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Mouv’ live session 2015

Le 28 juin dernier, au Studio 104 de la maison de la radio à Paris, se tenait un concert exceptionnel  organisé par le Mouv’ pour clôturer la saison 2014/2015 en beauté. Au programme, des reprises par Issam Krimi & The Ice Kream, le groupe local du Mouv’, de certains titres des artistes invités, talentueux et nombreux. Concilier un groupe de musique acoustique et des artistes de musique urbaine, pour des reprises exclusives ? Le pari est réussi !

Premier d’une longue liste, c’est Demi Portion qui entre en scène en premier pour nous donner une Poignée de Punchlines, qui servira d’introduction à la soirée. Un premier titre qui laisse à la fois l’occasion au public d’apprécier l’ambiance acoustique créée par The Ice Kream  et au rappeur d’offrir une belle performance. Le ton de la soirée est donnée, la machine est lancée, et sans laisser à la salle le temps de se rasseoir, Demi Portion enchaîne avec un second titre, Dragon Rash, le morceau éponyme de son dernier album, cri du cœur de ce grand enfant du rap, au flow technique et sincère, qui débute parfaitement le concert.

Il n’y a qu’un pas de Sète à Montpellier, et qu’un instant entre le départ de Demi Portion et l’arrivée de Set&Match. Devant un public « sage, mais debout » selon Bunk, le trio de sudistes entame alors Quoi de Neuf, pendant que The Ice Kream joue l’instru de Sunset. Un couplet passe, et après un refrain qui a crée un beau medley inattendu (« Quoi de neuf mon sunset ? »), on pull-up et on repart instantanément sur Sunset, le vrai. Ah, voilà qui est mieux, et il n’en fallait pas plus pour emmener la foule dans l’espace au son de cet hymne au chill. Le public, « discipliné » selon Bunk qui n’a décidément pas la langue dans sa poche, applaudit le groupe et les musiciens. Démarre alors l’instru, légèrement plus rythmée, de leur gros single Quoi de Neuf. C’est là que s’apprécie toute la différence entre la version studio et la reprise acoustique : si pendant les couplets on reste assez proche de l’originale, le trio se lâche sur le refrain, à tel point qu’il est impossible de ne pas bouger face à un tel entrain. Au niveau de l’instrumentale, on trouve au détour d’un refrain un ballet de trompette et saxophone du plus bel effet qui se marie parfaitement à l’ambiance du titre. Le groupe est là pour faire le spectacle, et ils savent le faire : quand Bunk, Jiddi Vybzz et Faktiss disent « Quoi de neuf », « faites un maxi bordel » !

L’heure est maintenant venue pour le studio 104 d’accueillir le James Bond noir du rap français. Aux antipodes des vibes estivales de ses prédécesseurs montpelliérains, S-Pri Noir arrive sur scène pour interpréter le morceau Killa. Plus agressif, plus rythmé, le track n’en passe pas moins bien ; de la version originale, presque trap, on passe à une version acoustique dans laquelle ce sont les instruments à vents qui donnent au flow d’S-Pri Noir toute sa résonance.

Pour succéder au rappeur du 20ème, une première présence féminine entre en scène en la personne de Tenny, qui interprète son single Le temps. Petit interlude pop dans cette soirée dédiée à la musique urbaine (qui ne se limite pas au rap), qui passe plus ou moins bien selon les goûts des uns et des autres, mais force est de reconnaître que Tenny sait ce qu’elle fait quand elle prend le mic.

Mais n’oublions pas pour quoi nous sommes venus : parmi tous les artistes invités ce soir, il y a des grands noms de la scène rap française, et le prochain à monter sur scène en est : accompagné de Kenyon, c’est A2H qui arrive pour interpréter Tantine. Dans la lignée d’un Quoi de Neuf, l’instru amène au chill mais le flow rythmé et efficace d’A2 et la voix de Kenyon font bouger les têtes et les mains sans répit. « Art de vivre » ? Art de rapper, et de rapper bien.

