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Lucio Bukowski & Lionel Soulchildren : analyse de la cover de Simorgh

Lucio a pris l’habitude de soigner ses pochettes autant que ses morceaux. Celle de son nouvel album Simorgh, créée par l’artiste Astrid Bachoux, en révèle beaucoup sur cette belle comète musicale en collaboration avec Lionel Soulchildren.

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Ce dessin au crayon comporte nombre d’éléments symboliques dispersés, à priori sans lien entre eux, ce qui peut faire penser à la gravure Melencholia d’Albrecht Dürer (on y retrouve le globe) où chaque objet est une clé de lecture à l’ensemble de l’image, ce qui est aussi le cas ici.

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Le Simorgh ou Simurgh est une créature mythique perse, ancêtre du phénix, qui apparait dans le conte philosophique La conférence des oiseaux écrit par le poète soufi persan Farid-Ud-Din’Attâr (12è siècle) dont l’illustration s’inspire. Le Simorgh est ici représenté au centre d’un cercle de feu, presque sans vie, difficilement maintenu en l’air par des ballons de parc d’attraction.

La conférence des oiseaux raconte l’histoire de 30 000 oiseaux, guidés par la huppe, franchissant multiples obstacles pour arriver jusqu’au mont Khâf où se trouve leur roi (à comprendre leur Dieu), le Simorgh. Pour parvenir au terme de ce voyage spirituel, ils doivent traverser sept vallées : la vallée de la quête, celle de l’amour, de la connaissance, de la liberté solitaire, de l’unité, de la perplexité, de l’épuisement, signifiées par les sept globes sur le dessin. Seul une trentaine atteignirent le Simorgh : « Tous les trente se regardèrent. Tous les trente virent Simorgh. Puis ils regardèrent Simorgh. Simorgh était à leur image et pourtant Il était Celui qui demeure sur le mont Khâf ». Le lecteur apprend que le Simorgh n’est autre qu’un miroir : « qui s’en approche voit son visage comme il est, son corps, son cœur, son âme aussi. Le reflet ne sait pas mentir ». Selon Farid-Ud-Din’Attâr, les oiseaux sont des parties de notre Moi et la huppe serait la voix enseignant la vérité.

Ce simple résumé permet de comprendre que le Simorgh, l’homme, est attaché, enchainé, et par ce biais maintenu en vie fictivement par des ballons symbolisant la sur-consommation, la superficialité de la joie, avec la tête de Mickey appuyant l’importance du divertissement dans notre société. Quant au décor, une mer désertique, un ciel de dunes sableuses étrangement palpables, un nuage de cendres (d’où renait le phénix?), on peut y voir des paysages rêvés, bien trop mystérieux pour n’être qu’une toile de fond.

On savait Lucio épris de littérature persane comme il mentionnait plusieurs fois le célèbre poète Roumi : les Rubâi’yat « quatrains » de Rumi pour le titre Rubaïyat ou encore dans Champ de blé aux corbeaux « en relisant Rumi sur les bords de seine ». Il confirme ici son goût pour les contes philosophiques orientaux qui bercent son univers.

La symbolique des escaliers qui contrastent par leur équilibre et géométrie est très riche et ne permet pas vraiment d’être rattachée à un morceau en particulier mais plutôt à des idées, celle de l’ascension, du choix binaire, etc.

Le ciel étoilé à gauche pourrait évoquer la nuit à laquelle Lucio livre un morceau avec Nyx, la déesse de la nuit. La comète formant le O de Simorgh se réfère elle certainement à la comète B612 du Petit Prince, œuvre à laquelle il fait référence dans le morceau d’ouverture Aurore sur B612.

Les thèmes de l’album viennent ainsi se calquer sur l’image pour former une sorte d’univers crypté autour duquel l’illustratrice et le rappeur ont du s’accorder. Son iconographie forme une image qui restera certainement en tête durant l’écoute de l’album. Les références de Lucio ainsi que celles d’Astrid Bachoux permettent d’engager un propos, ici particulièrement mystique et mystérieux, avant même d’avoir prononcé un mot.

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One comment

  1. Merci pour cette analyse documentée !
    Personnellement la partie droite me faisait plus penser au volcan qui a détruit Pompéi. Avec les escaliers en dessous, ce serait quelque chose comme « les marches vers la destruction » (de l’humanité). Pas très optimiste mais ça rentre bien dans l’univers de Lucio.

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