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[Billet d’humeur] Lettre ouverte à Veerus

Doc Gyneco appelait les femmes ses Tasspoupée. Pas de problème, puisque l’on décide ou non d’être cette femme. Quand Taïpan dit «J’aime voir c’que j’ai craché, voir c’que j’ai tâché, Voir c’que j’ai cassé, voir c’que j’éclate» dans Allume la lumière avec A2H et Alpéacha. Là encore, aucun problème. Les rapports sexuels peuvent être fougueux, dans les deux sens. Rien qu’à voir le pouvoir qu’ont les femmes, notamment à genoux, dans la plupart des relations. Pourtant, ce soir, c’est un Tweet. Oui, un Tweet, qui m’a fait écrire ce billet d’humeur.

Le rapport aux femmes dans le rap est souvent bien compliqué. Parfois taxé de sexistes, je ne fais pas partie de ces féministes qui crient à bras le corps au moindre propos choc des rappeurs
Derrière chaque grand homme, il y a une femme, et aucun ne semble l’oublier, puisque ,bien caché sous leurs lyrics, il se cache l’amour du corps de la femme, l’amour d’une personne, l’amour tout court pour le sexe opposé. Le rap n’est pas particulièrement misogyne à mon sens. Et cela ne m’a jamais dérangé que, dans un bon flow, se glisse une référence à une claque sur les fesses. On vous en met bien souvent aussi, et vous le méritez, messieurs.

Alors, me direz-vous, qu’est ce qui me fait sortir de mes gonds ? Un Tweet comme dit précédemment. Le rappeur Veerus, surement avide de bons mots, a jugé bon d’écrire sur un réseau social OUVERT où il a un peu plus de 1800 abonnés «Un homme est riche quand il gagne plus que ce que sa femme dépense». Une phrase qu’il cite entre guillemets, mais qui n’a donc pas d’auteur. Et c’est là que le bat blesse. Veerus a-t-il conscience, qu’au delà de ce que peuvent dire tous les autres, c’est une des choses les plus sexistes qu’il vient de clamer ? En effet, Veerus, les droits des femmes ont évolué. L’image que l’on doit s’en faire également. Les hommes ont-il besoin de palier aux besoins de leur compagne ? à ce titre, les femmes ne peuvent-elles donc pas s’assumer seule ?

Un exemple. J’ai 25 ans, un mec, un bon travail et une addiction profonde pour les fringues et les vinyles. C’est un pôle de dépense important pour moi et, devine quoi Veerus, je sors MA carte bleue au moment de payer ! De ta petite phrase, que tu as surement posté sans aucun sous entendu (je ne veux pas te blâmer ou te juger sans en connaître plus sur toi) tu fais converger tous les problèmes liés à la position des femmes dans la société, et sûrement, un peu dans le rap. Je ne doute pas une seule seconde que tu ne pensais pas à mal, et c’est bien là le pire.

De ce genre de « blague » (haha je me bidonne) découle des préjugés malheureusement bien communs sur le fait que les femmes ne peuvent gagner plus que les hommes, ne peuvent assumer un foyer, ne peuvent même pas s’assumer elle-même. Alors, oui, bien souvent, c’est utile d’avoir un homme sous la main pour descendre les poubelles, faire le ménage ou ouvrir ce satané pot de cornichon (ma bête noire), pourtant, aujourd’hui les femmes sont libres de s’entretenir seule. Et si l’on a besoin d’un homme, c’est bien souvent pour les mêmes raisons que vous avez besoin des femmes. Nous sommes aujourd’hui, et avons toujours été, ne vous en déplaise, des femmes que j’aime à appeler couteau-suisse (qui peuvent et savent faire tout ce qu’elles veulent). Tout est dans l’expression, reprends-la dans un de tes sons plutôt qu’un cliché si tu veux, c’est cadeau, Veerus.

