[La même interview] Chanje, 4 ans plus tard

En 2018, Chanje sortait son tout premier projet solo, ONI et nous l’avions rencontré pour l’occasion. Depuis, le rappeur, resté sur nos radars, en a fait du chemin… Pour fêter la sortie de son dernier projet en date ADN, nous avons décidé de répéter la même interview qu’il y a 4 ans, pour faire un point sur son évolution !

Rappeur de la scène parisienne, Chanje est une rappeur de talent qui nous touche et nous fait vibrer depuis quelques années au sein de la rédac. C’est un artiste complet et polyvalent, qui s’est créé un univers visuel et musical bien à lui.

D’abord membre de l’Objectik CrewChanje a commencé à se faire un nom avec Artichaut Records/386 LAB, et en postant sur YouTube plusieurs freestyles (dont l’un avec le beatboxer MB14, vu dans The Voice) sur des prods du beatmaker Herman Shank. Kickeur fan de mélodies, le rappeur s’est construit un parcours sans fautes. À la croisée de plusieurs genres, il adapte ses flows aux différentes vibes sur lesquelles il surfe avec une aisance bluffante. Modulation de sa voix, textes émouvants et d’une sincérité rafraichissante, un coté « chanté » très juste et assumé : bref, la musique de Chanje est un concentré de tout ce qu’on aime.

pacemaker cover EP

Après la sortie d’ONI, en 2018 donc, Chanje signe chez Labréa (Wagram music) et continue de travailler : il renforce sa plume et profite de cette signature pour affiner sur univers visuel avec de très beaux clips et des concepts très travaillés.


Entouré d’une petit équipe de créatifs de confiance (tous aussi talentueux les uns que les autres), il travaille sa musique entre la France et la Belgique, puis Chanje sort Pacemaker, un EP de 9 titres en 2020. Composé avec son acolyte Herman Shank, c’est un projet sombre, sans être lourd que les artistes offrent au rap game. Puis en 2021, il sort E.M.I (dispo ICI), un nouveau projet qui montre à quel point le rappeur a fait du chemin et que c’est désormais un artiste sur lequel il faudra compter dans le rap game français. Et en 2022, le revoilà avec ADN (dispo ICI), le dernier projet en date, toujours aussi bon! Comme les titres et l’univers des clips, il semblerait y avoir un lien thématique entre ses projets, créant un fil rouge mystérieux qui ne donne qu’envie d’en savoir plus…

(Dossier encore confidentiel ICI)

cover EP E.M.I

Sélection au tremplin Buzz Booster, enchaînement d’une cinquantaines de lives où il s’épanouit sur scène jusqu’à une participation au programme des Inouïs du Printemps de BourgesChanje est aussi à l’aise sur scène que devant le micro au studio. L’énergie dont il fait preuve nous percute en pleine face et il est capable de nous partager son enthousiasme et des bonnes vibes avec une sincérité déconcertante. Chanje en live, c’est une nouvelle facette de l’artiste, qui brille sous les spots…

Voilà, 4 ans après, Chanje répond au même question qu’en 2018, de nombreux concerts et 3 nouveaux projets sous la ceinture.

La même interview, 4 ans après

On ne va pas te reposer la question de la signification de ton nom de rappeur, pour les lecteurs qui sont intéressés, ils peuvent retrouver l’info dans l’interview originale ICI.
En 2018, on t’avais interroger sur ta connexion avec MB14. Il est de nouveau crédité sur A.D.N. … Comment a évolué votre relation ?

Oui, c’est vrai !
C’est toujours la même chose entre nous, c’est un reuf, c’est mon putain de reuf. C’est quelqu’un qui travaille énormément et qui a beaucoup de projets, donc on se voit pas forcément très souvent, mais on essaie de se capter dès qu’on peut. On a un peu du mal parcequ’on a tous les deux des vies d’artistes maintenant, mais on se parle beaucoup. C’est toujours mon frère, on est intime c’est pas juste “lourd mon reuf!”

