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[Interview] Koma : « Les filles sont très fortes et à tous les postes. »

Le 10 juin, au New Morning nous retrouverons les rappeuses Casey, Pand’or, KT Gorique, Starline, mais aussi la championne de Beat Box Lexie T, les danseuses Karima aktuel force, Fanny Polly X-pression d’art corps,  les graffeuses Doudou’style et Thia one, les dj’s May Din et S’One... Bref, un cocktail qui s’avère explosif ! Intriguée par ce programme détonnant, je suis allée retrouver Koma de la Scred Connexion pour qu’il nous en dise un peu plus sur cet événement.

L’affiche est complètement féminine, est-ce que c’est une revendication?

Ce n’est pas du tout une revendication, c’est un cours de rattrapage. Au Scred Festival, on nous a dit qu’il n’y avait pas assez de rappeuses… au moment de la programmation on avait contacté des rappeuses mais on a pas réussi à avoir celles qu’on voulait au moment voulu.
À ce moment là, j’avais demandé à China du New Morning si on pouvait trouver une autre date pour les filles. Le Scred festival c’était vendredi, samedi et dimanche; je lui ai proposé de créer une date le jeudi, une date d’ouverture du festival: honneur aux dames. Elle n’a pas pu parce que le New Morning était déjà pris ce soir là, donc ma date est tombée à l’eau. On a fait notre festival, ça s’est bien passé.
Puis il y a deux mois China me contacte et me dit qu’elle aimerait reprendre mon idée de la date hip hop féminin avec des dj’s, des rappeuses, du graff.  Elle me propose de me greffer au projet et qu’on l’organise ensemble. Elle me donne la date du 10 juin qui est l’ouverture de l’euro, donc qui est une date un peu compliquée. Je lui ai dit on y va, c’est pas grave. On peut peut être faire une diffusion du match puis après derrière ça part. Justement, il y a beaucoup de filles que ça n’intéresse pas le foot, il y a beaucoup de mecs qui partent entre gars regarder des matchs et c’est aussi une occasion pour ceux qui sont pas très foot d’aller à un bon concert.

Même si ce n’est pas une revendication, ça reste quand même une exclusivité?

Oui mais ce n’est pas militant. C’est pour répondre à un discours que j’entends depuis deux, trois ans sur le hip hop qui serait macho. Oui, il y a une branche du hip hop où les gars prennent les meufs dans leur clips, les font danser, les utilisent un peu comme des objets. Mais c’est pareil dans les clips de rock, d’électro, dans la publicité, comme dans tout.

Il y a aussi la branche du rap indépendant que l’on représente et qui n’utilise pas du tout les filles de cette façon là et qui, au contraire, a compris depuis très longtemps qu’elles étaient fortes et à tous les postes. Que ce soit aux postes artistiques comme aux postes techniques. C’est pour ça qu’il y aura des ingénieurs sons filles, des ingénieurs lumière filles, des agents de sécurité filles … C’est pour montrer qu’il y a du talent à tous les postes, même à ceux que l’on appelle les métiers d’hommes.
Donc là aussi on a voulu faire un mélange avec la danse, la championne du beat box de france: Lexie T, il y a des pointures au niveau du rap aussi: Casey, Pandor, Kt Gorique qui est championne du monde de freestyle de End of the week, Starline plus pour la découverte. Il y a aussi Karima aktuel force qui va venir avec Fanny polly et ses danseuses. On essaye de mélanger les arts comme on avait fait au Scred festival.

L’idée, ça reste le mélange. Mélanger les générations, mélanger les arts. C’est pas un truc interdit au mecs, au contraire. Il faut qu’il y en ait. On a déjà vu des concerts 100% mecs (dj’s, rappeurs) et ça ne choque personne. Donc quand c’est le contraire il ne faut pas non plus que ça choque. C’est légitime.

Oui, mais c’est une situation calculée?

Il faut parfois ré-équilibrer les choses. Si tu laisses la nature faire, parfois ça ne se fait pas, c’est ça le problème. Si on avait fait un concert avec des mecs et une fille au milieu comme d’habitude ça n’aurait pas assez marqué le coup. L’idée c’est aussi de « mettre la lumière sur ». Les rappeuses sont la tête de vitrine qui va montrer tout le reste. C’est l’arbre qui cache la forêt: les techniciennes, les organisatrices, le personnel de loge, la régie. Ce côté là dont on ne parle pas forcément.

Comment s’est fait le choix des artistes? Il y a une cohérence particulière entre eux?

J’ai proposé des gens, China aussi et on a mélangé tout ça. Il y a un équilibre. Que ce soit nouvelle génération – découverte avec Starline, que ce soit avec Karima qui est une ancienne danseuse d’NTM  et qui a marqué la danse ou avec Fanny Polly qui est plus de l’école d’aujourd’hui. On veut créer ce lien entre les anciennes générations de filles et les nouvelles générations de filles.
Le graff, ça va se faire où?

À l’intérieur de la salle. Il y aura des bombes sans odeurs et avec le système du plastigraf. On en avait fait pendant le Scred festival. C’est un nouveau système, une sorte de cellophane que tu colles et que tu décolles où tu veux, à n’importe quel endroit. On va faire des tours de poteaux je pense. Chacune va avoir une colonne qu’elle va décorer.

Avant le concert?

Pendant, en live. Tu vas voir le concert, tu tournes ta tête il y aura du graffiti, de la danse, du beatbox, il y aura tout à n’importe quel moment. C’est créer des choses en salle comme sur scène. On remet cet esprit du hip hop.

