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Lecture Aléatoire #13

Tekitek – L’envol du corbeau

 

Fusil chargé à la foi en moi :
Shoote du charisme en l’air et tombe par terre de joie !
Nous on est fier de ça, ce bon vieux truc de rap.
Que l’on m’assassine si un jour je doute de moi !

Son magistral de Teki Latex (renommé Tekitek pour l’occasion), membre du fantasque collectif TTCL’envol du corbeau aurait pu s’appeler « Le chant du cygne ». Extrait du dernier album rap du père Latex sobrement intitulé Mes pelures sont plus belles que vos fruits paru en 2008, le morceau est celui d’un Teki enragé, criant son amour pour le rap. Lorsque l’on sait que sur le même album il déclare « Le rap c’est ma maîtresse, la pop c’est l’amour de ma vie », L’envol du corbeau devient un requiem au flow impeccable, presque maniaque, à sa carrière de rappeur. C’est toujours ce sens de la perfection qui frappe le plus sur ce morceau. Chaque ligne fait mouche, et même si on a l’impression que Teki se balade sur cette instru’ hyper violente, il suffit d’essayer de rapper avec lui pour embrasser toute la subtilité du placement.

Fabe – Quand je serai grand (DJ Mehdi Remix)

 

Assis sur l’ciment torse nu,
J’appelle un pote à la f’nêtre, une bouteille d’eau fraîche il m’a descendu.
C’t’année il reste ici, il était au bled l’année dernière
Et comme son père est l’voisin d’mon père c’est pas un milliardaire …

Aaaah les vacances ! La plage, les cocotiers, les grands espaces, les tours de béton, le métro. Tout ceci est au programme de Quand je serai grand de Fabe (tout seul dans la Scred Connexion) en 1998. Entre l’ennui d’une vie morose dans la capitale et les rêves de gosse d’un MC déjà presque trentenaire à l’époque, la grosse basse de l’instrumentale nous rappelait un peu les grands tubes de Notorious B.I.G. et à la fin du morceau, on se disait qu’après tout, on partirait bien en vacances l’année prochaine et que tout irait bien.

La version proposée ici est parue en 2008 sur la réédition anniversaire de Détournement de Son. La lassitude et l’espoir sont toujours là, mais le regretté DJ Mehdi est venu apporter son grain de sel. La réorchestration fait souffler une brise légère et tiède, marine, sur les paroles de Befa et donne l’impression qu’il est finalement devenu grand et qu’il est parti vivre à la mer avec son père et sa mère. En vérité, Fabe, à cette époque, avait déjà choisi le Canada. Une bonne occasion tout de même, de se rappeler du fantastique talent de DJ Mehdi, éternel tisseur de liens entre le monde du rap et celui des musiques électroniques.

Stick – Pluie de sang

 

Ceux qui m’disent : Ne lâche pas gros ! Continue à nous faire du sale !
Comme si mon rap pouvait passer dans leurs vernissages …

Toulouse la ville rose est représentée par Bigflo et OliStick préfère représenter Toulouse la ville grise.

Son album 1MC2PLUS peut être décrit comme un message de désespoir. Et quand on lui demande si se présenter comme un vulgaire MC de plus n’est pas fataliste il répond : « il y a un côté Kill Bill aussi, tu as ta liste de MC à tuer, tu en rayes un et ça fait 1MC2PLUS »

C’est ce que Stick s’acharne à faire dans Pluie de sang : crier à balles réelles. Avec son petit côté Suicide social, la Pluie de sang salit tout le monde et éclabousse surtout les fantasmes nourris par un public (parfois nouveau) dont l’image des rappeurs a été façonnée par un marketing habile. On en aurait presque un goût ferreux à la bouche et l’envie de se débarbouiller tellement on se fait remettre à notre place, nous, petits amateurs de rap, souvent ignorants de la brutalité du combat que les artistes mènes pour faire naître et vivre leurs projets.

MC Solaar – Arkansas

 

Deux morts, onze blessés.
CNN parlant de moi.
Steve Carter, enfant de huit ans.

Un bon matin en lisant le journal, Claude M’Barali, plus connu sous le nom de scène MC Solaar, tombe sur le récit de la fusillade de Jonesboro. En Arkansas deux gamins font sonner l’alarme de leur école puis tirent sur tout ce qui en sort après une embrouille avec une élève de leur classe.

MC Solaar intègre le titre dans son album Cinquième As (2001) après un quatrième album au succès commercial assez mitigé. Quatre c’est aussi le nombre d’années qui se sont écoulées depuis ce dernier, alors l’As de trèfle se relève et rappe, bien.

Il nous conte l’histoire de Steve Carter (un nom inventé) à la première personne et sans utiliser le moindre terme militaire. Ça donne une minute quarante de texte direct et simple à l’issue duquel l’auditeur reste le souffle coupé par une fin aussi brutale que l’événement.

MC Circulaire – Demain c’est trop tard

 

Ici on picole pas, on se saborde.
Ici l’alcool c’est quand t’as pas les couilles pour la corde

IAM expliquait dans Demain c’est loin que le futur est réservé à ceux qui vivent et pas à ceux qui survivent. Eux doivent se contenter du présent. Avec Demain c’est trop tardMC Circulaire, fondateur du « ploucstarap », répond que dans les bleds paumés demain est mort, aujourd’hui aussi.

Cinq minutes sur une instrumentale sans fioritures, mélancolique et assommante. Huit mesures de spleen qui reviennent sans cesse, coupées uniquement pour bouger de l’abribus au bar. Ce rade miteux où rien n’a changé depuis 70. MC Circulaire ne décrit pas seulement sa Vendée mais n’importe quelle campagne profonde. Toutes ont leur Mado et leurs alcooliques notoires. Il représente le rap, pas celui de la rue mais du chemin, « toute une partie de la France qui n’a pas le droit de Cité ». On est donc loin d’un morceau comme Sodomie ou 103 SP. Ce son c’est l’amer à écouter.

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Jacques Bonoberje

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