[Live report / Interview] – Seconde édition de FRAP & Interview de Josué

Le 25 juin dernier se tenait au Badaboum la seconde édition de FRAP, évènement organisé par le collectif Trente Sept Degrés qui a pour objectif de réunir des artistes rap et l’univers de la mode au cours d’un live, afin de participer à entériner le mariage entre ces deux univers. La première édition proposait déjà une programmation intéressante, mêlant des artistes émergents comme Rozzy, ou en pleine ascension à l’image de B.B Jacques ou K.S.A (qui possède déjà une longévité dans le paysage rap)…

Cette seconde édition reste à la hauteur au niveau de la programmation

FRAP met l’accent sur la découverte de talents et le line-up proposé correspond à cette démarche. Un Dj set d’Abel 31 suivi des prestations de Mikano, Angie, Josué et Sean en invité de marque doivent rythmer la soirée. Les aléas de la circulation de la ville parisienne ont légèrement retardé l’installation de SUPRAM, représentant de l’univers mode au cours de cet évènement. Ce retard n’a néanmoins pas mis en péril le bon déroulement de cette soirée, ni rien enlevé à l’énergie ambiante et créative.

Comme prévu, Abel 31 a investi la scène pour échauffer cette soirée en douceur et le thème musical rap de la soirée, tout en s’autorisant un peu d’excentricité dans son mix, proposant notamment un remix house de Freeze Corleone. La diversité des couleurs musicales proposées par les artistes au cours de ce concert malgré leur appartenance à la scène rap est l’une des grandes réussites de ce concert. On avait l’impression d’être dans un bouillon de créativité qui fait du bien.

Mikano en prenant la relève d’Abel 31 a allumé le feu de départ de la soirée, n’hésitant pas à donner de son énergie et créant du lien avec le public. Il a interprété notamment Cool Kids Can’t Die et 9 times, laissant ensuite la scène à Angie et sa versatilité musicale. Capable de passer d’un R’n’B doux et nuageux, à des sonorités trap et drill plus énergiques, comme sur Nouvel Anthem , la rappeuse/chanteuse a su créer de la connivence avec le public et prolonger la bonne humeur de la soirée.

Le lancement parfait pour Josué (à retrouver en interview ci-dessous), venu défendre sur scène quelques titres de son projet Béni (à écouter ICI)et asseoir définitivement la tournure trap de l’événement. Les titres Survis, issu du feat avec Capitaine Roshi, et Choppa Flow ont surchauffé l’ambiance au sein du public.

Le micro devenu torche brûlante est ensuite passé en relais à Sean. Le rappeur a su en maîtriser le feu, tout en insufflant un vent frais de mélancolie chantée avec le titre Mauvais marins. Venu en invité de marque pour clôturer cette seconde édition de FRAP (après une 1ere très réussie qu’on avait aussi chroniqué ICI), le rappeur a partagé la scène avec son invité Yassin pour interpréter BIGMAN issu de l’album Vu d’en bas de ce dernier.

En bref, cette nouvelle édition de FRAP fût une nouvelle réussite, qui montre que de tels évènements hybrides ont encore leurs places au sein du rap. Elle a permis une nouvelle fois à des artistes émergents de se produire face à un public de passionnés, avec un plateau permettant à tous de découvrir les futurs talents du rap game, tout en faisant le trait d’union entre rap & mode, représentée cette fois par le streetwear de SUPRAM.

Josué : « Je fais une musique ouverte, qui ne peut que faire du bien… »

Cet évènement FRAP a également été l’occasion pour nous de rencontrer Josué, rappeur de talent encore assez méconnu du large public. Juste avant ses balances, nous avons discuté avec l’artiste au coin d’une rue, pour un échange de qualité, accompagné de son DJ et de son manager.

Bonjour Josué ! Est-ce que tu te peux te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

Moi, c’est Josué, rappeur du 77. J’ai sorti 3 projets, le 4ème arrive prochainement. C’est la folie, j’essaie de propager la bonne parole et de la bonne musique. Et puis, me voilà.

Qu’est-ce que tu dirais de ta musique pour la présenter à quelqu’un qui ne te connaît pas ?

Je dirais que c’est une musique qui motive, qui donne espoir, une musique qui donne foi et qui je l’espère fait avancer.
Une musique assez ouverte, pas de style fermé, un truc bien audible et agréable. Un son qui ne peut QUE faire du bien je pense.

