[Interview] Ashkidd: « L’AMOUR ET LA VIOLENCE ou l’étonnante évolution moderne du rouge et le noir »

Voici le récit de notre Stendhal moderne Ash Kidd, dont le premier album retrace avec brio la dichotomie entre Amour et Violence, entre Rouge et Noir, entre Bien et Mal...


Ashkidd est un artiste mélancolique de 28 ans avec une plume précise retraçant les dérives de son quotidien et à travers lui de sa génération, via la consommation de drogues, les relations charnelles, le regret, que nous avons chroniqué au début de la semaine (ICI). Tant de thèmes auxquels nous sommes perpétuellement confrontés, et auquel l’auteur donne une beauté nouvelle et qui nous a donné envie de le rencontrer pour discuter de L’AMOUR ET LA VIOLENCE.

Ash Kidd offre avec ce premier album une véritable description de la difficulté d’éviter l’omniprésence de l’amour et de la violence qui sont bien inhérentes à toutes nos vies.
Claude Bourgeois de son identité civile, apparaît alors comme un véritable mélomane qui incarne parfaitement ses diverses influences, alliant pop, RnB, et rap grâce à la figure tutélaire de McSolaar, tout en se les appropriant. Il démontre avec ce projet, sa facilité à faire s’entremêler les mots simples et les maux modernes du cœur et des relations humaines grâce à des instrus diversifiées et cohérentes, nous envoûtant peu à peu jusqu’aux Hallucinations.

Une indépendance assumée, un refus de suivre des recettes commerciales créatrices de tubes en 2021, Claude poursuit alors son évolution au sein de la musique française en étant toujours incasable, hors catégories voire comme il le dit lui même « mon but est de dire que ma catégorie c’est d’être sans catégories, et je suis fort la dedans. »


Il assume son parcours musical tout en restant fidèle à son entourage et sa ville Strasbourg, en recherche permanente d’une musicalité nous dépassant.
Ashkidd propose alors L’AMOUR ET LA VIOLENCE qui consacre pleinement son potentiel et récompense l’attente et les espoirs de fans incorruptibles.

« Je suis trop vrai » »

Ashkidd

Au cours de notre rencontre, Claude se livre avec une gentillesse rare, me plongeant avec lui dans la création et le développement de l’album, au cours duquel il évoque de lui même la difficulté de ce périple : « Ca fatigue de faire ce métier tout court, cela prend beaucoup d’énergie » me confie-t-il, ou encore « On les a attendu ces moments de fatigue ».
Fidèlement accompagné par Souf, un de ses proches tapi dans l’ombre, l’artiste dévoile précisément les sacrifices nécessaires ayant permis l’accouchement de cet album composé de 16 titres.


En effet, abordant de prime abord la sincérité de ses textes et de son travail personnel, il déclare « J’écris en réussissant à me décrocher de ce que j’ai vécu et de ce que je vis, j’essaye ainsi d’enlever toutes les coquilles et les clous pour décrire. » Ashkidd demeurant un être humain avant tout, il se confie également sur le voyage personnel ayant précédé la sortie de cet album «  Je suis trop vrai, ce que j’écris je l’écris parce que je le pense et non pour toucher un public ».

« Quand je parle d’amour, j’écris seul »

Ashkidd

Ainsi, le natif strasbourgeois nous prouve si besoin il y avait, sa véritable mise à nue notamment lorsqu’il évoque l’amour, ce que confirme son acolyte. L’amour, thème ô combien central de son univers, est une influence majeure dans le parcours personnel du rappeur, commençant par exemple avec le titre Lolita  lui ayant permis d’exploser, jusqu’au titre  Toi&Moi  de son nouvel album.

