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[Interview] Kamelanc’ : « J’arrive avec des couplets qui parlent de choses vraies »

C’est pour la sortie de son nouvel album « Le cœur ne ment pas » que nous avons rencontré Kamelancien. L’occasion de revenir avec lui sur son travail, son actualité, les sujets qui lui tiennent à cœur ou encore les polémiques dont il a fait l’objet l’année dernière.

Ton album « Le cœur ne ment pas » est sorti le 25 Septembre, et tu es déjà en train d’en préparer un autre. Combien de temps as-tu passé à l’élaboration de cet album ?
C’est exactement ça. J’ai mis 5 mois à l’écrire, et seulement 2 mois à l’enregistrer. Au total il m’a pris environ 8 mois à faire.

Tu as déjà sorti le clip du son Précieux  ?
Oui, il est extrait de « Le Cœur Ne Ment Pas ». En fait, j’ai prévu de clipper tous mes titres, j’ai trouvé un arrangement avec un gars. En fait, on est en France et pas aux States. Aux States ils ont des budgets de malade, ils peuvent donc se permettre de claquer à fond dans des clips qui sont nuls ou qui sont des échecs. En France, même si t’as un budget de malade, ça ne veut pas dire que ton clip va marcher. Il y a des mecs comme Soprano qui ont fait des clips avec un téléphone, qui étaient magnifiques et qui ont cartonné. On est en France, il faut rester français. Le cinéma français reste français.

Que veux-tu dire par là, qu’il faut rester français ?
Ça ne sert à rien que je trouve un mec qui me fasse des clips à 20 000€, avec une image cainri qui ne me correspond absolument pas, alors que je peux travailler avec un mec d’ici qui va me pondre un clip à 1000 balles, qui va être super beau et rendre tout le monde content.

Je reviens au clip de Précieux, il te représente totalement : il y a ta ville, ton quartier et ses petits.
C’est exactement ça ! Dans tous les clips que je vais faire, je vais beaucoup mettre en avant les enfants de ma ville, parce que sont les enfants qui écoutent le rap maintenant, les petits, les gamins. Avant les parents refusaient d’acheter du rap, maintenant ce sont eux qui en achètent pour leurs enfants, et ils sont étonnés que leurs enfants aient une façon particulière de se comporter ou de parler. C’est propre au rap. C’est une responsabilité le rap, mais il en faut pour tout le monde, je ne crache pas du tout sur ceux qui balancent des insultes tout le temps ou racontent n’importe quoi. Ils font ce qu’ils veulent, il faut de tout !

Au niveau des instrumentales celles-ci sont très travaillées et, contrairement à la tendance actuelle, il n’y pas du tout de trap.
C’est une volonté personnelle. J’ai bossé avec un mec qui s’appelle Abbas, un nouveau beatmaker. Il est jeune par rapport à moi, il a la vingtaine et je l’ai dirigé. Il voulait travailler avec moi pour avoir une certaine expérience, et crois moi je l’ai fait bosser ! C’est un excellent compositeur, mais il était à fond dans le délire trap, et je lui ai donné une autre impulsion. Maintenant il fait plus de titres « vivants » et mélancoliques, plus rap !

Comment s’est faite votre rencontre ?
Je l’ai rencontré dans le studio où j’ai enregistré, il était ingénieur du son. Quand j’ai commencé l’album, je suis venu en séances avec les mains dans les poches : je n’avais aucune instru, rien. Il m’a dit qu’il faisait des instrus, et qu’il en avait certaines datant de 2000 environ à me faire écouter. Le premier morceau qu’il m’a fait écouter est devenu Précieux. Tu vois, c’est en général là où tu ne t’y attends pas que tu trouves de belles choses.

Et tu n’as donc qu’un seul beatmaker sur tout ton album ?
J’en ai deux. Abbas sur la majorité des tracks, et Dj Skorp sur 3 titres.

L’année dernière tu as eu quelques soucis. Je pense notamment à tes ennuis avec la LDJ. Tu n’as pas peur qu’avec tout le buzz que cela a engendré, ton album soit boycotté à sa sortie ?
Ce sont les risques du métier… Pour ma part je n’appréhende pas, mais je sais que certaines personnes vont me causer du tort. Je suis rentré en beef avec des gens qui sont sans pitié. Je t’avoue qu’à cette période, je l’ai très mal vécu parce que je ne pensais pas que ça irait aussi loin : ils m’ont menacé au téléphone, ils ont appelé chez moi. J’ai eu beaucoup d’histoires. Cela va bien évidemment me suivre dans ma carrière, je fais avec. Le hacker Ulcan est responsable de tout cela. Mais c’est de bonne guerre, il a joué sur internet avec moi, j’ai joué avec lui, il n’a pas aimé ce que j’ai dit et ça a été jusqu’où ça a été. Je ne pensais pas du tout que ça prendrai une telle ampleur, mais les gens ont été touché. Dans le monde du rap j’ai reçu énormément de soutien, comme Médine qui a fait un son. C’est la vie mais je n’en parle pas sur l’album (rires.)

