Nos coups de coeur rap de 2021 –

Après notre top projets de 2021, il nous semblait important de compléter cette sélection par un article coups de coeur rap, laissant une belle part à ces projets auxquels on ne pense pas forcément pour un top, mais qui ont quand même profondément impacté notre année : tous ces projets aussi enthousiasmants qu’intéressants, reflétant la grande diversité du Hip-Hop actuel, ceux qu’on aurait adoré allez voir en live. Profondément personnelle, presque intime, cette sélection complète donc notre bilan de 2021 et la vision de LREF des talents actuels composant le rap français…

Certains projets de cette liste ont déjà fait l’objet de chroniques plus ou moins poussées, publiées au cours de l’année et facile à retrouver sur le site…

Ziak – Akimbo

Nelson

C’est une belle carte de visite que nous a délivré le rappeur mystérieux nommé Ziak. Celui-ci a fait couler beaucoup d’encre avant ce projet, car il était très attendu, autant par ses fans que par ses détracteurs. Après plusieurs singles qui ont fait monter la hype à son paroxysme, c’est sans surprise que nous avons découvert son premier album, presque entièrement Drill. Et oui quasiment car l’on retrouve un seul morceau parmi les 17 qui ne ressemble pas à son style de prédilection. Celui-ci s’intitule Lauiss et c’est une performance très réussi sur une instrumentale Boombap où Ziak révèle des placements inédits de sa part et une appétence pour le old school (avec les scratch par exemple).

Pour le reste de l’album, c’est une bonne exécution pour notre artiste car il a su apporter sa touche à chaque instrumentale et même si certaines ne ressortent pas forcément, elles sont dans l’ensemble assez originales et bien travaillées. Beaucoup d’éléments plaisants à l’oreille sont ajoutés par-dessus les habituelles rythmiques rapides, glides et tempos oscillants à 140 bpm. Ziak est toujours aussi incisif dans ses flows et s’est même permis des mélodies distillées sur quelques titres, tout en gardant son ADN sombre et violente. 

Focus track : Shonen est le morceau le plus surprenant du projet et notre coup de coeur, car le plus abouti : une atmosphère assez triste mais qui reste drill dans les sonorités ainsi que des paroles introspectives et mélancoliques qui évoquent sa vie passée mais aussi sa mère et son père. Un petit segment du son est même chantonné sous autotune et c’est une belle réussite pour une prise de risque de ce style. 

EDGE – Offshore

Louis

Les amoureux de Grünt Radio ont pu découvrir EDGE lors d’un Grünt d’or somptueux, dans lequel il défendait son premier EP OFF paru en 2020. La recette est efficace, des flows tranchants hérités de ses connaissances proches que sont Jazzy Bazz ou Esso luxueux, mais aussi une mélodie au service d’un spleen récurrent chez le parisien. Ce premier album est une très belle carte de visite pour EDGE. Début 2021, il délivre avec ses deux comparses de toujours le Private Club. Un album où les trois parisiens sont en synergie parfaite alternant les morceaux très techniques, et planants à l’instar d’un Hier Encore où ils retracent leur années de ride dans la nuit parisienne. EDGE exploite au maximum ses forces dans cet album, et semble être prêt pour son album personnel.

Le rappeur de la capitale a donc délivré OFFSHORE, un voyage auditif dans les émotions et les pensées d’un homme proche de la trentaine. EDGE a voulu donner un fil rouge à l’album, tout au long de l’écoute plusieurs voix se font entendre, celle d’une conquête amoureuse, celle de la banquière et enfin celle des amis. Cette plongée intimiste dans la boîte vocale du rappeur donne un sens à l’album, après chaque message, le morceau a une identité différente et permet à l’artiste de proposer des atmosphères diverses, de la fête à la mélancolie.

Focus Track : Certains auraient pu choisir la collaboration avec Alpha Wann sur une production 2-Step très innovante. La mélancolie de l’outro Des nuages à la terre prime, c’est un regard rempli de sincérité sur la vie que propose EDGE pour clôturer OFFSHORE.

