[Focus sur] Le Sid, artiste inqualifiable au talent infini

Il y a des artistes qui savent toucher l’intime de leurs auditeurs, sans jamais tomber dans le pathos ni la leçon de psychologie. Généralement, ces artistes savent sortir des cases pour proposer une musique unique, servant de support aux textes plutôt que l’inverse ; Le Sid appartient à cette rare denrée.

Le Sid offre une musicalité rare, les refrains de son EP sorti le 21 mai nous bercent et nous réveillent en même temps : voilà le talent de l’artiste tel qu’il le dévoile dans l’interview qu’il nous a accordé. Il détaille : « j’aime bien que la musique, la texture prime sur le reste et soit bien là. J’ai tendance à commencer surtout par les refrains qui eux doivent d’abord se marier au truc ».

Oscillant entre allégresse avec des titres comme Summer Night – à la limite de la folie pure – et sensualité avec Slave 4 you Le Sid dresse, avec son premier EP 11 titres Kokoro, un tableau estival empli d’intensité et de délires purs. Le son (et le clip) Mes frères vient donner une touche personnalisée au projet, avec la mise en scène habile de l’entourage de l’artiste, nous entraînant un peu plus dans la découverte de son écosystème personnel.

Le Sid a un parcours artistique atypique. Il a en premier lieu beaucoup voyagé, passant notamment par Hong Kong d’où il s’est fait expulsé pour finalement rejoindre le Cours Florent. Là, l’idylle ne dure qu’un an. Si ses épopées géographiques ne lui ont pas toujours garanti la stabilité, Le Sid écrivait depuis ses 18 ans dans des carnets qui vont finalement constituer sa carte de visite musicale. Ces carnets, au départ intimistes, ont convaincu Glenn, son producteur actuel, qui lui permet alors de découvrir les studios du 91, aux côtés notamment de Niska.


Se tissant alors un entourage proche découvert sur Paris, notamment l’artiste Nelick, ou encore l’équipe de la marque WalkInParis, il a su également s’entourer avec brio au niveau professionnel. Comme l’illustrent les collaborations avec A2H ou Bohevnm, Le Sid maîtrise aujourd’hui son sujet, comme il le décrit : « aujourd’hui, je sélectionne les gens avec qui je bosse en fonction de l’affinité et du talent qu’ils ont ».

Pour mieux comprendre cet attrait pour la musique, Le Sid m’a détaillé le lien étrange qu’il a avec cette forme d’art en me confiant : « j’avais un truc en moi pour la musique, je savais que je voulais faire un truc en rapport avec, mais ça a pris du temps pour s’installer vraiment ; il a fallu que je prenne confiance en moi ».

Cette passion musicale est avant tout liée à un artiste déterminant pour lui, à savoir Kid Cudi, artiste torturé, iconique, et également doué pour parler à l’intime de chacun d’entre nous. Bien loin des codes habituels du gangsta rap aux US, Kid Cudi a su révéler publiquement ses démons personnels liés à sa dépression, ce qui a été fondamental pour Le Sid. L’artiste m’indique en effet que « c’est ça qui m’a changé. J’étais vraiment en dépression quand je l’ai découvert, et quand j’ai écouté ça m’a apaisé et m’a aidé à m’en sortir ». Cette sincérité détonne au sein de la scène musicale française, où ce genre de sujet est encore dissimulé, mais dont l’évocation ne suffit pas à appréhender Le Sid entièrement.

Le Sid incarne bien une étincelle d’espoir dans une galaxie devenue superficielle, de par sa façon de faire de la musique, mais aussi de par son lien avec le rap et sa genèse. Conscient de l’aspect engagé du rap à ses débuts, il me confie reconnaître que : « c’est un genre musical qui a permis de se mettre en avant pour délivrer tout type de musique et d’art, c’est plus facile d’en faire passer par la musique, les gens se détachent de ta personne et adhèrent aux messages plus facilement, d’où l’importance de faire passer des messages ».


Bien que les raisons de s’engager personnellement soient légions en ce moment, les artistes n’ont pas « de devoir » envers leurs fans et communautés, et sont donc libres de s’impliquer ou non dans certains combats en général. Pour Le Sid, nul besoin de combat avec un grand C au début de sa longue carrière à venir, mais une volonté de savoir manier l’art du divertissement avec succès. Il souligne avec justesse que : « le divertissement peut aussi être bénéfique pour quelqu’un, qui peut avoir besoin d’un truc super léger, donc ta musique lui apportera un soutien ».

Son premier EP offre une première occasion de rencontrer l’univers éclectique de cet artiste, avec comme fil rouge l’amour et les sentiments, comme le met en scène la couverture et son rouge ô combien significatif. Sans jamais tomber dans une morosité plombante, le jeune artiste est conscient de présenter une direction musicale originale, en cherchant à entremêler sons pop, dansants et textes parfois mélancoliques. Dans Kokoro, Le Sid parvient à nous conter avec naturel son quotidien ou ses observations, et ce en s’inspirant notamment de ses proches, afin de, comme il l’affirme, « concrétiser une volonté de cinématographier mon histoire ou celle de mes potes ».

Cette direction, il me l’explicite davantage en expliquant que : « quand je cherche à faire ça, faire danser quelqu’un alors que tu as envie de pleurer, c’est une direction que j’ai voulu prendre car j’aime bien faire danser, j’ai été inspiré par beaucoup de musiques qui font danser comme celles des Pharrell, de Kanye, tout ce qui est funk : nécessité de trouver le bon équilibre entre ce que j’aime bien dire et l’effet que je veux faire ressentir aux gens ».

En somme, Le Sid propose avec ce premier vrai projet un mélange d’émotions, de bienveillance et surtout de couleurs sonores idéales pour accompagner nos prochains cocktails déconfinés.

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