Tu es arrivé sur les plateformes en 2018 avec l’EP Amen, suivi en 2021 de ton projet Béni. Tu as alimenté l’année 2019 avec quelques singles. Mais depuis, tu es assez discret.
On sent déjà que ton art est déjà bien cadré, avec une direction claire et travaillée. Je suppose que tu as pris le temps avant de te présenter au public. Parle-nous un peu de ton parcours...

En fait, je me suis pris le rap très tôt, à l’époque de One beat (Compilation ICI), les Youssoupha, les Planète Rap de l’époque, Scar Logan
Je me suis pris toute cette belle vague Hip-Hop. J’ai commencé avec les freestyle, les open-mics. J’ai kiffé le rap quoi.
Et à partir de 2018, j’ai commencé à vouloir me présenter sur les plateformes de manière cadrée, d’être un vrai artiste….

Avant, tu te préparais en quelque sorte, c’était l’arrière salle, l’échauffement, quoi…

Oui, voilà, j’ai fait quelques trucs, quelques clips, mais c’était davantage pour me faire plaisir que pour faire plaisir à une communauté. Ce n’était pas dans une vraie démarche artistique encore.

Sur le projet Béni, dans les morceaux Jeune boss et Tous les jours tu décris une vie d’entrepreneur. On ressent bien l’excitation et la motivation dont tu parlais en début d’interview; un dévouement presque obsessionnel à ton art. Est-ce vraiment le cas?

Je suis vraiment obsédé par la musique, le Rap et tout l’aspect de réussite dans cette création me tient vraiment à cœur. Je pense que lorsqu’on s’acharne dans une discipline, on arrive à des résultats. C’est le message que j’essaie de véhiculer dans ma musique, de montrer que je suis acharné que je ne lâche pas. Le temps nous dira si ça aura servi à quelque chose, mais c’est vrai je suis acharné, je ne lâche rien.

Tu parles de motivation, c’est un des aspects clés du projet Béni, qui résume ta démarche. Au refrain du morceau Trop fait tu dis « j’en ai trop fait pour renoncer aux trophées…j’en ai morflé même oublié Morphée ». Ça marque bien cette idée. Qu’est-ce qui te motive comme ça ?

Ce qui me motive c’est pas la fame, mais je suis un gars qui aime partager. Quand je faisais de la musique et que ça ne marchait pas, ça me mettait un coup au moral, tu vois. Je suis un showman, je viens de l’open-mic, les ambiances où tu lâches une phase et tout le public crie (rires..) Je veux partager mes vibes, et mes émotions avec le public.
En fait, plus que la motivation, c’est l’espoir qui m’importe. Ok, je suis motivé, mais c’est l’espérance qui me guide.

Un autre aspect clé de Béni, c’est les relations, de manière globale. Que ce soit avec les meufs ou ton équipe. Commençons par les filles (rires)..Il n’y a aucun piège. Ce qu’on retrouve dans de nombreux textes de rap souvent, c’est l’idée qu’être focus sur son art et sa musique, nécessite de négliger certaines autres choses, et le plus souvent ce qui est mis en opposition, c’est les relations amoureuses…

C’est pas forcément les meufs qu’on met de côté, moi, j’ai mis aussi les sorties de famille de côté, c’est des sacrifices, tu te donnes à fond pour ta musique.
Par exemple, des fois t’as des séances studio, des concerts, et tu peux rien faire d’autres. Là on est samedi, il y a concert, ma mère aurait peut-être voulu que je l’aide à faire les courses. Mais, tu fais passer des priorités avant d’autres et quand tu veux réussir, il faut que ta meuf ou ton entourage comprenne ces choses-là. C’est pour ça que, à ce niveau, c’est peut-être plus compliqué les relations avec les filles. Après j’ai la chance d’avoir une grosse équipe autour de moi, des amis que j’aime énormément, qui bossent avec moi, mon manager qui est mon ami d’enfance…

Justement ton équipe; c’est l’un des autres aspects importants qu’on voulait aborder…

Oui j’ai une bonne équipe, ça me fait plaisir… Et c’est important pour moi.

L’album s’appelle Béni, et auparavant il y a eu un EP du nom de Amen (ouais), tu t’appelles Josué (rires – tout est lié). La dimension spirituelle voire religieuse est clairement présente. Quels rapports tu entretiens avec ça ?

