[Live Report] Disiz au 6Mic, L’Amour de la scène

Présentation, ici, de notre ressenti quand à la prestation de Disiz lors de sa tournée pour défendre l’Amour, son dernier projet en date.

Les forces en présence : Disiz et Rounhaa

Résumé de la soirée : jeudi 5 mai s’est tenu au 6mic (à Aix-en-Provence) un concert de Disiz, avec Rounhaa en première partie. Public chaleureux et éclectique d’un côté ; artistes enthousiastes de l’autre. Tout était bon pour débuter un super concert. Surtout, les deux artistes venaient chacun défendre un nouveau projet, et ça, c’est toujours intéressant à voir sur scène. Disiz a de fait sorti cette année le très acclamé L’Amour et Rounhaa a sorti, le lendemain du concert son dernier disque, Möbius. L’occasion était donc toute trouvée pour voir ces deux œuvres sur scène, et voir quelles transformations allaient y être effectuées.

Parlons d’abord de Rounhaa, qui a donc ouvert la soirée. Jeune artiste d’origine marocaine et martiniquaise, il est depuis peu signé dans le nouveau label de Disiz, et assure sa première partie sur la tournée en cours. Un cadre parfait, sans doute, pour un jeune artiste : nulle doute qu’une tournée de Disiz permet de grandement s’exercer à la scène.

Rounhaa au 6Mic. Photo : Romain Maillot

On évoque peu, lorsqu’on commente une performance en concert, de ce qui se passe avant. De l’ambiance générale, de l’attente du public. Pourtant, on sait bien, dans la salle comme sur les réseaux sociaux, que l’album de Disiz a été très aimé. Très organique, emplie de chaleur et d’amour, il a su séduire un nouveau public et le rallier aux fans de longue date du rappeur. C’est aussi, sans doute, un effet de la période musicale : Disiz s’inscrit loin de la drill, de la musique dépressive et des ambiances nocturnes.

Tout au contraire, sa musique récente illustre plutôt bien la région et la salle dans laquelle il était : du soleil certes, de la chaleur certainement, mais des sentiments exaltés aussi. Complexité de l’amour, de la tristesse et de la rupture amoureuse, tout est dit ou presque dans ce disque pertinent et intéressant. D’où, certainement, une part de son succès (sans omettre, évidemment, « l’effet Damso » sur Rencontre).

Et cette attente se sentait dans les gens, venus nombreux honorer la musique de l’artiste – et ce malgré le concert d’Orelsan au Dôme le même soir, comme Disiz l’a mentionné au début de son set.

Rounhaa en première partie : court mais intéressant 

Rounhaa au 6Mic. Photo : Romain Maillot

C’est toujours complexe de juger une première partie que le public connait peu. Cela dit, dans les premiers rangs, on comptait quelques personnes qui connaissaient particulièrement bien la musique de Rounhaa, en particulier Dubaï, actuellement son morceau le plus streamé sur les plateformes. Ce qu’on a apprécié, en plus du moment où il a facetime sa mère, c’est de faire découvrir des inédits de son album qui est sorti juste après. Notamment MUSIC SOUNDS BETTER WITH YOU, très réussi sur le projet, et que l’on vous recommande.

Simplement, la performance était un peu courte, et sans doute légèrement trop monotone. Mais, rien qui ne puisse être gommé ou perfectionné par la suite. N’empêche que de notre côté, on s’est quand même mis à écouter Möbius dès sa sortie… Donc quelque part, opération réussie pour le rappeur ? Personne ne dira le contraire. Et surtout, la transition fut très bonne vers Disiz, et on sent le MC très à l’aise dans ses déplacements, sa gestion de la scène et du tempo.

Disiz : un concert très organique

Le concert a commencé par une mise en scène intéressante : Disiz, seul dans la lumière, était assis modestement sur un tabouret. Les deux premiers morceaux, assez statistiques, s’élèvent en douceur dans la salle. Une introduction à l’image de l’album, calme et aérée, dont les photos ne peuvent complètement capter l’atmosphère. Il faut le vivre.

