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Lecture Aléatoire #8

Après plusieurs mois d’absence, notre lecture aléatoire est enfin de retour. La recette n’a pas changé : du classique au plus simple freestyle, qu’importe le format, le genre ou la renommée, voici les cinq morceaux que j’ai souhaité mettre en valeur pour ce huitième épisode. Allumez votre sono ou branchez votre casque et accordez-vous vingt minutes de pause musicale, entre nostalgie et découverte.


Salif feat Fofo44 – Bleu blanc rouge (2006)

« Y’a que des multi-récidivistes, prisonniers du vices
La chienneté nous rassemble et le bif nous divise
Les fusillades sont comme des parties de tennis
On a des barrettes ou des grammes entre les poils et le pénis »

Les yeux dans la banlieue fait partie de ces compilations qui ont marqué les années 2000. Dj Goldfingers a rassemblé sur son projet une flopée d’artistes plus ou moins connus à l’époque, tous talentueux (Nubi, Nessbeal, Youssoupha, Jeff le Nerf, Kool Shen, L’Skadrille, Mac Kregor, Mystic etc…). Parmi eux, Salif et Fofo 44 qui signent à mon humble avis le meilleur morceau du CD. Leur vision du bleu-blanc-rouge fait mouche avec des textes crus et travaillés sur une instrumentale sombrement jolie, on ne s’en lasse pas.


Hocus Pocus – J’lâche du lest (1998)

« J’lâche du lest, pour qu’le Hip-Hop de l’Ouest prenne de l’altitude »

Ceux qui ne connaissent que le 20Syl des années 2000 seront sûrement incapables de reconnaître le MC Nantais sur Seconde Formule, premier album d’Hocus Pocus, tant son style a évolué depuis. A cette époque, le groupe était formé de 20Syl et Cambia au mic soutenus par DJ Greem aux platines. Le nom du morceau nous viens évidemment d’un des couplets les plus « cutté » du rap français, (Ill sur Pendez-les, bandez-les, descendez-les) et la voix du X résonne sacrément bien sur cette piste que Greem a maîtrisé à merveille pour que ça pète dans nos subwoofers. En témoigne cette délicieuse pause après le premier refrain qui permet à Sylvain de faire une rentrée fracassante. Du bon son old school pour ravir les puristes qui, il faut l’avouer, se font pas mal taper sur les doigts ces derniers temps.


Sinik – Le monde est à vous (2005)

« Bienvenue dans le monde où les démons t’offrent des roses
Où toute la cité brûle quand les dé-con coffrent tes soces
Tout ça m’effraie, plus de crainte de ma part
Partout dans le globe l’alcool a plus de charme que la femme »

Sinik ou le surdoué mal-aimé du rap français. Laissons de côté les clashs, les buzzs à double tranchants et les retours ratés pour parler simplement de ce titre, Le monde est à vous, extrait de l’excellent street-CD En attendant l’album. Malsain l’Assassin crie avec effroi une avalanche de phases percutantes sur le monde actuel. Le tableau est très noir, les couplets sont grandioses, le refrain est absent (juste quelques cuts sur fond de voix féminine) et le rappeur des Ulis semble réellement vivre son texte et les souffrances qu’il décrit, à l’instar d’un Kery James – un soupçon d’agressivité en plus. On est loin du tube de l’été et beaucoup plus proche d’un incontournable du vingtième siècle.


Sopico – John Doe n°32 (2012)

« Appelle-moi Doe John si ça t’chantes
Mais quand mes p’tits gars t’chambrent
Tombe de la fenêtre comme Dawson après une chicha d’chanvre
 »

On ne présente plus la série des John Doe organisée par la 75ème Session, et son armada de chicos en gros plan venus kicker des faces B de manière anonyme. Un concept à saluer qui ouvrait la porte à un sympathique jeu d’identification des acteurs de la scène indé. Vînt alors la sortie du numéro 32, et une voix inconnu qui m’a valu à l’époque un « putain mais c’est qui lui, il est beaucoup trop fort », probablement aidé par l’épique prod de Foul Child. Un peu de recherches et je peux enfin mettre un nom sur cette mâchoire : Sopico, jeune membre de la 75ème Session dont les publications sur la toile sont alors quasi inexistantes. Aujourd’hui, le MC a fait son petit bout de chemin avec sa clique et on attend impatiemment la sortie de son projet Mojo, dont le premier extrait Si je tombe sorti le mois dernier nous a bien mis en appétit.


Shurik’n – Les miens (1998)

« Je marche avec les miens, combien te diront la même chose ?
Je garde tes arrières, tu gardes les miens, pas de marche arrière
Rien ne change, un homme seul est viande à loup
Moi, si j’en encaisse trop je sais qui rendra les coups »

Ce ne sera sûrement pas une découverte pour qui que ce soit, mais on ne va pas se priver d’en parler pour autant. Extrait d’un des meilleurs albums que ce foutu rap français ait jamais connu, Les miens est un morceau qui a probablement fait frissonner des milliers de gens tant le thème est fort, universel et intemporel. Quand la passion pour la musique renforce des liens, que le franchissement des obstacles les soude et que l’amitié se transforme en fraternité, la plume de Shurik’n est là pour rendre un magnifique hommage à ses amis d’IAM. Un énorme classique. C’eût été le seul morceau poignant de l’album, Shurik’n se serait contenté du statut d’artiste talentueux, mais la présence de Manifeste, Lettre et J’lève mon verre – pour ne citer qu’eux – sur le même projet nous montre que lorsqu’il s’agit de toucher le cœur des gens, l’Oncle Shu est simplement prodigieux.

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