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La Théorie rapologique #2 – Une vision technique de l’acte poétique

J’ai mis les mots au tapin pour la sensation
Au trottoir les syllabes, prostitué la diction
Les lettres travaillent pour moi
Le dico est mon territoire, un pays dont je veux être le roi
J’ai traité les phrases comme de vraies dames
Tiré les plus belles pour les mettre en vitrine, comme à Amsterdam
Akhenaton, « Chez le mac » de IAM

« Le rap est un genre musical » : c’est par ce constat laconique que Lapassade et Rousselot entament leur essai, Le rap ou la fureur de dire. S’il convient en effet de rappeler cette réalité que l’analyse poétique peut parfois occulter, l’évolution du rap français depuis 1990 – date de publication du Rap ou la fureur de dire – nous force à reconsidérer sa pertinence. Il faut cependant concéder aux deux chercheurs que le rap français old school brillait moins par son écriture que par son oralité : cette dernière étant alors tout à fait inédite, tandis que la première s’efforçait encore de trouver ses marques, comme en témoigne la sobriété technique du morceau aujourd’hui considéré comme le premier de rap français, « Paname City Rappin’ » de DJ Dee Nasty.


La poétique et la versification du rap se sont depuis largement complexifiées, au point de devenir des éléments centraux de son esthétique ; ainsi le rappeur Booba, dans son premier album solo, se présente comme « le bitume avec une plume ». La relation du rap français à l’écriture dépasse donc le simple cadre de sa poétique : de façon explicite et récurrente, il vante et revendique dans ses textes sa dimension littéraire – il sacralise l’acte d’écriture.

Le rap est avant tout un genre musical : pourtant, ceux qui le pratiquent se proclament plus souvent poètes que musiciens. Conscients des contradictions de leur art, les rappeurs investissent sans vergogne le terrain de la création poétique, avec ou sans la bénédiction des instances censées en détenir les clés :

Bosser dur c’était nos leitmotivs, moi j’ai beau être audible
J’crois qu’le rappeur sera toujours un poète maudit
L’Indis, « Requiem pour encre fine » de Fayçal

1) Le retour à une conception contraignante de la poésie


L’histoire littéraire du XXe siècle est fortement marquée par un phénomène qui s’est amorcé dès la fin du XIXe : le démantèlement des structures et des canons d’écriture traditionnels. Qu’ils soient poètes, romanciers ou dramaturges, les écrivains du XXe siècle montrent effectivement une puissante propension à la recherche de formes et d’effets littéraires inédits, à l’expression de leur style et de leur singularité – parfois au détriment du sens. Si la poésie rap partage elle aussi ce penchant libertaire, elle se fonde pourtant sur des exigences formelles rigoureuses.


Qu’il s’agisse en effet d’écriture ou de son, l’esthétique rap repose sur un élément précis, à la base des arts poétiques et musicaux : le rythme. Comme le note C. Béthune dans Pour une esthétique du rap, « le rythme occupe une place centrale dans le rap, au point que tous les autres éléments mis en œuvre lui sont en fait subordonnés ». Je reviendrai sur cette hégémonie du rythme ; ce que je veux mettre en lumière, c’est que bien qu’il soit extrêmement libre dans ses thèmes et ses effets, le rap initie un retour vers une vision contraignante de la forme poétique qui explique son inclination pour la notion de technique.


Dans une certaine mesure, la poétique rap réactive en effet la vieille et abusive opposition entre inspiration et technique : « Ils disent que l’rap c’est pas pour toi, les écoute pas, c’est pas si dur d’en faire » (Hugo TSR, « Dégradation »). Cet acte d’humilité, voire d’auto-dérision, illustre bien ce propos : le rappeur ne se perçoit pas tant en artiste animé d’un souffle divin et d’un génie infus qu’en technicien du langage – sa virtuosité poétique réside dans son habileté à travailler les sons, et est ainsi accessible à tous, comme l’a montré ici mon collègue Étienne Kheops !


