[Mes 5 films] – Moïse The Dude

« Sonatine »Takeshi Kitano, 1993.

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Kitano, personnage à part dans le cinéma mondial et japonais est plus qu’un cinéaste. Homme de télé tout puissant et hyperactif, père de centaines de programmes divers et variés, qui n’ont absolument rien à voir avec le monde des yakuzas. Il a mis du temps à être reconnu en tant que réal au japon, les gens n’ont pas compris ce qu’il faisait. C’est quand les Européens ont commencé à lui donner des prix que les japonais se sont intéressés à ses films. Il a déclaré une fois qu’il n’avait jamais vu les grands classiques du cinéma japonais (ou autre) et qu’il s’en foutait un peu. Discours libérateur et iconoclaste qui explique aussi pourquoi son cinéma est si particulier. Il a simplement créé son cinéma. Egalement peintre, il compose certaines de ses images comme s’il construisait une toile.

Bref, Sonatine c’est l’histoire d’un groupe de yakuzas qui se retrouvent le cul entre deux clans, obligé de rester planqué dans une baraque sur la plage, en attendant que ça se calme, ou pas. Et plutôt pas.

Les mecs tuent le temps entre légèreté (ils jouent beaucoup, comme des gosses, innocence retrouvée) et représailles (on les manipule et ils se font buter les uns après les autres). La mise en scène est un mélange étonnant de contemplation (avec pas mal de plans fixes) et de violence brute, soudaine mais souvent hors-champ, dont on voit surtout le résultat (pour schématiser : un mec sort son flingue, l’autre se prend la balle mais on ne voit pas le premier tirer), ce qui la rend plus terrible encore, plus cruelle. Les yakuzas tombent comme des mouches, le salut des âmes ne semble venir que de la chute des corps. Film poétique, ludique, naïf (au sens peinture naïve du terme), où les joies les plus simples côtoient les morts les plus violentes comme si de rien n’était. Où il est question de retomber en enfance faute de pouvoir vivre en adultes autrement qu’avec le poids des codes mafieux sur les épaules. Où il est question d’amitiés pudiques, de traditions, d’honneur, de vie, de mort, et de savoir ce qu’on fout là en sachant que la réponse est probablement : « pas grand-chose ». Kitano étonne en acteur (faussement) inexpressif avec son visage accidenté, ses tics, et un regard noir impénétrable. La musique envoûtante de Joe Hisaishi participe aussi grandement à l’atmosphère du film. Sonatine est un incroyable voyage aux tréfonds de la mélancolie nippo-mafieuse.

 

About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

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