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Photo : Sue Cardoso
Photo : Sue Cardoso

L’Erreür : « Les mots sont une matière brute. C’est de la sculpture. »

J’avais beaucoup apprécié son feat. avec Agathe et Melan sur Aussi Vite Que le Vent, le 9ème titre de Vagabond de la Rime II, et pour ne pas dire que c’est mon morceau préféré, bin c’est mon morceau préféré, toujours disponible en téléchargement gratuit -et c’est d’la bombe bébé- je t’ai mis le lien en bas de l’article. De rien. A part ce titre, je n’avais jamais écouté, lu ou vu en live quoi que ce soit sur l’homme qu’on appelle L’Erreür, avant de tomber sur ça. Et quelle surprise… Je me suis retrouvée à enchaîner les morceaux (tous disponibles sur Youtube et Soundcloud pour pas un rond), parfois déroutée, parfois épatée, mais toujours surprise par l’originalité du projet, A Ces Gens -volume 1. Comme le hasard fait bien les choses, CMF- Records organisait 15 jours plus tard un concert à La Dynamo et j’y rencontrais L’Erreür, chaud pour m’accorder une interview juste avant de monter sur scène avec plusieurs des invités sur ce projet.

Pourquoi L’Erreür ?
L’Erreür : Alors là, je ne sais jamais trop quoi répondre. Parce que c’est comme ça et pas autrement. J’ai commencé à écrire et à rapper vers mes 14 ans. Il me fallait un nom, on s’est prit la tête avec un pote pendant quelques soirées, il en est sorti ça. J’étais ado, tu imagines bien, pleine crise identitaire ! Et j’ai toujours gardé ça. Puis y’a le tréma qui est venu après, comme pour illustrer, l’erreur, elle est graphique aussi !

Est-ce que tu peux vite fait nous présenter ton projet pour les gens qui ne le connaissent pas ?
L’Erreür : Je viens de Toulouse à la base, après j’ai pas mal vadrouillé entre Toulouse et Paris. J’ai 24 ans, enfin je crois. Si on est en 2015 ?

Oui, oui, on est en 2015.
L’Erreür : Alors j’ai 24 ans, et beaucoup de mal avec les dates… (il rit). Mais ça doit bien faire 10 ans que je rappe, voilà. 10 ans que j’écris surtout et que j’essaye de mettre ça en forme avec une grosse influence peu-ra. J’ai commencé jeune, avec des potos, comme Melan, d’Omerta Muzik.

[Comme on parle de lui et qu’il squatte autour du camion en attendant le concert, Melan en profite pour s’inviter à l’interview, comme Goune, et son backeur saoul -comprendront ceux qui ont vécu cette nuit-. C’est très sagement qu’ils assistent à notre entretien, même si leur présence a peut-être modifié les réponses de L’Erreür à certaines de mes questions, mais même pas sûr en fait…]
L’Erreür : On avait un petit groupe à l’époque avec qui on faisait du son pour tripper, on s’est jamais pris trop au sérieux mais c’était un bon début. Et puis on évolue… Moi j’ai jamais arrêté de faire ça. Petit à petit, la forme change…

La forme change. Dans quel sens ?
L’Erreür : Déjà la voix, ça fait partie de la forme pour moi. C’est important. Le timbre change en 10 ans. Et avec le temps tu apprends à donner une certaine chaleur aux mots. Ensuite la manière d’écrire, comme le contenu, changent. Forcément à 14 ans, t’écris pas les mêmes choses qu’à 24…

Justement sur quoi tu écris, par exemple ?
L’Erreür : Au début, j’écrivais spontanément, tout ce qui me passait par la tête. Comme beaucoup de gens qui sont dans le rap, je pense. Tu sors ce que t’as de noir en toi et t’essaye d’en faire quelque chose de positif. Et puis là, notamment avec le dernier projet que j’ai réalisé, je commence à vraiment donner beaucoup d’importance au texte et au fait que le texte c’est un objet en lui même qui doit fonctionner. Sans musique, sans instru, si tu lis le texte, quelque chose doit passer, il faut que ça marche. C’est dans ce sens-là que je m’applique beaucoup plus sur le texte, dans la construction même, d’aller du point A au point B, comme un itinéraire, et rechercher la justesse.

Nous apprendrons à voir les choses,
Et leur pourquoi, et leur comment
J’aurai l’innocence des roses, toi des enfants
Comprendre la fleur et le fruit
Comprendre le monde aujourd’hui..

Et du coup, question bateau, mais j’aime bien la poser quand même : pourquoi tu rappes, et pour qui ?
L’Erreür : Alors pour qui, c’est pour moi.

Même maintenant ?
L’Erreür : Oui bien sûr, même maintenant. A la base c’est égoïste. Tu fais pas ça si longtemps si t’y crois pas, si ça te fais pas du bien, si ça t’apporte pas quelque chose directement. Donc je le fais pour moi. Après pourquoi… Euh… (Il hésite longtemps). Honnêtement, c’est vraiment difficile de répondre. L’écriture, je dirais. C’est avant tout l’écriture qui me botte. Je dévore des bouquins. Je suis vraiment passionné de littérature. Je lis de tout, de la poésie, des nouvelles. J’aime beaucoup cette matière. Les mots pour moi sont une matière brute. C’est comme la sculpture. T’as ton bloc et tu le tailles. Là c’est pareil, t’as des mots et tu les tailles. Je le fais pour ça. Vraiment. Pour les mots.

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BOOM!

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