Cette conception du fait poétique éclaircit les enjeux de l’écriture rap et la rattache à une tradition séculaire mise en lumière par J. Barret dans son essai, Le rap ou l’artisanat de la rime : « les rappeurs sont aux poètes ce que les Grands Rhétoriqueurs étaient à la Pléiade : des “rimeurs” qu’on a toujours opposés aux vrais “poètes”, des “formalistes” rejetés par les autorités et l’histoire littéraires ». Le rap mobilise en effet régulièrement toutes les techniques qu’il a à sa disposition pour flatter l’oreille, au premier rang desquelles on trouve la rime, que J. Barret érige en « règle absolue » de la poétique rap.

2) Rime et homophonie


En anglais, rapper se dit indifféremment rapping ou rhyming (rimer) : cette première considération n’est pas anodine et dénote des liens puissants qui existent entre ce procédé poétique et le rap. Il s’avère pourtant impossible d’établir un système théorique fermé de l’usage de la rime en rap, dans la mesure où chaque rappeur peut et doit développer le sien propre.

On notera ainsi la propension de Hugo TSR à la poursuite de rimes assonantes internes et externes, s’étendant sur plusieurs syllabes : « Y a du shit quand y a plus d’zeb, face aux verres on tise cul sec / Fumette et buvette, nous on s’en pète du Audi Q7 » (« Coma Artificiel ») ; tandis que le rappeur Fayçal portera sa préférence sur des rimes parfaites symétriques, riches et nombreuses (par la terminologie « parfaite », j’entends une homophonie finale totale, quelle que soit sa richesse) : « Des heures où il s’avère que nos armures fchissent / Mais les revers les plus sévères, comme les murs se franchissent » (« Heures Éternelles »).


Ce phénomène met en évidence l’existence d’une stylistique poétique du rap, dont J. Barret présente quelques modalités dans son ouvrage par la description des différents types de rimes qu’il exploite, au milieu desquels on trouve la rime dite équivoquée, dont les MCs font un usage immodéré. La rime équivoquée (telle qu’elle est décrite par J. Barret), qui consiste en l’homophonie parfaite d’un mot avec plusieurs autres, est symptomatique de la recherche constante de la majorité des rappeurs d’homophonies musicales, comme dans ces exemples de Lino, la moitié du groupe Ärsenik (dans « La rue t’observe » et « Wolfgang ») :

J’suis taillé pour l’combat, j’dois satisfaire toutes mes envies
Tu sais l’amour ça tue, la haine ça maintient en vie


L’amitié s’monnaie, l’amour se planque dans un bar à hôtesses
La liberté à Osny, loin de nos tess’

Dans les deux cas, il s’agit de faire la démonstration de sa virtuosité technique par l’emploi d’une homophonie totale mais surtout, inattendue. Il est en effet intéressant de noter que dans le cadre de la poésie rap contemporaine, les MCs usent plus volontiers de ce procédé proche du calembour que de la rime parfaite traditionnelle pour mettre en valeur leur savoir-faire : le cas de Fayçal, dont la pratique poétique repose sur cette dernière, constitue aujourd’hui une exception. Ceci parce que la poétique rap procède souvent d’une volonté de musicalité totale qui ne se limite pas à la fin des mots – en cela, la rime équivoquée est consubstantielle de la paronomase, encore plus courante en poésie rap.


 3) La paronomase en tant qu’outil de morcellement de la rime traditionnelle


Celle-ci use abondamment de son principe usuel, qui consiste à rapprocher deux mots aux sonorités voisines et aux sens différents, mais le prolonge aussi par l’utilisation récurrente de ce qu’on pourrait appeler une paronymie équivoquée, dans le sens où la paronomase prend ses bases sur plusieurs mots. Ainsi dans ces vers de Solaar pleure de MC Solaar :

Je vois des porcs et des sangliers, le feu et le sang liés


Cet âne de Sheitan plane sur nos âmes

La paronomase équivoquée, quoique relevant d’une volonté semblable de musicalité, n’occupe ni la même place ni la même fonction dans ces deux vers, illustrant ainsi l’usage très polyvalent qu’en fait la poétique rap : dans le premier exemple, le rapprochement phonétique s’opère sur les mots finaux des deux hémistiches, créant alors un effet de rime interne qui se traduit à l’oral par une accentuation particulièrement marquée et cadencée. En revanche, la paronymie du second vers porte sur deux syntagmes qui, en plus d’être presque consécutifs, participent à une assonance en [a] qui traverse le vers – induisant ainsi une sensation globale de vivacité rythmique.


