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[Interview] – Un café avec Fizzi Pizzi

Mardi après-midi, je rejoignais Fizzi Pizzi. C’est dans un bistro, devant un café que nous avons discuté. Il a répondu aux questions posées avec beaucoup de simplicité et de sincérité, à l’image de sa musique. Fizzi Pizzi c’est ce genre de rappeur entier qui rappe avec ses tripes. On est loin du game et ça fait du bien.

Pourquoi ton blase c’est « Fizzi Pizzi » ?
Alors ça c’est les bonbons Frizzi Pazzy je sais pas si ça te parle, c’est les petites graines sucrées. Quand tu les mange ça se transforme en chewing-gum, après ça crépite. Il y avait un épicier en face de chez moi quand j’étais petit qui s’appelait Dédé, j’en parle d’ailleurs dans l’album. Dès que les bonbons étaient périmés, il nous filait les cartons. Nous on jouait au foot, on restait dehors toute la journée et puis je n’arrêtais pas d’en manger en boucle.

Tu mangeais des bonbons périmés ?
Oui et je suis encore en vie (rires). C’est resté parce que j’aimais bien le visuel et l’orthographe du nom. Quand j’ai cherché un nom, je ne me rappelais pas du mot exact donc j’ai écrit Fizzi Pizzi. C’est en hommage à cette époque, j’y fais souvent référence dans mes différents morceaux.

Comment as-tu commencé à rapper ?
Vers 95-96 mon frère a eu du matériel prêté par la mairie et il s’exerçait avec un ou deux potes. C’était les premiers dans la ville avec quelques mecs isolés à faire des sons dans leur coin. À l’époque, il y avait les Soldafada, dont Nakk faisait partie, qui venaient à la maison eux aussi s’exercer sur le matériel et écouter des sons. Moi j’étais dans la chambre d’à côté, j’entendais ce qu’il se passait. Je voyais des DJ passer, des rappeurs, et petit à petit j’ai réussi à m’incruster dans la chambre et à regarder ce qu’il se passait. J’avais pas mal d’écart au niveau de l’âge avec ces mecs là. Au final, j’y ai pris goût. Au moment où mon frangin a commencé à faire des sons, je m’intéressais de plus en plus au rap français et je posais des textes sur ses instrus. Au début, il me disait de me taire et puis après il m’appelait pour me dire « tiens viens poser un couplet que tu connais pour voir si ça sonne bien ». Ça s’est fait comme ça, j’ai gardé cette mécanique de venir le voir et de rapper un peu ce qui me venait par la tête sur ses prods. Après, j’en suis venu à l’écriture.

Tu avais quel âge quand tu as commencé à écrire ?
Mes premiers textes j’avais 13 ans mais ça ne donnait rien, c’était des bouts de textes. Le même texte sur un an, refait et remodelé dans tous les sens, mais qui n’avait jamais abouti. Vers 15 ans, j’ai commencé à avoir des petites histoires à raconter avec les potes du quartier donc c’est là que j’ai commencé à écrire quelque chose qui ressemblait à des textes.

Oui, il faut du vécu pour écrire ?
Tu peux aussi faire de l’égo trip, des morceaux délires, mais moi ce qui me vient le plus naturellement, c’est des morceaux avec des histoires du quotidien. Partir dans l’égo-trip, c’est un peu plus compliqué pour moi.

Tu trouves que c’est moins intéressant ?
Tu peux trouver des phases sympas mais ce ne sont pas les textes dont tu vas être le plus content. Tu vas peut être retenir deux phases intéressantes dedans, tu vas dire « ah tiens, c’est marrant » ou « c’est bien tourné »,  les gens vont peut être accrocher. Mais perso, je trouve que quand tu relis le texte c’est pas ce qui fait le plus plaisir.

