[Interview] Coelho : « Je n’ai pas envie de vivre constamment dans un film d’action »

Depuis quelques années, il est l’un des talents les plus réguliers du rap français. Coelho est un rappeur originaire de Nantes, signé sur Mezoued Records, le label de Tunisiano. Un jour de moins, est déjà son 6e projet. Il maintient constamment une certaine exigence afin d’offrir à son public un renouvellement et des sonorités inédites. Coelho est un artiste à part, déterminé à forcer son destin. Dans le cadre de la sortie de son dernier projet Un jour de moins , nous avons eu l’occasion de discuter avec l’artiste...

Comment vas-tu quelques semaines après la sortie de Un jour de moins

Très bien. Nous avons plein de bons retours. Certaines personnes nous ont découvert avec ce nouveau projet. On a aussi pu faire quelques concerts et montrer ce qu’on valait en live. Je suis content du featuring avec Tuerie. C’est que du positif. Je prends un peu de temps pour moi, avant de me remettre dedans pour débuter la troisième partie. On continue aussi de faire un peu de promotion.

Vous allez faire un clip pour le titre Mes nevroses, avec Tuerie ? 

Oui c’est prévu. Nous sommes dans l’attente d’un script mais ça va arriver. 

Tu considères cette trilogie avec Un jour de moins et Un jour de plus comme des Eps, des mixtapes ou des albums ? 

Je bosse toujours mes projets comme des albums, avec une certaine cohésion et un fil rouge. On les définit comme des EPs mais ce n’en est pas vraiment aussi. On ne les vend pas comme des albums car il n’y a pas encore assez d’attentes autour.

Après ces trois projets, ce sera l’heure de l’album ? 

Pour moi, ce qui va faire la différence, c’est vraiment l’engouement qu’il peut y avoir avant la sortie d’un projet. Je n’ai pas envie de sortir un album au mauvais moment. Musicalement et artistiquement, nous sommes prêts à sortir quelque chose sous ce format. On a l’expérience sur la sortie d’un projet. Au bout d’un moment, j’aurais envie de passer un cap, c’est certain mais il faut provoquer une hype avant. 

Qu’est-ce que ce projet a de plus que le précédent, Un jour de plus sorti en novembre dernier selon toi? 

À la base, je voyais la trilogie avec des Eps de 5 titres chacun, pour qu’au final cela fasse un 15 titres et donc un album. Quand j’ai sorti Un jour de plus, je n’ai pas eu l’impression de sortir un projet. Pour Un jour de moins, je n’ai pas réussi à me limiter. Je pense qu’il est plus complet que le précédent, notamment par sa taille. À la fin de la trilogie, je pense regretter le fait d’avoir mis que 5 titres sur le premier. Le format EP, ce n’est pas celui qui me convient le plus. 

Est-ce ce projet t’as fait passer un cap personnellement, artistiquement et dans la tête des auditeurs selon toi ? 

Dans la tête des auditeurs, j’ai l’impression que oui. Par contre, j’ai remarqué que les personnes déjà convaincues par ma musique, ont désormais comme album favori Un jour de moins. Avant, ils avaient toujours quelque chose à redire et préféraient les anciens projets. Cela veut dire que l’on a bien travaillé et qu’on a réussi à tout mettre dedans. J’ai l’impression qu’on a réussi à faire mieux et bien mélanger tous les morceaux ensemble. En termes de chiffres, je ne pense pas que l’on a passé un cap. On a quand même attiré de nouvelles oreilles mais c’est difficile de s’en rendre compte, à part lors des concerts. Peut-être que le fait d’avoir amené Tuerie, a apporté autre chose. Je ne suis pas quelqu’un qui fait beaucoup de featuring. Je suis vraiment content de notre collaboration, elle est réussie. 

Personnellement et artistiquement, j’écris mieux. J’ai aussi trouvé les notes de chant qui me conviennent. Cela me permet de chanter plus facilement en concert. Pour te dire, les sons d’Odyssée, je ne peux pas les tenir sur scène. J’avais un peu trop tiré sur les mélodies avec l’autotune lors de sa création. C’est trop aigu et je m’explose la voix. Désormais, je sais vers où je veux aller. 

C’est peut-être ton projet de la maturité ? 

Oui peut-être. On m’a dit que je me racontais mieux dans celui-là. À chaque fois, j’ai juste l’impression de me raconter du mieux que je peux. Forcément, je prends de la maturité à chaque sortie. C’est peut-être la première fois que j’assume qu’il y a eu des fois où je n’y ai pas cru. J’ai réussi à évoquer certaines de mes périodes de doute. Quand ça fait des années que tu le fais, tu ne cherches même plus à connaître la raison de tes actions. Tu fais tout par automatisme. Être toujours focalisé sur ses objectifs dans la musique, ça te pousse à oublier tes proches. Avant, je me disais même que si je n’atteignais pas des chiffres de ventes, je ne serais jamais heureux. Avec le temps qui passe, tu te rends compte qu’il n’y a pas que ça qui peut te rendre heureux. 

Si malheureusement, tu ne réussissais pas à aller plus haut, parviendrais-tu quand même à être satisfait ? 