De manière plus générale, les effets paronymiques sont sensiblement plus sollicités par la pratique poétique rap que leurs homologues homophoniques. Ce fait, considéré avec les procédés d’équivoque que je viens de décrire, témoigne d’une caractéristique notable de la poésie rap : elle opère en effet une véritable dislocation de la rime traditionnelle, à la fois structurellement (elle englobe désormais plusieurs mots) et musicalement (du fait de la priorité accordée à la paronymie sur l’homophonie).


Ce phénomène induit un délaissement total des contraintes rimiques classiques au profit des sonorités. C’est la raison pour laquelle il me semble trop exclusif de parler d’artisanat de la rime à l’encontre de la poétique rap : en effet, si j’affirme avec J. Barret sa tendance à « faire des rimes, les plus riches qui soient », il me semble excessif de l’établir en « règle absolue », ou tout du moins terminologiquement inexact. Elle paraît plutôt se distinguer par une recherche de sonorités qui dépasse largement le cadre de la rime – sans doute moins élégante que celle dont elle s’inspire, la formule d’artisanat des sons se révèle pourtant plus pertinente à la caractérisation de cette forme poétique.

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10 comments

  1. Ben alors Philippine, a pu personne ?

  2. Salut à vous tous ! Tout d’abord, merci d’intervenir aussi longuement et en argumentant autant. Par contre, j’ai du mal à comprendre le ton que vous employez. N’oubliez pas s’il vous plaît que ce site est un refuge de passionnés bénévoles et qu’on peut avoir une discussion sans agressivité en étant civilisés.

    Vous avez à peu près tout dit en donnant vos avis et je vais essayer de répondre aux questions qui me semblent pertinentes. Je suis le rédac’ chef et donc le garant de la ligne éditoriale et je ne vois aucune contradiction à publier deux avis différents sur un sujet. Heureusement que tout le monde n’est pas d’accord, vous ne trouvez pas ? Que Hugo veuille démontrer que le rap français n’a pas à être défendu ou qu’Idir veuille analyser un texte mot par mot me convient parce qu’ils argumentent leurs propos à chaque fois.

    Pour revenir à l’article d’Idir, il faut que vous vous rendiez compte que votre avis, bien que pertinent, est forcément subjectif. Ça ne vous plait pas de lire des analyses de textes parce que vous considérez que ça n’a pas lieu d’être pour le rap ? Je peux le comprendre mais la majorité de nos lecteurs nous en réclament plus. Encore mieux des artistes comme Hugo TSR nous envoient des messages pour nous dire qu’on a jamais aussi bien compris un de leurs textes.

    Je comprends totalement que ce genre de papiers vous laisse dubitatifs mais ça semble plaire à d’autres. En tout cas, même si je regrette un peu le ton, j’apprécie totalement vos avis et je vous invite à poursuivre la discussion. Ne faites pas gaffe à Léo, il est grec et c’est un T.O.C.

  3. Bonjour Philippine,

    Je vais essayer de répondre à ta question concernant la pertinence du site : nous sommes une équipe de bénévoles avec chacun des goûts et des visions du rap différentes. Comme te l’a fait remarqué Popo, l’incohérence des deux articles dont tu parles est normale car ce sont deux auteurs différents. C’est un choix du site de publier les chroniques de chacun, même contradictoires, car les visions du rap sont aussi variées chez les lecteurs.

    En ce qui me concerne, je trouve ton commentaire pertinent et bien argumenté, et je suis personnellement d’accord avec ce que tu dis sur le fond. Mais il y a un point qui me choque : l’agressivité et le ton avec lequel tu t’adresses à Idir. Ce genre d’article prend du temps à écrire, et c’est un manque de respect que de cracher sur son travail de manière aussi condescendante. Idir a ses lecteurs, il n’y a qu’à voir le succès de sa première Exégèse sur Coma Artificiel. Alors même si de mon côté je trouve également ses analyses trop poussées, je respecte son travail. Cela ne nous empêche pas de débattre entre nous de nos différents avis. Je trouve ça super d’avoir des lecteurs qui donnent un retour sur les articles, mais là votre agressivité me fait penser à une chronique de Yann Moix… En bref, vos retours sont les bienvenus, mais ils le seront d’autant plus si exprimés avec respect.

