[Chronique] Isha-FAITES PAS CHIER J’PREPARE UN ALBUM

Sans se prendre la tête le rappeur belge ISHA a sorti un EP surprise pour annoncer qu’il prépare un album. Plus qu’une simple douceur pour ses auditeurs, ISHA montre qu’il travaille sur de nouvelles choses…


Après avoir conclu sa trilogie LA VIE AUGMENTE de la plus belle des manières en janvier 2020, ISHA s’est effacé du devant de la scène pour prendre du recul sur son œuvre et préparer la suite. En apparaissant sur quelques collaborations, ISHA a donné quelques couplets à ses auditeurs. L’attente étant de plus en plus longue, ISHA annonce un EP surprise de huit titres avec pour titre FAITES PAS CHIER J’PREPARE UN ALBUM. L’artiste propose un projet où il étale ses forces pour lesquelles il est si singulier, et apparait en recherche artistique pour le futur. Il semble être sorti de la salle du temps pour montrer ses avancées puis repart s’enfermer pour peaufiner son prochain album.


Magnifier son art à tout prix


ISHA est un naturaliste, à travers sa musique, l’auditeur découvre une peinture du monde qui l’entoure. Le rappeur belge n’essaye pas de rendre la rue plus belle qu’elle n’est, mais plutôt de la décrire telle qu’elle est. Il parle de la rue comme « celle qui sacrifie nos potes » et dont il n’est « pas évident d’en parler gaiement ». Ce regard brut sur la rue est singulier. Il décrit la rue avec sa plume qui la rendu si iconique. Il possède sans doute une des plumes les plus originales et précises du rap francophone. Ses punchlines très imagées ne suivent pas les schémas habituels, comme sur l’intro RECHARGER « J’achète un calibre
aussi grand que ma bouteille d’eau pétillante »
. De même ses références ne sont habituelles, il cite KENZY du secteur A ou DRY de la Mafia K’1 Fry, cela traduit son amour du rap et sa singularité.
Par ailleurs, l’artiste sait que cette singularité peut le mettre en défaut par rapport aux autres rappeurs :

« Mouton noir, j’peux jamais suivre un troupeau, je sais qu’mon rap n’est pas accessible à tout l’monde »

A l’instar d’un Alpha Wann ou d’un Freeze Corleone, ISHA ne fait aucune concession dans son art, il reste un kickeur qui peut parler de sujets sensibles sans artifices. Dans cet EP, Il aborde la dépression et ses démons. Peut-être que son rap n’est pas accessible, tant son phrasé et son univers est sombre mais les notions qu’il décrit touchent tout le monde, n’importe qui peut se retrouver dans ses paroles. Sur le morceau, T’ES PAS LE SEUL, il parle de son mal-être avec clarté :

« J’sais pas pourquoi j’crie, j’sais pas pourquoi j’pleure
J’sais pas pourquoi j’rie, après, j’ai le blues
Qui m’ensorcelle, j’dois m’asseoir seul
J’étais bien hier mais j’suis mal soir-ce
Émotif comme un chanteur »

Certes, ISHA ne respecte pas tous les codes actuels du rap. Pourtant, tout amateur de rap peut se retrouver dans sa musique. Tel un sociologue plongé au fond de la rue, il décrit sa nature et celles des autres sans artifices, il conclut son projet avec la phase glaçante sur
l’OUTRO :

« J’adresse un courrier à ma rue
Ceux qui vont mourir te saluent »

Essayer des nouvelles harmonies


Cet EP possède huit morceaux, ils sont produits par huit beatmakers différents tels que Kezah, ou Hawkfell. ISHA semble en face test, il multiplie les ambiances tout au long du projet. Des ambiances plus claires avec UN ENTERREMNT D’UN VOYOU, ou bien les
notes Drill du morceau ENCORE ET TOUJOURS. ISHA est à l’aise sur n’importe quelle ambiance, il essaye de nombreux flows comme sur MAUDIT. Véritable réussite de l’EP, l’artiste se laisse aller sur l’entièreté de l’instru’, en délivrant punchlines sur punchlines:

« Ton sabre laser est bleu, mon sabre laser est rouge
Il m’a fait perdre du temps, il m’a fait rater des sous
Mon sabre laser est fou »

Il a laissé l’arrangement du projet entier au producteur Sam Tiba qui était déjà apparu sur LVA 3. Leur collaboration est une vraie réussite, ils ont su capitaliser sur leur première expérience pour continuer à travailler ensemble. Malgré la pluralité des productions, laissé
l’arrangement à un producteur permet d’avoir un ensemble cohérent. Ainsi, ISHA test encore de nouvelles choses, et laisse présager un futur album construit et bien ficelé.


ISHA en fédérateur

Depuis LVA 3, Le rappeur bruxellois est apparu aux côtés d’autres artistes. Il semble vouloir faire profiter de sa notoriété aux autres. Il est apparu aux côtés de Coelho, ou GOLGOTH, deux rappeurs en expansion. ISHA prend conscience de son influence « Un
petit qui reprend mon flow, quelques gimmicks qu’il copie »
. Il essaye de faire de sa réussite un tremplin pour les autres. Plus qu’en featuring, il apparait aussi en soutien de certains jeunes artistes comme avec Green Montana ou bien GUTTI. Comme il dit, il veut « rendre fier mon posse » (posse, terme américain qui signifie équipe) et faire profiter de son expérience aux jeunes artistes talentueux.
Par ailleurs, il partage l’affiche avec Hatik sur le morceau J’DORS BIEN, un morceau de pure kickage où les deux rappeurs se rendent la pareille sur des couplets très puissants.

Ainsi, ISHA a délivré ce qui ressemble à une ébauche d’album. Il doit observer ses réussites et ses échecs et peaufiner le futur projet. Comme il le disait à la sortie de L’EP :


« La vérité sur ce projet, c’est que j’étais sur la fin de l’album, j’me suis réveillé un matin, j’ai voulu tout jeter et recommencer à zéro. Finalement, j’ai gardé le meilleur et j’vous offre cet EP. Je retourne en cabine »

Amis auditeurs du rap, soyez patients ISHA reviendra encore plus fort et plus pertinent…

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