C’est un vrai pote donc…

C’est plus qu’un pote, c’est vraiment mon frère. En plus, je suis trop fier là, il a joué dans un film avec Michèle Laroque.
Fun fact, le perso qu’il incarne devait avoir un autre prénom et il a demandé à ce qu’on l’appelle Antoine car mon vrai prénom, c’est Antoine…

En 2018, on avait discuté de ton hashtags game, qui était très drôle. Avec du recul, tu en penses quoi ?

Mais ouiiii, ça date ! C’était drôle parce que c’était juste un moyen de faire des blagues entre moi et mon manageur avec les #. C’était juste des privates jokes entre nous. Je peux pas toutes les expliquer parce que… [rires]. En vrai, c’était juste des vannes qu’on se faisait entre nous, qui nous faisait beaucoup rire. Au bout d’un moment, on s’est dit “Bon allez, on devient professionnel », et j’ai stoppé ça. C’est terrible que tu me rappelles ca, ça me foudroie !

Après la sortie d’ONI, on t’avait un peu comparé à la vague des rappeurs blancs qui font beaucoup référence à la culture manga et la culture Japonaise… Qu’est-ce que ça t’évoque aujourd’hui ?

Ahaha la « mode japonaise », c’est quand même très large, très vague. Et c’est devenu mainstream, un peu cringe. À l’époque, je disais que je voulais pas faire un truc sur les mangas, je voulais parler de la culture japonaise, du Japon. Et il y a une différence hein.

Le Japon, c’était une ligne de départ pour moi, une vibe sur laquelle commencer à broder. Et d’ailleurs, déjà à l’époque tout, cette popularité autour des animés, des mangas, ça me soulait déjà.
Maintenant, je suis passé à autre chose. Je suis toujours très fan de la culture japonaise, dans pleins d’aspects, la mythologie, la littérature,… J’en parle juste beaucoup moins dans ma musique parceque je veux pas être catégorisé la dedans, et parce qu’on s’en branle en vrai… non ?

Et tu abordais différemment le sujet également, tu n’étais pas juste dans la citations et une liste de référence, c’était plutôt dans une certaine technique d’écriture et un réflexe poétique japonais un peu plus approfondi que d’autres.

À l’époque, tu nous disais que tu te démarquais des autres rappeurs « underground » avec ton affinité pour les mélodies chantantes, et que tu aimais beaucoup les parties chantées. D’où vient cette affinité ?

Le chant, c’est quelque chose de familial, parce que mon père est dans la musique, dans la chanson. Du coup, j’ai toujours chanté. C’est venu même avant le rap je pense. J’ai continué parceque c’est important pour moi et que c’est un terrain de jeu amusant… J’aime bien jouer avec ma voix.

Grand classique, on t’avais questionné sur tes influences musicales. Est-ce que tu te rappelles qui tu nous avais cité ?

Obligé il devait y avoir 6LACK.

Pas du tout !

Youssoupha ?

Toujours pas.

Niro ?

Oui ahah

Bah oui, Niro évidemment ! ça change pas hein.
Toujours très très fan du grand Niro.
Et je pense que j’ai toujours les même influences, ça bouge pas tant que en vrai.
J’ai toujours Youssoupha et Niro, qui restent à vie. Après, maintenant en 2022, il y a plein de nouveaux artistes qui sont arrivés. La Fève, qui est très bon, Lala&ce qui me foudroie aussi…

Tu continues donc à écouter du Rap Francais et ce qui sort actuellement ?

Ouaip, après j’écoute toujours énormément de choses différentes, mais la Rap Francais, c’est ce qui correspond à ce que j’écoute le plus depuis des années…

Ensuite, on avait décortiqué un peu de ton procédé créatif sur ONI (qui a peut-être changé depuis?), et tu nous avais révélé que tu n’étais pas capable de te forcer dans l’écriture et que c’était quelque chose qui te venait naturellement…

Hum…
Si j’ai pas d’inspiration, je trouve des techniques, parce que maintenant, c’est mon taff à plein temps. Donc, quand j’ai du mal, il faut quand même écrire. Des fois, ça vient, des fois, ça ne vient pas. Donc, j’ai développé des techniques pour écrire, mais je considère pas ça comme « me forcer ».