AshKidd a toujours décrit avec volupté et précision les effets de ce sentiment sur son être ainsi que sur les femmes qu’il décrit, et ce jusqu’à l’épuisement me diriez-vous?
Si l’amour a bien entendu inondé ses sons ainsi que ceux du rap français depuis un moment, à ses yeux il reste de quoi faire, comme il l’explique très bien en déclarant « La sonorité peut encore changer, la manière d’en parler aussi et enfin il demeure des sujets non abordés » : Ashkidd pourra toujours nous dévoiler des surprises en amour.

Une sincérité étonnante, un rire communicatif, une présence affirmée, le rappeur montre donc un visage détonnant vis à vis de la noirceur de certains de ses nouveaux sons comme Hallucinations ou Misérable.
Un homme se voulant pluriel, que ce soit en naviguant entre l’Amour et la Violence, comme le montre si habilement cet album mais également en luttant contre toutes les catégories auquel on voudrait l’identifier et qui le rebute, comme il me le présente via cette expression :  « Mon but est de dire que ma catégorie est d’être sans catégorie et je suis fort la dedans ».

Ashkidd incarne alors un artiste avec beaucoup d’auto-réflexion, de profondeur s’étant construit étape après étape, après avoir affronté beaucoup d’épreuves, passant d’un passage en foyer à l’adolescence, à la réalisation d’un titre avec son idole d’antan McSolaar grâce à Rouge .


Une phrase qu’il prononce au cours de notre entretien résume parfaitement cette profondeur, lorsqu’il prononce « Je suis fait de ce que j’aime. Tout mon processus me renvoie au fait d’être vrai », montrant ainsi combien le poids du vécu et des expériences a toujours nourri et enrichi sa prose.

« On doit s’allier, développer notre esprit d’ouverture »

Ashkidd

Toujours au cours de notre discussion, j’ai pu échangé avec un homme ayant pris le temps de construire un album mêlant des instruments différents et des émotions différentes comme il me le rappelle en déclarant « Lorsque tu connais vraiment la musique tu retrouves une large palette d’instruments que j’ai utilisé dans tous mes sons, que ce soit de la harpe, du saxophone, j’ai tout fait. ».

Se définir comme un électron libre comme le fait Ashkidd n’empêche pas néanmoins de devoir suivre des codes parfois imposés par le monde musical, tel que l’importance des plateformes de streaming, leurs fameuses playlist de « Sorties du vendredi », ou encore le passage obligé de promotion des albums ou projets auprès des différents médias. Ce passage auprès des médias n’a pas toujours été évident pour Claude, qui l’esquivait jusqu’en 2018, où il change finalement d’avis avec la parution de son projet intitulé STEREOTYPES, projet au titre toujours autant évocateur des pensées du jeune homme.


Ce changement de position est en effet lié à un changement de stratégie commerciale, tel qu’il me l’a expliqué plus en détail, lorsqu’il déclare « En grandissant, on est en train de comprendre qu’on doit s’allier, on a désormais davantage un état d’esprit d’ouverture », rendant ici hommage à son équipe ainsi qu’à son entourage personnel.
L’évolution est belle car elle démontre que même les électrons les plus libres doivent ainsi parfois suivre quelques voies tracées par d’autres pour mieux se démarquer, et ça Ashkidd le fait très bien dans ce nouveau projet.

En somme, si le chemin de cet artiste n’en est qu’à ses débuts, l’artiste Ashkidd sait pertinemment qu’il n’emprunte pas une voie aisée vers une célébrité assurée. Cependant, loin de reculer, le rappeur est conscient de ses forces, comme il le souligne en déclarant « Même si la musique désormais a pris des codes, des règles et des restrictions, je suis un artiste en France qui va casser tout ça ».

Perspicace et déterminé, voici deux adjectifs résumant assez bien la posture de Claude à la sortie de son premier amour L’AMOUR ET LA VIOLENCE   le 29 janvier dernier…

About zoef

Check Also

[Interview croisée] Lacraps et Sameer Ahmad : « la France n’est pas un pays de culture musicale »

Lacraps et Sameer Ahmad font assurément partie des meilleures plumes du rap FR, et sont …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.