Tu n’en as pas fait des morceaux d’égo trip ?
Sur l’album, il n’y en a aucun. Je ne me rappelle pas en avoir déjà fait. Il faudrait que je réécoute vite fait les vieux morceaux aussi mais il ne me semble pas. Je vais peut être me pencher dessus. (rires) Après quand c’est bien fait, je trouve que c’est bien, mais il faut que ce soit vraiment bien amené, que ce soit marrant. Moi ça va me parler si c’est du deuxième degré, quand c’est de l’autodérision. Le mec fait des phases, c’est drôle et tu sais que c’est pas vrai. Quand le mec vit son délire, ça ne me dérange pas trop.

Tu penses à quelqu’un ?
Nakk en a fait quelques uns puisqu’il est voué à un peu tous les registres, et il y a certaines fois où il balance des petits piques où il dit c’est moi le meilleur etc. Mais il ne le dit pas comme ça, c’est toujours super bien tourné. Ça me fait toujours sourire, même si tu sais qu’il ne le pense pas forcément. Comme c’est bien amené ça passe bien. Il y a aussi Perso (Le Turf), un gars de Marseille, il fait pas mal de tournures assimilées égotrip et c’est souvent très bien tourné, ça fait mouche à chaque fois. Ce sont des tournures de textes, il n’y a pas toujours des histoires, du vécu et pourtant ça me parle aussi.
Récemment j’ai bien aimé Luc Bresson de Deen Burbigo, il dit « que mes idoles soient mes rivaux ouais c’est ça ma cible« , il veut être le rival de ceux qu’il admire. Il porte les ambitions assez hautes dans les textes et c’est bien fait.

Quels sont les rappeurs qui t’ont marqué quand tu as commencé à écrire ?
Je reprenais souvent les textes d’NTM, IAM, MC Solaar, un peu plus tard c’était La Cliqua, toute la période Time Bomb, c’est un parcours assez classique en terme de découvertes. Surtout Rocca, je le dis d’ailleurs dans le morceau 16 ans « Je me prends pour Rocca« . Clairement, à 15-16 ans, j’essayais de me caler là dessus. Surtout en terme d’interprétation, comment il amenait les choses ça me parlait à fond. L’album d’Oxmo Puccino, le premier Opéra Puccino,  j’aimais bien aussi. Et puis après j’ai toujours suivi tout ce qui se faisait. Au fil des années, j’ai toujours tendu une oreille sans être un gros fanatique, j’ai toujours aimé. À un moment j’ai un peu décroché pour écouter du rap américain, mais comme je comprends pas tous les textes je reviens souvent sur le rap français. J’aime bien pour l’attitude des mecs, pour le son, pour le flow et leur univers. Même si tu ne comprends pas, tu as l’impression qu’ils s’adressent à toi. Quand j’étais jeune ça me parlait. C’est de la musique donc que ce soit anglais ou dans une autre langue ça te parle. Après, en terme de textes, d’écriture, je dis souvent Jacques Brel et Renaud.

Donc tu écoutes aussi d’autres styles de musique ?
Je suis plus curieux en rap français parce que j’ai un peu le nez dedans et forcément je regarde ce qui se fait à droite à gauche. J’ai pas mal de potes qui font des sons, j’écoute ce qu’ils font aussi. Sinon, j’aime vraiment tous les styles tant que c’est bien fait. Je peux dire qu’un morceau est bien sans pour autant aller l’acheter. Pour moi ce qui prime c’est le texte, c’est pour ça que je te parlais de Renaud. C’est les textes, la façon d’interpréter et l’intention dans le texte qui compte. C’est ce que je mets en avant dans ma façon de faire. Même avant le flow et la prod.

On retrouve le même cynisme dans tes textes que dans ceux de Renaud je trouve.
Oui on me l’a souvent dit. J’ai des potes fans de Renaud, qui n’écoutent pas forcément de Rap, qui me disent qu’ils voient des ressemblances dans les textes. Mais ce n’est pas une volonté.

