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[Live Report] Scylla, L’Hexaler, Jeff Le Nerf au Metronum

Ce vendredi 16 septembre c’était la So Fresh Time organisée par Fresh Gordon et son équipe, à Toulouse au Metronum. C’était une première de cette envergure pour le concept de la So Fresh Time Prod qui ambitionne l’organisation d’évènements autour de la musique urbaine en invitant des artistes de Toulouse et d’ailleurs. Pour la première du concept, la scène du Metronum a été occupée à tour de rôle dans un timing millimétré par Neka, 10vers, Papifredo, Dj Logilo, L’Hexaler, Jeff le Nerf et le très attendu Scylla.

                                                                                      10vers

La scène d’abord occupée par Neka, 10vers et Crown, qui ont chauffé un public réceptif et même parfois connaisseur, a ensuite été laissée pour quelques minutes à leur DJ qu’ils se sont partagé pour leur set. C’est le toulousain Dj Acok qui assure l’intermittence le temps du changement de plateau. On aurait presque aimé un set rien qu’à lui tant le type est à l’aise derrière ses platines. Sous son chapeau et malgré sa main bandée le DJ membre de Alamaizprod a gardé le public bien au chaud le temps de faire place à Papifredo, MC de la première génération venu avec un set oldschool. Le MC avec une générosité scénique bien appréciable a assumé jusqu’au bout pour les fans restés pour chanter avec lui le refrain de sa chanson phare Les kisdés, écrite en 1997.

DJ AcoK
DJ AcoK

Après Papifredo, la scène a été occupée par DJ Logilo introduit par Gonzo, le speaker de la soirée. Logilo c’est un peu la tête d’affiche locale du DJing avec son titre de vice-champion de France de scratch en 1987, il était arrivé juste derrière Dee Nasty, on lui pardonne aisément cette seconde place… Son premier passage pour la soirée So Fresh Time a été surtout une démonstration technique avant l’arrivée du belge L’Hexaler.

DJ Logilo
                                                                                  DJ Logilo

Première grosse tête d’affiche de la soirée, L’Hexaler a rassemblé un public compact et avec les bras en l’air. Le MC belge a fait un show fidèle à lui-même. Dans une posture du mec qui n’a rien à prouver, L’Hexaler et son flow insolent de facilité, ont occupé la scène sans fioriture, avec un j’m’en-foutisme presque comique, rendant le bonhomme inévitablement sympathique. Trimballant son imposant corps mou d’un bout à l’autre de la scène avec une flemme assumée, le MC était accompagné de deux backers beaucoup plus vifs et démonstratifs. Avec un effort minimum fourni c’est pourtant L’Hexaler qui se paye le luxe d’une pause en plein set pour laisser la place à ses deux acolytes. Quand on est le roi, on peut tout se permettre. Il reprend rapidement les rênes du set malgré son apparente nonchalance et interpelle  DJ Acok pour enchainer les morceaux rapidement, offrant au public ce qu’il est venu entendre. On retiendra du set de L’Hexaler une grande efficacité dans l’enchaînement et une bonhommie singulière laissant le souvenir d’un set impeccable qui nous aura parfois fait sourire grâce à la posture décomplexée du belge bedonnant.

L'Hexaler
                                                                              L’Hexaler

C’est Jeff le Nerf qui a suivi sur le plateau, avec une arrivée fracassante, toute en nervosité comme à son habitude, il a rappé tout d’abord devant les quelques abstinents au tabac puis la salle s’est à nouveau remplie. Il a terminé son set avec le morceau Hymne à la tristesse que le public connaissait par cœur. Puis c’est DJ Logilo qui est remonté sur scène avant celui qui semblait être le plus attendu. Cette fois-ci Logilo a mis le feu au public avec un medley qui a fait l’unanimité, mixant les passages célèbres des artistes qui font que le rap en est là aujourd’hui. NTM, Bustaflex, Ärsenik, La FF, IAM, La Scred, Fabe, Lunatic, Kery James et même Furax dont les paroles chantées par un public bien remonté, ont été sujets à un hommage de la part du DJ auquel le public a souhaité son anniversaire ce soir même dans une ambiance bon enfant.

Jeff le Nerf
                                                                           Jeff le Nerf

L’interlude entre Logilo et Scylla devait être assurée par l’organisateur lui-même, Fresh Gordon qui semblait avoir prévu un freestyle live pour l’occasion. Un problème technique a mis Fresh Gordon dans un embarras vite rattrapé par Gonzo, l’excellent speaker de la soirée, qui aura jusqu’au bout fait preuve de son aisance dans ce rôle qui lui va si bien. Tentant une impro a capella pour faire patienter un public impatient, Gonzo a rattrapé ce qui aurait pu être un moment de malaise et a permis au public de garder son enthousiasme malgré l’annulation du show de Fresh Gordon.

Le petit bémol passé, c’est enfin le plateau de Scylla qui s’est installé rapidement, dans un décor minimaliste mais non dénué d’effet. La colombe en origami projeté en fond, la lumière bleuâtre rappelant l’esthétique de l’album Abysses, il y avait comme un goût de fin de récréation,. Après quelques minutes d’ambiance lourde, chargée des profondeurs de prods ténébreuses si particulières au MC, Scylla arrive sur scène justifiant aussitôt son titre de tête d’affiche. A l’image de sa musique exigeante, Scylla sur scène maîtrise tout, son image, sa posture, son flow, l’interprétation de ses textes. A croire qu’il est aussi aux commandes des muscles érectiles de nos poils pendant les breaks d’intensité où le public est suspendu aux lèvres du MC. On peut reprocher l’arsenal démesuré de photographes qui polluaient visuellement le set, alors qu’on était plongé dans une écoute focalisée, on aurait aimé avoir un environnement qui se prête à l’évasion avec un Scylla qui propose un spectacle pourtant tout en puissance. L’alchimie a cependant opérée par la force de la présence scénique unique du rappeur, nous laissant embrumés à la sortie de la salle et avec l’envie de rester dans les abysses en écoutant encore une fois la dernière chanson de la soirée : Répondez-moi.

Scylla
                                                                                       Scylla

Quand bien souvent les sets des rappeurs se limitent à du kickage sur scène, Scylla apporte la preuve qu’il est possible d’offrir une prestation de qualité, travaillée, ne laissant rien au hasard avec une posture profondément généreuse pour son public. Un conseil, si le monstre belge joue près de chez vous, foncez !

Scylla
                                                                                Scylla

 

// Crédit Photos : Zoé Beaucoueste //

About Ana Ravat

Je suis nulle en solfège, j'ai aucun talent musical, j'écoute beaucoup de rap sans jamais acheter un CD et quand je vais en concert c'est que j'ai un plan pour des places gratos. Face à l'inconfort psychologique et à l'immoralité d'une telle situation j'ai décidé de réduire les tensions névrotiques inhérentes à ceux qui prennent sans jamais donner. Me voici, me voilà, profitez-en!

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