais aussi dans les thèmes abordés.

Quand on a fait Mojo avec Sheldon qui a produit l’intégralité du projet, on avait une direction artistique différente. La couleur était un peu plus sombre mais c’était une volonté qu’on avait tous les deux d’avoir un EP qui correspondait à mes états d’âmes du moment ! Aujourd’hui, avec il y a plus de nuances. J’ai voulu faire passer d’autres types d’émotions et parfois même les mélanger.

Comme sur Arbre de vie par exemple ?

Exactement, on retrouve des rythmiques assez dansantes mais avec un morceau qui en reste pas moins mélancolique. J’aime bien opposer les sonorités et les ambiances.

C’est cool de kicker sur ses propres prods aussi, non ?

(Sourire) Forcément, ça me donne une vraie amplitude. Pour moi c’est nouveau, c’est la première fois que j’assume à 100% la partie de création musicale. J’essaie de trouver une vraie fusion entre mes textes et la musique que je crée. Je suis mon instinct et j’ai une liberté totale en tant qu’artiste.

Justement on ressent beaucoup cette liberté artistique. On passe d’instrus très trap à des prods plus douces comme sur Press play où tu chantes. C’est un souhait de ta part d’avoir un album qui ne se cantonne pas seulement à un seul style musical ?

J’aime le phénomène de contrepied et pour moi, toutes ces différences que l’on retrouve dans l’ensemble de mes projets forment un tout. Je me ferme aucune porte en ce qui concerne la création et cette diversité a toujours fait partie de moi, donc je trouve ça normal qu’on puisse la retrouver dans l’album. La diversité dans mon projet, c’est un symptôme de ma curiosité.

Cette pluralité est aussi symbolisée par cet interlude sur lequel, à la manière de Walk in Paris, tu montres ta qualité de narrateur.

Tu sais, tant que ça heurte la sensibilité de quelqu’un, que ce soit dans la réalisation, la narration ou autre, ma mission est accomplie. Faire un interlude en a capella, c’est une manière de montrer que je ne reste pas cantonné à des cases.

On a l’impression de découvrir de plus en plus ta personnalité d’artiste mais aussi d’humain à travers ta musique. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Pour moi, réussir à traduire l’état d’esprit dans lequel je suis au moment où je compose, c’est un aspect très important de ma musique. La base de ce projet c’est la vision que j’ai sur ce qui m’entoure mais surtout sur moi-même. C’est une forme d’affirmation de la situation dans laquelle je suis aujourd’hui et j’essaie juste d’exprimer ce que la musique représente pour moi !

Pourtant on ressent toujours une direction artistique commune avec les membres de la 75eme Session et du Dojo Klan. D’ailleurs, les deux featurings de ton album sont Sheldon et Nepal.

Il y a une vraie alchimie entre nous et c’est quasiment incontrôlable. On passe beaucoup de temps ensemble, en studio ou en dehors. On va s’écouter les uns les autres et c’est sûr que ça crée une dynamique collective mais avec les touches personnelles de chacun ! Mais c’est vrai qu’on se rejoint sur pas mal de choses quoi.

Même en dehors de la musique ?

Ouais carrément ! Pour te donner quelques exemples, on est tous fans de jeux vidéo, d’autres formes d’arts… On a des références communes.

« J’suis fier d’mes proches d’mes coutumes, mes frères mes potes c’est tout vu ». Le 18ème et ton « clan » sont des thèmes qui reviennent souvent dans tes textes. Quelle importance donnes-tu à ton background ?

C’est ce qui constitue mon essence. J’ai besoin de dire haut et fort que ma force ne vient pas uniquement d’une flamme intérieure mais aussi de ce rapport que j’ai avec les autres. Les gens qui m’entourent, ma famille, au sens propre et figuré, me donnent beaucoup de force et de détermination pour sortir tous ces projets.

D’ailleurs depuis tes débuts, il y a des thèmes qui reviennent de manière récurrente comme la culture japonaise par exemple. Il y a notamment le track CS04 qui fait référence à une technique dans Pokémon si je ne me trompe pas ?

CS04, c’est la quatrième technique dans Pokémon qui permet de pousser des rochers et qui s’appelle « Force ». A travers cette référence, je voulais faire un morceau sur les forceurs et forceuses que tout le monde connaît !

Même avec ta pochette on distingue un peu cet univers tokyoïte à la manière de rappeurs comme Kekra par exemple.  Comment tu vois la direction artistique que prend le rap aujourd’hui en France ?

Je suis très attentif à ce que font les autres rappeurs et je suis toujours attiré par cette volonté de sublimer la musique par une certaine esthétique, surtout si y a des références aux cultures asiatiques. J’ai été bercé par Dragon Ball Z, Akira, Olive et Tom… Quand j’ai fait la pochette avec Koria, on avait la volonté qu’elle fasse ressortir mes influences dont celles du Japon.

Le culte de l’image occupe une place importante pour toi en tant qu’artiste comme on peut le voir sur tes deux derniers clips Same Shit et Arbre de vie.