    Merci pour vos lectures

  4. Merci Popo.

    Tu as raison, ce n’est pas la même personne qui l’a écrit, mais apparemment ce problème de cohérence ne suscite que des envies de moussaka. Au delà de cette recette/réponse preuve d’une immaturité déconcertante, et qui discrédite la pertinence de la discussion engagée ici, j’aimerais avoir des réponses à mes questions.. Enfin merci à toi pour ton retour.

    Et puis les aubergines je les préfère à la sauce Serra et Lucio.

  5. Philippine, pardon

  6. Philippe,

    l’article que tu cites à la fin de ton commentaire n’a pas été écrit par la même personne. Mais en effet, il y a tout de même un problème de cohérence dans la ligne éditoriale du site. Sinon, j’ai trouvé ton commentaire vraiment pertinent.

    Popo

  7. Voilà la recette de la moussaka:

    1/ La préparation des aubergines

    Couper les aubergines en fines rondelles de 1 cm d’épaisseur, les saler puis les laisser reposer pendant 1 h.

    2/ La préparation de la garniture et la cuisson des aubergines

    Préchauffer le four à 180 °C.

    Peler et ciseler l’oignon. Peler les tomates, les couper en 4 et les épépiner, puis les concasser en petits dés.

    Dans une cocotte, faire suer l’oignon avec un peu d’huile d’olive ainsi qu’une pincée de sel. Ajouter la viande d’agneau hachée, la gousse d’ail en chemise écrasée, ainsi que le thym et le laurier. Laisser colorer pendant quelques minutes.
    Incorporer les tomates ainsi que le vin blanc. Laisser cuire à feu moyen et à couvert pendant environ 30 min.

    Pendant la cuisson de la viande, rincer les aubergines puis les dorer à l’huile d’olive dans une poêle bien chaude, jusqu’à ce qu’elles soient colorées de chaque côté.

    3/ Pour la sauce Mornay

    Faire bouillir le lait dans une casserole. Dans une autre casserole, faire fondre le beurre sans coloration, puis ajouter la farine et cuire à feu doux pendant 2 à 3 min en mélangeant constamment. Toujours sur le feu, ajouter petit à petit le lait bouillant et mélanger jusqu’à obtention d’une sauce épaisse et onctueuse. Assaisonner enfin de sel et de poivre.

    Une fois la préparation légèrement refroidie, ajouter les jaunes d’oeufs ainsi que la moitié du fromage râpé.

    4/ La cuisson de la moussaka au four

    Beurrer un plat à gratin, puis disposer la moitié des aubergines dedans et les recouvrir avec le mélange de viande. Terminer le montage avec une autre épaisseur d’aubergines, puis napper généreusement le tout de sauce Mornay. Parsemer ensuite le reste de fromage râpé.

    Enfourner pendant environ 45 min, jusqu’à ce que le gratin soit bien doré.
    Servir chaud.

  8. Bonjour

    Je profite ici de la discussion entamée pour venir appuyer un propos qui me titille depuis quelques temps. Quitte à reprendre un peu ce qui a déjà pu être dit ici ou dans d’autres commentaires. Tu ne cesses effectivement de dire que tu vas être chiant à lire, que ton style est pompeux… tu justifierai presque que ton travail ne sert à rien. Alors tu n’as pas l’air d’aimer les propos directs et tu préfères les tartines, mais moi, perso, je vais aller droit au but, je suis d’accord avec toi. Ton écriture est lourde, l’inutilité est bien là. Il faut s’adapter au cadre et retrouver de la pertinence. Ici tu n’as pas besoin de trouver un sujet de mémoire pour faire plaisir à tes profs et occuper ton temps. Ici tu ne vas pas passer ton temps à recracher tes figures de styles et autres analyses qui s’admirent. Ici c’est pas la fac, ici c’est la vie avec des gens qui lisent et tout, donc peut-être que l’exercice formaté et stérile de la mise en lumière par le blabla n’a pas sa place. Il faut donc réfléchir à trouver un sens et un style à tout ça, je vais t’expliquer qu’il n’y en a pas.

