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[Interview] Youri : « Watchmen, c’est mon film ultime »

A tout juste 23 ans, Youri sort son cinquième projet, et toujours pas d’album. Tsar Trap Vol. 3 vient clôturer une série de trois mixtapes entamée en 2017. Entre temps, le rappeur parisien a eu le temps de faire une tape en commun avec DJ Weedim et une autre, en solo, nommée Free Tsar. Dans Tsar Trap Vol.3, on retrouve un Youri qui se dévoile bien plus qu’avant, fait part de ses doutes, de ses peurs, de ses ambitions et son second degré toujours omniprésent. L’occasion pour nous de le rencontrer pour parler de films, de manifs, de la Grèce. Et de son album aussi.

Salut Youri, merci de nous accorder cette interview.

Merci à toi gros, ça fait plaisir.

Ca fait longtemps que je te cours derrière en plus, déjà sur Tsar Trap Vol.2 je voulais qu’on se rencontre !

Ah ouais ? Bon, maintenant c’est chose faite (rires).

On se rencontre à l’occasion de la sortie de Tsar Trap Vol.3, qui vient clôturer un triptyque entamé il y a maintenant deux ans. Pourquoi avoir choisi ce format de mixtapes avant d’envoyer le premier vrai album ? Ça fait très old school comme façon de procéder… Pour un jeune c’est de plus en plus rare.

Ouais… J’avais même pas vu les choses comme ça moi. Je voulais sortir des projets moi, et on a utilisé ce terme mais on aurait pu appeler ça différemment. Mais j’attends vraiment d’avoir la maturité nécessaire et un projet très bien défini pour balancer le premier album. Je considère n’avoir pas encore crée ni conçu exactement ce vers quoi je voulais tendre à terme. Il me reste encore un peu de chemin à parcourir : peut-être encore une mixtape et on sera bon pour la suite (rire).

Quelle suite alors ? 

Là je vais faire une petite pause dans ma carrière, mais pas dans la musique. Je vais continuer à écrire, à écouter des prods, à en demander. Mais là j’ai besoin de réfléchir un peu sur ce qu’il s’est passé, et sur comment appréhender la suite.

Tu as l’impression que tu as une vision plus globale sur la gestion de carrière d’un artiste aussi par rapport à tes débuts ?

Ouais, là sur les deux ans, on a parcouru beaucoup de chemin avec mon équipe, je sais mieux où me situer et comment fonctionne le business. Donc je veux réfléchir, et bien me préparer pour attaquer la suite quoi.

Je voulais te parler de la Grèce un peu. Tu es originaire de là-bas. Tu viens d’où ? 

En fait je n’ai jamais vécu là-bas, mais j’ai un attachement fort à ce pays car ma famille y vit, j’y vais tous les ans. Mes grand-parents viennent de là-bas, ma mère aussi, elle est arrivée en France sans papiers, elle a fui la dictature en Grèce. En fait mon grand-père était journaliste et avait craché sur le dictateur en place donc ils ont été forcés à l’exile. La culture grecque a donc été très présente dans mon éducation. J’ai une vraie attache à ce pays, plus qu’à la Russie que je ne connais pas encore.

Alors ton gyros, plutôt au porc ou au poulet ?

Au porc ! (rires)

Ouzo ou raki ? 

Ouzo direct. Plus que le Ricard. Enfin je bois du Ricard en France mais jamais j’en boirai là-bas. C’est impossible.

Tu vas où quand tu vas en Grèce ? 

Plutôt dans les Cyclades, vers la capitale de l’archipel qui s’appelle Siros. Mes grand-parents y habitent.

 

D’ailleurs dans plein de morceaux sur Tsar Trap Vol.3, tu répètes souvent cette phrase « russe comme Poutine, grec comme Léonidas ». Est-ce que c’est une revendication particulière par rapport à Léonidas où c’est simplement un name dropping comme ça ? 

C’est juste par rapport au film 300 de Zach Snyder (rires). Je suis super cinéphile en fait. Des fois je sors pas, je passe ma journée chez moi à mater des films et des séries, j’adore ça.

C’est quoi tes références ultimes ? 

Tarantino, Rodriguez, Nolan… Mais je name drop comme ça, au hasard. En vrai y’en a trop, comme dans le rap, impossible d’en citer juste quelques unes.