Tu as créé le label « Du fait maison » ?
Un label c’est un bien grand mot, c’est plus un tampon. Au départ, on voulait monter une société, faire de l’audiovisuel. Comme c’est très compliqué au niveau administratif, on va dire que c’est plus au stade de l’associatif pour l’instant. Actuellement, ça concerne mon frère et moi en priorité. C’est le matériel que l’on a amené l’un et l’autre et les coups de mains que l’on a reçus.

Morne Rouge est ton vrai frère ?
Oui mon vrai frère, on me demande souvent ça !

C’est lui qui produit pratiquement tous tes clips ?
Tous à part le titre Ma déprime, c’est Nordine Oulmi, qui a d’ailleurs aussi largement participé au titre La pièce. Le premier clip que j’ai sorti Plus envie de vivre ensemble a aussi été réalisé par Nordine Oulmi, Neuf Cube et Armand. Il y en a deux aussi que j’ai réalisés moi-même, Daron et un projet en commun avec StradivariusBaril de poudre et Loin d’ici. Dire « réaliser » c’est un bien grand mot. C’était avec l’appareil photo familial pendant les vacances. J’ai pris des images qui collaient au texte, j’ai appris à me servir du logiciel de base. Parfois, il y a des mecs qui doutent, qui démarchent à droite à gauche, ils ont des bons morceaux et ils ne veulent pas les clipper parce qu’ils se disent qu’ils n’ont pas les moyens, mais franchement aujourd’hui ça me choque pas de voir un mec qui n’a pas énormément de moyens, qui sort un clip même filmé à l’Iphone 6. Enfin faut déjà avoir les moyens d’avoir un Iphone 6 (rires).

 

Le clip ça marque beaucoup, c’est très important selon toi ?
Oui c’est sûr. Moi, si je pouvais augmenter la qualité de mes clips, je le ferais. Là, ils sont optimisés, c’est à dire que par rapport au matériel que l’on a, on passe beaucoup de temps à soigner les plans, à décortiquer le montage pour que ce soit vraiment soigné. C’est vrai que si l’on avait un peu plus de matériel, on pourrait aller plus vite sur plein de plans. Mon frère, il aime bien faire les travelling, visuellement ça rend bien, mais techniquement c’est dur à réaliser. Souvent, il faut un rail pour le faire. Nous, on fait fait ça en bagnole à titre d’exemple, c’est vraiment de la bidouille.

C’est vraiment du fait maison !
Oui, on optimise le matériel que l’on a. D’ici deux ans on va essayer d’améliorer la qualité des clips et de faire en sorte que « Du fait maison » soit plus qu’une association. L’objectif c’est de faire en sorte que ce soit une société de visuels et de production musicale. Par rapport à ce que l’on gagne actuellement, on a pesé le pour et le contre et on va attendre encore un peu, on va sortir encore un album avant de se lancer dans la société avec les bons statuts.

Tu vis de ton rap actuellement ?
Non, pour l’instant c’est pas possible, ou alors je ne mangerais vraiment pas beaucoup (rires).

C’est un loisir ?
Oui, une passion qui ne m’a pas quitté. Je me dis qu’actuellement j’ai toutes les billes pour pouvoir sortir mes albums donc pourquoi ne pas le faire ? Je me rends compte que les gens kiffent, soutiennent, font la démarche d’acheter le CD alors que c’est pas évident. Je ne suis pas à la Fnac ou chez Carrefour. Je suis à la boutique de la Scred et sur http://www.shoptonhiphop.fr/. Sinon, c’est sur mon Bandcamp. C’est un lien avec les morceaux en écoute. Tu peux acheter en physique ou en digital et c’est un peu la galère. Les gens n’hésitent pas à me capter sur Facebook pour que je les aide. Je les guide. C’est vraiment des gens motivés.

