[Mes 5 films] – Moïse The Dude

Bonus : « Le Poulpe »Guillaume Nicloux, 1998.

Le-Poulpe_reference
Pas grand grand-chose à garder dans la filmo de Nicloux, si ce n’est ce Poulpe, passé inaperçu et pourtant, c’est sûrement l’un des meilleurs polars filmés du cinéma français de ces 20 dernières années. Adaptation de la série de romans policiers du même nom dont le concept est d’avoir plusieurs écrivains différents pour un même personnage, avec un cahier des charges précis à respecter. Ce qui donne une flanquée de petits bouquins qui reprennent les mêmes codes et gardent le même esprit de base mais chacun dans son style propre. Le personnage c’est Gabriel Lecouvreur aka Le Poulpe, fouille-merde anar et malin jamais avare de pains dans la gueule. Enquêteur pour lui-même, accroc aux faits divers de presse locale derrière lesquels il devine toujours un truc à creuser, un mystère à éclaircir. Le passage au grand écran respecte à la lettre l’esprit du personnage, le type d’intrigues tordues dans lesquelles il a le don de se fourrer et une certaine science de la répartie. Tout le film est truffé de répliques cultes et de punchlines cinglantes. A noter que le film est réussi aussi car il est co-scénarisé par Jean-Bernard Pouy, auteur réputé et créateur du Poulpe.

Le casting est à la fois impeccable et étonnant. Jean-Pierre Darroussin campe ici un bad-ass parfait, libertaire, amoral mais d’emblée attachant, comme le cinoche français n’en montre jamais. Darroussin en dérouilleur sans foi ni loi, Darroussin à contre-emploi loin des rôles de quadras pépères habituels, et si bon en Gabriel Lecouvreur. Secondé par Clotilde Coureau, toute en vulgarité machouillante et filoute, bandante comme pas deux en coiffeuse grande gueule, couillue et sexy. Couple détonnant et chamailleur respirant l’épanouissement sexué. On ajoute à ça des gueules de seconds rôles du genre de ceux qu’on croise ici et là en retenant moins leurs noms que leurs numéros à l’écran. Au hasard, Philippe Nahon, Bruno Lochet, François Levanthal.

La réal est au poil mais pas frimeuse, misant surtout sur des lieux, des lumières et des ambiances entre France de l’ennui naturalisée et plaisir vintage. Ici, no man’s land côtier et port industriel où cohabitent un nain, des immigrés clandestins exploités contre leur gré et traités comme du bétail, une élue frontiste, des jeunes livrés à eux-mêmes, un notable affairiste et facho, un chauffeur de taxi sourd, un agent de la CIA, un ivrogne, des tenanciers de bar pas aimables, un travelo du coin et j’en passe. Le tout étant de comprendre qui fait quoi avec qui et pourquoi et comment. C’est ce que Darroussin/Lecouvreur essaye de démêler à grands coups de lattes dans la tronche.

Des films que j’adore et qui auraient pu être dans ce top :

« La vie aquatique » – Wes Anderson / « Lost in translation » – Sofia Coppola / « Anchorman, la légende de Ron Burgundy » – Adam McKay / « Bad Lieutenant » – Abel Ferrara / « The Big Lebowski » – Coen Brothers / « Le Feu Follet » – Louis Malle

 

 

About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

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