    Déjà, tu n’abordes pas les aspects musicaux, ou alors très peu et au pire tu ne le fais pas bien. Tu ne peux pas faire une analyse littéraire d’un tout qui ne l’est pas. Le rap, qu’il soit bien écrit ou non est avant toute chose de la musique. Tu ne peux pas passer au peigne fin MC Solaar de la même manière que tu le ferais sur du Rimbaud. Tout simplement parce que c’est de la musique à voir comme un tout, mais tes lacunes musicales et tes œillères issues de la faculté te ne permettent hélas pas de réfléchir. En fait en faisant ça tu dessers l’artiste et son travail, et tu vas chercher dans ta propre direction pour ta propre satisfaction. Bien sur qu’il y a des dislocations, des hémistiches, des paronymies. Forcément, puisqu’il y a des mots avec souvent derrière la recherche de la beauté. Et on peut leur faire dire tout ce qu’on veut, à ces mots. Mais à quoi ça sert ? Du sens, des étiquettes, c’est très facile d’en mettre partout. De voir ce qu’on veut voir là où on le veut. Bien sûr.

    Par conséquent je pense que tu te trompes et vouloir analyser des rimes en concluant par de telles phrases « la rime équivoquée est consubstantielle de la paronomase, encore plus courante en poésie rap » est à mon sens totalement illusoire et égocentrique, si ce n’est risible.

    De manière plus générale, c’est la pertinence de ton travail que je remets en cause. Ahhh, la recherche. La divine recherche. On s’incline. Et qu’as-tu trouvé alors ? Je crois que le commentaire d’Augustin met le doigt vraiment au bon endroit lorsqu’il reprend ton analyse sur les rimes de Lino. La rime envie/en vie est effectivement facile et tirée par les cheveux, mais au lieu de dire ça, tu écris « il s’agit de faire la démonstration de sa virtuosité technique par l’emploi d’une homophonie totale mais surtout, inattendue. » Ce n’est pas vrai. Il n’y a pas de virtuosité, encore moins d’inattendu, quant à l’homophonie totale, oui elle est là. Bon d’accord. Il y en a des millions dans le rap, dans la musique. ça ne sert strictement à rien de le dire. Où est la pertinence là dedans sérieusement ? Qu’as tu démontré ? Qu’as-tu cherché, qu’as-tu trouvé ? Je me répète mais il n’y a rien à dire d’autre que de dire que c’est l’une des rimes les plus faciles à faire. Voilà, ça sonne pareil. ça rime. Oh mon dieu. Fais tout un mémoire là-dessus aussi pendant que tu y es.

    Au sommet de mon incompréhension se situe la confrontation avec cet article http://lerapenfrance.fr/?p=5407 . Dans une conclusion peut-être incomplète mais dont le propos fait sens, l’essence même de ton article est discréditée. Où est donc la cohérence avec le fait de se livrer à l’exercice et tes théories sur le même site (faites ce que je dis, pas ce que je fais…) ?
    « Qu’on se le dise donc une fois pour toutes. Définitivement. Le rap français n’est pas défendable et ne doit pas l’être. Une œuvre parle par elle-même. Des autres et d’elle-même. Si, parce que ses codes n’appartiennent pas à l’idée que la classe dominante se fait du beau, le rap ne reçoit pas de louanges officielles, tant mieux. Il aura réussi à s’extirper du consensus ambiant relégué en permanence par la pensée unique. Il n’en sera que plus fort. Que plus art. Et méritera pleinement d’être ce qu’il peut être. Une musique à part. Une musique clandestine. Une musique pour… anonymes.  »

    Le rap c’est de la musique, c’est de l’instinct, c’est des rimes si tu veux. Mais ce n’est pas strictement de la poésie. Et vouloir le prétendre et s’en accaparer cette vision n’a pas sa place dans le travail d’artistes qui n’ont pas demandé à être mis en lumière par la prétention de ton regard horripilant.

    Ah et au fait, OneLuv, One LOve, 1 love.. onL0veexx, ça me rappelle quand j’avais 12 ans sur msn. Relève la tête y’a la vie dehors.

  9. Idir

    Salut ! J’ai pas compris quel était ton problème avec le dernier passage que tu as cité, si tu pouvais me le préciser je t’en saurais gré. En ce qui concerne le reste de tes critiques, je commencerais d’abord par dire que t’étais pas obligé d’adopter un ton si virulent – que tu n’aimes pas mon papier, ma plume ou mes arguments ne me pose pas de problème, mais ai-je insulté ta mère ou quelque chose comme ça ? A te lire, je jurerais que oui.