Pour moi, mettre un morceau en images c’est en faire un tableau. Sur Same Shit par exemple, on a vraiment voulu exprimer l’idée de reproduction infinie d’objets de consommation, de marques, de lieux qui nous entourent et qui sont propres à notre société. Les flouter, c’est mettre ces codes au même niveau de valeur et aussi montrer qu’ils ne nous appartiennent pas vraiment.

Cette sensibilité artistique vient aussi de tes références hors du rap ? Tu évoques souvent tes goûts pour la littérature ou le cinéma.

Ça joue énormément ouais. Ces références participent énormément à l’inspiration. Je me sers de ma sensibilité vis-à-vis des choses extérieures au rap pour me définir en tant qu’artiste. Y a plein de réalisateurs qui me font vibrer à travers leurs projets et je m’en inspire.

Même à travers ta série Unplugged, le concept sort un peu des sentiers battus du rap en France.

En fait Unplugged, c’est un projet qui me tenait à cœur depuis longtemps et la seule chose qui me manquait, c’était d’établir une esthétique qui me plaît pour mettre en avant les morceaux. C’est vrai que c’est un projet qui paraît novateur dans le rap mais je suis simplement mes inspirations. Cette série va durer encore longtemps je pense. En tout cas c’était une vraie volonté d’établir le cadre avant de sortir .

A quoi fait référence le terme « unplugged » ?

C’est un hommage à une émission de MTV dans les années 90 qui mettait en scène des artistes qui réinterprétaient des morceaux dans un cadre acoustique. « Unplugged » ça veut dire débranché, ça sort de la construction uniquement studio et ça revient à une ambiance live que j’affectionne.

Par contre, on retrouve la guitare acoustique seulement en arrière-plan sur ton album, à part sur Bonne étoile. C’était une volonté de ta part de ne pas créer de dissonances entre ton album et ta série Unplugged ?

C’est clairement ça, sur Unplugged j’ai vraiment envie de mettre cet instrument en avant alors que sur , j’ai plutôt voulu composer autour de mes prods. Par contre, à l’avenir je n’exclus pas l’idée de créer des projets hybrides entre guitare et productions électroniques.

On sent vraiment que t’arrives à un moment de ta carrière où t’as vraiment envie de t’affirmer. Comment abordes-tu cette année 2018 ?

Je vis cette année pleinement avec tous les projets en cours et j’ai que les gens qui se rassemblent pour écouter ma musique puissent s’identifier à ce que je dis et vivre des moments d’émotion, c’est le plus important.

C’est notamment ce que signifie le titre de ton album ?

Ça représente ma dynamique. C’est un mot de deux lettres qui veut dire pleins de choses selon les personnes mais pour moi, c’est le droit de m’accorder de me dire « oui » à tout ce que je voulais vraiment faire.

C’est une forme de confirmation ce projet ?

C’est simple, j’ai un rapport à l’auto-détermination qui est très fort. Et j’espère que les gens qui m’écoutent arrivent à s’identifier à cette idée de « crois en ce que tu fais ». C’est le symbole de l’énergie que je mets pour réussir.

C’est une énergie que t’essaies aussi de transmettre sur scène ?

La rencontre avec le public, c’est sans doute une des choses que j’apprécie le plus. On se retrouve sans filtre et ça me permet de créer des vrais souvenirs avec des gens qui se déplacent. Cette tournée en 2018, c’est une manière d’exprimer mes émotions au-delà des médias.

Même sur les réseaux sociaux, tu partages beaucoup avec tes fans.

Y a une espèce d’échange de force réciproque entre le public et moi. Quand je vois l’engouement autour de certains morceaux et même les messages de soutien, ça me donne beaucoup de force et d’envie de continuer à créer.

Par rapport au paysage du rap français actuel, est-ce que tu as envisagé d’autres collaborations que Nepal et Sheldon sur tes futurs projets ?

Bien sûr, je reste ouvert mais j’ai l’habitude de composer avec des gens avec qui j’ai partagé quelque chose. Dans le cas de Nepal et Sheldon, c’est logique qu’ils fassent partie du projet et je ne voulais pas faire plus de deux feats donc c’était réglé !

D’ailleurs, est-ce que tu as des ambitions en dehors de ton travail de rappeur ? 

Il y a beaucoup de choses en dehors du rap qui me tiennent à cœur et si j’ai un jour j’ai la possibilité de m’exprimer à travers d’autres prismes que le rap, je le ferai. Même si aujourd’hui, je suis uniquement concentré sur la sortie de mon album et de mes différents projets.

About Alain Jaber

Alain Jaber
Diplômé du Celsa et fan absolu de rap Français, je reste persuadé que le rap en France est à l’aube d’un renouveau artistique important et qu’il n’a rien à envier à nos amis Outre Atlantique. Originaire du 18ème arrondissement, c’est dans un univers cosmopolite et familier au Hip-Hop que j'ai grandi avant de m’intéresser en profondeur à cet art que nous aimons tous.

Check Also

29186939_1824876570869687_349902292591312896_n

[Interview] Hippocampe Fou : « J’avais un peu peur de me creuser »

En choisissant le nom de Terminus, on pourrait croire que c’est ton dernier album. Est-ce …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.