Je pense que pour aimer ce que tu fais, il faut vraiment être passionné de toute façon. Il faut aller chercher tes sons parce que tu ne fais pas grand chose pour te faire connaître, tu as une certaine distance par rapport à tout ça. Tu ne rentres pas du tout dans le rap game.
Ça me fait rire, on en parlait justement avec mon frère et il me disait « tu ne te montres pas, tu ne vas pas dans les endroits fréquentés ». Moi, je reste dans mon coin, je fais de la musique avec mon frère et on la partage. Le seul truc que je mets un peu en avant, c’est les clips et c’est vrai que même là je mets d’autres personnes en avant : un scénariste, des acteurs etc… C’est comme ça que je vis bien la chose. Du coup les gens qui m’écoutent décortiquent vraiment. Parfois j’ai des retours sur des morceaux qui datent d’il y a un an ou deux ans ! Même des morceaux que j’ai presque oubliés ! C’est super motivant pour continuer à sortir d’autres morceaux. La musique c’est fait pour être partagé. Quand j’ai commencé je me disais je m’en fous, je fais ma musique c’est tout, mais depuis 2-3 ans j’ai des retours sur ce que je fais et c’est super agréable de voir qu’il y a des gens qui adhèrent et qui comprennent où tu veux en venir. Même quand tu fais des phases parfois pas évidentes les mecs arrivent quand même à comprendre. Donc je me dis que c’est vraiment écouté.

« C’est 100 % vrai, tu l’ressens dans mes couplets » tu joues vraiment la carte de la sincérité et de la transparence avec ton public.
Oui, cette phase est dans mon dernier morceau. Je ne sais pas faire autrement, je ne sais pas tricher. Même enrober un peu le truc, je ne sais pas faire. On avait prévu la sortie de certains clips avec la banderole, la communication par derrière et éventuellement le site qui pouvait relayer si on attendait encore deux semaines. Et puis je me suis levé un beau matin à 10 h et j’ai décidé de partager le clip en public et de lui laisser faire sa vie. Je balance vraiment la musique quand j’ai envie de la balancer. Les seuls efforts que je pourrais faire c’est vis à vis de mon frère. Il a la partie pas très agréable : enregistrer les morceaux, les mixer, les arranger, faire les clips, le montage. Il passe beaucoup de temps devant l’ordinateur. Moi j’écris, j’enregistre, ça va vite. En tout cas pour moi. Lui, il a beaucoup de travail derrière. Je pense que sur le prochain projet, ou peut être celui d’après, j’écouterai un peu plus ses conseils en terme de communication, j’essaierai de rentrer un peu plus dans un cadre. Il a l’impression qu’il y a certains morceaux qui ont été un peu gâchés. Il trouvait que la sortie n’était pas judicieuse. Ce sont des choses auxquelles je ne prête pas forcément attention. Ça, c’est le point commun de tous les artistes en général. Quand tu es artiste, tu as envie de partager ce que tu fais. Tu ne calcules pas trop le reste, tu produis, tu balances et basta. Parfois, tu vois des artistes qui fonctionnent un peu plus, ils sont encadrés, il y a une petite équipe. Chacun a son rôle et quelque part ça aide l’artiste à se faire connaitre un peu plus.

C’est ta force et ta faiblesse.
Oui tout à fait, et puis j’ai discuté avec des personnes qui ont produit des artistes de hauts niveaux et ils me disent de ne rien changer. Il me disent que je ne sais pas faire autrement, qu’ils ne vont pas me donner des billes pour changer ça. Ça me conforte dans ma façon de faire.

PNL, t’en penses quoi ?
La première fois que j’ai vu, j’ai été un peu surpris, c’était Je vis, je visser. Les premiers clips, on ne voyait pas les mecs, ils décrivaient une réalité assez brute des quartiers que je connais et que j’ai bien retrouvé dans leurs clips. Je me suis dit tiens ça ressemble au game et c’est fait comme des mecs de quartier, du terre à terre ou basique.