Je pense que toute personne spirituelle peut se retrouver dans ma musique. Il n’y a pas de parti pris pour une religion particulière.
Béni pour moi c’est prendre conscience des choses, faire le bien et avancer dans le positif. Un bouddhiste, un chrétien ou un musulman peut se retrouver dans cette idée. Le prochain projet s’appellera Confessions.
Donc, on reste dans cette ligne : ça touche à la spiritualité, mais pas à la religion, si tu vois la différence ? On va balancer un single exclu bientôt. Au départ, j’hésitais entre deux titres. La Bonne Parole ou Confessions. Je pense qu’on va garder Confessions. Conserver cette dimension spirituelle qui me parle et que je mets en avant sans chercher à faire le pasteur non plus.

Effectivement, on ressent la dimension spirituelle sans pour autant avoir l’impression d’écouter du rap de « catéchisme ». Ça m’amène à la question suivante : qu’est-ce que ça signifie pour toi d’être béni et comment as-tu souhaité faire passer le message dans le projet ?

Dans l’album, le morceau Très très loin et le morceau Béni, voire même tout le projet; c’est un peu la trame de la bénédiction, tu vois. Tout le projet est une explication de ce qui fait qu’on peut se considéré comme béni : ne pas lâcher, être avec ses amis, faire les choses  ensemble, des fois penser un peu à sa gueule, profiter du moment présent tout en ayant conscience de ce que peut apporter l’avenir. Ce projet, c’est un peu la voie vers la bénédiction.

Tu parlais du morceau Très très loin, je l’ai écouté et je me suis demandé ce que tu voulais dire par Béni. Je crois comprendre que c’est le fait d’être entouré de tes équipiers, que vous tiriez tous ensemble vers le haut, dans la même direction, pour concrétiser vos ambitions. Tu leur rends hommage tout au long de ton album, on ressent leur importance et l’idée d’une mission commune. Comment tu sélectionnes cet entourage ?

Comment dire… vaste question !
En fait, je fonctionne sur le système de l’entonnoir. Les gens viennent dans mon cercle, parce qu’ils aiment le projet, ils aiment la cause, le mouvement et avec le temps, ça s’épure. Je pense que ceux qui restent sont ceux qui ont vraiment la niaque et qui ne pensent pas au résultat immédiat, ceux avec qui j’ai des vraies affinités et qui profitent du chemin autant que du but de l’aventure. Ceux qui sont pressés ou ne comprennent pas sont déjà partis. On s’est recentré et on avance en équipe resserré, avec nos valeurs et nos principes. Au début du projet Béni, on était une quinzaine et à la fin, une huitaine.

Effectivement, on ressent que tu aimes le travail d’équipe. 8 feats sur 13 titres de l’album. C’est délibéré ?

Franchement, c’est un choix. Je ne pensais pas que l’on ferait autant de feats, mais c’est un choix de collaborer autant.
Cinco, je le connais depuis un moment, donc c’était logique. Flaco, je l’admirais et quand on s’est pluggé, il m’a dit qu’il aimait aussi ma musique, donc ça c’est fait tout seul. Lpee, on s’est rencontré à travers nos expériences dans la mode et ça a bien matché. Nelick aussi, c’est quelqu’un que j’appréciais déjà beaucoup avant le feat. Toutes les personnes sur l’album sont des gens que j’apprécie et qui m’ont ouvert les bras, donc tant qu’on fait de la bonne musique, c’est le principal.
Ah oui, aussi Capitaine Roshi, je l’ai rencontré à un concert et il s’est trouvé qu’un de mes amis est son cousin, on est tous les deux Congolais donc, voilà…

A2H  occupe une place importante sur le projet, avec 1 feat, mais aussi parce qu’il produit plusieurs morceaux. Tu peux nous en dire plus sur votre relation ?

A2H est un artiste que j’apprécie énormément. On s’est rencontré à l’époque où il habitait à Melun. C’est un gros soutien moral pour moi. Mais il n’est pas décisionnaire dans ma musique. Il me donne son avis, mais il me fait confiance. Il a de l’expérience pour m’aider, donc il peut nous conseiller, tout en nous laissant une liberté artistique.

A2H, on sait que c’est un musicien, il démontre toujours un éclectisme musical large dans ses projets. Est-ce que tu t’es nourris de ça à son contact ? Et plus largement quelles sont tes influences personnelles ?