Je ne sais pas du tout. Je veux vivre de ce que j’aime le plus, à savoir de la musique. Je ne me vois pas faire autre chose que cela. Je n’ai jamais eu d’autres plans que la musique. Je pense qu’il y aurait une grande part de déception mais je ne pense pas que c’est une réalité qui va exister. Je reste persuadé que l’on peut faire quelque chose, à une plus ou moins grande échelle. Je ne force pas à l’être car j’y crois encore assez. Si un jour je dois arrêter, je serais content d’avoir gardé du monde autour de moi. 

Est-ce que pour toi, à l’heure actuelle, ta musique est identifiable ? 

Oui j’ai l’impression que l’on commence à avoir une identité musicale. Un morceau comme Un jour de moins avec une instrumental boom trap, ce sont des codes que l’on connaît. Je trouve que notre recette est plus cainri que les autres rappeurs qui proposent quelque chose de semblable. Les morceaux tristes, c’est ce que j’arrive à faire le plus facilement. Ce sont les instrumentales qui m’inspirent le plus car elles suscitent des émotions. Pour un banger, il faut se mettre dans le rythme. Personnellement, je n’écoute pas tout le temps des morceaux qui bougent. Je suis quelqu’un de calme dans la vie de tous les jours. Cela me ressemble plus que de faire des morceaux de ce genre. 

Ta musique est crue et authentique. Encore plus dans ce projet, on ressent une certaine simplicité. C’est quoi ton quotidien d’artiste ? 

Avant, je m’enregistrais chez moi mais maintenant, mon frère à son propre studio. Je fais pas mal d’aller-retour sur Paris car ça me donne envie de travailler d’une autre manière et rencontrer de nouvelles personnes. J’ai toujours de la musique dans mon quotidien. 

On ressent un épanouissement dans ta musique. Est-ce le cas ?

De fou. On est grave libre de faire ce que l’on veut. Quand on se retrouve en studio avec Tunisiano et Merkus, on tente de pousser chaque morceau jusqu’à son maximum et sa meilleure version finale. Nous avons beaucoup progressé sur cet aspect. Je suis dans l’optique de faire de la musique que tout le monde aurait envie d’écouter, tout en gardant notre univers. Je n’ai pas envie de rester underground. À aucun moment, j’ai des discussions avec mon équipe, qui m’amènent à être frustré. 

Comment parviens-tu à garder cette flamme depuis toutes ces années ?  

Je ne sais pas. Je suis quelqu’un qui se lasse très rapidement et pourtant, ce n’est pas le cas avec la musique. Il y a toujours des périodes où j’ai besoin de faire une petite pause mais ça ne dure jamais vraiment longtemps. J’ai toujours envie de faire des nouveaux titres et des trucs à raconter. 

Écrire est un exutoire et un moyen de liberté pour toi ? 

Dans la vraie vie, je n’arrive pas souvent à dire les choses importantes à mes proches. Il y a seulement dans mes morceaux où je parviens à dire vraiment les choses. J’ai l’impression de me parler à moi-même, alors que tout le monde va m’écouter. Même quand je fais des sons avec de l’égotrip, j’essaye de garder des phases qui me concernent. Je n’ai pas envie de vivre constamment dans un film d’action. J’ai tendance à me raconter car c’est ce que je préfère faire. C’est comme ça que j’ai toujours écrit. Cela touche les auditeurs car ils auront l’impression de me connaître à moitié. 

Quel est ton processus d’écriture ? 

Je fais moi-même mes toplines. Je n’ai pas de processus précis. Des fois j’écoute des prods pendant plusieurs jours. Pour la trilogie, j’essaye de conserver un fil rouge. Sans me forcer, il faut que je tourne autour de ça. Je ne me prive pas d’aller parler d’autre chose pour autant. À force de mettre des mots bout à bout, je me rends compte que ça donne quelque chose de cohérent. Je n’aime pas me cantonner à un thème précis avant d’écrire car ça me renferme. Dans les périodes d’écriture, je conserve une énergie similaire donc tout se dirige dans la même direction. 

Comment es-tu parvenu à apprivoiser ta voix grave au fil des années ? 

Au niveau du rap, j’ai appris à poser ma voix pour mieux provoquer des émotions. Pour le chant, je commence à trouver les notes qui me correspondent. 

Sur ce projet, tu collabores avec Tuerie et IPNDEGO. Penses-tu plus faire de featurings à l’avenir ? 

Je n’ai jamais été fermé aux featurings. C’est juste qu’en ce moment, j’ai l’impression d’avoir plus de rappeurs avec qui je pourrais collaborer. J’aime bien ce que propose EDGE par exemple. J’ai envie de sélectionner des featurings avec qui je me vois vraiment. 

Tu as travaillé avec Seezy sur les morceaux Yomb et Vision. Comment s’est faite la connexion et comment décrirais-tu votre relation artistique ? 