D’ailleurs quand je fais un son, je ne fais pas la différence entre le rap et le chant, c’est deux moyen d’expressions pour moi qui représente la même chose. Vraiment, c’est exactement le même délire, ça a juste une forme différente, quoi.
Ca vient sur le moment : si je sens que je dois raper, je rape, et si je sens que je dois chanter, je chante, ça sort tout seul.

Et ton processus créatif ? Il a changé en 3 projets ?

Un peu, oui. J’ai acheté des trucs pour enregistrer à la maison.
Pour A.D.N, on est sur du 80% enregistré à la maison. Je touche donc beaucoup plus aux logiciels et je sais ce que je veux précisément en terme de son. Et ça fait que je peux enregistrer à 4-5h du matin, ça me donne une liberté, je peux rester dans ma bulle.
Mais, j’aime aussi beaucoup faire des sessions en studio avec mon ingé son et mon équipe autour. C’est important pour ne pas tourner en rond. J’apprécie de pouvoir faire les deux.

En mai 2018, tu nous disais que c’était chiant pour toi de trouver des noms à tes sons…

Ah oui, ça n’a pas changé ça ! ça m’emmerde, la plupart du temps je n’en donne pas.
C’est juste, tu prends une phase dans le morceau, et tu en sort un titre, boum. Bon, après, il y en a comme Mauvais pour l’éducation mais bon pour la santé, je voulais qu’il ai ce titre en particulier, mais sinon oui, ça me fait toujours autant chier!

On avait aussi évoqué ta relation avec Herman Shank, toujours présent sur tes projets ou tes lives. Est-ce que votre relation a changé ?

C’est toujours mon bête de reuf déjà. C’est toujours quelqu’un avec qui je bosse 90% du temps. Ce qui a changé au niveau de nos relations de travail, c’est que maintenant sur les projets, en plus d’être 100% présent tout le temps, il a un rôle de directeur de prod.
Je lui envoie des prods et il va les retaper pour quelles soit plus impactantes. Ou quand un beatmaker envoie des prods pareil, c’est lui qui va dire : « Je vois plus ça comme ça, ici on va la changer, ici on modifie un peu, … ».
C’est dans cette dimension que c’est différent. Il est devenu beaucoup plus « DA musical », même si on travaille avec plus de gens qu’avant : on a diversifié notre catalogue et nos relations créatives, mais on continue de bosser à deux. La grande majorité des prods que je prends, ce sont celles d’Herman… C’est un génie de la réal musicale.

C’est encore vrai dans tes autres projets, mais on avait aussi discuté du côté mélancolique de ta musique. Tu nous avais révélé que tu avais une « écriture cathartique ». C’est toujours le cas, non ?

Oui, mais j’ai beaucoup évolué sur la construction de ma plume. Mon écriture est toujours très personnelle, à l’époque je parlais avec pudeur de mes onis, mes démons intérieurs. J’avais du mal à m’avouer des trucs, il y avait une forme de peur dans mon rapport à mes émotions et la sincérité avec laquelle je pouvais me dévoiler. Avec le temps, je suis devenu plus mature, j’ai moins peur de dire les choses telles qu’elles sont aux gens. Et aussi le monde avance, j’ai moins peur d’être jugé ou qu’on me catalogue. Voilà, en gros, j’assume beaucoupn plus. Je garde une certaine pudeur car c’est important de ne pas tout réveler, mais mon rap m’aide beaucoup, dans mes textes il y a des choses dont je ne parle pas à mes proches, que je garde pour moi. Je m’exprime beaucoup plus aujourd’hui car j’ai confiance en moi et que ça me fait plaisir d’être honnête dans ma musique, ça vient naturellement…

Mon écriture est toujours cathartique. C’est devenu un réflexe naturel dans ma vie maintenant, ça fait tellement d’années, ça m’aide, ça me fait du bien. Je conseille à tout le monde [rires]

Restez à l’affût, la partie 2 de cette interview où nous abordons plus en détails A.D.N et ses projets arrive bientôt sur le site…

cover EP ADN

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