Franc succès pour les deux MC. Mais A2H ne s’arrête pas là, et avant même que la foule n’ait eu le temps de terminer d’applaudir, résonne à nouveau la voix du rappeur de Melun « Je suis le fils de la femme noire, de l’homme blanc, putain j’ai tout pour briller / L’éducation c’est important mais j’crois que j’ai tout oublié ». Sincère, épique, le morceau Robert A2 Johnson prend la foule aux tripes, pour se calmer pendant le refrain qu’accompagne légèrement le clavier d’Issam Krimi, avant de repartir en fanfare sur la fin du morceau au son des « Il m’a dit viens voir ! » énervés d’A2 putain d’H, qui s’arrêtent brusquement sur une dernière note de trombone, laissant le public du studio 104 redescendre après cette grosse claque de rap pur.

Mais le Mouv’ Live Show, c’est aussi des cover, et après le départ d’A2 c’est Beverly Bardo qui entre en scène pour (très bien) reprendre The Worst, de Jhene Aiko. Second interlude dans cette soirée rap, pour trois minutes de néo-soul du plus bel effet.

Artiste suivant de la longue liste qui défile devant nos yeux émerveillés, c’est Sianna, une habituée du Mouv’, qui arrive sur scène. On sent déjà dans son « Bonsoir ! » ferme qu’elle ne vient pas rigoler. L’instru de son plus gros single, Quoi qu’il en soit, démarre, aussitôt rejoint par le flow rapide de la jeune MC. Ici, les arrangements de voix présents sur la version studio du titre, qui franchement ne me ravissaient pas, ont disparu, laissant place à un jeu sur la guitare électrique et la basse qui démultiplie la puissance du track. C’est peut être sur ce morceau que l’écart entre la version album et la version acoustique live est le plus flagrant, et la prestance de la jeune femme en live est extraordinaire. Décidément, ce soir, on n’en finit pas de prendre des claques sonores.

Et quel meilleur exemple pour illustrer ce propos que l’arrivée de la légende du 93 Mac Tyer ? Apogée de la longue carrière du MC, son dernier album Je suis une légende a fait beaucoup de bruit, c’est donc sans surprise que les deux titres choisis pour cette soirée en sont extraits. D’abord, le morceau Laisse-moi te dire, qui encore une fois est sublimé dans sa version acoustique : la qualité du flow hélicoptère du rappeur toujours irréprochable pour le général. Le refrain, normalement interprété par Maitre Gims, est ici chanté par Beverly Bardo, Annaelle So et Brice Pihan des Ice Kream, ce qui donne l’occasion d’apprécier les efforts réalisés par le groupe sur les deuxièmes voix. Au niveau de l’instru, comme pour Sianna, la guitare électrique ajoute une grosse dose de punch à certains moments phares du morceau, qui s’achève sur un solo de trompette fort bien vu. Même bilan pour le second titre interprété par Mac Tyer, Je suis une légende. On redécouvre le texte lorsqu’il est rappé sur fond acoustique, et la fin du morceau offre même l’occasion au rappeur de lâcher ses gimmicks par dessus un solo de guitare de Fabien Coronado des Ice Kream. Inutile de dire que l’ensemble est largement convaincant.

Le Mouv’ sait se renouveler, et après cette première moitié franchement réussie du concert, on assiste au retour de Demi Portion pour une interprétation du titre Demi Paix, accompagné du seul piano d’Issam Krimi, faisant office d’interlude calme, le petit moment émotion de la soirée. Bien qu’on s’y attende, le piano fait tout de même son effet, et on se laisse bercer par la voix chevrotante du MC. « On ne peut pas changer le temps, ni la direction des tanks, on ne peut ni changer le plan, qui va presser sur la détente…? » Le texte s’intensifie au fur et à mesure que le piano s’emballe, puis redescend sur une légère mélodie, vite étouffée par les tonnerres d’applaudissement de la foule qui rendent hommage à la prestation des deux hommes. Kery James le rappait déjà en 2008 : « un piano, une voix, l’art des pauvres n’a besoin que de ça ». Et il a raison.