Norsacce – Marathon

« J’ai braqué la peur et j’ai tué le doute » 

Intro marathon

Dès le premier titre de l’album, Norsacce Berlusconi annonce ses ambitions, à savoir qu’il est plus que jamais prêt et déterminé dans son marathon vers les sommets du rap, débuté en 2017 avec son projet Neonegro puis prolongé en 2018 avec RAR.

En effet si le rap est parfois témoin d’éclosion soudaine et de succès rapide chez certains artistes, nombreux savent que d’ordinaire, l’ascension peut-être longue et requiert de la patience et de la régularité dans l’effort. Norsacce Berlusconi l’a bien compris et est revenu avec Marathon pour marquer les esprits en 2021 avec un projet aux instrumentales drill très convaincant.

Intro marathon plante rapidement le décor et installe une ambiance lourde, électrique, presque une mise à feu. Les titres s’enchaînent et on comprend que ce marathon se fera à un rythme effréné, le tout dans une ambiance post-apocalyptique et suffocante.

Sur des productions drill élaborées par Congo Bill et Flem, le rappeur enchaîne les performances et les ego trip au micro. Là réside la force de cet album, parvenir à contourner les écueils que peuvent contenir les albums exclusivement drill, en premier lieu la redondance des productions.

Ici, les productions drill variées et toujours qualitatives de Congo Bill et Flem alliées à la performance du rappeur à demeurer consistant dans son propos et dans son art de rapper, font de Marathon un projet solide. Ce run intense d’une durée de 44 min 37s s’achève sur les titres Pirates et Wayans. Les productions drill, désormais tempérées par les notes mélancoliques du piano et la présence de l’auto tune, permettent alors au rappeur de se faire plus introspectif et démontrer sa capacité à varier les ambiances et son interprétation.

Focus Track : Intro marathon est le point de départ de ce marathon et le morceau qui inaugure le mieux ce projet ; les basses tombent de manière lourde, le rappeur enchaîne les flows cadencés. Ce morceau peut à coup sûr figurer parmi les tops des intros de l’année.

Tuerie – Blue Gospel

Curtis

Blue Gospel est plus qu’un album, c’est l’œuvre de toute une existence. Ce n’est pas Tuerie qui vous dira le contraire. Sept ans après sa première mixtape Suicide mixtape, le membre de l’écurie Foufoune Palace s’est littéralement ouvert à son public. À travers les neuf tracks, Tuerie raconte de manière sincère et bouleversante son histoire, qui se retrouve logiquement dans cette sélection de coups de cœur. C’est une dose de violence, mais aussi d’amour. L’objectif était de proposer un projet musicalement efficace, mais surtout d’aider certains à guérir. Car oui, l’album peut être vu comme un médicament, une œuvre thérapeutique. Blue Gospel s’inspire de la diversité musicale actuelle avec une insolente efficacité…


C’est ainsi que l’on peut retrouver des influences de rap, de jazz, de gospel, de soul et même de variété française. L’ADN de Tuerie c’est cela, une musique alternative, sans règles et sans limites. Blue Gospel est un billet d’avion pour l’auditeur, qui nous emmène dans les rues de New York ou dans celles de Paris. Un projet à consommer sans modération.

Focus Track : Tiroir Bleu, car il illustre parfaitement le message global de l’album. Le morceau est violemment frappé par l’intensité de l’Amour.

Josman – HHHH

Antoine

Après mille querelles autour de Split, Josman est revenu en 2021 avec deux jolis EPs. Certes les références esthétiques à J.O.$ de l’hivernal EP MYSTR JO$ ont pu troubler, mais l’arrivée au début de l’été de l’EP HHHH, HurtHeartHardtoHeal, a rapidement dissipé les doutes quant aux qualités de l’artiste. Sans surprise au vu du titre, Josman raconte au fil des quatre morceaux de l’EP ses peines de cœurs et ses virées nocturnes empreintes de substances et de sexe – on pourrait d’ailleurs même entendre un soupir dans le titre du projet. Sur HHHH, les textes et leurs toplines sont soignés et percutants, tandis que le travail fin et éclectique d’Easy Dew, crédité sur toutes les instrumentales, assure une trame de fond réussie. 