T’as vu le film Une nuit en enfer de Rodriguez avec Tarantino et Clooney ? 

Ouais ! Il est trop lourd ce film. J’en parlais hier encore parce que je regardais le dernier film de Rodriguez, Alita. D’ailleurs j’étais un peu déçu, il est pas fou.

Et ton film ultime alors ? 

Impossible, j’en ai trop. Si je devais t’en citer un là comme ça, j’adore Watchmen.

Ah tu régales. J’ai l’atome d’hydrogène de Dr. Manhattan tatoué sur le mollet (rires).

Énorme ! Ce film c’est vraiment une belle pièce. J’ai lu la BD après également, qui est tout aussi magnifique. Trop sous-côté ce film… Même la version longue avec l’histoire du naufragé c’est une frappe. C’est vraiment une oeuvre complète, chaque personnage qui incarne une caractéristique de l’humanité, il n’y a pas vraiment de bien ni de mal. Nan, c’est trop ce film (rires).
Mais ça, je le montre à mes darons, ils rigolent tu vois. Ils prendraient pas ça au sérieux. C’est ça le problème. Il est pris comme un vulgaire film de super-héros alors que c’est tout sauf ça. Faut qu’on arrête d’en parler ça me donne trop envie de le revoir (rires).

Dans ton Curriculum Vite Fait, l’interview que tu as faite chez OKLM, tu dis que t’écoutais beaucoup Diam’s et que tu l’assumais pas trop. Mais gros Diam’s c’est une tueuse !

Elle bouffe des rappeurs sans problème évidemment. Après aujourd’hui elle n’est plus présente, mais en vrai c’est elle qui ouvre le rap et le démocratise un peu à cette époque. Tu sais qu’elle est grecque en plus ?

Chypriote !

Ah t’en sais plus que moi (rires). C’est un des premiers projets que j’ai découverts en rap français. Avec Eminem, Booba…

Sexion d’Assaut aussi j’imagine à un moment non ?

Non, Sexion ça vient plus dans l’adolescence, un peu plus tard. Là c’était vraiment collège. Parce que jusqu’à un certain moment où je n’ai plus écouté que du rap, j’écoutais beaucoup d’autres choses différentes. Du rock, de la techno… Le rap c’est venu plus tard.

D’ailleurs t’as un côté très punk dans ta musique.

Ouais, j’aime bien cette image. L’image du rockeur destroy. Même dans mon état d’esprit, je me sens marginal. Enfin, plus que dans le système en tout cas.

Je voulais te parler de ton son Jour de Manif, sur Tsar Trap Vol. 1. Une sorte de riot anthem un peu. 

Ouais, carrément. Pendant la période de protestation contre la loi travail, avec mes potes on commençait à aller beaucoup en manifs et à se prendre au jeu. Jusqu’à ce que ça nous crée des embrouilles au point qu’on n’arrête d’y aller. C’est un milieu qu’on a beaucoup fréquenté, c’était une belle époque. Aujourd’hui on y met plus les pieds mais c’est quelque chose qui nous a marqué.

T’as beaucoup côtoyé le milieu antifa aussi ? 

Ouais, sans forcément prendre part à leurs convictions en entier. J’ai jamais été dans un groupe, jamais été militant, ni de partis, on était complètement autonomes. Mais on avait des potos dans ces groupes oui.

Qu’est ce que tu cherchais en y allant toi ?

Au départ j’y allais pour suivre mes potes, parce que c’était sympa. Et petit à petit j’y ai découvert, à côté des manifestations, un bon éveil politique. J’ai compris pourquoi et contre qui j’étais en colère, ça m’a permis de comprendre beaucoup de choses. En plus de l’excitation de la manif. C’est un ensemble. J’ai arrêté d’y aller parce que je me suis fait arrêter et que j’ai failli aller en prison, mais ça aussi ça m’a fait grandir.

Ca m’étonne pas quand tu me dis qu’aujourd’hui tu as arrêté d’y aller car on retrouve beaucoup moins cet état d’esprit dans ta musique sur Tsar Trap 3. Bien que tu gardes cet esprit punk et vindicatif. 