Finalement, tu trouves que c’est assez nouveau ?
Totalement, après il y des styles comme ça aux États-Unis mais là-bas tous les styles existent un peu. En France, j’avais jamais entendu un truc comme ça, ça ne m’étonne pas que ça fonctionne. Il y a des mecs qui vont kiffer, pouvoir s’identifier, moi c’est pas mon délire.

Il n’y a pas tellement de sensibilité.
Il n’y a pas que des gens qui décortiquent, il y a un public de consommateurs. Par exemple, mon meilleur pote, la sensibilité ça ne lui parle pas des masses, à part quand je balance un ou deux morceaux où il est concerné parce qu’il a vécu le truc. Là, il m’envoie un texto de 15 lignes. Sinon, c’est le trip de consommation, il vont écouter l’album de Kaaris, de Booba… Ils vont l’écouter une fois ou deux en salle de sport, quand ils font un footing ou quand ils partent en vacances l’été et puis voilà le machin reste dans la boite à gants. Ils consomment vite fait bien fait, ils sont dans une ambiance sur le moment puis ils passent à autre chose. Ils consomment de l’ambiance. Sans dénigrer ce que les mecs font, c’est presque du pré-mâché que les gens se prennent en pleine face, ça leur va. C’est comme avec le cinéma, tu peux regarder un film où tu as envie de chialer à la fin, tu peux regarder un vieux Jason Statham qui tabasse tout le monde. Je vais le consommer différemment mais je vais quand même le consommer. Concernant PNL, je pense que pas mal de gens peuvent se retrouver dans leur univers, dans leur discours, dans la dégaine des mecs aussi. Moi, je ne peux pas, je n’ai pas de cheveux (rires). Je n’ai pas acheté l’album mais je ne vais pas cracher dessus et c’est bien que des mecs indépendants puissent arriver à vendre pas mal de disques puisque ça reste, entre guillemet, dans la case rap. Ça permet de continuer à faire vivre des gens qui travaillent derrière. C’est la micro entreprise rap français.

Pourquoi tu ne montres jamais tes yeux ? Les yeux, c’est quand même le reflet d’une identité.
Au départ, c’était par rapport à ma vie privée. Je ne voulais pas me montrer du tout pour séparer vie perso et musique. Petit à petit ça devenait compliqué pour les clips donc, à la demande de mon frère, j’ai fait l’effort de me montrer de plus en plus on va dire. Mais je lui ai dit que je gardais le côté discrétion. Il y a aussi un moment où je voulais mettre un peu plus en avant la réalisation des textes. Tu prends par exemple le morceau La pièce, je ne me voyais pas me mettre en avant sur un morceau qui raconte la vie d’un SDF.

Surtout que dans ce morceau tu parles à la première personne…
Oui, donc si en plus je peux me mettre à la place des personnages c’est bien, c’est un peu la démarche. Qui sait, peut être que dans quelques années je les montrerai, je ne suis pas fermé là dessus et j’ai encore plein de morceaux sous le coude.

Mais tu gardes des lunettes également quand tu es sur scène ?
Oui, en plus c’est pratique ça évite d’être ébloui par la lumière des projecteurs. C’est le côté pratique.

Ton inspiration ?
Ce que je vis, ce que je vois. En général, ce qui me touche de près. C’est rare que je m’attaque à un sujet que je ne connais pas…

Ton titre Au bord des larmes est très perso.
En effet. Il est sorti en 2012. Si je ne dis pas de bêtises, c’est le premier morceau que j’ai fait en collaboration avec Twister qui a pas mal travaillé avec Nakk également. On s’était connectés, lui il m’avait envoyé beaucoup d’instrus. Ça tombait bien, c’était une période où mon frère n’en faisait pas beaucoup et on avait le matériel pour tourner. Du coup, il est tombé pile-poil à cette période où en plus moi j’avais besoin décrire. Je lui avais envoyé la démo et il m’avait dit « c’est bon faut qu’on fasse un album ! ». C’est un des titres que j’aime beaucoup.