En ouverture, Señorita nous emporte dans une virée caribéenne aux sonorités dancehall avec ses guitares et percussions envoûtantes. Les lyrics, entre le jeu de séduction et le tutoiement, confondent rimes et figures de styles subtiles. Suivent Best Life où il est question de façon plus explicite mais toujours sensuelle de sexe, puis My Love avec Tayc plus doux et résolument plus pop. Enfin, contre toute attente, le dernier track est peut-être le seul ne prenant pas le contrepied de la pochette grisâtre et de son cœur blessé. Toxxxic évoque une fin de relation… toxique conduisant irrémédiablement vers une fin tragique… 

Focus Track : Señorita, car pour un peu que les sonorités caribéennes et latinas vous soient familières ce morceau évoque un héritage musical riche et passionnant que l’on entend peu dans le paysage rap francophone. 

Souffrance Tranche de vie

Julie

Le rappeur du groupe L’Uzine n’était pas un inconnu, mais à 35 ans et plusieurs années de ride au sein du rap game de Montreuil, on doit dire qu’on ne s’attendait pas à ce qu’il fasse partie de nos coups de cœur de l’année. Et pourtant ! Souffrance a commencé par nous mettre une sacrée claque lors d’un Planète Rap en Avril (on a eu la même réaction que 7Jaws). Puis, en mai, il jette un énorme pavé dans la mare en dévoilant Tranche de vie, son album de 20 titres. Dense, très technique, émouvant et percutant, le projet est très très chaud, logique qu’il apparaissent dans nos coups de cœur ! Un album de ce calibre, dans ce style, qui sort en 2021, on y croyait plus…

Entre punchlines incroyables et émotions à fleur de peau, ces tranches de vie nous ont bouleversés, résonnant avec une noirceur authentique et fascinante. Souff’ se fait “journaliste” d’un réel sombre et dégueulasse qu’il magnifie d’une plume tranchante. Plus encore, le rappeur montreuillois rappe avec un supplément d’âme qui transpire de ses rimes et permet à son projet de ne pas être une énième démonstration technique incisive mais froide, stérile. On ne peut que saluer son année, qu’il accompli définitivement avec un passage sur Classico Organisé… 

Focus track : Périphérique, évoque avec brio la réalité de banlieusarde qui traverse le périph’ quotidiennement dans cette vie faites de béton et de bicrave. Dans une société qui nous enfonce chaque jour un peu plus, ce titre pue tellement la réalité qu’on s’y croirait en fermant les yeux. 

Ol Zico – Ma réalité

Théo

Voilà bien six ans – et la grande baffe qu’il m’avait administré avec sa Poignée de punchlines – que j’attendais un long format de la part d’Ol Zico. Le rappeur du 91 s’était jusqu’ici montré adepte des expériences collaboratives, des simples feats aux albums communs (à l’image de celui livré très récemment avec Swift Guad), en passant par l’aventure Bazané, groupe où il croisait le micro avec son compère Warlock. Après plusieurs années passées à aiguiser notre appétit, Ol Zico a enfin mis le couvert en solo, libérant l’excellent 13 titres Ma réalité le 17 décembre dernier.

Sur le plan de la construction, l’album se révèle être un modèle en matière de dosage. Certes, l’ambiance générale est à la grisaille, à la morosité, les prods affichent « l’hospitalité d’un métropolitain quasi-plein ». En toile de fond se dessine la banlieue parisienne, débordant de ses galères, de ses dissensions, de ses injustices. Mais par endroits, le soleil perce la couche de nuages, sur Fuckzewolrd, On va les braquer ou Balançoire, track très réussie de papa-rappeur, où Ol Zico laisse avec malice sa fille lui voler la vedette. Ma réalité est un album à mettre dans les oreilles de tous les amateurs de bonnes rimes, de descriptions poignantes et de boom-bap dépoussiéré !