Retour sur scène après cette deuxième intervention de Demi Portion de Beverly Bardo, qui cette fois-ci interprète Moment 4 Life de Nicki Minaj. Parce qu’il en faut pour tous les goûts… force est de reconnaître que la chanteuse des Ice Kream a une belle voix, mais est-ce que cette interprétation à ce moment de la soirée était nécessaire ? Les applaudissements, à coup sûr, étaient sincères. Mais vu la réaction du public lorsque TMiss à l’antenne demande qui, dans la foule, écoute Nicki Minaj, on peut se dire qu’ils étaient uniquement destinés au travail réalisé par le groupe pour réinterpréter le morceau, et non pour le plaisir d’avoir entendu ce morceau en particulier.

Mais que ceux qui sont venus pour entendre du rap se rassurent, car arrive aussitôt sur scène le MC suivant sur la liste, une rap machine, j’ai nommé Disiz, qui pour cette soirée ressort un morceau de ses fonds de tiroir, Toussa Toussa (présent sur le EP Lucide, sorti il y a déjà trois ans de ça, avant Extra-Lucide, Transe-Lucide et Rap Machine). Le choix surprend au premier abord, mais on prend plaisir à réécouter ce track, surtout dans sa version acoustique : « j’suis pas d’l’ancienne ni d’la nouvelle, moi j’suis d’l’éternelle école ! » Un seul petit regret, le morceau est court, et Disiz n’en fera pas d’autres, on reste presque sur sa faim lorsqu’on sait le nombre de gros titres qu’il a sorti depuis et qui auraient pu être joués ce soir-là.

Vient alors le moment particulièrement attendu par ceux qui ne jurent que par le rap old school (si si, il y en a encore…), et l’arrivée du mythique groupe Les Sages Poètes de la Rue. Le groupe s’offre trente secondes d’intro a capella en guise de « bonsoir », avant d’enchaîner avec leur célèbre morceau Qu’est-ce qui fait marcher les sages. Il n’y a ici, franchement, pas grand chose à redire. La version originale datant de 1995, les entendre rapper sur fond acoustique n’a rien d’étrange ni d’original (notons tout de même encore une fois le travail d’accompagnement des Ice Kream, qui ne font pas une seule fausse note, ni au sens propre ni au sens figuré sur l’ensemble du concert). Alors qu’on commence à s’imaginer quinze ans en arrière à l’écoute d’un tel monument de l’ancienne génération, Zoxea, Dany Dan et Melopheelo enchaînent avec Showtime, dont les premières notes ne peuvent manquer de nous faire voyager dans le passé, grâce à la performance des trois MC qui n’ont rien perdu de leur superbe, et celle au saxophone, brillante, de Romain Cuoq.

A peine ont-ils tourné les talons qu’est annoncée l’arrivée d’un autre grand nom du rap français, une grande plume et qui ne date pas d’hier, en l’occurrence Monsieur Bors, et il viendra en famille… un « tch tch » résonne depuis les backstage, puis un autre. Un léger ricanement, et Lino arrive sur scène, épaulé de son frère Calbo, pour rapper Douzième Lettre, extrait de son dernier album. Si la version acoustique diffère légèrement de la version studio, elle n’a que peu d’intérêt musicalement, mais à la seconde ou le texte démarre, plus personne n’y pense. Lino est un véritable lyriciste, « la douzième lettre, l’alien, le libre penseur, l’alerte, l’unique, le seul, la balle à ailettes », et sur 70.5 bpm nous prouve qu’il n’a rien perdu de son talent depuis l’époque d’Ärsenik. Époque vers laquelle on retourne d’ailleurs, car aussitôt le morceau fini, Gaelino annonce que pour le prochain morceau, « on repart en 98 ». Rien à voir avec la Coupe du Monde de foot, on va plutôt parler boxe ici, un type de boxe spécial qu’on ne pratique que dans le 95 aux côtés des frères M’Bani : la Boxe avec les mots. Un saxophone, un piano, un boom-check, un tch-tch, et le flow assassin d’Ärsenik résonne dans le studio 104. « Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ? »