Sur ces deux morceaux, il y a de la drill cachée et un peu de 2-step. Mon frère maîtrise un peu moins ces styles. Comme on a le même manager avec Seezy, on est souvent en contact. Je lui ai demandé s’il était capable d’élever le niveau des deux titres. On s’est retrouvé en studio et il m’a fait écouter ces propositions. On a seulement restructuré deux ou trois trucs. Il a directement compris notre délire et notre direction artistique. Il m’a surpris parce que les prods ne ressemblaient pas à ce qu’il fait d’habitude. La fin de Yomb en mode jersey, m’a tout de suite convaincu. Je suis super content du résultat. J’aime bien bosser avec lui quand l’on peut parce qu’il a une vision de la musique que n’a pas forcément mon frère. Seezy c’est un hitmaker, alors que mon frère c’est un gars qui fait de la musique qui peut s’écouter sans interprète. Je souhaite le garder dans la boucle parce que l’identité de Coelho passe par lui. Même s’il y a d’autres producteurs qui entrent en jeu, je souhaite l’avoir en DA prod. 

Dans la tracklist, il y a un interlude de Neefa parlant de votre passion commune pour le rap et de tous les sacrifices que vous êtes prêts à faire pour cette passion. Comment t’es venu l’idée de l’intégrer au projet ? 

Neefa me suit depuis pas mal de temps. Elle me soutient de fou et elle m’envoie de l’amour dès qu’elle peut, notamment dans son émission sur Grünt. Dans ce projet, j’avais envie de l’intégrer car je savais que ça lui ferait plaisir. C’est une personne qui est devenue importante dans mon environnement artistique. À la base, je voulais lui donner la place pour trois interludes, sous forme de radio. Finalement, ça n’a pas marché car nous n’avons pas un rapport professionnel. Ce qui nous a rapprochés, c’est la même vision et les mêmes ambitions que nous avons dans la musique. On essaye de se tirer vers le haut mutuellement. Ce qu’elle a dit dans l’interlude résume notre relation. 

Pourquoi avoir mis la couleur verte en avant sur la cover ? 

On va faire un triptyque de couleurs avec la trilogie. Sur le premier opus, on a mis la couleur violette en avant. Pour la cover, on a trouvé une maison avec un style des années 70. C’est le côté vintage de bon goût qui nous a plu. Une des salles de bains du lieu avait cette esthétique avec du vert. Je t’avoue qu’il n’y a pas vraiment de sens à ce choix de couleur. 

Dans l’ensemble du projet, tu fais beaucoup allusion au temps. Pourquoi cet aspect revient aussi souvent dans tes lyrics ? 

Il n’y a que cela qui compte j’ai l’impression. C’est ce qui fait que l’on court après quelque chose. Dans le rap, une fois que tu as réussi, je pense que tu peux mener ta barque pendant quelque temps. Ta musique évolue avec l’âge. Pour se faire connaître en tant que rappeur, il y a une deadline. Le rap, c’est un style de musique lié à une certaine énergie. Pour être dans le truc et tout niquer au bon moment, il faut être dans une tranche d’âge où tu es encore dans le mouvement. En France, on est un peu trop dans le jeunisme. Même si nos plus grands artistes ont presque tous 30 ans, j’ai l’impression qu’il faut percer à 21 ans. Je ne suis pas d’accord avec cette idée parce qu’au final les artistes qui marchent le plus ont tous acquis une certaine maturité.

À l’avenir, tu pourrais mettre de côté le rap pour laisser place à de la Pop ? 

Je pense qu’une fois que tu as ton public, tu peux presque tout faire. J’ai l’impression qu’il n’y a que Booba, qui est resté Booba du début à la fin. Tu peux continuer à rapper même quand tu prends de l’âge. C’est juste la forme et les propos qui doivent suivre et s’adapter. Quand tu as percé, tu peux faire du rap toute ta vie. Être un rappeur qui marche pas après un certain âge, je trouve que ça devient bizarre. 

Regrettes-tu que Nantes ne soit pas une ville de rap aussi reconnue que Marseille, Paris ou même Lyon ? 

Je suis attaché à Nantes parce que j’ai fait toute ma vie ici. Ce n’est pas pour autant que je n’ai pas envie d’en partir. J’ai presque trop vu cette ville. En ce moment, je sais que certains essayent d’organiser des événements pour réunir les talents rap. La démarche est plutôt cool mais Nantes, c’est une ville de techno et de house. Le rap n’est vraiment pas numéro un. On ne sera jamais comme Paris ou Marseille mais je ne le regrette pas. Je n’ai pas comme idéal d’être une star nantaise, d’être connu seulement ici. 

Comment tu perçois le rap actuel ? 

En ce moment, je trouve qu’il y a un renouveau avec des mecs comme La Fève, EDGE ou encore Tuerie. Ils ont des propositions avec une influence liée au rap US. Après, il y a la vague marseillaise. Je suis moins dedans mais je comprends totalement l’engouement. Je trouve que tout le monde peut trouver son bonheur dans le rap français actuel. On a aussi de très bonnes émissions dédiées au rap et des beatmakers de grande qualité. Il y a une énergie intéressante. Le rap français a réussi à développer sa propre identité.  

Qu’est-ce que je peux te souhaiter pour la suite ?

Que du bon. J’aimerais faire des concerts pour la fin d’année, collaborer davantage et faire grandir mon public… 

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