Sur la piste Touche Pas à Ma Pote, tu parles du voile. C’est un sujet qui te tient à cœur ?
Exactement. C’est un son en hommage aux sœurs qui sont voilées et qui sont tous les jours agressées. Je ne trouve pas cela normal, c’est un truc que je n’arrive toujours pas à comprendre, j’estime que les gens ont le droit de faire ce qu’ils veulent ! J’étais obligé de faire ce son : ma sœur est voilée, mes nièces sont voilées… Et elles le portent de leur propre gré. Je ne suis pas issu d’une famille où il y a de l’Islam radical. Cela n’existe pas, ce sont ces malades qui ont inventé ça. Ces gens qui pratiquent ce genre d’Islam complètement erroné sont complètement fous. Il ne devrait normalement pas y avoir de problèmes avec les femmes voilées.

Dans ton album, est-ce que tu joues sur l’effet « nostalgique » en te focalisant sur les anciens, ou cherches-tu à conquérir un nouveau public ?
J’aimeraiS bien avoir de nouvelles personnes qui m’écoutent, surtout chez les jeunes. Comme je t’ai dit, j’ai toujours été là pour être une sorte de « moraliste ». Alors oui, je sais que les anciens vont écouter mon album puisque c’est un suivi, mais j’aimeraiS bien avoir de nouveaux auditeurs, plus jeunes.

Pourquoi ne pas avoir fait un featuring avec un rappeur de la nouvelle génération dans ce cas ?

C’est un choix, l’album est personnel. Et puis à l’époque, tous les featurings que je faisais venaient du simple fait que je connaissais tout le monde, tout le gratin du rap. Les contacts tournaient vite. Maintenant je ne connais pratiquement plus personne, et les seules personnes avec qui je suis en contact pratiquement tous les jours sont des anciens qui ne sont plus dans le circuit, comme Salif par exemple. Après cela ne m’aurait pas dérangé d’avoir quelques featurings avec des artistes récents tels que Gims ou Jul.

Ils sont pourtant dans un style totalement différent du tien
Oui mais dans la musique c’est parfois bien de faire des mixtes auxquels tu ne t’attends pas. Ils font souvent cela aux États-Unis, par exemple avec Cam’ron qui pose avec T.I. Après j’ai une culture musicale très développée, je suis énormément ce qui se passe surtout aux usa. J’ai une véritable ouverture d’esprit dans la musique.

Et quelles sont tes influences musicales ?
Les américains m’inspirent énormément. Ils osent faire des choses. On nous présente la trap comme étant un truc nouveau en France, alors que la 3-6 Mafia ça fait 20 ans qu’ils en font. Eminem en faisait déjà dans ses premiers sons à l’époque…

Que penses-tu de la nouvelle vague de rappeurs ?
Je suis largué, je n’écoute pas vraiment. Parfois je me connecte sur mon facebook pour suivre l’actualité musicale et écouter des jeunes, et je me dis que mon album n’a absolument rien à voir avec ce qu’ils font… Mais je passe très vite à autre chose, je fais ce que j’aime faire. Si je dois un jour faire de la pop pour faire passer mon message, alors je le ferai !

As-tu quelque chose à rajouter ?
Cet album a été fait avec le cœur, je suis là pour faire avancer les choses. J’espère qu’il va plaire à tous les puristes du rap, car ce sont que je vise principalement.

Que veux-tu dire par « puriste » ?
Ce sont ceux qui s’y connaissent. Quelqu’un qui sait quand tu as commencé, par quoi tu es passé, il sait faire la distinction entre un shirley et une caisse, il sait ce qu’est un thème… Parfois des jeunes de la cité m’invitent à rapper avec eux, je leur demande quel est le thème et ils me regardent avec des gros yeux en me disant « parles de ce que t’as sur le cœur ». Et quand c’est leur tour, ils parlent de shit, de drogues, qu’ils sont des gangsters… Je trouve cela triste, moi j’arrive avec des couplets qui parlent de choses vraies.

 

About Raphael Brami

Raphael Brami
"MC, toi et moi, trop d'choses qui nous séparent"

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