Le tee-shirt que tu portes souvent « 93 terre de légendes », tu le portes comme une revendication, une fierté ?
Le 93 j’y suis attaché même si je n’y vis plus, j’y ai vécu quand même 30 ans et j’y retourne tout le temps. J’ai ma famille là-bas, mes potes, tout le monde. Dès que je peux y aller, j’y vais. Deux, trois fois par semaine. J’y suis attaché pour tout ce que j’y ai vécu. « 93 terre de légende » c’est à l’initiative d’un pote Shmeul qui s’appelle Melka. Il a récemment sorti un morceau sur l’étiquette « Du fait Maison ». Il a commencé à réaliser un documentaire avec d’autres gars de Bobigny où il parle vraiment des origines du 93. Il démarre avec son père qui était un des premiers habitants des cités dans les années 60. Il a vraiment connu toutes les périodes. On entend tout le temps à la télé les cités ceci les cités cela sans chercher à comprendre, à savoir ce qu’il s’est passé, sans connaitre l’évolution de la chose. C’est un peu chiant à force. Surtout que dans la musique, notamment dans le rap, tu as des mecs qui récupèrent cette étiquette pour enfoncer le clou, pour dire qu’effectivement c’est comme ça et qu’il ne faut pas y mettre les pieds alors que c’est faux. Il y a des talents dans tous les domaines et pas que dans le foot. C’est ce que je dis dans l’un de mes morceaux. T’as des mecs qui sont médecins, avocats, il y en a qui sont responsables d’associations, qui aident les petits par le biais du sport, qui leur donnent une possibilité d’avenir. Ils sont sur le terrain au quotidien et on n’en parle jamais. Le projet de 93 terre de légendes c’est de remettre les choses un petit peu au clair. Le reportage a été commencé. Il va y avoir des intervenants qui connaissent vraiment bien le sujet. Parfois, il y a des anonymes, parfois des gens connus. C’est intéressant de voir les différents aspects du 93.

Il y a Kery James qui a créé l’association « ACE »  aussi pour aider les jeunes.
Oui, c’est bien ce genre d’initiative. Et on n’en parle pas assez. Je voudrais que de temps en temps, quand on allume BFM, on tombe là-dessus. On parle pour dire que celui qui a foutu le bordel vient de cité mais par contre, le mec qui fait de belles choses, on n’en parle pas du tout. Dans le reportage, il y a un jeune de Bobigny qui fait polytechnique et qui est champion de boxe française ! Il est d’une cité. Dans la tête de plein de gens, quand tu dis 93, c’est devenu négatif. Tu vois, par exemple moi, si je me pointe en vacances sur la plage avec mon tee-shirt 93, dans la tête des gens, je suis là pour foutre le bordel alors que c’est tout l’inverse. C’est devenu une marque négative ! Alors effectivement, il se passe des choses dans le 93, mais comme un peu partout maintenant en France.

Quel est le featuring qui te ferait rêver ?
Method Man c’est pas mal. En Américains, quand j’étais jeune, c’est celui qui me faisait bien kiffer. Je sais pas quel âge il a, mais même après toutes ces années, quand tu l’entends sur un morceau, il est encore trop fort.