Je suis dans un truc assez musical, mais c’est surtout car je suis africain et qu’on aime bien la musique, les mélodies et les rythmes. Mais, demain, je ne ferai pas de la guitare soudainement.
J’aime aussi beaucoup la trap. Je n’aime pas m’enfermer dans un style de musique, donc je vais développer mon style personnel. Je ne me dirige pas dans le style d’A2H, mais son éclectisme ça m’influence bien sûr, comme plein d’autres choses. En ce moment, il y a la Jersey qui m’influence pas mal..

Tu as signé chez Columbia récemment, donc tout d’abord félicitations (merci beaucoup). Il me semble également que tu es signé sur le label Palace Prod d’A2H. Quels rôle jouent ces deux structures dans le développement de ta carrière ? 

On a distribué le projet Béni avec Columbia, le prochain sera avec quelqu’un d’autre. On essaie de hustle comme ça et garder notre indépendance.

Tu vas donc performer pour l’évent la FRAP qui a pour but de mélanger la sape et le rap. Pour cette édition ça se passe avec SUPRAM, en partenaire mode et tu seras aux côtés d’artistes comme Sean, Angie et Mikano.
Tu évoques pas mal la sape dans ta musique et tu apportes un soin à l’esthétique de tes clips. La sape et la musique sont indissociables dans le rap aujourd’hui, selon toi ? 

Perso, je suis plus rap, que mode. J’ai kiffé la mode par mon père et peu à peu, je suis rentré dedans. J’aime ça aussi, c’est vrai. Ça fait partie de mon identité. Je bosse avec des créatrices sur chacun de mes clips. Il y a D.Mouclier qui a fait les sapes de tous les clips du projet Béni, y a Bluemarble, et plein d’autres marques qui me donnent de la force. Je vais essayer de pousser le côté mode sur Confessions et oser davantage en termes de sapes, parceque c’est cool.

Tu as cette envie de développer quelque chose de ce côté ?

Oui, j’aimerais bien développer un truc sur la durée, donner du bon merch’ de qualité. Je suis un gars de l’Entertainment, je suis là pour divertir et toucher à tout.

Tu as une ligne d’horizon où tu souhaites que ton ambition te mène ? Un objectif précis ?

Comme tout artiste une petite certif’ ça ferait plaisir. En dehors de ça j’aimerais être une source de motivation pour les autres. Des rappeurs m’ont inspiré.
J’ai envoyé un message à Ol Kainry pour lui dire qu’il m’avait inspiré. Si je reçois un message semblable un jour, je me dirai que c’est un accomplissement, que j’ai agi. C’est gratifiant.
Par exemple, Salif n’a pas peut-être pas plein de certifs à la maison, mais il sait ce qu’il a fait. C’est un boss, un king du rap fr.

La période COVID a été un frein dans la progression de plein d’artistes, notamment dans la rencontre avec leur public. Est-ce que de ton côté tu prévois une tournée ?

Moi je suis à fond sur ça, rencontrer le public, monter sur scène. Le covid a été un frein, c’est certain, mais les lives ont permis de nous rapprocher ces derniers mois. Ça nous a permis d’être plus créatif et je pense qu’aujourd’hui, on peut trouver d’autres idées, des moyens alternatifs, pour aller à la rencontre de notre public. Des petits concerts chez les gens, etc…

Tu vas monter sur scène ce soir, comment tu te sens à quelques heures de te présenter face au public ?

Moi j’aime bien la salle, ça change des festivals. J’aime bien les concerts, comme ça. Ça va bien se passer, en bon esprit et on va bien kiffer. On va faire ça bien.

Quel est ton rapport à la scène ? Tu t’y es toujours senti à l’aise ou comme pour les interviews, t’as appris à gérer ça sur le tas ?

(Rires) Ah au début, c’était chaud les interviews, même là c’est un peu bizarre pour moi (rires). J’ai eu la chance de commencer tôt les open-mics, j’ai pu me confronter au public très jeune, donc les lives, je suis habitué. J’ai toujours une petite pression avant de monter sur scène, je ne sais pas d’où elle vient mais une fois que j’y suis, je suis dedans, et j’y vais à fond.

Donc, aujourd’hui tu es Kimia (en paix, tranquille en Lingala) ?

(Rires) Aujourd’hui.. (rires)
Petit à petit je deviens Kimia. On va être Kimia et on va être béni aussi.

Je vais te laisser le mot de la fin...

Le mot de la fin c’est :  Rolamerde!

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