Mais même les bonnes choses ont une fin, et c’est à présent l’heure pour Ärsenik de retourner en backstage, et pour l’antenne d’annoncer l’arrivée du dernier groupe à passer ce soir. Trois lettres, au sommet du rap français depuis les années 80, venues tout droit de Marseille : l’heure est venue d’accueillir au studio 104 les mythiques IAM. Toute la foule est debout pour accueillir Akhenaton, Shurik’N, Imhotep et Kephren, qui entament cette dernière partie du concert avec le morceau d’AKH Bad Boy de Marseille. Le rythme est entraînant, la saveur rétro du flow des marseillais l’est tout autant, et l’accompagnement des Ice Kream n’est pas en reste. On bouge un peu, on tape dans ses mains, on est face à un groupe mythique et on comprend pourquoi. Bordel, ils ont du groove à Marseille !

« Tu reconnais bien là le style des bad boys de Marseille ! »

Après cette entrée en matière plutôt réussie, Akhenaton annonce le prochain morceau On n’est pas nés sous la même étoile, en lâchant au passage une dédicace à ses frangins de Marseille et à tout le public du Mouv’ ce soir là, histoire que vraiment, on plonge dans l’ambiance sans retenue. Une guitare entame une légère mélodie qui n’est pas sans rien nous rappeler, aussitôt rejoint par les instruments à vents et le flow intemporel d’IAM. « La vie est belle, le destin s’en écarte, personne ne joue avec les mêmes cartes, le berceau lève le voile, multiples sont les routes qu’ils dévoilent, tant pis, on n’est pas nés sous la même étoile ».  Le choix est superbe de la part des organisateurs et d’IAM : le morceau achève définitivement de saisir l’auditeur aux tripes, que ce soit par la mélodie jouée à la perfection par les Ice Kream, par le flow entraînant des marseillais, ou tout simplement parce que ce morceau est un immense classique ? Le voyage ne s’arrête qu’à la fin du morceau, qui amène un tonnerre d’applaudissement ne semblant pas vouloir s’arrêter.

La foule rend un hommage si vibrant au groupe qu’ils peinent à enchaîner avec l’annonce de leur prochain morceau. Mais la voix grave d’Akhenaton finit par reprendre le dessus, et l’on entend « Il y a dix-sept ans de ça, chez nous, à Marseille », et les Ice Kream entament la mélodie devenue classique pour le rap français, de Demain C’est Loin. Shurik’N entame son texte avec la même fougue qu’en 1997. La suite, vous la connaissez… et elle n’a pas pris une ride ! Shurik’N et Akhenaton interprètent le morceau dans son ensemble, sans en bouger une syllabe, pour le plus grand plaisir du public. Comment mieux finir qu’en balançant un tel monument du rap ? La seule chose qu’on n’aurait pas pu prévoir, c’est qu’au milieu du morceau, ont débarqué sur scène à nouveau Lino et Ärsenik. Suivi d’A2H, et d’S Pri-Noir, et de Disiz, et de bon nombre d’autres artistes présents durant la soirée. Akhenaton bras dessus, bras dessous avec Lino, qui rappe Demain c’est loin le poing levé. C’est sur cette image que se conclue la soirée, dont le bilan est absolument positif.

(Pour ceux qui souhaitent réécouter le concert, l’enregistrement complet est dispo sur le site du Mouv’, cliquez ICI)

 

MAJ : l’intégralité du concert a été mis en ligne sur la chaine youtube du Mouv’ !

About Hugo Rivière

Entêté monocellulaire impulsif, sentimental, très humain et complètement dingue

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