Focus track : Métro boulot blème-pro. Le rap n’a – on l’affirme et on le répète – pas vocation à s’engager de manière systématique. Cela étant posé, un morceau anti-raciste et puissamment prolétaire comme celui-ci ne fait, qu’on se le dise, jamais de mal.

B.B. Jacques – La nuit sera calme

Clément

« Pour amener le client au début t’es généreux, le peura c’est comme la drogue » lâche B.B. Jacques dans le titre Océan Sonore. Généreux, le Black Bird l’a été en lâchant 3 EPs en 2021, tous réunis en fin d’année dans un seul projet (et agrémenté de 4 nouveaux titres), La nuit sera calme. Notamment mis en lumière par le youtubeur Le Chroniqueur Sale (qui lui fera une prod sur l’album), au premier abord, lorsque l’on voit la cover, qui reprend le design des couvertures de livres de la maison d’édition Gallimard, et alors que le titre de l’album fait référence à un roman de Romain Gary, on pouvait avoir quelques craintes.

Résultat ? Alors oui, B.B. Jacques est un mec lettré, et on sent qu’il a bouffé pas mal de bouquins, comme en attestent les multiples références littéraires qui parsèment son projet. Mais il ne parle évidemment pas que de ça, mais aussi de lui, de ses affres, de son rapport au rap, de ses échecs amoureux ; et surtout, il le fait avec une certaine rage, avec des schémas de rime destructurés, où parfois ça ne rime pas, en jouant avec les silences, pour un delivery assez unique en son genre, ce qui nous fait dire qu’il a déjà trouvé sa patte, ce qui est plutôt beau à seulement 23 ans et dès son premier album. Les morceaux, eux aussi assez déstructurés, ne répondant pas aux codes habituels (le classique couplet/refrain/couplet/refrain) mais ressemblant plutôt à des sortes de freestyles (ou des « éclairs bruts » comme il le dit lui-même) participent également à l’originalité du projet, et invitent l’auditeur à écouter l’album d’une traite. Le temps d’une nuit calme, sans doute.

Focus track : De la lune. Seul featuring de l’album, la douceur de la voix de Shadi sur le refrain offre un superbe contraste avec la rage de B.B. Jacques, pour un des meilleurs morceaux de l’album. S/O également à Pense pour cette belle prod, lui qui est également derrière pratiquement toutes les instrus de La nuit sera calme.

Gazo – Drill Fr

Antoine

Et je me demande – oh – comment il m’a fait ça. Parce qu’à la base, le rap trash de stripclub-grossiste ce n’est pas vraiment mon dada. Pourtant, avec ce premier album, Gazo m’a happé et entraîné avec lui sur Drill Fr. Le personnage avec son charisme et ses grillz m’a d’abord amusé puis rapidement fasciné tant il dégageait une assurance sans faille. Puis, l’écoute distraite du rappeur en vogue a laissé place à une écoute plus attentive d’un artiste à l’une des rares propositions francophones drill abouties. Porté par l’excellent travail du producteur sectaire Flem, l’album est dense, par moment inégal, notamment chez les invités (Franglish, Landy), mais délivre aussi quelques très jolies pièces de collections (Intro, Tchin 2x, A$AP).

Les placements et les toplines sont efficaces, les gimmicks insolents et moqueurs. Les lyrics, peut-être écrites en une heure comme s’en vante l’artiste, sont un étonnant mix de sexe, drogue et violence appuyé d’une bonne épaisseur de misogynie mais aussi de fulgurances détonantes antiflics, sur l’assimilation ou simplement très bien amenées sur les sujets précédemment cités. Accompagné de puissants visuels (Haine&Sex, Inhumain, Tchin 2x) et d’invités aussi au niveau comme Hamza (Drill Fr 5) ou le génial anglais Pa Salieu et son couplet déroutant, Drill Fr est un projet complet sur lequel s’épancher longuement.

Focus track : A$AP, de la production phénoménale de Flem et Shiruken Music à son refrain et ses lyrics tapageurs en passant par son clip luxurieux, le track symbolise à lui seul l’album de Gazo. Grrr.

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