Loin de moi l’idée de monter sur mes grands chevaux, je voulais simplement souligner qu’il ne faut tomber dans aucun de ces écueils, ce que tu as eu le malheur de faire un soir où j’étais déjà remontée, et, surtout pas sur Twitter. Ce réseau social où tout est public. Ainsi, l’on revient aux différents débats, «peut-on rire de tout ? » et « le rappeur doit-il s’engager ? Peut-il être un modèle ? ». Je te laisse libre court de t’exprimer en tant qu’artiste, et futur comique donc, mais me permets simplement de te mettre en garde du danger de glisser ce genre de phrase à ton public jeune, influençable et bien souvent masculin ou même à toute autre personne.

Allez, je ne t’en veux pas, Veerus, je te payerai peut-être même un coca un jour avec mon argent durement gagné.

Bisous bisous.

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2 comments

  1. Pour le morceau « La Rumba, je voulais dire impossibilité d’interpréter le morceau au second degré et non au premier degré.

  2. Bonjour Mandarine, t’as critique est intéressante, mais j’ai peur qu’elle soit disproportionnée.

    Je m’explique: quand tu dis « peut-on rire de tout? » Ça me fait penser bizarrement penser à la polémique Dieudonné, ou les politiques se sont enflammés, en multipliant les amalgames et les contres-vérités.

    Je n’ai jamais écouté les sons de ce rappeur, donc il est possible que mon analyse du propos soit faussée.

    Je m’explique : les femmes, c’est comme les hommes, il y a des gens biens, et des gens qui profitent des autres.

    En lisant entre les lignes du propos de ce rappeur : je ne vois pas la femme de ciblée, mais un certain type de femme.

    Je pense que son propos vise exclusivement la « femme vénale ».

    J’habite pas loin d’Annemasse, ville frontalière à Genève, en Haute-Savoie, qui est le département le plus chère de France.

    Je suis dans un coin ou le salaire moyen est plutôt élevé, et j’ai bosser dans le coin pendant deux ans dans la téléphonie mobile en zone commerciale. Sans vouloir faire de préjugé ou de sexisme, j’étais dans un environnement, ou si tu es un homme qui a des signes extérieurs de richesse, et les finances qui vont avec, tu es sur de multiplier tes chances pour te trouver une jolie demoiselle.

    Par contre, je ne dis pas que c’est partout pareil, et des profiteurs, on en trouve aussi chez les hommes.

    Je pense juste que ce rappeur a écrit ceci, en ayant peut-être pu être confronté à un environnement, ou il est difficile de se trouver des demoiselles ne recherchant pas une sécurité financière.

    En ce qui concerne les auditeurs, c’est comme « l’affaire Dieudonné ». Il faut faire confiance au résonnement des auditeurs de l’artiste, même si ils sont jeunes. Et si ils ne peuvent pas faire de discernement dans les propos de l’artiste, le rôle revient aux parents, afin de donner les clés à ces ados pour distinguer le vrai du faux.

    Et si jamais ce rappeur a voulu faire un trait d’humour, dans ce cas là, je le placerais vers un humour à la « Gaspard Proust ». Au publique de se faire après sa propre interprétation.

    En parlant de la misogynie dans le rap, il y a un morceau que j’adore du groupe Sniper qui s’appelle « La Rumba ». Comme tout homme qui se respecte, j’aime ce genre de morceau à forte connotation sexuelle.

    Pourtant, je suis obligé d’admettre que ce morceau est fortement sexiste, vu que la femme y est rabaissée au simple statut « d’objet sexuelle ».

    Et pourtant, je pourrais prendre ce morceau au second degré, comme j’ai pu le faire avec le morceau « Sale Pute » d’Orelsan, qui est clairement une fiction, et la mise en situation, via le clip, d’un mec trompé par sa petite copine. Mais pour « La Rumba », la construction du morceau est tel, que les idées sexistes y sont véhiculés sans aucune possibilité de les interprétés au premier degré, puisque le morceau ne rentre pas dans les cases de fiction ou de story telling.

    J’attends ton droit de réponse.

    Au plaisir de te lire.

    P.S. Ayant la flemme de me relire, je m’excuse pour les éventuels répétitions,fautes d’accord, d’orthographes, et de syntaxes.

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