Disiz au 6Mic. Photo : Romain Maillot
Disiz au 6Mic. Photo : Romain Maillot
Disiz au 6Mic. Photo : Romain Maillot

Cela n’empêche pas, pour autant, une montée en puissance, dès le troisième morceau. Là, le rappeur se lève, commence à se mouvoir sur scène. Directement, on sent une énergie qui commence à croitre, aidée par la mélodie très organique des instruments présents. On ne l’a pas encore dit, mais Disiz sur scène, c’est tout un groupe : guitaristes, batterie, bassiste, claviériste sont tous présents sur scène.  

Disiz au 6Mic. Photo : Romain Maillot

Très vite, on comprend la synergie qui habite ce groupe : nombre de morceaux sont rallongés ou réorchestrés, pour offrir une nouvelle version au public. Il faut dire que le dernier album de Disiz, l’Amour, s’y prête particulièrement. Des morceaux comme Casino, Beaugarconne, Dispo ? sont à ce titre particulièrement attendus et efficaces.

Pour donner un exemple de la vibe du concert – pour ceux qui n’auraient pas vu l’artiste sur scène -, c’est presque un mélange funk/rock dans l’esprit, au vu des instruments. Cela se rapproche de l’expérience d’un concert d’Orelsan, qui lui aussi ramène de nombreux musiciens sur scène, et n’hésite pas à créer de nouveaux arrangements musicaux de ses morceaux existants.

D’ailleurs, l’utilisation de véritables instruments est une tendance qu’on constate et apprécie de plus en plus dans la scène rap. Orelsan, Ichon (que l’on a vu aussi au 6Mic !) Disiz et d’autres encore ont tous pris ce parti, et c’est plus que réussi. Nulle doute que cette tendance s’ancrera définitivement dans le paysage musical français, et c’est pour le mieux.

Un mélange entre L’Amour et Pacifique

Il va sans dire que Disiz était là pour défendre son dernier album. En ce sens, c’est tout à fait à propos de centrer la setlist sur les morceaux de ce dernier – c’était d’ailleurs ce qu’il faisait déjà lors de la tournée pour Pacifique, et sans doute pour d’autres disques avant lui. En pratique, le concert ne laisse que peu de place aux autres albums : seuls quelques morceaux, comme Carré bleu ou Splash viennent d’autres projets, et plus précisément de Pacifique.

Mais c’est aussi logique d’avoir limité la setlist à ces deux albums. Déjà, ils sont parmi les plus récents du rappeur, et appartiennent tous les deux à la période plus « récente », « moderne » (après la trilogie Lucide en clair). Mais ils sont aussi forgés dans des sonorités proches, très organiques, faisant la part belle aux batteries, guitares etc. Idéal donc pour la scène telle qu’elle était conçue lors du concert.

Et puis, jusque dans les jeux de lumière et la mise en scène, on sent un travail très visuel, que l’on ressentait sur ces deux albums, précisément. Disiz l’avait dit dès la tournée de Pacifique : ses concerts sont conçues comme des expériences, qui passent par tous les sens. Or, on retrouve vraiment cette idée dans la performance qui a été donné jeudi 5 mai : de la mélancholie de Qu’ils ont de la chance aux pogos de Splash, on passe par toutes les émotions, tous les ressentis. Et la scénographie accompagne et véhicule ces changements d’ambiance, orientant les jeux lumineux pour faire ressortir ces moments singuliers que crée le live.

Un excellent concert donc, pour un artiste qui n’a plus à prouver sa qualité, tant en live qu’en album. On dira même : c’est encore meilleur en live. Alors si vous en avez l’occasion, foncez voir Disiz sur scène, dans le Sud ou ailleurs ! On l’a dit et on le répète, mais de nombreux artistes sont même meilleurs sur scène que sur disque. Il faut, comme Disiz le chantait sur Transe-Lucide, « prendre le risque d’aimer », et d’aller voir des artistes en vrai, en live. Même lorsqu’on ne connait pas tous les morceaux ; même lorsqu’on ne connait pas toutes les paroles. C’est un risque qu’il est beau de prendre.

Etrangement – ou non, c’est selon votre goût -, l’album de Disiz nous a d’ailleurs rappelé la phrase que scandent les chœurs de Touch de Daft Punk : « if love is the answer, you’re home« . Si l’amour est votre réponse, vous êtes là où vous devez être. On ne peut pas vous souhaiter mieux comme conclusion.

Merci encore au 6Mic et aux organisateurs du concerts. C’était une superbe soirée.

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Romain Maillot

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