 

doudoustyle

 

doudou style

                                    Doudou’style

C’est aussi pour montrer que le hip hop ce n’est seulement une musique mais un courant de pensée?

Oui c’est tout une culture et ça ne se passe pas que sur la scène. Tu ne dois pas être que spectateur. Les danseurs créent des ambiances en salle, des ronds avec le public. Tu as le droit aussi de rentrer dans le rond et de danser. Avant le hip hop c’était un mec qu’on connaissait pas, qui sortait du cercle et qui dansait, qui faisait deux trois passes. C’est un jeu, c’est un partage.

Tu penses que ce concept 100% féminin aura une répercussion sur le public? Qu’il y aura plus de filles?

Non, on a fait des visuels, on a communiqué sur les artistes et pas sur le fait que ce soit un événement 100% féminin. Ça va de soit. À aucun moment on mentionne ça. On a pris des artistes, on les a mis et ça va de soit. C’est un parti pris.

Tu peux nous rappeler pourquoi le choix de la salle du New Morning est si important?

C’est mon terrain de jeux, d’expériences, mon laboratoire. La salle de la black musique en France, la salle du groove c’est le New Morning. Que ce soit du jazz, de la soul ou la funk c’est là-bas. Donc la suite logique, que ce soit pour le R’n’B ou le rap, c’est dans des salles comme ça qui font partie des grandes salles du nord parisien. New Morning, Elysée Montmartre, Trianon, Cigale, Divan du Monde… C’est les salles où le hip hop a vécu ses grandes heures.

Donc c’était un peu une évidence de faire l’événement là-bas?

Voilà, au New Morning on a fait un super travail sur le Scred festival, on a été au bout des choses, ils nous ont fait confiance. J’aime bien aussi la fidélité, il y a une fidélité dans la vie à avoir c’est important. Montrer qu’au New Morning  on organise des choses, on va essayer de faire plusieurs événements dans l’année. On vient pas faire de hold-up, un coup, un concert et on nous revoit plus. On essaye de fidéliser les gens, de créer des rendez-vous, créer des avalanches. Le Scred festival a créé une avalanche. Quand nous on éternue, tout le monde est enrhumé.

Par rapport au rap féminin,  tu trouves qu’elles ont une manière différente de s’exprimer?

Oui un regard différent tout simplement. Déjà dans les années 90-95 il y a eu les premières rappeuses comme Saliha, Destinée, puis il y a eu l’arrivée dans les année 1995 de Lady Laistee, de Sté Strausz, de Princesse Aniès des Spécialistes. Tout ça déjà c’était une vraie première vague de rappeuses. Ce qui a révolutionné le truc c’était plus Diam’s dans les année 2000 qui a écrit des histoires de filles. Elle n’a pas essayé de se caler sur ce qu’écrivaient les mecs. Elles est arrivée avec des histoires de femmes, des blessures de femmes, et par rapport à ça elle a démocratisé le rap féminin. Ça a amené beaucoup de filles en salle de concert, ça a créé le publique féminin. Et de là il y en a plein qui ont émergé, des Keny Arkana, et d’autres jusqu’à aujourd’hui.

C’est donc intéressant de faire perdurer cette lignée. Pour moi il n’y a pas de différence entre rap masculin et féminin, il y a toujours eu une plume.  Il y a aussi des filles qui étaient dans le R’n’B comme K-Reen et  qui rappaient avant, comme Kayna Samet qui a commencé par le rap qui ensuite est passée au chant, il y a un vrai mouvement féminin en France. Le graffiti aussi a perduré, il y a du talent et moi j’ai toujours suivi en tout cas. Même ça me manque carrément les combinaisons mecs-meufs comme il y en a eu dans Les Spécialistes avec Tepa et Princess Aniès. Il n’y a plus de duos aujourd’hui, c’était intéressant ces formules là.

Le mot de la fin?

J’ai envie que les gens supportent. J’aime bien conceptualiser les choses et amener un thème.
C’est comme dans le rap quand j’écris, je pars sur un thème et j’aime aller au bout. Aujourd’hui, le thème c’est ça, il y a six mois c’était l’anniversaire de la Scred, demain ce sera un autre. Quand j’étais petit il y avait vraiment des thèmes le dans le hip hop, et ça se concrétisait par une soirée, un concert ou un festival. C’est cet esprit que j’essaye de remettre. À l’ancienne mais à la nouvelle. Avec les moyens de communication d’aujourd’hui, les groupes d’aujourd’hui. C’est aussi ça « Jamais dans la tendance« . On attend pas le jour de la fête des mères ou la fête de la femmes pour faire un thème sur la femme. C’est tous les jours la fête de nos mères, de nos femmes, de nos filles. Dans cet esprit, on a pas de dates pour faire un cadeau à un copain ou autre tu vois.

 

 

 

Pour participer à l’événement: https://www.facebook.com/events/1600348700292987/

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Eleonore Santoro
"Si vous ne vous levez pas pour quelque chose, vous tomberez pour n'importe quoi." Malcom X

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One comment

  1. Ca fait toujours plaisir de lire une interview de Koma! Respect à lui pour faire perdurer ce qu’est le Hip Hop!
    Et très bonne initiative ce festival à l’affiche féminine!
    « On attend pas le jour de la fête des mères ou la fête de la femmes pour faire un thème sur la femme. » –> Bla!!

    Et attention!!! Kt-gorique n’est pas championne End of the Week!! (MDRRRR) mais plutôt du End of the Weak!! C’est pas pareil! D’où le jeu de mot 😀

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