Tu parles pas mal de ta paternité dans tes sons. Tu fais écouter du rap à tes enfants ?
Avec le temps, ils réclament mes morceaux, pas tous mais certains. Par contre, je zappe tous les gros mots. Dès que j’en entends un dans la voiture, je dis « atchoum » pour qu’ils n’entendent pas. Et puis le plus grand, qui a 7 ans, a commencé à essayer de décortiquer les textes, à essayer de comprendre. Parfois, ça donne lieu à des explications de textes avec lui et c’est marrant d’avoir son ressenti, son analyse. Lui, pour le coup, est totalement neutre par exemple, quand je lui parle d’un morceau Mes origines ou Tous pareils qui a été fait clairement pour les enfants. Souvent ce n’est pas le morceau préféré des gens parce qu’il est très acoustique, très festif et on n’a pas l’habitude de m’entendre sur ce genre de morceaux. Mais ça, c’est vraiment le morceau que j’écoute dans la voiture avec mes enfants et ils chantent le refrain. Les enfants de mes potes c’est pareil, ils me disent chante nous Tous pareil ! C’est vrai que si tu sors le texte de l’enrobage acoustique festif joyeux, et que tu le places sur un son un peu plus sombre, le texte prend une autre intention. Et puis, pour revenir à mes enfants, je leur fais écouter un peu de tout. Ils sont en âge de réclamer aussi, à l’école, au centre de loisirs, ils font souvent des spectacles dansants donc ils réclament. Ça ne me dérange pas qu’ils écoutent du Maître Gims ou du Black M. Je ne fais pas de censure là dessus. Quand ma fille elle me réclame du Black M, je serre les dents et je lui mets (rires). Non mais c’est bien que ça existe, c’est de son âge. Je préfère qu’elle écoute ça qu’un son violent avec des propos limite malsains et qu’elle me dise que c’est génial. Si elle chante ça en rentrant de l’école je ne vais pas m’offusquer en disant non ça ce n’est pas du vrai rap, je n’en suis pas là.

Ton dernier titre Sans les maux, c’est le premier d’une dizaine ?
C’est le premier du prochain album. L’album est prêt depuis le mois de juillet, je l’écoute régulièrement. C’est assez proche de 1947 avec un peu moins de thèmes très perso. 1947 c’était un album dédié à mon père, donc forcément c’était très perso. Sinon, il y aura quelques sonorités un peu plus modernes parce que mon frangin s’est offert une nouvelle machine, du coup, il est comme un fou avec ! Il expérimente de nouvelles sonorités qui me parlent aussi. Pour les beatmakers, on retrouve quasiment les mêmes que sur le premier album.

Ça va sortir quand ?
J’espère en mars. Il est en train d’être clippé depuis fin décembre. Mon frère est dessus quasiment tous les jours, à mixer. Parfois, j’enregistre sur une instru et il est capable de me proposer trois versions différentes pour un morceau. Il a de nouvelles idées mais à un moment donné il faudra trancher et dire c’est bon, on en reste là. La partie mix et arrangements, vu qu’il fait ça tout seul dans son coin, c’est long. Donc idéalement, j’aimerais bien fin mars même s’il n’y a pas d’attente. J’ai pas de pression. L’année dernière, au moment où je devais sortir mon premier album, ma machine à laver est tombée en panne donc je l’ai remplacée avant. Pour le deuxième album, je m’étais dit octobre si possible, mais tout le matériel est tombé en panne d’un coup ! Il a fallu qu’on répare tout le matos, donc je touche du bois mais bon, on verra pour mars.

Tu as prévu une date de concert pour la promo de ton album ?
Pareil, j’ai un projet, c’est un truc perso. J’ai une cave que mon père avait dédiée à la musique et c’est vraiment aménagé comme une salle de concert que tu peux retrouver dans les bars parisiens. Une petite cave avec des grosses enceintes, des gros amplis. J’avais comme projet de faire un concert sur invitation où je présenterais le prochain projet. Vraiment petit comité, 40-50 personnes, je ramène du jus, une tarte et puis on fait un concert. Plutôt que d’avoir 15-20 minutes dans un concert autant organiser une soirée « privée » même  si je ne suis pas VIP mais en tous cas avec les gens que je connais.

 


Le mot de la fin ?
Le deuxième album se prépare, il va s’appeler C1C2T ça veut dire « Comme un chauffeur de taxi », c’est une abréviation pour faire moderne (rires). On espère le sortir bientôt, Morne Rouge bosse dessus tous les jours pour que ce soit bien et que ça sorte. Et certainement le prochain clip fin janvier aussi, aux alentours du 30.

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Eleonore Santoro
"Si vous ne vous levez pas pour quelque chose, vous tomberez pour n'importe quoi." Malcom X

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