Bien sûr, ce n’est pas parce qu’on a arrêté d’aller en manifs qu’on est en accord avec le système. J’en parle juste moins parce que je côtoie plus ce milieu et je ne veux pas parler de quelque chose dont je ne suis plus proche.

 

Tu parles beaucoup de cul. Mais quand on lit un peu entre les lignes, on a surtout l’impression d’écouter un grand déçu émotionnel. Qui se protège en parlant de cul, parce que c’est plus simple de réagir comme ça.

Je vois ce que tu veux dire. Des fois quand je fais des phrases un peu violentes c’est aussi parfois une façon de me venger de certaines blessures. De temps en temps c’est aussi juste pour faire le gamin (rires). Mais je suis d’accord y’a une part de moi qui est revancharde, et ça me fait du bien. C’est une façon de me venger mais de manière saine : je blesse personne, je fais pas de mal. Je rappe, tout simplement.

Du coup la musique a été, et est toujours, une forme d’exutoire.

Ouais, mais j’aimerai que par la suite ce ne soit plus que ça. Que je puisse développer ma musique de sorte à ce que ça dépasse ça. Parce que c’est sympa mais j’aimerai arriver à sortir de ce côté égocentré et trop personnel. Aborder d’autres thèmes, d’autres horizons artistiques, développer d’autres sujets. Je ne veux pas rester cantonné à ça. Des fois je m’amuse et je fais des blagues juste pour déconner, mais j’aimerai aussi réussir à écrire, me poser sur une prod et m’atteler à un sujet en particulier.

Je trouve aussi que tu es un artiste très générationnel. Quand j’écoute ta musique, je ressens le malaise d’une époque un peu. Le rejet d’un système de valeurs dans lequel tu ne te reconnais pas, d’une façon de penser.

Ouais. Après, c’est pas une volonté, c’est juste ma façon de vivre et ce que je traverse tous les jours. Et c’est quelque chose que je ressens et que je vois dans les messages des jeunes que je reçois. C’est rien de calculé, et je ne m’attendais pas à ce qu’on me dise ça. Sur le dernier projet, j’ai reçu de nombreux messages de gens qui me disent qu’ils se reconnaissent dans ce que je fais, et ça me fait trop plaisir. Ca me donne l’impression de ne pas dire que des conneries.

Dans Tsar Trap Vol.3, tu parles beaucoup de toi, mais aussi et surtout des autres. Tu parles de ton entourage, de Jimmy, de Camille, de ton chat, de tes parents, de tes proches… C’est quoi le rapport que tu entretiens avec ton entourage ? 

C’est un socle, c’est ce qui m’inspire, me permet de construire, de faire de la musique et d’avancer. Sans eux je n’aurai pas la force de faire ce que je fais aujourd’hui. C’est mes potes qui me produisent depuis le début, qui ont investi des sous sur le projet, pour le studio. Mon entourage est primordial pour moi sur plein de plans différents. Même si j’ai une nature très solitaire je ne peux pas me passer de mon entourage… check le paradoxe.

Tu parles du fait que tes producteurs sont aussi des proches. Comment est-ce que vous bossez ensemble, y’a une logique de travail ? 

De plus en plus oui, car le projet prend de l’ampleur et on arrive à un point où il faut que l’on s’organise de mieux en mieux. Au début c’était un peu à l’arrache, tout le monde avait plusieurs casquettes et avançait un peu à tâtons en apprenant le métier quoi. On se marchait un peu sur les pieds pour s’entendre sur des questions de direction artistique. Maintenant chacun a compris quel était son rôle et ce qu’il devait faire pour s’inscrire dans le projet global. C’était aussi le temps qu’on comprenne comment faire car on est tous autodidactes.

Qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?

(il réfléchit) Beaucoup de bonheur, c’est ce dont j’ai besoin en ce moment. Et la santé, c’est important. En tout cas c’est ce que je vous souhaite. Merci beaucoup.

About Leo Chaix

Grand brun ténébreux et musclé fan de Monkey D. Luffy, Kenneth Graham et Lana Del Rey, je laisse errer mon âme esseulée entre les flammes du Mordor et les tavernes de Folegandros. J'aurai voulu avoir une petite soeur, aimer le parmesan, et écrire le couplet de Flynt dans "Vieux avant l'âge". Au lieu de ça, je rédige des conneries pour un site de rap. Monde de merde.

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