    Mais ça, après tout on s’en fout. Quoiqu’un peu long (j’en sais quelque chose haha), j’apprécie vraiment ton commentaire qui exprime clairement quelque chose qu’on m’a souvent dit de façon moins directe. Comme je l’ai dit, j’ai effectivement écrit ce papier dans le cadre de mon mémoire de recherche. Je me suis donc saisi d’un objet qui suscitait mon intérêt, en l’occurrence la poétique rap, pour le conceptualiser. Et si tu penses que je donne ces précisions « pour me faire mousser ».. Choisis entre voir le mal partout ou juste accepter le fait que j’ai simplement voulu donner le contexte et les circonstances d’écriture du papier que tu t’apprêtais à lire.
    Par ailleurs, y a pas « d’énorme paradoxe » ou « d’incohérence » : ce n’est pas parce qu’on est habitué à associer le rap et la recherche à deux pôles totalement opposés qu’il s’agit de la vérité. Le rap n’est ni le premier ni le dernier phénomène contre-culturel à être récupéré par la culture qu’il décrie. Ma démarche, ou plutôt ma « prose bourgeoise intello branle couille », est née en premier lieu de ma pratique du rap, puis de mes réflexions sur celle-ci. Qu’ils le veuillent ou non, ce que pratiquent les rappeurs les dépasse et, en tant qu’objet artistique, est apte à la critique et à la réflexion artistique.

    Je t’invite enfin à te concentrer sur les idées plutôt que sur le vocabulaire, je crois que tu serais d’accord avec deux ou trois conneries et que tu parviendrais à y voir plus qu’une « copie ». Ce n’est encore que le début, mais je pense sincèrement être arrivé à effleurer la substance de la poétique rap dans la suite de ce papier. Il est le résultat de plusieurs années d’écoute et de réflexion, donc que tu n’aimes pas, tant pis ; mais je te prierais simplement de ne pas l’insulter. Haha j’ai fait aussi long que toi ; bonne continuation ma gueule. 1luv

  10. Tu es sérieux avec un article comme celui-là ? Franchement on dirait un article Gorafi qui analyse le dernier PNL. Malheureusement pour toi, ils ne recrutent pas…

    Plus sérieusement, tu ne dis certainement pas que des conneries… mais il y a foncièrement un énorme paradoxe à vouloir récupérer et diluer intellectuellement un courant qui, dans sa grosse majorité, fait tout pour se dégager de cette espèce de prose bourgeoise intello branle couille. Comment peut-on tenter d’aller aussi loin dans l’analyse (ce qui est plutôt une bonne chose en soi) et passer complètement à côté de ce paradoxe énorme ? Et le plus énervant ou arrogant dans tout ça, c’est que tu es conscient de cette incohérence mais la légitime TOUT en prétendant que non. Petite stratégie rhétorique souvent payante mais pas cette fois-ci. Exemple tiré de ton premier papier : « Cela induit, à mon fuckin’ regret, que le ton général de ce papier sera encore plus académique que celui de mes Exégèses. Le propos sera souvent technique, parfois pompeux. » Bref, en écrivant ça noir sur blanc mais en le publiant tout de même, on sent que c’est juste pour te faire mousser.

    Je crois qu’il est indispensable de faire la différence entre branlette intellectuelle à la fac ou science po, et un site de rap français. Plus généralement, je pense que ce regard académique ne fait du bien qu’à ceux qui empruntent ces chemins-là, dont nous n’avons que faire ici. En vrai c’est mignon sur une copie, mais là il s’agit de faire autre chose que d’avoir une bonne note il me semble, non ?

    Franchement je n’arrive pas à finir un seul de tes articles tellement je trouve ça chiant au possible.
    Je relève un petit exemple quand tu analyses les rimes de Lino. Au lieu de dire que ce sont des rimes tirées par les cheveux (envie / en vie), tu dis « il s’agit de faire la démonstration de sa virtuosité technique par l’emploi d’une homophonie totale mais surtout, inattendue. » Et le meilleur passage reste celui-là : « en cela, la rime équivoquée est consubstantielle de la paronomase, encore plus courante en poésie rap. » T’es mignon.

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